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mercredi 30 août 2017

Le suicide d’une République : Weimar

Je suis arrivé à la République de Weimar par Paul Ricoeur. Il semblait dire qu’une conséquence inattendue de Weimar avait été le mouvement de masse et le nazisme… Démocratie : concept à manier avec précaution ?

Ce livre ne répond pas à ma question. Comme on le fait souvent dans le monde anglo-saxon, il analyse brillamment la production intellectuelle de l’époque. Je ne suis pas sûr que cela ne rate pas une partie de l’action. En tout cas, je ne suis pas convaincu que la République de Weimar ait été un « suicide », comme le dit le titre. Au contraire, j’ai l’impression qu’elle aurait pu réussir.

En fait, elle naît sous des auspices effroyables. L’Allemagne est en proie à des forces de dislocation terrifiantes. Je lisais que la gauche française d’avant guerre (avec Keynes) estimait que le traité de Versailles était inique. Car la France était aussi, voire plus, responsable du conflit que l’Allemagne. Or, ce que dit ce livre est que l’Allemagne était déjà aux prises, avant 14, avec une pensée totalitaire. Elle estimait que sa « Kultur » devait dominer le monde, parce qu’elle était supérieure aux autres. Et qu’elle devait retrouver sa place, volée par le progrès anglo-saxon. Cela débouche sur une formidable pulsion de mort. Elle se retrouve dans l’œuvre de Heidegger, notamment. C’est de la confrontation avec le néant que va naître l’éclair de génie qui va transformer le monde, et lui donner un sens.

Mais ce n’est pas tout. Les démocrates qui prennent le pouvoir en 18 sont de dangereux amateurs. Alors que l’armée est discréditée, ils s’allient à elle pour écraser, dans le sang !, les Spartakistes, leur aile gauche. Son honneur est restauré, elle pourra désormais miner la démocratie et préparer en toute sérénité un coup de force. A cela s’ajoute le fait que l’intellectuel confonde démocratie et critique systématique. Donc qu’il tire contre son propre camp, et le discrédite.

Pourtant, cela a failli marcher. Et c’est, peut-être, une grande leçon. Il semble qu’il y ait eu deux facteurs favorables au maintien du régime. Le premier, c’est la prospérité. Elle tue dans l’œuf tous les mouvements de contestation. Le second, c’est Stresemann. C’est un homme politique qui ne vient pas du camp républicain. Mais il se prend d’amitié pour la démocratie, et lui apporte son talent, et son pragmatisme. Malheureusement, il meurt en 29.


Ce qui met le feu aux poudres, ce sont les pacifiques Américains. La croissance allemande est dépendante des capitaux étrangers. La crise de 29 les assèche. Mais, là encore, tout n’est pas perdu. La prise de pouvoir de Hitler ne s’est pas passée comme je le pensais. Car, après des élections réussies, il subit un revers. On croit alors que ses carottes sont cuites. Il envisage le suicide. Mais voilà qu’un politicien traditionnel croit pouvoir l’utiliser… On connaît la suite.

mardi 26 janvier 2010

Les Lumières

GAY, Peter, The Enlightenment, the rise of modern paganism, Norton, 1995. 

L’avènement des Lumières

L’histoire avait une part essentielle dans la vision du monde des philosophes. Pour eux elle était l’affrontement de l’obscurantisme et de la raison.

Les premières Lumières furent grecques puis romaines. Alors la société se disloque, l’élite se sépare d’une masse d’ignorants dont elle se désintéresse, ou dont elle exploite la crédulité.

Le Moyen-âge est dominé par le mythe, négation (volontaire) de la raison. Tout est lié : le Christianisme justifie la hiérarchie, fondement de l’organisation sociale (le drame shakespearien, c'est l'individu qui trouble cet ordre). La science ne disparaît pas, mais elle joue un rôle subordonné, comme les autres symboles d’une société qui n’est que symboles.

La Renaissance est la préhistoire des Lumières. Les Humanistes préparent l’arrivée des philosophes. Comme eux, ils admirent l’antiquité, sont énergiques, libres d’esprit, ont un grand sens moral. Ce sont les professeurs de pensée des philosophes. Mais ils n’ont pas leur optimisme. Ils se battent contre un destin qu’ils pensent invincible.

