jeudi 31 août 2017

Levée de fonds

Que penser des plates-formes de levée de fonds ? (me demande-t-on.) J'observe :
  • Que les investisseurs disent que le facteur premier de choix est l'entrepreneur. Les projets ne se passent jamais comme prévu. Ce qui est décisif est la capacité du dirigeant à changer de cap, au bon moment. 
  • Un associé d'un fonds d'investissement choisit un dossier par an. Ce qui veut dire qu'il en élimine beaucoup, et qu'il passe beaucoup de temps à creuser celui dans lequel il veut mettre de l'argent. 
Comment tout ceci s'applique-t-il aux plates-formes ? Il faut diversifier ses risques en investissant dans beaucoup de projets ? Encore faut-il que, globalement, ce qui passe par les plates-formes ait une chance de croître. Qu'il n'y ait pas un biais systématique. D'autant que, comme un fonds, une plate-forme prélève ce qui lui permet de vivre, et que cela ampute sérieusement le rendement de l'investissement.

Cependant, la plate-forme a un intérêt si elle ne vous propose pas un investissement, mais un pré achat d'un produit nouveau qui vous plaît. Là encore, l'affaire n'est pas tout à fait évidente. En effet, pour porter à votre connaissance l'existence du produit, il aura fallu faire beaucoup de publicité. Ce qui est coûteux. Donc le produit risque d'être cher...

Histoire de l’extrême droite en France.

On parle beaucoup d’extrême droite, mais qu’est-ce que c’est ? 

Si j'en crois ce livre, c’est extraordinairement confus. Au début, l’extrême droite, ce sont les royalistes. Puis ce sont les nationalistes, sur le modèle Allemand. C’est-à-dire le mythe d'une culture propre à la France, enracinée dans son histoire. (On ne peut pas comprendre de quoi il s’agit si l’on n’a pas lu Barrès et les auteurs de ce temps.) Aujourd’hui, c’est le Lepénisme, que j’aurais bien du mal à définir. En fait, ce sont des ramassis de mécontentements, aux soubassements extrêmement fragiles. A tel point que leurs leaders doivent les fédérer en recherchant des dénominateurs communs plus ou moins théoriques. Maurras en donne un grand exemple : il est royaliste par raison. De même qu’il perçoit l’antisémitisme avant tout comme un moyen de rassemblement. Il en est de même pour la religion catholique. Surtout, les courants d’extrême droite sont extraordinairement fluctuants. Ils sont corrélés aux difficultés du pays. Ils accrochent les mouvements de mécontentement. Mais dès que la conjecture se rétablit, c’est fini. D’ailleurs leur diabolisation leur sert : en brouillant le jugement des gouvernants, elle les empêche d’agir. Ce faisant, les circonstances favorables aux extrêmes se maintiennent.

Vichy fut le grand moment de l'extrême droite. Pour la seule fois de notre histoire, elle gouverne le pays. Mais quel bric à brac ! Comme Boulanger, Pétain était perçu comme un militaire de gauche. Il est rejoint par un assemblage invraisemblable d’individus de toutes origines : Doriot vient du PC, où il rivalisait avec Thorez, Spinasse est un ministre de Blum, etc. Et, une fois de plus, après la stupéfaction initiale, le peuple ne suit pas les excès du pouvoir. A partir de 41, il devient « attentiste » dit l’ouvrage. Mieux, le mouvement d’extrême droite qui a le mieux réussi est celui des Croix de feu du Colonel de la Roque. Or, ce colonel a été un résistant !

Anomie ?
Les auteurs du livre croient avoir trouvé des invariants à la question de l’extrême droite. Je n’en suis pas sûr. Comme le dit une citation donnée en introduction, « extrême droite » semble surtout un terme injurieux. Ce qu’il recouvre n’est que de peu d’intérêt pour ceux qui l’emploient. En particulier, on l’associe à « fascisme ». Autre terme flou. Au mieux, il signifie la dissolution de l’homme dans un groupe ultra hiérarchisé. Une aspiration que l’on prête au Français, comme chacun sait…


