vendredi 5 décembre 2014

Le droit social français, tigre de papier ?

Discussion avec une avocate, spécialiste du droit social.

Notre droit social est complexe, mais en partie parce que les grandes entreprises lui ont ajouté des droits supplémentaires ! Cependant, il laisse des « marges de manœuvre ».

Où est le problème alors ? Cette complexité apparente est une excuse pour ne rien faire…

(Notre droit social ne serait-il que le reflet de la lâcheté de notre société, qui fait des concessions au moindre mécontentement, et qui les regrette ensuite, et cherche un moyen, lâche, de revenir sur sa parole ?)

jeudi 4 décembre 2014

Entreprises : impératif modèle social !

Et si le dirigeant devait être un architecte ? Et s'il devait comprendre que le "modèle social" de son entreprise est son facteur clé de succès ? Un entretien avec Frédéric Petitbon, qui a écrit sur le sujet...


Question critique : le modèle social de votre entreprise est-il cohérent ? Un modèle social incohérent plombe vos chances de succès. Exemple : Air France, modèle bancal, ne satisfait personne. Contre exemple : le "low cost", dit ce qu'il fait, et fait ce qu'il dit, pas de faille. 

Attention. Evoquer le "low cost" ne signifie pas clamer les vertus d'une concurrence sans foi ni loi. Un nuage d'électrons libres moins-disant coûte cher et ne satisfait pas le marché. Sans modèle social pas de performance économique ! Attention aussi, le modèle social ne s'arrête pas aux portes de l'entreprise. Les sous-traitants comptent beaucoup, en particulier. 

Les directeurs financiers auraient les premiers compris l'intérêt de ce concept.  (Les DRH, pas encore ?) En effet, ils constatent que sans un modèle social d'aplomb, il y a rébellion. Rien de ce qu'ils veulent faire ne peut réussir. 

Tout ceci n'est pas que des paroles, il y a une méthode, assez intuitive.

Art relatif

Le tableau ci-dessous se trouvait sur la première page de Wikipedia anglais. Au premier coup d'oeil, j'ai pensé que c'était fantastique de pouvoir ainsi remonter dans le temps. Au second, je me suis demandé si je pouvais ressentir ce que sentaient les gens de l'époque. Quelle température fait-il ? Fait-il beau ? Le temps est-il un peu couvert ? Brume de chaleur ? Matin, après-midi, soir ? 

J'ai la même impression avec Proust. Bien que j'ai perdu une partie de son vocabulaire, ce qu'il dit me parle, parce que je le raccroche à mon expérience. Mais est-ce que je raccroche bien ? 

Tout cela semble dire que l'art n'a de sens que par rapport à une expérience partagée. Il joue sur un code inconscient et qui évolue continûment.

Martinus Rørbye - View from the Artist's Window - Google Art Project.jpg

mercredi 3 décembre 2014

Etes-vous un survivant ?

Le bonheur (suite). Un jour j'ai dit à un de mes clients qu'il était un "survivant". (Ce qu'il m'a prouvé dans les trente secondes qui ont suivi !) J'entendais par là qu'un miracle se produisait lorsqu'il avait perdu l'espoir. Je me demande si ce n'est pas cela être résilient. 

Une vie libre est pleine de déconvenues dont on ne peut se tirer qu'à la façon d'une mouche contre un carreau. Il faut la force de prendre des chocs aléatoires sans sombrer dans le repris sur soi. Les Américains l'ont compris, qui inculquent à leurs gamins l'idée qu'ils sont des élus, qu'ils ne doivent pas douter, que "ça pliera ou ça dira pourquoi". Mais ce n'est pas totalement efficace. Car, cela peut les pousser, souvent, à aller beaucoup trop loin, et à se détruire. Selon moi, la dépression est une forme de réflexion, de recodage de notre vision du monde, qui l'adapte à ce qui résiste. D'où la force des "survivants". 

Vivons-nous à un moment "anti intelligent" ?

Ce qui me frappe en lisant les philosophes de Lumières et les pragmatistes est leur définition du progrès comme la conquête du monde par la raison, pour les uns, et par l'intelligence, pour les autres. Or, notre société est explicitement anti-Lumières. Cela signifie-t-il que nous vivons à une période d'anti-intelligence ? Si oui, qu'est-ce que le contraire de l'intelligence ?

