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dimanche 30 janvier 2022

Les effets imprévus de la concurrence

Un temps, on nous a dit qu'il ne pouvait sortir que le meilleur de la concurrence. Simple bon sens. 

Cela est faux. La concurrence des livres d'économie n'existe pas. Elle est impossible. Ce qui l'empêche est l'information. J'agis en fonction de l'autre. Si bien que je suis mauvais, s'il est mauvais. 

C'est ce que l'on voit en politique. Les mauvais élus sont indélogeables, parce qu'ils suscitent des concurrents à leur image. Plus subtilement, plus étrangement, on constate alors que tout l'effet de la concurrence consiste à éliminer les adversaires un peu trop intelligents. 

En revanche, la concurrence a un effet vertueux lorsque le groupe devient créatif. Chacun est stimulé par l'autre. C'est comme cela qu'évolue l'art : par "clusters". 

lundi 1 mars 2021

La concurrence est-elle nécessaire ?

Regardez la SNCF : pour réguler une industrie, il faut de la concurrence, me disait-on. Ce qui ne m'a pas convaincu. La concurrence, en Angleterre, ne fait pas de miracles. Et, en France, la dégradation des services de la SNCF n'est que récente. 

Il y a d'autres moyens de régulation que la concurrence. Notamment, la politique. Elle doit défendre les intérêts des citoyens. Donc faire ce qu'il faut pour que les trains arrivent à l'heure. Si la SNCF ne fonctionne plus, il est, donc, probable que notre personnel politique n'a pas joué correctement son rôle. Et s'il avait contribué au désastre, d'ailleurs ? 

Michel Crozier a travaillé à la transformation de la SNCF. Après un début spectaculaire, l'action à laquelle il participe est arrêtée. Voici ce qu'il dit : "Profitant d’un accident, Mitterrand poussa le président Philippe Roussillon à la démission et le remplaça par un de ses féaux, Jacques Fournier. Dans un premier temps, je ne compris pas ce geste qui était le fait du prince. Il m’est ensuite apparu qu’il s’agissait en réalité de ramener la CGT au centre du dispositif parce que celle-ci avait perdu pied. C’était un moyen de faire revenir en force ce syndicat dans un de ses deux bastions fondamentaux."

(Voir les travaux d'Elinor Ostrom sur la régulation du bien commun. Ils montrent que c'est une question d'organisation sociale.)

vendredi 30 août 2019

La compétition tue-t-elle la créativité ?

La pianiste Maria Joao Pires opposait compétition et créativité. (Les grands entretiens de France Musique.) La créativité est spontanée, elle n'a pas besoin de concours pour se manifester. "Les artistes sont ceux qui ont échappé à la mort de la créativité (tuée par le concours)."

Un argument intéressant, ai-je pensé, est que l'on est "formé" au concours. Or, cette formation conduit à une pensée unique, mais aussi à la paresse intellectuelle ("bachotage"). N'est-ce pas pourquoi notre "élite" est si uniforme et si terne ? C'est une concurrence qui agit comme un tuyau : tout ce qui en sort va dans le même sens.

samedi 13 juillet 2019

Les paradoxes du marché

On lit, et on m'a enseigné, que le marché devait produire le meilleur des mondes : si les boulangeries de votre quartier ne fabriquent pas un bon pain, alors, il y a de la place pour un meilleur boulanger.

Or, il semble que ce soit le contraire qui se soit passé. La concurrence semble produire l'identité, plutôt que l'innovation, et l'inutile. Les voitures, l'électroménager, l'informatique... sont pleins de fonctionnalités qui ne servent à rien, qui nuisent à la fiabilité du matériel et qui, en plus, consomment une quantité invraisemblable d'énergie. Etrangement, nous serions prêts à payer autant, voire plus, pour plus simple et plus durable.

En fait, il semblerait que le marché ne soit pas réglé par la concurrence, comme on le croit, mais par des mécanismes de coordination inconscients, qui visent à s'opposer à la concurrence. Paradoxalement, ces mécanismes conduisent à un minimum absolu, à l'opposé de ce que prétend la théorie économique.

vendredi 21 juin 2019

M.Macron appuie Margrethe Vestager

Monsieur Macron soutient Margrethe Vestager. Il s'agit de l'élection du président de la Commission européenne (le remplaçant de Jean-Claude Juncker).

Mme Vestager est commissaire à la concurrence de l'UE. C'est elle qui s'en est pris au GAFA.

