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mardi 7 décembre 2021

Villette de Charlotte Brontë

Villette, édition 1952 de l'université d'Oxford, de Charlotte Brontë. Hasard du rangement.

Au dix-neuvième siècle, lorsque l'on était pauvre, on ne pouvait pas se marier. Mariage, qui était la grande affaire de la vie. Une jeune femme, pauvre, décide de partir à l'étranger chercher fortune. Car il semble y avoir de la place pour les services de gouvernantes étrangères. Elle arrive dans le pays de Labassecour, avec son port de Boue-Marine, sa ville de Bouquin-Moisi, son fils ainé de monarque répondant au nom de duc de Dindonneaux, et sa capitale, Villette. (Il s'agit, je soupçonne, de la Belgique.) On y parle français. Elle se fait embaucher par une école pour jeunes filles, l'enseignement étant une des industries de la ville. Elle y rencontre, par un hasard qui fait étonnamment bien les choses, des proches, fortunés, dont elle avait perdu la trace depuis dix ans.

Livre construit un peu curieusement, avec des histoires qui émergent et disparaissent brutalement, sans qu'il y ait un fil conducteur véritable. Plus biographie et anthropologie que roman. 

Notre pauvre coeur trouvera-t-il le bonheur ? En tout cas, ce livre est l'occasion de portraits tout en nuances, pleins d'humour. C'est aussi un livre de femme, qui dément les thèses des féministes modernes. Non la femme du dix neuvième siècle ne se sentait pas opprimée par l'homme. Le livre de femmes est un miroir de celui écrit par l'homme, d'ailleurs : on n'y voit que des femmes, elles tirent les ficelles de la société, et s'affrontent dans une lutte à mort ; les hommes y sont "le beau sexe", pas très futés, et essentiellement jugés sur leur apparence. 

C'est aussi un livre d'Anglais, très content des valeurs, saines, de sa nation, et très méfiant vis-à-vis des Papistes, et de leur doucereuse hypocrisie, ou de l'art quand il heurte le bon sens populaire. On y aperçoit le Français, mais de très loin : insupportablement arrogant. 

Pour le Français, une leçon de ce livre est que la Belgique est une France à visage humain. 

samedi 17 octobre 2015

Interviewé par la RTBF


Hier matin, j'ai passé trente minutes dans une émission de la radio belge, RTBF. Il était question de mon dernier livre. J'étais dans mes petits souliers : je n'ai jamais rencontré de journaliste qu'en face à face ou par téléphone, pour un article... alors participer à une demi-heure d'une émission de grande écoute... Et à distance. 

Illustration de "J'ai pensé à tout..." : méfiez-vous de vos préjugés. J'avais l'habitude du journaliste qui vous fait parler d'un livre qu'il n'a pas lu. Là, j'ai eu l'impression que l'animatrice connaissait mieux mon travail que moi ! (Méfiez-vous des Belges ?) En tout cas, quelle pro : la dynamique de l'émission était remarquablement agréable, y compris pour moi qui en était la victime. Il suffisait de se laisser porter. Malheureusement, ne voulant pas ennuyer l'auditeur, je pense que j'ai été un peu trop court dans mes réponses.

En tout cas, j'ai constaté deux choses. Il y a beaucoup de pub utilisant de l'anglais dit en anglais correct ou par des Anglo-saxons (de type : "êtes vous I have a dream ou Yes we can ?"), et la problématique du changement semble raisonner bien mieux en Belgique qu'en France. Voilà, encore une fois, qui m'a pris par surprise. Le temps de réaliser mon erreur, l'émission était passée.  Mais c'est plus facile de rejouer le match que d'y participer. 

Le podcast est ici : http://t.co/AID6a03FXz. Je n'ose pas l'écouter...