Il y a quelques temps The Economist citait une étude faite sur les moyens de parvenir au sommet d'une entreprise. On y retrouvait les qualités habituellement assimilées à l'arrivisme. Combiné à la "création de valeur", c'est à dire l'élimination de personnels afin d'acquérir leur salaire, cela conduit à une société faite d'exploiteurs, pas de créateurs. 

Un second phénomène revient régulièrement dans ce blog. C'est ce contre quoi les Lumières se sont insurgées. Notre société est "aliénée". On nous a inculqué des idées qui nous font aller, en les suivant, contre notre intérêt. Notre société a été victime d'une formidable manipulation. Elle nous a transformé en animaux. Nous ne pensons plus. D'ailleurs, la morale est revenue en force. L'Eglise a connu un nouvel avatar.  

L'opposé de la raison semble donc l'animalité, la "bête de somme" d'Hannah Arendt. Une sorte de lutte se livre entre nos cerveaux. Actuellement, c'est le cerveau primaire qui a le dessus. La règle du jeu est l'affrontement. Comme au temps de cavernes. Mais, comme il se déroule dans une société, il utilise les outils de la société, et même la raison, qu'il manipule. Les oligarques de tous pays, ceux qui ont su habilement détourner les ressources de la société, en sont les triomphateurs. 

En revenir à la raison
Voltaire fut un mauvais philosophe, mais un polémiste redoutable. Si la raison veut reprendre un peu d'ascendant sur les forces de l'obscurantisme, elle doit les prendre au sérieux. Et leur emprunter leurs outils, sans toutefois y perdre son âme. C'est probablement ce que fait Paul Krugman. 

Peut-être aussi la raison doit elle veiller à ne pas se rendre insupportable, comme elle l'a peut-être été pendant les trente glorieuses. Cela lui évitera de créer des frustrations et l'envie de la renverser. Le Nazisme fut, d'ailleurs, une réaction contre Lumières. (Globalement ça a été le cas d'une grande partie de la pensée allemande de cette période, notamment de celle d'Heidegger.)

mardi 2 décembre 2014

La vengeance du stagiaire

Les médias ne peuvent plus vivre sans stagiaire. Ils vont jusqu'à lui confier ce qu'ils ont de plus précieux : l'image. Et ils en ont pour leur argent : Le « stagiaire d’i-Télé » devient le triste symbole de la « BFMisation » de la télé.

Stagiaire, symbole de notre société ? Individualisme aveugle, homme contre l'homme, et, corrélativement, exploitation du faible ? Avec une invraisemblable stupidité ?

Les médias croient qu'ils sont face au défi du "digital". Ce que dit cette histoire est que le digital n'est rien sans l'homme. Ce qui détruit les médias, c'est leur bêtise ? Le "digital", tentation révélatrice de le nature réelle de l'homme, dirait un catholique ?

Et Dieu créa l'Internet est un livre de Christian Huitema... 

Les dessous de big data

Des amis m'ont lancé sur la piste de big data. Pourquoi en parle-t-on autant, et pourquoi y a-t-il aussi peu de résultats. Voici quelques impressions que je retire du début de mon enquête.

Il semble qu'une guerre de titans se livre entre les mastodontes de type Microsoft, Oracle et IBM et Google et son gang.

Le premier groupe est celui des grosses machines, de la technocratie, il a dominé la société d'hier. Il l'a saturée de "gros" matériels et logiciels, dont on se rend compte aujourd'hui qu'ils sont inadaptés à beaucoup d'usages. Ce qu'ils nous fourguent n'est même pas inutile. C'est nuisible. C'est l'équivalent de la "junk food". 

La seconde équipe reflète une idéologie à la Ayn Rand. Le riche est créateur de valeur, pas la société. Mais l'individu ne peut pas faire de miracle, seul il ne peut pas créer grand chose. Il est contraint d'exploiter les techniques du passé. Réseaux d'ordinateurs frustes, vieux algorithmes "démocratisés"... C'est un monde à la Branson où les avions explosent en vol. Un monde à la Mad Max, d'hommes dignes de ce nom, à qui l'évocation du principe de précaution cause des crises d'épilepsie. Pensez-donc, si l'on ne peut plus vendre d'avions qui explosent, mais où va-t-on !

