jeudi 4 mars 2021

Réconciliation nationale

Oubliez tout ce que l'on vous a dit sur l'entreprise, et l'économie. Le problème français est unique : c'est la défiance. Si nos entreprises se faisaient confiance, tout ce que l'on leur reproche, et qui encombre les livres et les journaux, disparaîtrait. Voilà un résultat paradoxal de l'étude que je mène depuis deux ans. 

Réconcilier le Français avec le Français : une cause nationale ?

Comment faire ? demandé-je. Il faut aller vers ses concurrents, me dit un chef d'entreprise. En les découvrant, il a compris qu'ils n'étaient pas concurrents ! Et ils se sont mis à travailler ensemble. Préliminaire ? Apprendre à se connaître ("se renifler"?). Pour cela, il faut commencer par se découvrir, donc avoir l'occasion de se rencontrer en "terrain neutre". 

Les clusters d'entreprises semblent propices à ces rencontres. Une dirigeante de CPME constate que le plus efficace pour que les chefs d'entreprise parlent à d'autres chefs d'entreprise est de les amener à participer à des événements qui n'ont rien à voir avec l'entreprise. 

L'enquête se poursuit... 

Changement d'opinion

Les affaires de moeurs qui se succèdent seraient le signe d'un changement en France, disent les journaux étrangers. Ces affaires étaient connues, mais il n'était pas permis de les ébruiter. 

Les psychologues parlent de "validation sociale". On tient une opinion parce que d'autres la tiennent. Mais les opinions s'éteignent faute de combattants. Quand une génération perd le pouvoir, elle ne peut plus contrôler le discours de la société. C'est la génération suivante qui fait la loi. 

Le "jugement de l'histoire" est éminemment évolutif, contrairement à ce que croit M.Hollande.

Les accrocs de la justice

L'affaire Sarkozy rappelle une réalité très visible aux USA : pour la justice, la forme prime souvent sur le fond.

Cette forme est là pour protéger les droits de l'homme. Malheureusement, bien souvent, elle est utilisée par le coupable pour échapper à la condamnation. Et ce d'autant plus que le crime enrichit et, donc, donne les meilleurs avocats. Nous sommes particulièrement inégaux devant la justice. 

C'est ennuyeux : la justice a une utilité fondamentale : elle améliore la société. Comme le disait un précédent billet, c'est grâce à elle que la politique s'est réformée. Nous n'avons pas intérêt à ce qu'elle perde sa crédibilité. 

Comment éviter cet effet pervers ? Peut être cela mériterait-il une sérieuse réflexion ?

mercredi 3 mars 2021

Juger la justice

M.Sarkozy se plaint de la justice. J'écoutais une émission sur le sujet, qui me faisait penser qu'il est difficile de juger la justice, simplement parce que nous ne sommes pas placés dans de bonnes conditions. En particulier, nous n'avons qu'une partie des éléments du dossier, ou, pire, nous ne connaissons pas les procédures judiciaires. Dans ces conditions, il est facile de nous faire croire telle ou telle thèse, il suffit de jouer sur notre "bon sens". 

A l'époque où le monde politique se résumait à gauche et droite, on entendait que la justice était favorable à la gauche. C'est possible, mais, en tout cas, elle suit des procédures. M.Sarkozy peut encore faire appel, puis, si ça ne lui plaît pas, aller en cassation, et, comme il l'a dit, faire appel à la cour européenne des droits de l'homme.

Si elle déjugeait la France, cela signifierait probablement qu'une preuve de corruption est nulle si elle est obtenue par certains types d'écoutes téléphoniques. Devrait-il s'en réjouir ? 

L'héritage mexicain

"Tout ce qui tombe d'en haut est à côté de la plaque". Le problème, c'est la "dynamique de développement en Région, il y a 500 têtes pensantes pour une personne sur le territoire : plus on monte plus les gens ne connaissent rien au coeur des choses." Disait un élu. 

Chaque changement de l'Etat semble requérir un nouvel arrivage de "têtes pensantes". A l'heure des bilans, c'est un des problèmes qu'il va falloir résoudre. Ce qui risque d'être difficile :

  • Du fait de leur absence de compétence, ces gens nuisent gravement au bon fonctionnement du pays, alors même qu'ils croient être indispensables et qu'ils ont notre sort entre leurs mains. 
  • C'est une caractéristique de notre système d'éducation qui produit à plein régime des"bac + 5". 

mardi 2 mars 2021

Maurice Pialat

Emission sur le cinéaste Maurice Pialat. 