(PS. Je l'ai écouté, pour raison familiale, et je me suis trouvé compréhensible.)

vendredi 2 octobre 2015

Liège, la modeste

Je rends visite à Liège, à l'occasion d'une formation. Elle est organisée par la CCI. Très dynamique, très innovante, et très petite CCI, qui n'a rien à voir avec les nôtres. Ce n'est pas une émanation de l'Etat, mais une entreprise privée ! 

Liège m'a surpris. 200.000 habitants seulement, mais une gare de TGV qui fait pâlir toutes les nôtres, un aéroport, où l'on déjeune très bien, et une équipe de foot, le Standard de Liège, parmi les meilleures de Belgique ! Impensable chez nous. Peut-être cela est-il un souvenir des heures de gloire de Liège ? Car elle fabriquait l'acier et l'armement. 

Dans un exercice, j'ai demandé aux dirigeants participants de définir les caractéristiques de la Wallonie. La principale, à l'unanimité : "modestie". Et, effectivement, j'ai eu la surprise de voir des managers de transition expérimentés me demander conseil. Décidément, impensable chez nous. Et si la Wallonie était un peu trop modeste ?, me suis-je dit.

jeudi 2 avril 2015

Changement en Belgique

Passionnante discussion avec un citoyen de Liège. Épatante vision systémique de l'évolution de son pays. Ce que j'en retiens :

J'ai d'abord appris que le citoyen belge était "pragmatique". Puis que Liège est la seule ville de Belgique qui fête le 14 juillet. Et que nos présidents déprimés y viennent chercher un peu d'affection. Ils y attirent des foules immenses. Ensuite que la Wallonie a été "la région la plus riche du monde" : charbon et sidérurgie. Mais, après guerre, épuisement du charbon et du minerais de fer. La pétrochimie devient dominante, ce qui fait la fortune du port d'Anvers et de la Flandre. Fortune quelque peu fragile : pour que le port d'Anvers soit accessible, les Hollandais doivent draguer l’Escaut. Ce qui n'est pas fatalement dans l'intérêt de Rotterdam. La Wallonie a alors connu des "restructurations toujours plus sérieuses". Mais peut-être la ville de Liège, au moins, a-t-elle trouvé un moyen de se tirer d'affaire ? La logistique. En effet, c'est un couloir naturel entre la France et le reste de l'Europe. (Et régulièrement emprunté par l'Allemagne pour se rendre chez nous.) TGV, autoroutes, aéroport, c'est un nœud des réseaux de transport européens. D'ailleurs, Ryan Air s'est installé à Bierset, l'aéroport de Liège. Et l'activité logistique y occuperait 20 à 30.000 personnes. 

Bref, l'homme n'est pas grand chose au milieu de ces grands mouvements géostratégiques ? Mais c'est aussi pour cela que rien n'est jamais joué ? 

dimanche 12 octobre 2014

Calme avant la tempête ?

En Italie, M.Renzi tente de faire passer des réformes. Il veut convaincre Mme Merkel de sa bonne volonté. Afin qu’elle fasse un geste. Sinon, c’est la chute libre. La France, elle, ne fait même pas semblant. Ce qui énerve considérablement ceux qui se sont serré la ceinture. Particulièrement les petits pays. La Grèce a une énorme économie souterraine. Le meilleur moyen de la faire se dissoudre serait une reprise de la croissance. Ebola tue en Espagne. Les économies budgétaires auraient-elles affaibli son système de santé ? Partout Ebola fait peur. Si bien que l’on prend des mesures qui pourraient bien accroître les risques. (Par exemple en interdisant certains vols, ce qui amène les voyageurs à adopter des moyens de transport que l’on ne contrôle pas.) En Ukraine, la paix est guerrière. Mais personne n’a intérêt à ce que le conflit reparte. Si c’est le cas, ce sera le chaos. En attendant, l’Ukraine et le Vénézuéla devraient connaître la faillite. A Hong Kong, le gouvernement chinois espère que le temps va endormir les manifestants. Mais ceux-ci auraient la population de leur côté. En Belgique, un nouveau gouvernement est nommé. Le parti séparatiste flamand ne demanderait plus l’indépendance, mais des réformes économiques. La situation reste explosive. Le Moyen-Orient était fait de régimes féodaux. La disparition des pouvoirs centraux (victimes du printemps arabe ou de l’Occident) a laissé libre cours aux guerres de milices. En Chine, l’expérimentation de la zone de libre échange de Shanghai aurait accouché d’une souris. Les bureaucrates locaux, pris de panique par la campagne anti-corruption de M.Xi seraient paralysés. D’une manière générale, le pays semble dans la situation du Japon des années 80. Il ne parvient plus à gagner en productivité. Les Israéliens rêvent de Berlin. La vie y est moins dangereuse et moins chère que chez eux. M.Obama a tellement peur des conséquences imprévues de ses actes, qu’il ne fait plus rien. Ce qui aura des conséquences graves, dit un de ses proches.