Qu'est-ce que cet appui signifie en ce qui concerne la politique de M.Macron ? Car la concurrence, si elle est idéologie, transforme l'homme en "loup pour l'homme". Elle n'est même pas favorable à l'économie, car elle empêche le développement, nécessairement lent et hésitant, de compétences essentielles. Ce souci de la concurrence, poussé un peu trop loin, explique peut-être bien des mécontentements actuels.

samedi 27 avril 2019

L'effet pervers du concours

Un virtuose du violoncelle disait, en substance : "pour gagner ce concours, j'ai fait ce qu'il fallait. Une fois que je l'ai eu gagné, j'ai fait comme je l'entendais". (Dans Les grands entretiens de France Musique.)

Idem pour les concours et les élections de nos présidents ? Nous croyons sélectionner selon nos désirs, alors que nous donnons le pouvoir à des gens qui les rejettent ?

samedi 4 mai 2013

Devons-nous revenir à un capitalisme entrepreneurial ?

Je lis un article des années 90 sur le changement. Une phrase me frappe : « la concurrence ne fait qu’augmenter ». Le succès qu’a eu cette idée est étonnant. Depuis des décennies la croissance continue de la concurrence va de soi. Le changement permanent est la norme du progrès.

Je ne suis pas convaincu. J’ai constaté que lorsqu’une entreprise réussit un changement majeur, elle sort de la concurrence. Car elle a trouvé un positionnement unique.

Et si toujours plus de concurrence n'était pas une loi de la nature, mais la conséquence d'une nouvelle attitude à la vie ? Il me semble que, jadis, la stratégie de l’entreprise était patrimoniale. Le fondateur d'IBM ne disait-il pas qu'il voulait créer une belle société pour ses arrières petits enfants ? L'entreprise semblait vouloir être éternelle. Il lui fallait pour cela un avantage fort - le mainframe d'IBM ou le 707 de Boeing.  Elle voulait peut être même le monopole par KO ? Mais, à un moment, elle a changé de perspective. L'enrichissement personnel est devenu son objectif. IBM fut un précurseur de ce changement, probablement : il se met à traire son monopole dès les années 80. (Ce qui a failli lui être fatal.) Il y a eu aussi le reengineering des années 90, une tentative de réduction brutale de coûts. L’attaque frontale d’un concurrent est une autre façon de faire de l'argent rapidement. Toutes ces tactiques ont un même conséquence. Les entreprises n’investissant plus et se ressemblent de plus en plus. Dans ces conditions, l'affrontement demande une adaptation permanente…

Illustration ? Il y a quelques années, je présentais un entrepreneur à un investisseur. Le dernier a commencé par expliquer au premier à quoi il devait s'attendre : si j'investis chez vous, dans 5 ans vous serez peut-être très riche, mais la société ne sera plus la vôtre ; d'ailleurs, vous serez épuisé ; vous avez un choix à faire : soit un développement paisible et sans gloire, soit une croissance courte et explosive. 

Au fond, Laurent Habib a tout dit. Nous sommes passés d’un capitaliste entrepreneurial à un capitalisme financier. Et si, ce faisant, nous avions épuisé notre patrimoine ? Et s'il s'agissait maintenant de le reconstituer ? Devenons des entrepreneurs ? Pour nos arrières-petits enfants ?

mercredi 6 juillet 2011

In sourcing chinois

Les Chinois seraient à la recherche de talents étrangers pour leur industrie automobile, dit le FT.

Faut-il en vouloir aux Chinois de nous voler des personnels dont la formation a été coûteuse, et qui portent avec eux le savoir-faire de toute une nation ?

Pas forcément. La logique de l’économie de marché est l’échange. Plus les Chinois peuvent produire plus ils peuvent nous acheter. Exemple de la France et l’Allemagne : chacune fabrique une gamme de voitures qui occupe une niche écologique spécifique. 

mardi 17 mai 2011

Amérique, pays des monopoles

Phénomène curieux : plus l’Amérique déréglemente plus apparaissent des professions auto réglementées (maître de danse, décorateur d’intérieur, tresseur de cheveux…).  Plus de concurrence et rentes.

Application des théories de Mancur Olson : un monde d’électrons libres produits naturellement des oligopoles ?

lundi 3 janvier 2011

Régulation américaine

L’économiste nous dit que nous devons déréglementer pour vivre heureux, et nous montre l’exemple américain.

Or, j’apprends que l’Amérique est un pays ou la grande entreprise a une capacité innée à capturer l’Etat afin de tuer la concurrence et l’innovation. (Résultat, par exemple : « c’est le pays développé avec le marché de l’accès Internet le moins concurrentiel ».)

dimanche 2 novembre 2008

L’illusion de la concurrence

Thème récurrent : les merveilles de la concurrence ne sont que dans les livres d’économie.

