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dimanche 6 janvier 2013

Sarkozy : Thatcher honteux ?

Les changements de l’université mériteraient une enquête. Quelques idées inattendues récoltées au hasard des rencontres :

Notre ancien gouvernement aurait-il voulu en faire un bagne ? On y aurait abandonné les étudiants aux mains de réprouvés (= mauvais chercheurs), condamnés à faire deux fois plus de cours qu’aujourd’hui. C’aurait été une partie d’un plan d’économie drastique avec réduction des postes (à élèves constants) et fusion d’universités non fusionnables. Et tout ceci mené en force, sans prise en compte des réalités pratiques, ou des lois de la physique.

La recherche devait devenir excellente. Elle aurait, elle aussi, été restructurée, encadrée par allocation de crédit et orientée vers ce qui compte vraiment pour l’avenir de l’humanité : le classement de Shanghai et les besoins de l’économie.

Les universitaires ont peut être été malmenés, ce n’est pas pour autant qu’ils seraient des victimes. Car leur comportement ne serait pas très reluisant. L’université serait un monde de réseaux, non de mérite, qui, bien loin de ses nobles sentiments progressistes, serait incapable d’apporter une « éducation » à l’étudiant, en perdition. La bien pensance y aurait atteint les sommets du « terrorisme intellectuel ».

Et maintenant ? Le gouvernement aurait confié le dossier à une politique... Magouilles as usual ?

Un gouvernement méthodique
J'ai dit que N. Sarkozy était un apprenti sorcier du changement. J’ai eu tort. Tout ceci ressortit à une méthodologie de conduite du changement bien connue. Patrick Le Galès la décrit en ce qui concerne la réforme des régions. C’est ainsi que Mme Thatcher a transformé l’Angleterre, ses syndicats, ses collectivités locales, et son tissu économique peu compétitif. Cela ressemble aussi à ce que je comprends de la méthode France Télécom.

Cette technique a une double particularité. 1) C'est un moyen de démolition, non de changement. 2) Elle procède par enfermement de l'ennemi, en lui coupant les vivres. Se produit alors un effet curieux, quasiment auto-réalisateur : les misérables s’entretuent. 

Thatchérisme honteux ?
J’en arrive à une conclusion surprenante. Il y aurait eu un projet, dans certains cercles de pouvoir, de détruire, et non de réformer, une partie du pays. Nous avons été gouvernés par la haine. Malheureusement, dirait Machiavel, la haine n’est pas efficace. Les réformes Thatcher ont montré que la destruction n’est pas créatrice : une partie de l’Angleterre est devenue un désert économique, et on peut s’interroger sur la pérennité de ce qui semble avoir prospéré. L’Angleterre a liquidé son héritage, elle ne l’a pas régénéré.

Mais, Mme Thatcher a eu un mérite, et il est immense. Elle a eu du courage. Elle a dit clairement ce qu’elle allait faire. Chez nous, le projet a été tenu secret. Serions-nous un peuple  de lâches ? Et c’est peut être là qu’est le plus inquiétant. Il n’y a pas eu en France, comme en Angleterre de grève des mineurs. Ceux qui semblaient avoir tout à perdre de ces réformes n’ont pas protesté. Pourquoi ? Et si c’était parce que la France n’est que petites magouilles ? Et que faire trop de bruit aurait menacé de les dévoiler ? Syndrome DSK ?

lundi 26 avril 2010

L'invention du développement local

LE GALES, Patrick, Politique urbaine et développement local, L’Harmattan, 1993. Une thèse de doctorat qui aboutit à quelque chose qui me semble dépasser les ambitions que l’on aurait pu avoir pour une thèse.

Son sujet est l’invention des politiques de développement économique local par les villes. Comment, en une quinzaine d’années, les villes sont elles devenues des acteurs déterminés de l’économie ?

L’étude porte sur deux pays et deux cités : Angleterre et France, Coventry et Rennes.

On y voit les « jeux d’acteurs » qui influencent les orientations d’une ville. Curieusement, ces acteurs semblent des frères ennemis, qui partagent nombre de valeurs communes. Dans ces conditions, peut-on parler de choix démocratique ? L’élite dirigeante représente-t-elle les opinons de la population ?

Mais il y a plus surprenant. La cause de la transformation de la politique des deux villes vient de la combinaison de la crise économique et de la montée des « classes moyennes du secteur public ». Classes de gauche passées par les idéologies 68, mais converties à une forme de capitalisme.

Ce qui m’a amené à me demander si notre histoire de ces dernières décennies n’a pas été la prise de pouvoir économique par la classe des diplômés.

mercredi 10 février 2010

La régionalisation de la France

LE GALÈS, Patrick, Les deux moteurs de la décentralisation, concurrences politiques et restructuration de l’État jacobin, in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006. Difficile de savoir quoi penser de la régionalisation française :

C’est un mouvement paradoxal. On pourrait le croire issu d’une pensée libérale, visant à dissoudre l’organisation bien propre de l’État jacobin pour donner le pouvoir à l’individu. Or, commencé dans les années 60, il a été majoritairement porté par la gauche, et il a conduit à un alourdissement préoccupant du poids public. Car, si, ailleurs dans le monde, il y a eu « décentralisation de la pénurie », probablement du fait du poids politique de leurs élus, les collectivités locales ont obtenu les moyens de leurs nouvelles responsabilités. Aujourd’hui elles représentent « plus de 70% de l’investissement public ». Curieusement, la dislocation n’a pas signifié victoire du libéralisme : les pouvoirs locaux semblent être des mini  États providence cherchant à s’arroger les prérogatives de l’État. Avec peut-être l’émergence (préoccupante) « d’oligarchies » public-privé. L’État aurait été repoussé à un rôle de stratégie et de contrôle, surtout financier (le ministère des finances est un gagnant de la régionalisation). Cependant les structures traditionnelles (commune, département, Sénat) ont résisté, ce qui ne clarifie pas le paysage.

