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jeudi 20 août 2020

Biélorussie et changement

Biélorussie. Dedans : un président fort et décidé à rester. A l'extérieur : du côté du président, une Russie combattive, de l'autre, des Occidentaux tièdes. Pourtant, le mouvement semble prendre de l'ampleur.

Un espoir pour le Liban ? Mais pourquoi, alors, Hong Kong n'a-t-il pas fait plier la Chine ?

Mystères du changement ! Il est avant tout émotion. Car, l'individu rationnel n'a aucun intérêt à manifester : si personne ne vient à son aide, il se fera écraser. Et pourtant, des gens risquent leur vie, se mettent en marche, et sont rejoints par d'autres, qui finissent, peut-être, par penser que leur intérêt est d'aller au secours de la victoire. Et l'être rationnel, qui occupait le pouvoir, se met à trembler...

La théorie de la négociation de crise conclut que les désespérés ont un avantage décisif dans ce type de négociation.

Ce qui, par une curieuse pirouette, donne un espoir à l'esprit calculateur. En organisant le désespoir, il peut parvenir à faire basculer la situation. Il faut de tout pour faire un changement ?

dimanche 12 avril 2015

Reprise à l'Ouest

Vacances de Pâques ? Les articles de The Economist sont deux à trois fois plus longs que d’ordinaire. D’ailleurs tout commence par une éruption volcanique en 1815 ! Conclusion : les éruptions sont imprévisibles, peuvent avoir des tas de conséquences imprévues, mais l’humanité est beaucoup plus résiliente aujourd’hui qu’hier.

M.Renzi réforme, rien de neuf là aussi. D’après The Economist, les systèmes clientélistes auraient une sorte de point de bascule politique. « Quand un politicien démontre de manière convaincante qu’il ne fléchira pas, ses anciens ennemis changent souvent de camp. » La radio française et ses « 388 délégués syndicaux » (sur 5000 personnes) sont en grève tournante. Preuve d'efficacité : il y a eu « 622 réunions de comité d’entreprise en 2013 ». La Grèce rend visite à la Russie, mais revient bredouille. La Biélorussie, affectée par la crise ukrainienne, pourrait se tourner vers l’UE. En Angleterre, la dirigeante du parti indépendantiste écossais a une grosse côte de popularité. Elle dit vouloir faire gagner les travaillistes, mais c’est D.Cameron qui pourrait le mieux servir ses intérêts. L’accord sur le nucléaire iranien semble rencontrer moins de résistance que prévu. Mais il suffit que ceux qui s’y opposent en Iran parviennent à gêner les actions de contrôle pour que cela permette à ceux qui s’y opposent aux USA de le faire échouer. C’est de plus en plus chaotique en Iraq, en Syrie et en Lybie. USA. Si Mme Clinton est élue, elle fera la politique, très favorable à l’entreprise, de son mari. Cuba n’est plus en froid avec les USA. « Les entreprises américaines sont impatientes de traverser les détroit de Floride, mais il reste des obstacles. » « Mais le changement, même s’il est lent, ne peut probablement pas être arrêté. » Asie. « Il semble que M.Xi soit guidé par un rêve d’hégémonie régionale, dans lequel des pays comme la Corée du Sud et le Japon dérivent de leur propre volonté de l’orbite stratégique américaine vers celle de la Chine. »

L’énergie renouvelable se développe. En partie grâce à la Chine, très polluée. Il va devenir rentable de produire son électricité. Shell achète BG. Signe des temps. Le gaz est plus porteur que le pétrole. Les grands projets d’exploration ne sont plus d’actualité. Et les baisses de prix ont plus affecté les grandes compagnies que les petits producteurs de gaz de schiste. Bref, les grands fusionnent pour survivre. Mais l’avantage est peut-être aux petits. Le drone grand public a le vent en poupe. DJI, une entreprise chinoise, en vend déjà pour 500m$ par an. L’économie européenne décolle enfin. Ceux qui devraient en profiter sont ceux qui ont rendu flexible leur marché du travail, en particulier l’Allemagne et l’Espagne. Mais pas la France. « La reprise européenne devrait bénéficier aux entreprises et aux pays qui ont utilisé la crise pour devenir moins européens. » En Amérique, aussi, cela devrait repartir durablement. Du fait du départ à la retraite des produits du baby boom, la demande de main d’œuvre pourrait dépasser l’offre d'où augmentation des salaires. Les USA facilitent le « crowdfunding ». Beaucoup de petits investisseurs risquent d’y laisser leur chemise. 

samedi 1 janvier 2011

Syndrome du pays en développement ?

La Biélorussie a connu des élections trafiquées. Et semble partie pour devenir un régime peu fréquentable. Son exemple pourrait contaminer les pays de la région. (A nasty surprise in Belarus.)

Curieusement cela m’a rappelé l’histoire des pays en développement. Eux aussi ont été séduits par l’idéologie libérale. Eux aussi ont vu ce qui leur faisait office d’État détruit, et des dictateurs peu reluisants prendre leur direction.

Peut-être devrions-nous essayer d’éviter que cela arrive près de chez-nous ? Ce faisant nous serions peut-être capables de trouver une recette qui s’applique ailleurs ? 

mercredi 30 décembre 2009

France en panne

Hier RFI contrastait les succès du marché automobile français et l’échec d’Areva en Arabie Saoudite. Avant-hier Le Monde observait que nos champions nationaux essuyaient revers après revers.

Les pessimistes remarqueront que, face à une concurrence de plus en plus féroce, mondialisation oblige, l'équipe France semble décidément avoir bien du mal à renouveler ses élites et à produire les champions industriels de demain.