Enfin une bonne nouvelle pour l’Europe ? Le dollar s’enchérirait. Ce qui serait bon pour nos exportations. Mais mauvais pour les pays émergents, que les investisseurs pourraient fuir. Mais l’Amérique pourrait accuser l’Allemagne, grande bénéficiaire et hyper excédentaire, de lui voler des emplois. Le Luxembourg n’est pas qu’un paradis fiscal. Il présente beaucoup d’intérêts pour beaucoup de gens riches. Les milliardaires français construisent des musées privés.

L’adoption de la télémédecine serait bloquée par le fait qu’elle demanderait la réorganisation de la médecine. Ça va mal pour l’industrie pétrolière. Les prix du pétrole baissent, les coûts augmentent. Alors elle abandonne ses mégaprojets (forages en eau profonde et Arctique) et parie, comme un seul mouton, sur le gaz de schiste. Pas de chance, car « si le prix du pétrole continue à baisser, pas même le miracle américain du schiste en sortira indemne ». Ça va mal pour l’industrie automobile. Comme un seul mouton, elle parie sur le haut de gamme. Malheureusement, « les automobilistes n’apprécient pas assez la marque des constructeurs de masse pour vouloir leur acheter plus que des modèles de base ». 

lundi 29 juillet 2013

Globalisation acte 2 : la fin

Pays émergents : la fin du miracle. Ils ont profité d’un moment favorable. L’élite occidentale les a vus croître sans inquiétude. Et les chaînes d’approvisionnement ont rendu possible un développement explosif. On n’en connaît pas encore toutes les conséquences (écologiques, en particulier). Mais cet épisode a produit des effets pervers. Les émergents ont accumulé des dollars, ce qui a abaissé le prix de leurs exportations, et encouragé les émergés à vivre à crédit. Tout se termine avec un monde en déséquilibre, et en crise. Chacun se replie sur soi. Et les prochains pays émergents n’apportent pas assez de personnes pour alimenter un nouveau boom. The Economist aimerait que, cette fois, on évite un conflit.

La crise et ses remous :

La Belgique change de roi. Est-elle l’image de la zone euro ? « piégés dans un mariage royal arrangé. Ils continuent ensemble parce qu’ils n’osent pas y mettre un terme. » Le Moyen-Orient se transforme. « Le toujours puissant Etat égyptien avec l’appui nouveau de l’opinion publique et l’argent des pays du Golf, ennemis des frères musulmans, vont vraisemblablement contenir les islamistes, bien que, probablement, au prix d’une violence modérée. » « La Syrie en tant que pays a cessé d’exister. Différentes parties appliquent différentes lois, allant des anciennes lois nationales à la sharia ou à aucune loi. Les économies sont locales et dépendent de nouvelles affaires liées à la guerre. Différents drapeaux flottent sur les bâtiments administratifs – quand ils existent encore. » Détroit fait faillite. Symptôme d’un problème national. Les villes et les Etats ont promis des retraites et des régimes sociaux à leurs employés, dont ils n’ont jamais eu les moyens. Prévenir est trop compliqué. Seule la crise, une série de faillites, peut permettre de résoudre le problème. (L’ajustement porterait sur 2700md$ : quel va être l’impact de cet appauvrissement massif sur les USA ?) Les Républicains estiment que M.Obama a employé des moyens déloyaux pour se faire élire (n’auraient-ils pas fait de même ?), ce qui justifie qu’ils bloquent le fonctionnement du pays.