La théorie de la complexité dit que la vie est ce qu’il y a entre le chaos et l’immobilité. Je me demande si l’extrême droite n’est pas une réaction de la vie au chaos, qui réclame, par contre coup, l’immobilisme. De gauche à droite on a qualifié la République d’avant guerre de 40 de « désordre établi ». Camus, en particulier, a été extrêmement sévère vis-à-vis d’elle. Il en a été de même de celle d’avant 14. Ce désordre était à la fois une question de scandales, de politiciens véreux, de lâcheté, de manque de charisme et de courage, mais aussi de valeurs. On reprochait à l’argent et au « libéralisme » matérialiste de corrompre la société. L’extrême droite est un appel au rétablissement de « l’ordre ». Il vient, en minorité, de gens qui s’opposent au mouvement général de la société, qui veulent l’immobilisme. Mais c’est surtout un refus de « l’injustice », c’est à dire d’une société qui trahit son principe, fondateur, de solidarité. (Les chômeurs grossissent les rangs des extrêmes, mais aussi ceux qui estiment qu’on leur manque d’un respect qui est dû à tout homme.) Le livre dit que les thèses de l’extrême droite gagnent la société, ce qui en fait le danger. Je crois plutôt que, lorsqu’il souffre, l’homme cherche des causes à ses difficultés. Et, faute d’avoir l’entraînement pour ce faire, et le temps, il débouche sur des idées simplistes. Bref, il me semble que l’extrême droite est un « phénomène » dû à un changement qui se passe mal. Une question d’anomie.

mercredi 30 août 2017

Capital risque

J'entends : j'ai un projet qui va rapporter beaucoup, pourquoi cela n'intéresse-t-il pas le capital risque ? 

Parce que l'objectif du capital risque n'est pas de prendre des risques. Les associés d'un fonds sont des salariés. Ils touchent généralement trois pour cent des fonds qu'ils lèvent. Ce qui leur permet de se verser un salaire, parfois très confortable, sur cinq ans. Après quoi ils cherchent d'autres fonds. En conséquence, ils doivent dire à ceux qui vont leur apporter de l'argent, par exemple les fonds de pension, ce qu'ils ont envie d'entendre. Or, ces fonds ne sont pas dirigés par des entrepreneurs, mais par des salariés. Comme dans toute entreprise, leur opinion est fonction des idées de leurs chefs, et de leur monde. D'ailleurs, vu l'écart entre le jour de l'investissement et sa réalisation (plus de cinq ans), il y a amplement le temps de changer de job, et d'éviter les conséquences de ses actes. 
En outre, les fonds vendent aux fonds. Là aussi il y a une logique : cela évite de se fatiguer à trouver des investissements, et cela permet de ne pas avoir de surplus de fonds, que réclameraient les investisseurs, ce qui serait un handicap dans une prochaine levée. Ce qui peut entretenir une bulle spéculative pendant une quinzaine d'années. 
D'où l'importance des modes telles qu'IA et Big Data, l'ubérisation ou autre. Ce sont elles qui permettent à la profession de s'orienter. Le véritable entrepreneur, dans ce monde, est celui qui parvient à créer ces modes. Alors, c'est le jackpot. 

Et si vous avez un projet qui rapportent beaucoup ? Il faut chercher des gens qui aient de l'argent et qui veulent gagner beaucoup... 

(Il y aurait une autre façon de faire : des entrepreneurs qui ont réussi créent un fonds et demandent des financement supplémentaires. Ils se paient uniquement en variable.)

Le suicide d’une République : Weimar

Je suis arrivé à la République de Weimar par Paul Ricoeur. Il semblait dire qu’une conséquence inattendue de Weimar avait été le mouvement de masse et le nazisme… Démocratie : concept à manier avec précaution ?

Ce livre ne répond pas à ma question. Comme on le fait souvent dans le monde anglo-saxon, il analyse brillamment la production intellectuelle de l’époque. Je ne suis pas sûr que cela ne rate pas une partie de l’action. En tout cas, je ne suis pas convaincu que la République de Weimar ait été un « suicide », comme le dit le titre. Au contraire, j’ai l’impression qu’elle aurait pu réussir.