N’y aurait-il que ce qui est tiré par l’État (l’automobile) qui fonctionne ? Les grandes entreprises sont essoufflées, les petites soufrent, je ne vois pas vraiment de grand élan de création… La France semble désorganisée.

Or, tout change autour d'elle, non seulement les pays émergents sont redoutablement efficaces, mais le développement de l’UE semble parti pour s’accélérer (2020, l’Union des 37 ?), ce qui va poser de gros problèmes d’intégration, notamment lorsqu’arrivera le tour de l’Ukraine et de la Biélorussie (des parties intégrantes de l’histoire russe, pas encore très à l’aise avec notre acception de démocratie).

Peut-être serait-il utile que nous fassions un point sur l'état du pays, ce qui ne marche pas et comment le reconstruire ?

mardi 15 septembre 2009

Marc Rousset

Marc Rousset, qui a mené une carrière de dirigeant international et a écrit plusieurs livres de géopolitique, a présenté son dernier ouvrage au club économie de l’Association des anciens élèves de l’Insead. C’est une réflexion sur la stratégie que devrait suivre l’Europe. Ce que j’en ai retenu :

  • Il semblerait que parce qu’un de ses chapitres parle des problèmes que posera l’immigration en 2050 (50% des naissances proviendront d’immigrants non européens), il fait peur aux éditeurs et aux journalistes. La liberté d’expression serait-elle une illusion ?
  • Si je comprends bien, il nous dit que notre monde, que nous croyons calme et paisible pour l’éternité va exploser. 1) L’illusion anglo-saxonne d’une « globalisation », dirigée par la religion des droits de l’homme se dissipe et laisse apercevoir partout la force centrifuge de cultures hostiles les unes aux autres. Avec l’effacement de la puissance américaine, ces tensions s’exacerbent dangereusement. 2) La disparition de la population russe (un tiers de population en moins d’ici 40 ans) laisse un vide que la Chine veut combler, d’abord en entrant en Mongolie puis en saisissant la Sibérie. Le Japon devient un satellite chinois. L’Allemagne pourrait être tentée de prendre sous sa coupe l’Europe centrale. La Turquie est elle-aussi attirée par ses anciennes zones d’influence, en Asie. La France, victime des illusions du libre échange a laissé s’installer chez elle le modèle américain. D’où, comme aux USA, forte immigration économique, qui ne partage pas les valeurs culturelles des indigènes (en déclin démographique accéléré), et risques de conflits violents lorsque cette population immigrée sera majoritaire ; disparition de l’industrie au profit de pays émergents et perte de savoir-faire. Quant à l’UE, l’Amérique l’a voulue faible pour pouvoir la manipuler. Comment peut-elle ne pas se disloquer ?
  • Solution ? Reformer l’Europe de Charlemagne, principalement en quasi fusionnant France et Allemagne, établir des liens égaux avec Russie (qui absorbe Ukraine et Biélorussie) et USA. Éviter que l’Anglais ne devienne une langue universelle et ne détruise les langues, donc les cultures, nationales, en adoptant l’Esperanto.

Qu’en dis-je ? Diagnostic hautement vraisemblable : la tentative anglo-saxonne d’établir un ordre mondial a-culturel et a-social a échoué, et on est menacé d’un retour à la case départ, c'est-à-dire à un « choc des cultures » (propice à des guerres civiles plus qu’à des affrontements entre blocs). Mais la solution proposée n’est pas compatible avec mon expérience du changement (pas plus qu’avec celle du Marc Rousset redresseur d’entreprises, je soupçonne), trop théorique, rationnelle, « passage en force ». Mais le scénario est extrêmement intéressant, en particulier parce qu’il nous fait voir la Russie avec des yeux russes, et que cela donne un résultat bien différent de l'opinion anglo-saxonne.

L’intérêt du travail de Marc Rousset est considérable. Le monde affronte un énorme changement. C’est probablement dans l’ordre des choses : le changement est permanent. Mais le résultat de ce changement dépendra des mesures prises pour l’aborder. Si nous nous bouchons les yeux, comme nous le faisons aujourd’hui, le désastre est certain. Mais si nous regardons la question en face, et que nous envisageons les solutions possibles, il n’y a pas de raison que ce changement ne soit pas heureux.

Compléments :

  • ROUSSET, Marc, La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou, Godefroy de Bouillon, 2009.
  • Un complément à ce billet.
  • Sur l’illusion américaine : Grande illusion. Avec un nouveau désaccord avec Marc Rousset : les délocalisations et la disparition de l’industrie occidentale ne s’expliquent pas en raison de coûts humains – ils ne jouent qu’un rôle infime dans la compétitivité d’une entreprise (essentiellement déterminée par son « capital social », ses compétences clés), mais dans la volonté d’une élite dirigeante, apatride, désireuse de mettre le reste de la population en concurrence parfaite.
  • Sur l’histoire de Russie : Histoire de la Russie / Heller. Sur le rôle de l’Amérique dans la gestion du monde : Reluctant crusaders / Dueck ; et la création de l’UE, American visions of Europe. Tous ces travaux sont en accord avec M.Rousset.
  • La disparition de la puissance américaine, garante de la survie de son modèle d’organisation de la planète, devrait conduire aux phénomènes qui ont été observés dans les révolutions, c'est-à-dire à la montée en puissance de forces jusque-là invisibles (c’est le résultat normal d’un changement non contrôlé). Exemple : Changement en Russie.
  • Exemple possible des turbulences qui s’annoncent : Changement au Japon (suite).