Imminente crise boursière ? Apparemment les bourses croient à une croissance qui ne va pas arriver. Elles sont surévaluées. Comme tout le monde, l’Australie a trouvé de nouvelles sources de gaz. Ce pourrait être une « bénédiction », mais le coût d’exploitation semble s’envoler… 

Presse. Les journaux anglais, malgré leurs énormes tirages, suivraient le chemin de ceux des autres nations. Baisse des ventes. Baisse des revenus publicitaires. Presse régionale en difficulté. Trop de titres nationaux. On tente de renforcer la place des abonnements et d’Internet. Mais, ce n’est pas assez.

Et tentatives pour réagir ?

Grande nouveauté. Fini l’obsession des coûts ? Les entreprises envisagent d’avoir une stratégie prix. Les fondateurs sont-ils de meilleurs dirigeants que les managers professionnels ? Pas toujours, mais généralement oui, surtout s’ils savent s’entourer. Et ils ont un avantage décisif lorsqu’il faut réussir des changements difficiles. 

Chasse aux paradis fiscaux. Tentative d’accord international. Les intérêts en jeu sont tellement importants qu’il y a peu de chances de succès immédiat. Mais The Economist est confiant sur le long terme. (La faiblesse de l’entreprise par rapport au gouvernement serait sont court-termisme ?) Les 9 plus grands assureurs attirent l’attention des régulateurs. Ils présenteraient, comme les banques, des risques systémiques. Non pour leur activité traditionnelle, mais pour leurs diversifications.

Science et culture (éternelles ?)

Notre sommeil serait affecté par la lune. Peut-être parce que nos ancêtres devaient avoir le sommeil léger lors des pleines lunes. Facile de nous implanter de faux souvenirs. Un des grands cataclysmes de notre histoire aurait été provoqué par une météorite volatilisant le pétrole et le gaz de l’écorce terrestre d’où nuage de méthane et effet de serre. Enfin, Kafka était « un individu névrosé, hypocondriaque, tatillon, complexe et sensible dans tous les domaines, et qui tournait toujours autour de lui-même, et faisait des problèmes d’absolument tout. (…) Kafka décrivait le monde comme il le voyait. Plein d’individus solitaires et persécutés, mais pas sans espoir. »

mercredi 17 octobre 2012

Belgique divisée

Wikipedia wallonie
Les séparatistes flamands gagnent des élections municipales. Un invité de France Culture, l’autre jour, disait que la Belgique se disloquerait. Nouvelle victime de la rigueur. Et guerre fratricide, juste au moment où l’Europe recevait le Nobel de la paix pour avoir mis fin à ses guerres fratricides.
C’est curieux, d’ailleurs, comme l’histoire récente de la Belgique ressemble à celle, plus ancienne, de l’Allemagne. Des deux côtés, un pays arrogant et puissant qui connaît la déchéance de la cigale, et contre lequel se déchaîne la haine longtemps accumulée par le partenaire humilié, enfin prospère. 

lundi 19 mars 2012

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?
  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

dimanche 24 juillet 2011

La Belgique sauvée par la crise ?

Bien que la Belgique n’ait jamais été aussi bien gérée que depuis qu’elle n’a plus de gouvernement, les limites du séparatisme flamand pourraient apparaître.

