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samedi 10 novembre 2012

Jospin, le révolutionnaire

Appliquer les idées du rapport Jospin nous ferait passer en 6ème République. Elles sont contradictoires avec les principes mêmes de notre « système » disait Jérôme Jaffré à la Rumeur du Monde de France Culture.
Si je le comprends bien, elles entraîneraient, par une sorte d’effet domino, sa disparition. C’est la mésaventure qu’a connue Louis XVI.

On ne parle pas assez de systémique, je trouve. C’est bien que l’on y pense, pour une fois.
C’est aussi une bonne leçon pour nous tous. Car, comme M.Jospin, nous tendons à trop voir les défauts de notre système et à oublier que ce système nous constitue. En voulant le corriger, nous risquons de le casser, et de retirer son sens à notre vie. 

lundi 9 janvier 2012

Élections présidentielles : comment passer à l’offensive ?

Drôles d’élections présidentielles. Les deux camps semblent enterrés dans leurs tranchées. On joue au mieux l’escarmouche.

Pourquoi ne bougent-ils pas ? Peut-être parce que leurs idées ne sont pas les nôtres. D’un côté, il y a un libéralisme débridé, que nous croyons à l’origine de la crise ; de l’autre de nobles principes, effrayants d’irréalisme.

Ce faisant, chacun court le risque d’être éliminé sans combattre, du fait d’un aléa malheureux. Comme M.Jospin en 2002. L’idéal du Viking, d’après le film de Kirk Douglas, était de mourir l’épée à la main. Peut-être est-ce mieux que de crever de remords ?

Quelle forme pourrait prendre une offensive ? La logique de la politique est le Machiavélisme. Une tentative :
  • M.Hollande pourrait montrer que partout en Europe ceux qui pensent comme M.Sarkozy utilisent la crise pour faire plus de libéralisme, remède au manque de compétitivité de l’entreprise. Et si notre président n’attendait qu’une réélection pour laisser libre cours à ses passions ?
  • Quant à M.Sarkozy sa force est probablement son hyperactivité brownienne et la haine irrationnelle qu’il inspire au camp adverse. La danse de Saint Guy à laquelle il se livre naturellement rend fou. Or, la gauche n’est qu’individualisme et ses francs tireurs ne demandent qu’une occasion pour partir en Jihad.
Compléments :
  • M.Sarkozy et sa taxe Tobin, probablement techniquement inapplicable, suivent-ils ces recommandations ? 

mardi 21 décembre 2010

Le nom des gens

Film de Michel Leclerc, 2010.

Enfin un film optimiste, où il n’y a pas de bons et de mauvais. On y découvre même un Lionel Jospin fort sympathique. Et que les vrais drames sont muets. 

samedi 6 février 2010

France et immigration

Comment la législation française a-t-elle évolué en ce qui concerne le droit des immigrants ? GUIRAUDON, Virginie, L’intégration des immigrés ou la politique de l’esquive, réformer sans changer de modèle ? in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.

L’étude montre que la notion d’ethnicité est commune à la droite et à la gauche. L'immigré est délinquant pour la droite, victime pour la gauche (images, d’ailleurs, relayées par les journaux). Mais la culture française lui est imperméable, son principe est que les Français sont égaux et que c’est à l’immigré de prouver qu’il veut rejoindre la communauté. L’outil d’intégration, ce sont les institutions de l’État providence (« insertion dans le marché du travail et leur participation dans les organisations sociales »). Comme elles sont en désarroi, l’immigré souffre. Cependant notre législation demeure étonnamment efficace pour donner les mêmes droits sociaux aux nationaux et non nationaux.
« par hasard, des populations issues de l’immigration sont de facto les bénéficiaires (proportionnellement) privilégiées des politiques dirigées contre l’exclusion sociale » puisque « la coïncidence entre leurs propres caractéristiques et les critères socio-économiques utilisés leur permet d’en bénéficier, sans que ces populations soient explicitement ou exclusivement ciblées ».
Par contre, il n’en est pas de même pour le droit politique, il demeure lié à la citoyenneté.
De ce fait, les partis politiques sont forcés de transformer la France en dissimulant leurs intentions :
les décideurs ont mis au point plusieurs stratégies d’esquive, pour que les électeurs ne puissent pas identifier facilement le responsable des réformes, soit en cherchant à obtenir un consensus large, soit en réduisant la visibilité des réformes
La gauche semble avoir été la plus habile à ce jeu. Elle a fait évoluer l’esprit des lois dans le sens d’une obligation de la nation à intégrer les immigrés (« lutte contre les discriminations » du gouvernement Jospin) ; Martine Aubry a exploité la montée de l’extrême droite en Autriche pour susciter un débat européen, et ensuite faire entrer en droit français ce qui en avait résulté (la mesure a été prise en un temps record, notamment parce que « la directive a été adoptée sans que les services ministériels susceptibles d’émettre des réserves aient été consultés »), à savoir les principes du droit britannique. Mais l’administration, l’INSEE en premier aurait résisté à cette attaque contre l’égalité. À la fin de l’étude (2005), il semble qu’il y ait un retour européen vers l’assimilation (l’immigré doit chercher à s’intégrer à la communauté d’accueil).