En fait, elle naît sous des auspices effroyables. L’Allemagne est en proie à des forces de dislocation terrifiantes. Je lisais que la gauche française d’avant guerre (avec Keynes) estimait que le traité de Versailles était inique. Car la France était aussi, voire plus, responsable du conflit que l’Allemagne. Or, ce que dit ce livre est que l’Allemagne était déjà aux prises, avant 14, avec une pensée totalitaire. Elle estimait que sa « Kultur » devait dominer le monde, parce qu’elle était supérieure aux autres. Et qu’elle devait retrouver sa place, volée par le progrès anglo-saxon. Cela débouche sur une formidable pulsion de mort. Elle se retrouve dans l’œuvre de Heidegger, notamment. C’est de la confrontation avec le néant que va naître l’éclair de génie qui va transformer le monde, et lui donner un sens.

Mais ce n’est pas tout. Les démocrates qui prennent le pouvoir en 18 sont de dangereux amateurs. Alors que l’armée est discréditée, ils s’allient à elle pour écraser, dans le sang !, les Spartakistes, leur aile gauche. Son honneur est restauré, elle pourra désormais miner la démocratie et préparer en toute sérénité un coup de force. A cela s’ajoute le fait que l’intellectuel confonde démocratie et critique systématique. Donc qu’il tire contre son propre camp, et le discrédite.

Pourtant, cela a failli marcher. Et c’est, peut-être, une grande leçon. Il semble qu’il y ait eu deux facteurs favorables au maintien du régime. Le premier, c’est la prospérité. Elle tue dans l’œuf tous les mouvements de contestation. Le second, c’est Stresemann. C’est un homme politique qui ne vient pas du camp républicain. Mais il se prend d’amitié pour la démocratie, et lui apporte son talent, et son pragmatisme. Malheureusement, il meurt en 29.


Ce qui met le feu aux poudres, ce sont les pacifiques Américains. La croissance allemande est dépendante des capitaux étrangers. La crise de 29 les assèche. Mais, là encore, tout n’est pas perdu. La prise de pouvoir de Hitler ne s’est pas passée comme je le pensais. Car, après des élections réussies, il subit un revers. On croit alors que ses carottes sont cuites. Il envisage le suicide. Mais voilà qu’un politicien traditionnel croit pouvoir l’utiliser… On connaît la suite.

mardi 29 août 2017

Changement durable

L'histoire est écrite par les vainqueurs, répétait le PDG d'une multinationale. La fin justifie les moyens. Aujourd'hui, on pense plutôt que ce sont les idées qui font l'opinion. D'où, sans doute, cette bataille de communiqués, publicité d'un côté ("l'avenir est à Big Data") et conseils maternels des ONG, de l'autre ("fais pas ci, fais pas ça"). 

En réalité, la manipulation a ses limites, physiques. Lorsque l'on crève de faim, ou lorsque l'on constate que l'on est moins bien traité que son prochain, on se révolte. Ce qui fait l'histoire, ce sont des rapports de force, qui résultent de la capacité à fédérer les hommes en mouvements puissants. Les idées sont utiles alors (cf. les religions), comme cri de ralliement. Jusqu'à ce qu'elles rencontrent, lorsque l'on veut les mettre en oeuvre, leurs limites. 

Tout le travail du changement, c'est trouver des cris de ralliement durables ?

A rebours

Un esthète hypocondriaque cherche le bonheur dans sa chambre. En réaction à la société qu'il abhorre, il ne trouve sa satisfaction que dans un art décadent qui imite la laideur. 

Ce qui donne à Huysmans l'occasion de faire un exposé à la Bouvard et Pécuchet de l'art de son temps, et de donner libre cours à une érudition confondante. C'est surtout un exercice de style extraordinairement brillant. 

Mais est-ce beaucoup plus qu'un exercice de style ? Lorsque l'on voit ce qu'il dit de Gustave Moreau, de Villiers de l'Isle Adam et de quelques autres de ses amis, on peut se demander si ce n'est pas un manifeste d'auto satisfaction à la gloire de leur génie collectif. 

Où l'on comprend pourquoi certains s'extasient devant un tableau blanc ou une salle d'exposition vide ? 

Chronique / Architecte du changement

Et moi, que fais-je dans le changement ? Dans la logique de ce qui précède, je suis un donneur d'aide. Assistance à architecture du changement, en quelque sorte. 