Toute une profession pense la même chose. Par exemple, il y a quelques temps les opérateurs de télécom ne juraient que par le « triple play », « quadruple play »… Même chose pour la bulle Internet : pas question de douter de la pensée unique. À chaque instant, un consensus se dégageait quant au, nouveau, sens dans lequel allait l’avenir. Et tout le mode s’y précipitait, sans plus réfléchir. En fait, la concurrence joue sur le moyen, l’empilage de fonctionnalités, qui est défini par la pensée unique, pas la fin, le besoin du marché. Intérêt d’une telle stratégie :
  • Elle ne demande aucun génie, elle est mécanique. Pas besoin de réfléchir.
  • Il est difficile d’y perdre, puisque personne ne cherche le KO.
  • Le groupe se comporte comme un monopole, essorant son marché, et bloquant l’entrée de nouvelles idées, en lui imposant sa manière de voir.

Inconvénient : toute la profession est en danger quand son mouvement d’ensemble est pris à contre par une innovation, ou par un imprévu (cf. les subprimes, ou la gratuité de la musique).

Complément :

  • Ce phénomène est peut être une illustration de ce que Robert Cialdini appelle « validation sociale » : le fait que nous suivions l’opinion commune. Plus généralement, il observe que l’homme cherche à économiser son intellect, en adoptant des courts-circuits, des règles pré enregistrées. (CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.)
  • CASSIDY, John, Dot.con: How America Lost Its Mind and Money in the Internet Era, Harper Perennial, 2003.
  • Pourquoi parle-t-on de concurrence ?
  • Un espoir pour l’industrie de la musique ?
  • Succès de la Logan

lundi 20 octobre 2008

Pourquoi parle-t-on de concurrence ?

Paradoxe : La France nouvel Eldorado des biocarburants brésiliens dit que le capitalisme c’est l’échange, donc la différence, pas la concurrence ; La concurrence : une illusion ajoute que la concurrence n’est qu’un régime transitoire. Pourquoi nous rebat-on les oreilles de concurrence ? Une hypothèse :

La concurrence a un intérêt, provisoire. Elle pousse l’homme à l’irrationalité. C’est un feu de paille qui rapporte à court terme à celui qui la déclenche. C’est une tactique efficace pour celui qui ne voit pas très loin, ou qui a des comptes à régler avec un groupe d’hommes ou d’entreprises. Caractéristiques des promoteurs de la concurrence ? Le fort met en concurrence les faibles ?

La concurrence : une illusion

Comme le montre le sport, la concurrence parfaite a un défaut, elle encourage la malversation. Je n’ai pas changé d’avis depuis mon premier livre :
Dans un contexte de concurrence parfaite où seul le prix compte, survivre impose de supprimer tout ce qui est inutile à court terme : c’est-à-dire tout ce qui n’est pas « vache à lait », donc l’innovation. Très rapidement, l’entreprise comprend qu’il est rationnel de tricher puisque, ainsi, elle prend un avantage sur ses opposants, ceux-ci sont alors obligés de faire de même pour survivre. C’est un cercle vicieux encouragé, d’ailleurs, par certains législateurs.
Ainsi le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites permet aux entreprises de se remettre sur pied « à l’abri » de leurs créditeurs. Libérées de leurs dettes et voulant prendre un nouvel envol, elles ont intérêt à « casser les prix », ce qui conduit un secteur entier d’activité à suivre leur exemple (fin 2002, la plupart des grands transporteurs aériens américains étaient en faillite).

Une constatation qui est au centre des travaux de Michael Porter, gourou du management. Seul un petit nombre d’entreprises peuvent être « leaders par les coûts », le reste se différencie ou trouve des niches. Pour faire cesser la concurrence, les entreprises innovent. La concurrence n’est donc jamais que provisoire.

Et lorsque quelques entreprises se partagent un même marché, elles tendent à s’entendre, tacitement le plus souvent.

Oui, mais le monopole n’est-il pas un danger ? Je fais mes courses dans une grande surface proche de chez moi. Réorganisation. Certains produits ont disparu. Marges insuffisantes ? Je vais maintenant de plus en plus souvent dans une grande surface un peu plus éloignée. Il en est de même des voitures : elles ne sont pas en réelle concurrence, chaque marque est particulière. Mais il suffit qu’elle déçoive pour que son marché se détourne d’elle, et qu’elle soit obligée de se reprendre.

Et le risque qu’il y ait coordination des politiques de l’oligopole ? Je me souviens qu’un homme politique invité du Club économie avait observé que la grande distribution avait procédé à une augmentation collective de ses prix. Alors ont émergé des discounters. Exemple de « destruction créatrice » ? La pression de l’innovation force le monopole à ne pas s’endormir disait Schumpeter.