Commentaires

J’en suis réduit aux questions :
  • La régionalisation aurait-elle été l’expression des ambitions des potentats locaux, désireux de se constituer une République personnelle ? Reflète-t-elle un besoin de la population ?
  • La régionalisation semble avoir augmenté le poids des dépenses publiques. Mais ces dépenses sont devenues difficilement contrôlables, du fait de leur dispersion. Ce système délocalisé est-il efficient, n’aurait-on pas de synergies à réaliser en recentralisant un peu la France ?
  • N’y a-t-il pas risque de déséquilibre entre acteurs locaux, les plus forts accroissant sans arrêt leur avantage au détriment des plus démunis ?
À creuser.

mercredi 6 janvier 2010

Patrick Le Galès

Patrick Le Galès, directeur de recherche au CEVIPOF (CNRS et Sciences Po), fait un exposé à l’Université de Beaune des Chambres d’agriculture. L’histoire de France récente se serait faite en trois cycles : l’État jacobin centralisateur, 40 ans de décentralisation, nouvelle centralisation qui verrait l’État procéder à un « assèchement financier » du pays, avec pour devise « que le meilleur gagne ». Plus d’exception française : les pays européens vivraient les mêmes difficultés, et suivraient les mêmes modes. Personne ne sait ce qui va en sortir : « on est tous perdus ».

Far West

  • L’État ancien issu de la Révolution, centralisé, très présent dans les départements, avec ses corps de fonctionnaires appliquant la politique publique, ses élus forts mais sans moyens d’action, sa surreprésentation du rural… a subi une décentralisation de 40 ans, qui émerge en 82/83. Une nouvelle loi traitant de décentralisation apparaît alors tous les 5 ans. Mais l’État n'est pas capable de trancher : départements (ancien), villes et régions (nouveau), cohabitent. Résultat : ça a été à la fois « l’âge d’or des territoires », noyés de personnels et d’argent, et un grand moment de « bricolage », chaque entité locale s’adaptant à sa mode.
  • Années 70 / 80, montée des régionalismes, partout en Europe. Vague d’échecs des réformes publiques. On se demande : « les sociétés sont-elles encore gouvernables ? ». Chaque gouvernement cherche à compenser sa perte de pouvoir, à sa façon : la France arrose les résistants d’argent et s’endette, l’Angleterre décrète le règne du marché, les Belges optent pour le fédéralisme, l’Italie ne fait rien et sombre dans la crise.
  • Aujourd’hui les pays européens se serviraient de laboratoires les uns aux autres. Ce qui plaît chez l’un est adapté par tous. Le gouvernement Fillon appliquerait une recette anglaise, un nouveau type de centralisation. Il s'agirait de réduire massivement la dette nationale, dont la culpabilité serait attribuée aux régions. Or, l’État sait qu'il est face à plus fort que lui. La solution anglaise consiste à ne plus négocier, à ne plus se préoccuper du local (liquidation des ministères et des corps qui géraient le territoire – santé, agriculture, équipement), à tout mettre dans un paquet, dont on réduit les ressources financières (LOLF, RGPP, le ministère des finances étant la machine infernale d’assèchement des ressources du territoire). Privé d'air, il doit se réformer. Pour mieux régner, on le divise, en favorisant des différences de traitement qui provoquent les haines fratricides. On ajoute à cela un pilotage par indicateurs, et un dispositif de contrôle régional. Les agences jouent un rôle déterminant. Dirigées par des hauts fonctionnaires que l’on déplace à volonté, elles ont une mission unique qu’elles poursuivent avec détermination.

Qui émergera de ce chaos ? Ce n’est plus la légitimité démocratique qui donne le pouvoir mais la « capacité politique publique », la capacité de tirer les marrons du feu, d’obtenir des résultats. C’est le Far West ? En tout cas, il devrait en sortir une « mosaïque » de solutions fruits des circonstances locales particulières. Et chaque niveau de l’organisation sociale (local, régional, national, européen) aura sa mosaïque.

Commentaire

En termes de conduite du changement, ceci correspond à :

  1. Une stratégie de passage en force : le gouvernement impose ses réformes contre la volonté de tout ou partie de la nation. En particulier, il ne les explique pas.
  2. D'où « résistance au changement ».
  3. Le gouvernement « l’achète », d’où augmentation de la dette du pays.
  4. Ce n’est pas durable, il trouve plus efficace : « diviser pour régner », utiliser les failles de la société pour la disloquer. Elle ne résiste plus.

Y avait-il un autre moyen de faire ? Comme l’explique ce blog et les sciences humaines, les groupes sociaux ont des mécanismes internes de transformation. La résistance au changement les révèle : quand on la rencontre, il faut interpréter sa logique et agir en fonction. Ainsi on peut transformer l’organisation, sans la démolir et sans se ruiner.

En attendant que le gouvernement découvre cette loi de la nature, que devons-nous faire ? Deux stratégies :

  1. jouer l’oligarque et exploiter le chaos que créent les réformes ;
  2. prendre le contre-pied de l’effet qu’elles tentent de susciter : préserver le lien social de la dislocation.

Compléments :

  • Google et Microsoft III donne des exemples d'application des deux techniques de changement : individualiste (diviser pour régner) et sociale (l'union fait la force).
  • Il n’est pas surprenant que notre gouvernement copie l'Angleterre : ce pays a porté l’art de « diviser pour régner » à sa perfection. C’est ainsi qu’il a fait s’entretuer les populations qu’il avait colonisées. Un exemple récent : le Waziristan, bastion du pouvoir taliban : The last frontier.
  • Les résistances organisationnelles au changement.