Il n'appartenait pas à la "nouvelle vague". Cette vague "anti système" aurait, paradoxalement, profité du système. Ce qui lui aurait rendu facile l'accès aux fonds nécessaires à la réalisation de films. Lui a dû manger de la vache enragée pendant de longues années. 

La réalisation d'un film était incertitude et angoisse. Avec lui la vie des acteurs et de l'équipe de tournage était douloureuse. Les licenciements fréquents. 

Qui voudrait travailler dans ces conditions ? me suis-je demandé. Et aussi : pour l'artiste, l'art n'est-il pas un absolu qui justifie sa "domination" ?

Les jugements de Google

Dans un précédent billet je disais qu'il semblait que Google possède au moins 3 façons de calculer le nombre de vues d'une page web (du moins d'une page de ce blog), qui donnent des résultats très différents. 

Or, Google, qui est en quasi monopole chez nous, affiche, lors d'une recherche, ces pages en fonction de ses calculs... Est-ce très sérieux tout cela ? 

On avait peur que les champions du numérique dessèchent la société en la rendant incapable de percevoir ce qui ne se mesure pas. Mais ne serait-ce pas le contraire qui se passe ? L'arbitraire est au pouvoir ? 

Le confinement est-il une prison ?

M.Sarkozy est condamné au "bracelet électronique". Assigné à résidence ? 

Mais toute la population a été confinée deux mois, et l'est encore partiellement. Aurait-elle été condamnée sans jugement ? 

A moins que ce qui est une peine pour certains ne l'est pas pour d'autres ? Drôles de temps, drôle de justice ?  

lundi 1 mars 2021

Marre de la résilience

On n'en peut plus de "résilience". Idem pour "rebondir". Voilà ce que j'ai entendu à la radio. La raison de la colère tiendrait au sens qu'ont pris ces mots que l'on entend sans cesse. Après sois belle et tais-toi, il y aurait sois résilient, et rebondi. 

Agir est devenu trouver un mot. La France est en crise : elle n'a qu'a être résiliente ! Or, justement, ce mot est une excuse pour ne pas agir. 

Un mot qui ne signifie pas d'action n'est donc pas un bon mot. Que veut dire résilience en réalité ? C'est ce que Nassim Taleb a appelé "anti fragile". C'est "l'union fait la force" qui permet de profiter de "cygne noir". Autrement dit l'épidémie (plus généralement l'aléa violent) est une chance, pour en profiter il faut une société forte et solidaire.

La concurrence est-elle nécessaire ?

Regardez la SNCF : pour réguler une industrie, il faut de la concurrence, me disait-on. Ce qui ne m'a pas convaincu. La concurrence, en Angleterre, ne fait pas de miracles. Et, en France, la dégradation des services de la SNCF n'est que récente. 

Il y a d'autres moyens de régulation que la concurrence. Notamment, la politique. Elle doit défendre les intérêts des citoyens. Donc faire ce qu'il faut pour que les trains arrivent à l'heure. Si la SNCF ne fonctionne plus, il est, donc, probable que notre personnel politique n'a pas joué correctement son rôle. Et s'il avait contribué au désastre, d'ailleurs ? 

Michel Crozier a travaillé à la transformation de la SNCF. Après un début spectaculaire, l'action à laquelle il participe est arrêtée. Voici ce qu'il dit : "Profitant d’un accident, Mitterrand poussa le président Philippe Roussillon à la démission et le remplaça par un de ses féaux, Jacques Fournier. Dans un premier temps, je ne compris pas ce geste qui était le fait du prince. Il m’est ensuite apparu qu’il s’agissait en réalité de ramener la CGT au centre du dispositif parce que celle-ci avait perdu pied. C’était un moyen de faire revenir en force ce syndicat dans un de ses deux bastions fondamentaux."

(Voir les travaux d'Elinor Ostrom sur la régulation du bien commun. Ils montrent que c'est une question d'organisation sociale.)