Compléments :

dimanche 19 octobre 2008

La France nouvel Eldorado des biocarburants brésiliens

Rémy Janin dans un article de la Tribune (17 octobre), portant le titre de ce billet, explique que l’État diminue ses subventions à l’industrie des biocarburants français.

Une économie de 400m€ qui devrait, selon lui, coûter 25000 emplois, et fournir un marché captif aux exportations brésiliennes (« une délocalisation qui ne dit pas son nom ») : en 2010, il faudra incorporer 10% de biocarburants dans l’essence ; seuls les produits brésiliens seront concurrentiels. La subvention de l’État est passée de 50,2 centimes le litre en 2003, à 27 en 2008, à 17 en 2009, « or, selon le SNPAA, la filière n’est plus viable lorsque les aides passent sous la barre des 21 centimes par litre ». (SNPAA = Syndicat national des producteurs d’alcool agricole.) Observations :
  • La taille des subventions est inattendue. Y a-t-il beaucoup d’autres industries qui reçoivent de telles aides ? Ou qui se retournent vers l’Etat quand leurs affaires vont mal ? Renault parle de licencier 4000 personnes, ne devrait-il pas, lui aussi, demander de l’argent ?
  • Peut-on croire au chiffre de 21 centimes (calculé par le principal intéressé) ? Même si c’est le cas, comment se fait-il que la subvention ait été aussi élevée il y a encore peu ? La filière aurait-elle fait des gains de productivité colossaux (30 centimes par litre en 5 ans !) ? Pourquoi alors ne continuerait-elle pas à cette vitesse ?
  • Outre la stupidité du gouvernement, on voit dans l’article l’image terrifiante du Brésilien. Le concurrent qui cause le chômage de l’honnête français et ruine l’industrie agricole. Étrange, La Tribune était terrorisée il y a peu par la menace d’un réflexe protectionniste mondial, qui transformerait la crise en un cataclysme (OMC et Responsabilité de la Presse). Elle encourage maintenant le protectionnisme français ? Mais, au fond, n’a-t-elle pas raison ? La concurrence n’est-elle pas la logique du capitalisme ? L’élimination du faible par le fort ? Ne devons-nous pas protéger le faible ? Les 25000 otages du SNPAA ?
  • La logique du capitalisme, c’est l’échange, pas la concurrence. L’échange se nourrit de la diversité. Pour que les Chinois achètent nos produits, il faut 1) qu’ils aient l’argent pour cela, c'est-à-dire qu’ils soient capables de vendre quelque chose ; 2) qu’ils produisent autre chose que ce que nous produisons. Alors, plus ils produiront, plus ils achèteront, plus le reste du monde produira et achètera. Voilà le mécanisme qu’ont découvert les premiers économistes. C’est pourquoi ils étaient convaincus que l’échange ferait la fortune du monde et de tous.
    Application. D’une part, les exportations brésiliennes enrichissent le Brésil et lui permettent de consommer, nouveau marché pour les échanges internationaux. D’autre part, l’agriculture française dégage ses terres d’une production peu rentable, et se positionne sur d’autres marchés sur lesquels son savoir-faire lui donne un avantage. La population mondiale croît, le nombre de personnes atteignant un niveau de vie occidental va être multiplié probablement par 3, voire plus, dans les prochaines décennies. Le monde est un Eldorado pour l’agriculture française ! Juste une question de talent, et de motivation.

Complément :

  • Le mécanisme dont il est question ici est expliqué par Jean-Baptiste Say (Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996). Si quelqu’un augmente sa production de x, cela veut dire qu’il a échangé ce x contre quelque chose d’équivalent. La production de l’ensemble a progressé de 2x (donc sa « richesse », le PIB étant la mesure conventionnelle de la richesse d’un pays). Si la production chinoise augmente de x, la production mondiale augmente de 2x. « L’émergence » de pays en développement est donc une bonne nouvelle pour l’économie.

samedi 27 septembre 2008

Aventures au Pakistan

De l’influence de la culture sur le commerce.

Un ami construit un réseau de distribution au Pakistan.
Il rencontre un distributeur important, lui propose un nouveau produit. Est-il intéressé par une exclusivité ? Pas du tout : il faut absolument que ce produit soit distribué par ses concurrents ! Immédiatement, l’ami en question s’est trouvé avec un accès à près de la moitié de la population locale !

Plus le nouveau produit sera connu, plus il se vendra, et plus le distributeur gagnera d’argent ? Façon d’entretenir des relations amicales avec ses collègues ?

Est-ce une stratégie inférieure à la nôtre, qui veut que tous soient en concurrence avec tous, ou nouent une entente illicite pour exploiter leur client ?