Depuis plus de vingt ans, mon métier consiste à aider un dirigeant qui envisage un changement critique (qui l'inquiète) à mettre au point le dispositif qui lui permettra d’atteindre l’objectif désiré. Ce dispositif doit lui paraître "évident". (Sans quoi, il ne saura pas le mettre en oeuvre.)
Exemple : pour un équipementier, faire fonctionner un processus de gestion de projets (« programmes ») qui garantisse la rentabilité du groupe (« target costing ») ; pour un opérateur : fusionner des acquisitions en réalisant la plus value désirée ; relancer une PME sans moyens, après une quasi faillite ; lancer une activité d’édition de logiciel… 
Je travaille pour des multinationales, des PME, des start up, le secteur public, et l’économie sociale... Les problèmes humains sont les mêmes partout. Même les techniques de management se sont uniformisées. J’interviens presque toujours en situation de crise.
La particularité de mon approche est de s’appuyer au maximum sur les ressources de l’entreprise. Un changement bien conçu n’a besoin que de peu de moyens.
J'apporte de l'expérience, du recul, des méthodes. Et peut-être de la sympathie, et de l'énergie. 

La pratique avant la théorie
J'interviens donc peu dans la mise en oeuvre du changement. Il n'en a pas toujours été ainsi. La particularité de mon apprentissage a été d'avoir été intimement associé aux entreprises avec lesquelles j'ai travaillé. J'ai commencé par être un salarié qui avait un pied dehors. Puis un consultant qui avait un pied (et souvent un bureau) dedans. Cette familiarité me permettait de savoir qui était important dans la réussite d'un changement ("homme clé"), et ce qu'il fallait lui dire. 
Mais, l'âge, les évolutions des attentes vis-à-vis des consultants et la (modeste) notoriété ne permettent plus de faire ce travail de terrain. 

lundi 28 août 2017

Pensée musulmane

En 1995, Paul Ricoeur se demandait, déjà, comment intégrer la pensée musulmane à notre modèle social. En effet, pour l'Islam, le politique et le religieux ne font qu'un. 

Dans les mille et une nuits, on se convertit "sincèrement" à l'Islam sous la menace du sabre. En fait, je me demande si l'on ne passe pas à côté de la réalité lorsque l'on pense que les idées déterminent les actions. Lorsque l'on est à l'étranger, on s'adapte aux us et coutumes locaux sans se demander quel est leur soubassement philosophique. Les comportements s'ajustent d'abord. Ensuite la pensée leur trouve une justification. 

Curieusement, Paul Ricoeur est une illustration de ce que je viens de dire. Il parlait de "conviction et de critique". Il était à la fois protestant et philosophe. Or, ses deux caractéristiques, a priori antinomiques, s'entendaient très bien ensemble. Elles se sont adaptées l'une à l'autre. Au passage elles ont révélé, chez l'une et chez l'autre, des richesses inconnues. Elles ont même été le moteur de sa curiosité et de ses recherches. 

Et si les convictions n'étaient pas un frein à l'adaptation ? Mais, au contraire, une aide ? 

Chronique / Changement : des exemples

On parle beaucoup de "changement", mais, concrètement, qu'entend-on par là ? Trois exemples :
  • Groupe industriel. Une filiale, 6 usines, 2000 personnes. La société est dans le rouge depuis 10 ans (pays en surcapacité), et la holding demande un gain de productivité de 20%, sous peine de fermeture. Travail avec les directeurs d’usine et le comité de direction autour d’une modélisation de l’activité, par un benchmarking (comparaison) entre usines du groupe, puis avec des usines étrangères. Ce travail a débouché, en 6 semaines, sur un plan de doublement de la productivité de la filiale. Il a été mis en œuvre sur deux ans. 
  • Un équipementier gagne un appel d’offres. Mais le projet (5 ans) est en pertes de 200m€. Crise interne. Le projet est divisé en dix sous projets fonctionnels (achats, analyse de la valeur…). Chaque équipe de sous-projet fait des propositions de gains, et négocie avec les autres. En 4 semaines, un plan en résulte. Il remet le projet à l’équilibre. Il va être suivi par la direction générale et mis en œuvre sur deux ans. 
  • Une PME, 10m€ de chiffre d’affaires. Elle sort d’une quasi faillite à la suite d’une acquisition malheureuse. Le dirigeant, épuisé, envisage de fermer l’entreprise. Diagnostic : l’entreprise a un potentiel inexploité. A la fois en termes de chiffre d’affaires (doublement possible) et de marge (passage de 3 à 10%). Seulement, pour le réaliser, il faut qu’il délègue une partie de ses pouvoirs à son équipe de direction, sans perte de contrôle. (D’ailleurs elle est d’un très bon niveau.) Technique : le dirigeant fait la liste des questions qu'il faut résoudre pour réussir la transformation. Il les pose à son comité de direction. Il demande de lui proposer des plans d'actions, qu'il puisse contrôler à distance. Les réponses le satisfont.
Tout cela paraît simple. En fait, cela cache l'essentiel. Ces changements sont des sortes de miracles. Ils ont été, massivement, parcourus par des mouvements irrationnels, incompréhensibles, inimaginables. La transformation finale s'est faite de manière inattendue, en dernière minute. Pourquoi ont-ils réussi ? Une profonds anxiété de survie ; une équipe compétente. (Et peut-être le bon donneur d'aide.)

