samedi 14 octobre 2017

Harcèlement

Pourquoi parle-t-on de harcèlement à Hollywood et dans la Silicon Valley, se demande Le Monde. Et pourquoi de vieilles affaires émergent-elles maintenant ?

C'est une illustration du changement comme phénomène, selon Kurt Lewin. Il ne se fait pas instantanément. Il demande du temps, des circonstances favorables, et la mise en place de structures sociales. Dans ce cas, les harceleurs ont perdu en pouvoir de nuisance, ce qui les a rendus fragiles ; et les journaux ont mis sur pied des équipes et des techniques d'enquête efficaces. Le sujet rapportant beaucoup, elles sont en recherche systématique de nouveaux scandales à révéler.

La question qui se pose est : jusqu'où ira le balancier ?

Brazillionaires

Découvrir le Brésil grâce à ses milliardaires. Le Brésil, exemple même des dérives du capitalisme moderne ? Les Trente glorieuses qui auraient déraillé ? D'un côté, il y a une poignée de milliardaires, qui passent, en hélicoptère, de gigantesques propriétés protégées par des forces paramilitaires au sommet des buildings de leurs sociétés. De l'autre une masse de gens qui vivent sur des tas d'immondices. Et, au milieu, une des sociétés les plus dangereuses au monde.

Le Brésil est une colonie portugaise, puis un empire, longtemps esclavagiste. L'appétit du monde pour les ressources naturelles du pays a provoqué des bulles spéculatives, qui ont transformé son clientélisme constitutif en une hyper corruption. Privé et public vivent main dans la main. L'un et l'autre s'enrichissent mutuellement. Le peuple, à condition, qu'il y gagne un petit quelque-chose, n'y voit rien à redire. Dilma Rousseff et Lula n'ont rien changé. Ils ont simplement demandé à ce que l'on donne un peu d'argent aux pauvres. Argent que ceux-ci ont converti en iPhones et écrans plats, à crédit usuraire. Ainsi, l'on pouvait désormais vivre riche la conscience en paix ?

Quant aux milliardaires, ils n'ont rien de très original. Il y a les anciens, qui se sont enrichis de manière traditionnelle, par le détournement de bien public. Et les nouveaux, qui ressortissent au grand mouvement financier international de ces dernières décennies. L'un d'entre eux est un comparse de Warren Buffett. C'est un spécialiste de l'ingénierie financière et des plans sociaux. L'autre est un maître du powerpoint. Un grand bateleur qui a vendu aux investisseurs des coquilles vides. Il fut un temps la huitième fortune mondiale.

vendredi 13 octobre 2017

Modèle Sarkozy

M.Sarkozy aurait dit de M.Macron que c'était lui "en mieux". C'est aussi ce qui me frappe, depuis son élection. M.Macron me paraissait comme un intellectuel, un énarque de l'ombre. Mais, il me semble maintenant que ce qui lui plaît est d'être dans l'action. Un psychologue me disait "il ne sait pas fabriquer, mais il sait vendre. C'est un bon VRP." (Ce qui était un compliment.)

Le plus étrange est que MM.Sarkozy, Valls et Macron soient du même type. Et d'un type qui n'était pas fréquent jusque-là. Et que l'échec de M.Sarkozy non seulement ne l'ait pas condamné, mais l'ait amené à s'améliorer, façon sélection naturelle. Peut-être répond-il, justement, aux besoins de notre temps ?

Démocratie

J'ai été frappé, dans les années 90, d'entendre les Américains dire qu'ils apportaient la "démocratie" au monde. Or, ce qu'ils entendaient par là n'était pas à la définition que l'on a en France. Il s'agissait, essentiellement, d'une définition commerciale.

Aussi, cette définition ne correspond à rien d'historique. La séduction qu'a opérée l'Occident vient des trente glorieuses. Or, ce fut, partout dans le monde d'ailleurs, une époque technocratique. Mieux : même aux USA, les phases de "déréglementation" correspondent à des moments de chaos. En outre, les sociétés anglo-saxonnes sont notoirement inégalitaires. Les riches appartiennent à une autre race que les pauvres. Peut-on parler de démocratie dans ce cas ?

La particularité de l'Occident semble plutôt être une forme de dirigisme démocratique. C'est peut-être ce que Kurt Lewin a appelé le "changement planifié". La légitimité du "haut" est de mettre en oeuvre ce que veut la collectivité. Certains universitaires des années 60 parlaient de "servant leader". C'est ce qui fait que ce dirigisme ne peut devenir un totalitarisme.

(Le plus étonnant, pour moi, est que personne n'a protesté. C'est curieux comme la société a la capacité de gober des contre vérités.)

jeudi 12 octobre 2017

Barbara Hannigan

France Culture consacrait une journée à Barbara Hannigan, une artiste lyrique. Elle expliquait qu'elle avait refusé l'opéra traditionnel, pour la musique contemporaine. Non aux contraintes surannées, oui à la satisfaction personnelle. En cela, elle est peut-être représentative d'une époque.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que cette génération, qui refusait la "tradition", a voulu en imposer une autre. Mais si l'art n'est que l'expression d'un individu, en quoi le groupe peut-il s'y retrouver ? Peut-être, comme beaucoup de révolutionnaires, ne voulait-elle pas changer le système, mais seulement y prendre les meilleures places ?