S'il y a divorce, qui va récupérer les dettes du pays ? Et la riche et francophone Bruxelles ? Et si les marchés s’en prenaient à la dette belge ? (Ceci n'est plus un pays)

mercredi 20 juillet 2011

Crise de l’euro et idéologie

La Grèce ne compte que pour 2,5% du PIB de la zone euro. Pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas réglé ce problème immédiatement ? Pourquoi est-elle sur le point de nous entraîner, selon l’expression anglo-saxonne, dans un Armageddon mondial ? se demande la presse étrangère. (Firefighting)

Nous sommes dirigés par des fantoches, répond-elle, en substance. Éternel drame de la démocratie.

Je n’en suis pas sûr. Nos politiques ont accompli le devoir que leur prescrit Aristote. À savoir « les législateurs (…) cherchent à créer chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons ». (Éthique à Nicomaque). En effet, ils ont répandu une théorie à laquelle ils croyaient : « le riche est créateur de valeur ».

La crise révèle une faille de cette théorie. La coupable Grèce peut faire capoter la vertueuse Allemagne. Le sort des riches et des pauvres est lié.

Mais, si le riche crée la valeur, tout impôt est scélérat ! entend-on en Allemagne, en Flandre et aux USA.

Or, il faut bien plus que de la vertu et du courage pour aller à l’encontre de l’idée fixe d’un peuple. 40 ans de propagande ? Armageddon ?...

Compléments :

vendredi 24 juin 2011

Médiocre démocratie

Il se confirme que M.Berlusconi pourrait être remplacé par le chaos.

Le gouvernement anglais est faible, mais, curieusement, son opposition a placé à sa tête un leader qui lui garantit l’échec.

La situation française est proche. Que dire de la Belgique ?

Les démocraties sont elles malades ou leur solidité constitutive leur permet elle de vivre sans direction ? L’incompétence de leur tête est-elle la contrepartie de la liberté et de l’autonomie de leurs membres ? 

mardi 7 septembre 2010

Belgique au crépuscule

L’UE pourrait compter bientôt un ou deux nouveaux Etats, selon que la Belgique se sera divisée en 2 ou en 3.

Curieux comme ses conflits internes reflètent une histoire culturelle aussi vieille que l’Europe. D’un côté on a une communauté d’origine germanique soudée, efficace et déterminée, de l’autre une tribu gauloise qui ne sait que se chamailler, et qui est incapable de défendre les valeurs auxquelles elle croit. Allemagne / France années 30 ?

lundi 14 juin 2010

Sécession belge

Une grande majorité de la Flandre serait en faveur d’une dissolution du royaume.

The Economist y voit le sort de l’Europe. Même problème : « déficit démocratique ». Les Flamands ne peuvent que se lamenter des déficits wallons, mais n’ont aucun pouvoir sur eux, et les wallons ne peuvent rien faire contre les séparatistes flamands, parce que leur vote ne compte pas en Flandre. De même l’Allemagne ne peut imposer sa rigueur aux Grecs.

L’argument me semble fallacieux. Ce que l’on voit en Belgique ce sont deux communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’était la situation de l’Europe avant la construction européenne : hostilité.

Si les peuples ne veulent pas s’unir, aucun mécanisme ne pourra les y contraindre. L’Europe est une volonté d’union. 

mercredi 28 avril 2010

Greekman brothers

Les commentateurs étrangers sont fort inquiets de l’avenir de l’Europe. Effet domino qui ferait s’effondrer un après l’autre tous ses pays, et dont toutes ses banques (en premier lieu allemandes) crèveraient ? Sans compter que l’UE étant le seul endroit qui n’a pas dévalué sa monnaie, elle est très importante pour la relance d’une Amérique peu solide.

La bonne nouvelle là dedans est que l’avenir est imprévisible. Il en faut infiniment peu pour retourner une situation.

Angela Merkel gagne une élection et devient, de manière imprévisible, un canard boiteux ayant recours à un populisme qui pourrait, s’il dépasse les limites, être fatal à la Grèce et enclencher l’effet domino ci-dessus. Va-t-il être accéléré par une querelle linguistique disloquant une Belgique fragile ou une élection anglaise rendant ingouvernable le pays ?…

Curieux comme parfois le sort de la planète tient à un rien.