Le changement est comme le rodéo : il faut s'accrocher et essayer de tenir, en espérant que le canasson finira par se calmer...

dimanche 27 août 2017

Mensonge

Voilà ce que dit M.Bergeret, héros d'Anatole France. 
Le mensonge (...) a des ressources merveilleuses. Il est ductile, il est plastique. Et, de plus (ne craignons point de le dire), il est naturel et moral. Il est naturel comme le produit ordinaire du mécanisme des sens, source et réservoir d’illusions ; il est moral en ce qu’il s’accorde avec les habitudes des hommes qui, vivant en commun, ont fondé leur idée du bien et du mal, leurs lois divines et humaines, sur les interprétations les plus anciennes, les plus saintes, les plus absurdes, les plus augustes, les plus barbares et les plus fausses des phénomènes naturels. Le mensonge est le principe de toute vertu et de toute beauté chez les hommes. Aussi voit-on que des figures ailées et des images surnaturelles embellissent leurs jardins, leurs palais et leurs temples. Ils n’écoutent volontiers que les mensonges des poètes. Qui vous pousse à chasser le mensonge, à rechercher la vérité ? Une telle entreprise ne peut être inspirée que par une curiosité de décadents, par une coupable témérité d’intellectuels. C’est un attentat à la nature morale de l’homme et à l’ordre de la société. C’est une offense aux amours comme aux vertus des peuples. Le progrès de ce mal serait funeste, s’il pouvait être hâté. Il ruinerait tout. Mais nous voyons que, dans le fait, il est très petit et très lent et que jamais la vérité n’entame beaucoup le mensonge.
Révolution ou statu quo ?
Que la société soit fondée sur le mensonge est posé en principe par les révolutionnaires de 1789. D'où leur idée : bâtir la société sur la "raison". Ce à quoi l'Angleterre, avec Burke, a répondu que la société était le fruit d'une lente mise au point que la raison ne pouvait comprendre. Vive le statu quo et l'Ancien régime. Cependant, l'argument révolutionnaire revient régulièrement, surtout chez les Anglo-saxons. C'est ainsi que Michael Hammer, le théoricien d'une des modes de management qui a fait le plus de bruit, a affirmé qu'il fallait reconstruire les entreprises de zéro, à partir des nouvelles technologies de son époque. Tout ce que l'on entend sur le "changement de culture" de l'entreprise, mais aussi sur la "démocratisation" du monde, post 1989, ressortit probablement au discours révolutionnaire.

Entre Burke et les révolutionnaires, il existe une troisième voie. Celle de Kant et des anthropologues. La société est un "système" complexe. Le re concevoir de zéro est au delà de la raison. Mais le statu quo est, lui aussi, impossible. Notamment parce que le dit système doit se "consommer" pour se maintenir. Une autre raison, qui exige l'évolution, est que, comme le pensaient Hammer et les révolutionnaires, la société est aux mains des intérêts particuliers, qui cherchent à lui imposer un statu quo qui les arrange, et qui, donc, se met en travers du mouvement naturel de changement. Le rôle de l'être humain est, peut-être, de naviguer entre toutes ces forces pour faire évoluer la société, sans révolution. En respectant ses principes constitutifs, et ses aspirations.