Reengineering

La fonction publique a besoin d'un reengineering, disait, hier matin, un invité de France Culture. Un reengineering est une re conception des processus collectifs de travail. C'est ce que font les entreprises lorsqu'elles veulent gagner en productivité. (C'est l'essence de mon travail depuis trois décennies.)

C'est juste, et c'est ce que dit ce blog. Seulement, ce qu'oublie cet invité, c'est que l'entreprise a des dirigeants, qui, quoi qu'on en pense, ont été formés pour transformer sans arrêt leurs entreprises. D'ailleurs, ils ont vécu dans ces transformations. Ce n'est pas le cas de l'administration. On y "administre", comme sous l'ancien régime. Et on y ignore la productivité.

On pourrait attendre l'exemple d'en haut. Mais je ne le vois pas venir. Probablement parce qu'il est fait de hauts fonctionnaires qui n'ont qu'un vernis entrepreneurial. Ce qui manque à la fonction publique, c'est un patron ?

mercredi 11 octobre 2017

Olivier Todd

Olivier Todd était invité d'A voix nue, de France Culture. Du peu que j'en ai entendu, j'en ai retenu "relations et provocations". Du fait de son père (Emmanuel) et de son grand père (Nizan), il a eu immédiatement d'énormes relations, on a parlé de lui. Et son oeuvre a la vertu de choquer. Voilà un bon cocktail pour être une vedette des médias.

Quant à la dite oeuvre, elle mériterait certainement d'être étudiée. Elle me semble basée sur le croisement entre des cartes représentant la structure familiale et un phénomène à expliquer. Alors, n'y a-t-il pas le risque de tout expliquer en termes de famille ? Et surtout de confondre cause et corrélation ?

Objectivité

Question posée par une émission de France Culture (il y a quelques temps) : pourquoi ceux qui défendent la mixité scolaire placent-ils leurs enfants dans des établissements qui ne la réalisent pas ? (Réponse évidente : parce qu'en France la réussite scolaire compte énormément, et que mixité et réussite ne sont pas corrélées.)

Changement ? Pendant longtemps ce type de question était taboue. De même qu'il n'était pas possible de parler d'immigration, sans être traité de raciste. Ce terrorisme intellectuel nous a rendus incapables de résoudre les problèmes qui se posaient, parce que nous ne pouvions les nommer. Du coup, il s'est révélé une prédiction auto réalisatrice.

(Une autre émission, qui réunissait des enseignants, expliquait qu'il y avait une sorte de ségrégation dans l'école de la République. Dans certaines zones, l'école est fréquentée à 90% par des enfants "musulmans". Ce qui fait, logiquement, que les lois de leur communauté ont plus de réalités que celles du pays... Je l'ai découvert.)

mardi 10 octobre 2017

Fonctionnaires

Les fonctionnaires sont en grève. Ils se plaignent d'être une "variable d'ajustement". Ils subissent restructuration après restructuration.

Ils ont raison. Je l'observe depuis longtemps. Il se passe dans l'administration quelque-chose de ridicule. Rien n'a changé avec M.Macron. C'est une sorte de caricature du privé. D'une part, on réduit les effectifs, car on ne remplace pas tous ceux qui partent en retraite, mais sans réorganiser les services. D'autre part, on investit dans des logiciels, qui n'ont fait leur preuve nulle part, seulement parce que c'est ce qu'emploie le privé, mais sans procéder à la modification des processus de travail que cela devrait entraîner. Je soupçonne qu'en croyant faire des économies, on perd de l'argent. Surtout, le problème majeur de l'administration est l'incapacité de ses managers à manager, et une structure en pyramide inversée. Cela produit un phénomène qui s'apparente aux supplices que les Romains faisaient subir à certains condamnés à mort : ils les jetaient à l'eau dans un sac, avec un chat et un coq.

Car, ce que savent aussi les fonctionnaires, c'est qu'ils sont dans un sac, dont ils ne peuvent pas sortir. Dans le privé, l'ajustement se fait pas le licenciement. Les salariés du public ont une retraite garantie, une assurance sociale solide, et peuvent donner à leurs enfants une scolarité décente.

Gnangnan

Une commentatrice de Flannery O'Connor disait que, dans ses nouvelles, le drame venait des personnes "gnangnan". Exemple, une dame qui prenait en amitié un tueur, qu'elle introduisait dans sa famille, qu'il massacrait. Idem pour un instituteur et un psychopathe. (Emission de France Culture.)

"Gnangnan" veut dire mou. Une autre forme de "banalité du mal" ? Je me suis demandé si le danger ne venait pas plutôt des bien pensants, qui, par idéologie (cf. les préceptes d'une certaine religion chrétienne), ne voient le mal nulle part. Ou, du moins, ne voient que des âmes à racheter. Du coup, ne faisant rien pour le corriger, ou l'éviter, il se déchaîne sur ceux qu'ils auraient dû protéger.