Compléments :

Belgique dissoute

Débat entendu sur RFI. Un Flamand extrême (Bruno Valkeniers), une Wallonne.
  • Ils semblent d’accord pour se séparer. Seuls problèmes : Bruxelles, qui est francophone mais en Flandre, et quelques autres importantes minorités francophones.
  • La représentante wallonne me semble demander l’asile politique à la France pour son peuple. 

mercredi 17 mars 2010

Herman Van Rompuy

Son expérience de la Belgique, pays cimenté par la haine que se portent ses composants, semble avoir été un terrain d’entraînement idéal. M. Van Rompuy pourrait être l’homme qu'attendait l’Europe.

Contrairement à ceux qu’on lui préférait jadis, il ne semble pas vouloir imposer son point de vue à l’Europe, sur tel ou tel sujet. Ce qu’il semble désirer, c’est faire de l’Europe quelque chose qui marche.

M.Van Rompuy est-il un homme d’ambitions désireux de pousser les gouvernements nationaux vers une plus forte intégration européenne ? Ou est-il un pragmatique, soucieux de ne pas imposer des idées à des gouvernements élus ? Les deux : il est un homme de compromis.

Juggling Europe's stars.

mercredi 6 janvier 2010

Patrick Le Galès

Patrick Le Galès, directeur de recherche au CEVIPOF (CNRS et Sciences Po), fait un exposé à l’Université de Beaune des Chambres d’agriculture. L’histoire de France récente se serait faite en trois cycles : l’État jacobin centralisateur, 40 ans de décentralisation, nouvelle centralisation qui verrait l’État procéder à un « assèchement financier » du pays, avec pour devise « que le meilleur gagne ». Plus d’exception française : les pays européens vivraient les mêmes difficultés, et suivraient les mêmes modes. Personne ne sait ce qui va en sortir : « on est tous perdus ».

Far West

  • L’État ancien issu de la Révolution, centralisé, très présent dans les départements, avec ses corps de fonctionnaires appliquant la politique publique, ses élus forts mais sans moyens d’action, sa surreprésentation du rural… a subi une décentralisation de 40 ans, qui émerge en 82/83. Une nouvelle loi traitant de décentralisation apparaît alors tous les 5 ans. Mais l’État n'est pas capable de trancher : départements (ancien), villes et régions (nouveau), cohabitent. Résultat : ça a été à la fois « l’âge d’or des territoires », noyés de personnels et d’argent, et un grand moment de « bricolage », chaque entité locale s’adaptant à sa mode.
  • Années 70 / 80, montée des régionalismes, partout en Europe. Vague d’échecs des réformes publiques. On se demande : « les sociétés sont-elles encore gouvernables ? ». Chaque gouvernement cherche à compenser sa perte de pouvoir, à sa façon : la France arrose les résistants d’argent et s’endette, l’Angleterre décrète le règne du marché, les Belges optent pour le fédéralisme, l’Italie ne fait rien et sombre dans la crise.
  • Aujourd’hui les pays européens se serviraient de laboratoires les uns aux autres. Ce qui plaît chez l’un est adapté par tous. Le gouvernement Fillon appliquerait une recette anglaise, un nouveau type de centralisation. Il s'agirait de réduire massivement la dette nationale, dont la culpabilité serait attribuée aux régions. Or, l’État sait qu'il est face à plus fort que lui. La solution anglaise consiste à ne plus négocier, à ne plus se préoccuper du local (liquidation des ministères et des corps qui géraient le territoire – santé, agriculture, équipement), à tout mettre dans un paquet, dont on réduit les ressources financières (LOLF, RGPP, le ministère des finances étant la machine infernale d’assèchement des ressources du territoire). Privé d'air, il doit se réformer. Pour mieux régner, on le divise, en favorisant des différences de traitement qui provoquent les haines fratricides. On ajoute à cela un pilotage par indicateurs, et un dispositif de contrôle régional. Les agences jouent un rôle déterminant. Dirigées par des hauts fonctionnaires que l’on déplace à volonté, elles ont une mission unique qu’elles poursuivent avec détermination.