Peut-être est-ce le succès de la science qui va transformer le point de vue des hommes sur leur avenir ? Celle-ci sera précédée par des « propagandistes », Bacon et Descartes, qui définissent la méthode scientifique. Les découvertes, en particulier de Newton, suivent.

Les guerres de religion font avancer la cause de la tolérance et émerger le désir de fonder la société sur autre chose que le sectarisme, sur une sorte de droit immanent, le droit naturel.

Puis c’est le tour des libertins, qui, en sous-marin, vont saper les fondements de la société, et forger l’argumentation des philosophes, qui seront bien moins des penseurs originaux que des vulgarisateurs et de redoutables polémistes.

L’Église leur a facilité la tâche : non seulement elle est gagnée par leurs idées, dont elle ne perçoit pas la nocivité, mais elle sert la cause de ses ennemis en donnant une image peu chrétienne d’elle-même. D’ailleurs la ferveur religieuse de la société décline.

Les idées des Lumières

Les Lumières sont avant tout une lutte à mort avec le Christianisme, vu comme le pire des fanatismes. C’est l’affrontement de l’esprit critique et du mythe.

Les philosophes semblent avoir deux objectifs. Le premier est de mettre la nature au service de l’homme, au moyen de la science ; le second est de faire le bien.

L’homme est ce qu’il fait. Philosopher c’est agir, trouver puis faire ce qui est juste. Cette pensée est construite sur l’expérience pratique, c’est une pensée de bon sens. Elle veut débarrasser le monde du mythe, de ce qui est accepté sans réfléchir, donner à l’homme ce qui lui est accessible, et lui faire renoncer à ce qui est hors de sa portée (métaphysique).

Ses parents sont :
  • Stoïcisme : devoir de l’homme envers la société, identité éthique et politique, et théorie et pratique, fraternité des hommes, car partageant la raison universelle ;
  • Éclectisme : tous les systèmes ont une part de vérité, pour trouver la vérité il faut les combiner - justification de la tolérance ;
  • Scepticisme : le doute comme attitude première.
Commentaires :

2 réflexions
  1. La société serait-elle renouvelée périodiquement par des idées, apparemment inoffensives, qui, poussées dans leur logique, produisent une révolution ? Adoptées par tous, car séduisantes, elles sont fatales à certains, parce qu’elles contredisent les principes qui font leur légitimité ; leurs purs produits sortent vainqueurs de la transformation. (Cf. les bouleversements Internet, la libéralisation du monde, et les malheurs de l’URSS.)
  2. Le mal de l’Occident serait-il le Moyen-âge - une division de la société en classes, celle du bas étant asservie par la superstition ? Parallèle avec nos dernières décennies ?

lundi 28 décembre 2009

Liberté, égalité, fraternité

Petit à petit, j’ai compris que la devise de la France n’était pas ce qu’elle signifiait pour moi. Cela s’est fait en 3 étapes :

  1. Histoire intellectuelle du libéralisme de Pierre Manent affirme que le libéralisme a été le problème central de la réflexion des philosophes des Lumières : comment faire que l’homme ne puisse pas être asservi par un autre homme ? La « liberté », c’est ne pas pouvoir être asservi, et ne pas en avoir le désir, ajoute Rousseau.
  2. Ensuite, c’est le Contrat Social. Rousseau y explique que pour que l’homme ne puisse pas être asservi, il doit y avoir une « égalité de puissance ». « L’égalité », c’est avoir la même force que l'autre, ce n’est pas lui être semblable.
  3. Enfin, ce matin, en lisant The Enlightenment de Peter Gay, j’observe que l’on y parle de « brotherhood ». Et si la fraternité était cela : pas un sentiment fraternel mais la conviction que nous sommes tous frères, avec tout ce que cela implique ? Avec l’égalité on peut avoir une liberté guerrière (équilibre de la terreur), avec la fraternité, elle n’est plus possible.

Dans Liberté, égalité, fraternité, liberté est l’objectif, égalité et fraternité seraient deux conditions nécessaires, espérées suffisantes ?