Tous les deux s'affrontent sur le sujet de la smart city, une société où tout passerait par Internet. Les premiers pensent relancer leur croissance flageolante en casant des masses de capteurs, et du gros matériel. Les seconds veulent nous faire entrer dans leur monde virtuel.

L'entreprise "normale" est au milieu des deux, elle est, en partie, l'objet de la lutte qu'ils se livrent. Le premier groupe se demande comment l'alourdir un peu plus ; le second cherche à la transformer à son image, à en faire une "lean start up".

Le cave se rebiffe ?
Et si c'était l'heure de la revanche ? Et si après avoir donné sa chemise à Oracle et aux autres, puis à Google, l'entreprise jouait de leur rivalité pour reprendre des couleurs ?

En effet, grâce à Google, elle peut faire maigrir sérieusement son système d'information. Et, en même temps, IBM, Oracle et Microsoft. Quant à Mad Max, pourra-t-il longtemps vivre du passé ?

(L'avenir serait-il à une entreprise qui aurait retrouvé un "poids de forme" ? On en revient à Münchhausen, mais sous un angle inattendu.)
Mad max two the road warrior.jpg

"Mad max two the road warrior" by Derived from a digital capture (photo/scan) of the Film Poster/DVD Cover (creator of this digital version is irrelevant as the copyright in all equivalent images is still held by the same party). Copyright held by the film company or the artist. Claimed as fair use regardless.. Licensed under Fair use via Wikipedia.

Qu’est-ce que le bonheur ?

Le BNB du Bhoutan m’a fait m’interroger sur ce qu’était le bonheur.

Je crois que c’est l’optimisme. L’optimisme c’est le contraire de la dépression. C’est être stimulé par l’adversité.

Corollaire. Que donner à ses  enfants ? La capacité de tirer parti de l’imprévu. Mystérieuse résilience.

lundi 1 décembre 2014

Ruptures de stock

Je suis surpris de ce que, assez souvent, je ne trouve pas ce que j'ai l'habitude d'acheter. Pourtant mes goûts n'ont rien de rare.

J'ai commencé par remarquer le phénomène chez La Vie Claire. J'ai pensé que c'était lié au modèle bio. C'est peut-être un retour à la France de mon enfance. La boutique ressemble un peu à celles des années 60. Avec un rien de soviétique. Puis je l'ai noté dans des chaînes pas bio, appartenant à de grands groupes.

Hypothèses :
  • Recherche de rentabilité qui fait stocker peu. Ou, au contraire, achat opportuniste par lots importants, mais rarement, histoire de mieux faire jouer la concurrence. 
  • Multiplication des variantes de produits (c'est frappant en ce qui concerne les yaourts). D'où petites quantités - et probablement prix élevés. 
Il doit y avoir un effet pervers : la rupture de stock force à stocker, ou à ne pas être fidèle à un magasin. Ce qui, pour lui, rend encore plus imprévisible la demande...

La philosophie comme manipulation de masses

En parlant de Michel Serres, je crois avoir compris comment certains philosophes pouvaient parvenir à manipuler l’humanité.

Il me semble que cela tient à un mélange de ridicule et de séduction. Le ridicule fait que les gens sérieux ne leur prêtent pas attention. Par exemple, Michel Foucault semble s’être fait ramasser à chaque fois qu’il s’est aventuré sur le terrain scientifique. De même on a tourné en ridicule le postmodernisme. Idem pour Hayek avec Keynes. Erreur. Le ridicule ne disqualifie pas, il tue. La menace qu’il constitue vient de la séduction qu’exerce sur nous, gens pas sérieux, une pensée incompréhensible. Elle attire des suiveurs. Ils mettent en œuvre la pensée du maître, comme un rite, sans percevoir les conséquences de ce qu’ils font. (Au fond, c’est le phénomène Hitler.)

Conclusion ? Il faut prendre au sérieux les gens ridicules. Et entrer dans la logique de leurs suiveurs, afin de leur montrer que ce qu'ils font aura des conséquences opposées à leurs attentes.