Qui émergera de ce chaos ? Ce n’est plus la légitimité démocratique qui donne le pouvoir mais la « capacité politique publique », la capacité de tirer les marrons du feu, d’obtenir des résultats. C’est le Far West ? En tout cas, il devrait en sortir une « mosaïque » de solutions fruits des circonstances locales particulières. Et chaque niveau de l’organisation sociale (local, régional, national, européen) aura sa mosaïque.

Commentaire

En termes de conduite du changement, ceci correspond à :

  1. Une stratégie de passage en force : le gouvernement impose ses réformes contre la volonté de tout ou partie de la nation. En particulier, il ne les explique pas.
  2. D'où « résistance au changement ».
  3. Le gouvernement « l’achète », d’où augmentation de la dette du pays.
  4. Ce n’est pas durable, il trouve plus efficace : « diviser pour régner », utiliser les failles de la société pour la disloquer. Elle ne résiste plus.

Y avait-il un autre moyen de faire ? Comme l’explique ce blog et les sciences humaines, les groupes sociaux ont des mécanismes internes de transformation. La résistance au changement les révèle : quand on la rencontre, il faut interpréter sa logique et agir en fonction. Ainsi on peut transformer l’organisation, sans la démolir et sans se ruiner.

En attendant que le gouvernement découvre cette loi de la nature, que devons-nous faire ? Deux stratégies :

  1. jouer l’oligarque et exploiter le chaos que créent les réformes ;
  2. prendre le contre-pied de l’effet qu’elles tentent de susciter : préserver le lien social de la dislocation.

Compléments :

  • Google et Microsoft III donne des exemples d'application des deux techniques de changement : individualiste (diviser pour régner) et sociale (l'union fait la force).
  • Il n’est pas surprenant que notre gouvernement copie l'Angleterre : ce pays a porté l’art de « diviser pour régner » à sa perfection. C’est ainsi qu’il a fait s’entretuer les populations qu’il avait colonisées. Un exemple récent : le Waziristan, bastion du pouvoir taliban : The last frontier.
  • Les résistances organisationnelles au changement.

mardi 15 septembre 2009

Sécession belge

Il semblerait que la division de la Belgique soit envisagée, du moins par les écrivains dont parle Quel avenir pour la Belgique ? Trois scénarios :

  1. Bruxelles et la Wallonie rattachées à la France
  2. Bruxelles et la Wallonie unies et indépendantes.
  3. Une confédération belge.

Est-ce sérieux ?

dimanche 21 septembre 2008

De l’utilité de l’État

Dans The beginning of the end game (www.voxeu.org), Daniel Gros et Stefano Micossi observent que la banque centrale américaine, la FED, a nationalisé le système financier américain. Devant l’énormité des moyens nécessaires, elle a dû demander l’aide de l’Etat. Perte d’indépendance.
  • J’observe que durant quelques décennies les hommes d’affaires anglo-saxons se sont demandé à quoi servait l’Etat. Quand ils ne voulaient pas l’éliminer, ils pensaient qu’il serait bien mieux entre leurs mains. Aujourd’hui ils découvrent son rôle : sauver leurs entreprises de leurs erreurs. Eux qui se croyaient indépendants du monde, c’est parce qu’ils ont pris la planète en otage qu’elle vient à leur secours.
  • D’où question inattendue : certaines nations européennes (Allemagne, Belgique, Grande Bretagne) seraient trop petites pour sauver leur principale banque ! L’article conclut qu’il va falloir passer au niveau supranational : la BCE doit se préparer à jouer le rôle de la FED.
Ce qui laisse l’Angleterre en dehors du système. Un encouragement à y entrer ?