Commentaires
Je n’avais pas réfléchi à la question du traitement des immigrés avant de lire cette étude, et j’étais convaincu qu’il y avait discrimination. Ce texte m’amène à me demander si des Français de souche placés dans de mêmes conditions ne subiraient pas le même sort.
  • J’ai été frappé de voir que les personnels des SSII que je fréquente sont en énorme proportion d’origine maghrébine. Le conseil n’est-il pas un métier bien payé et intéressant ? Est-il indigne des Français de souche ? Ceux-ci demandent-ils trop ? Je n’ai pas d’explications.
  • Les immigrés de première génération que je connais et qui sont diplômés de grandes écoles font de très belles carrières (je précise que je ne connais pas Carlos Ghosn). À l’envers, d’après ce que me dit un ami issu du 93, ses camarades d’école, et son frère, Français de souche, vivent un chômage permanent et s’émerveillent « qu’il s’en soit sorti ».
Est-ce que ce qui cause les problèmes qui affectent ce que nous appelons maintenant des « minorités ethniques » ne vient pas de ce que la machine à intégrer les pauvres (l’école, l’armée et l’entreprise) a fait faillite ? D’ailleurs, est-ce que, comme le dit une citation ci-dessus, notre modèle donne « par hasard » les mêmes droits aux personnes qui se trouvent dans de mêmes situations ? Ou est-il tout simplement efficace ? Ne faudrait-il pas le faire fonctionner comme il devrait plutôt que d'essayer de le transformer ?

Compléments :

samedi 30 janvier 2010

France : crise de gouvernance ?

La population française est étonnamment homogène par rapport à ce à quoi elle croit. Non seulement la scission gauche droite chère à nos politiques ne correspond à rien pour nous mais le portrait que font de nous les journalistes n'est pas ressemblant :
L’analyse des données laisse apparaître un espace triangulaire de consensus politique, dont les trois sommets sont le libéralisme culturel, le libéralisme économique (liberté des entreprises, réduction des taxes et des dépenses publiques) et la protection sociale (Sécurité sociale, emploi et revenus).
Nous sommes, aussi, en majorité, « progressistes » (droit des homosexuels, opposition à la peine de mort…), peu nationalistes, l’Europe ne nous menace pas (même lorsque nous votons contre).

Peut-être plus curieusement, les gouvernants comprennent ce que veut le peuple, et le FN est totalement hors cible (et il l’était déjà en 2002 lorsqu’il a mis KO Jospin). Alors pourquoi vote-t-on FN ? Pourquoi demande-t-on une législation répressive, plus de discipline à l’école ?...

Mauvaises solutions à de vrais problèmes : l’opinion perçoit, justement, que ce qui est important pour elle (l’éducation, l’emploi…) se désintègre, et que le gouvernement est incapable d’y remédier.
La baisse de soutien aux responsables politiques est due à une perte d’efficacité de l’action publique.
Résultat :
La capacité démocratique du régime s’est détériorée de manière substantielle au cours des vingt années étudiées.
Compléments :
  • Ce qu’on demande au gouvernement est compliqué :
Une forte majorité de français voulant à la fois des d’impôts moins élevés et le maintien des services publics et des prestations sociales, la marge de manœuvre s’avère pour le moins réduite. Un gouvernement de droite ayant pour objectif une baisse importante des impôts devra réduire les services publics et les prestations sociales, et se trouvera confronté à une opposition de gauche. De son côté un gouvernement de gauche voulant accroître – ou même seulement maintenir – le niveau de prestation sociale sans modifier les critères de distribution devra, compte tenu des évolutions démographiques et professionnelles, augmenter fortement les impôts et s’opposer ainsi à la formation de coalition d’opposition de droite.
  • Base de ce billet : BALME, richard, Convergences, fragmentation et majorités cycliques dans l’opinion publique ? (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).