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mercredi 12 novembre 2014

Condorcet, analyse relationnelle et big data

Les travaux de Condorcet sur le vote ont eu une curieuse conséquence. On a découvert que sa mathématique permettait de faire des typologies de données. C’est le domaine de l’Analyse relationnelle de MM. Marcotorchino et Michaud.

Imaginons que vous soyez la NSA et que vous vouliez identifier automatiquement une communauté d’esprits malfaisants, sans même savoir qu’ils existent. Condorcet vous propose une technique qui permet de regrouper les mails mondiaux selon des classes de similarité, sans avoir à faire de traitement préliminaire des données ordinaire en statistiques (ce qui demande du temps et introduit un biais). Pour cela il faut disposer d’un moyen de coder les mails (par exemple en fonction des « unités lexicales » employées). De là on peut définir deux mesures, de proximité et d’éloignement, entre éléments pris deux à deux. Alors apparaît le critère de Condorcet pour une partition des données. C’est la somme des mesures de proximité des éléments d’une même classe plus la somme des mesures d’éloignement des éléments appartenant à des classes distinctes. Optimiser ce critère permet, en quelque sorte, de disposer d’une partition qui maximise à la fois la proximité entre éléments d’une même classe et la distance entre éléments de classes distinctes.

Bien qu’heuristiques, les algorithmes (programmation linéaire) qui permettent de faire ces calculs sont sensiblement plus efficace que ceux qu’utilisent d’autres techniques de classification.

Enseignement ? Condorcet pensait que sa mathématique ferait le bonheur de l’humanité. Comme Taylor, il avait sous-estimé la complexité du problème. Surtout, la première application de ses travaux pourrait bien servir au flicage. La motivation à nuire à l’humanité aurait-elle toujours un coup d’avance sur la volonté à l’aider ? (Ou est-il plus complexe d’aider que de nuire ?)

(En quoi cela simplifie-t-il le travail de la NSA ? Chaque classe est représentée par un élément central, ce qui permet de savoir, simplement, ce qui la caractérise. Ensuite, il suffit de faire liquider par un drone les classes suspectes. Les approximations de l’heuristique sont ensuite traduites en « dommages collatéraux »  par la communication officielle.)

vendredi 27 janvier 2012

Faut-il supprimer les anniversaires ?

J’ai toujours regretté de ne pas avoir pu approfondir les travaux de Jean-François Marcotorchino. C’est un mathématicien qui a inventé des méthodes d’analyse de données qui ne demandent pas de les grouper (par exemple, « avez-vous dix ans ou moins, entre onze et vingt ans… »). Ce qui a d’énormes avantages, les classements introduisant des biais.

Ne faudrait-il pas faire de même avec l’âge ? Avec notre système actuel, nous nous réveillons du jour au lendemain avec l’impression d’avoir pris une décennie, ou d'être devenu un autre. Illogique ?

À la réflexion, il me semble qu’il a tout de même une vertu. Il nous force au changement. De temps à autre, nous recevons un choc brutal. Qui nous contraint à faire le deuil de ce que nous étions, et de réinventer notre approche de la vie, et nos attentes. 

vendredi 20 février 2009

Sémiotique de la crise

Le professeur Jean-François Marcotorchino m’envoie une analyse sémiotique du discours actuel sur la crise. Par Jean Maxence Granier. Question : où se situe le mien ?

Une modélisation en 4 cases

  1. A Crise = accident. Issue : on revient à la situation antérieure à la crise (2007).
  2. B Crise = folie passagère. Issue : retour à un capitalisme sain.
  3. C Crise = mutation. Issue : un capitalisme repensé.
  4. D Crise = rupture. Issue : autre chose que le capitalisme, voire le chaos.

Maintenant, à moi de parler.

Les mécanismes du changement

Pas tout à fait d’accord avec les 4 cases. Mon opinion s’est construite sur mon expérience des transformations d’entreprise à laquelle j’ai essayé de donner une portée un peu plus universelle, en cherchant à y raccorder ce que la science avait dit sur le sujet. J’ai trouvé un assez grand accord entre science et expérience.

Pour moi l’évolution est irréversible. Certes, je dis souvent que l’entreprise tend à l’homéostasie (A), mais s'il est vrai que les changements de l’entreprise échouent la plupart du temps, il en reste toujours des traces. Une sorte de handicap rémanent qu’il a fallu compenser par un gain de productivité.  Le changement qui réussit me semble assez bien modélisé par l’ethnologie (cf. Schein, Lewin…) : il joue sur la culture de l’entreprise, en mettant plus ou moins en avant certaines de ses valeurs préexistantes (hypothèses fondamentales). Ce qui est cohérent avec B. Cependant, il me semble qu’il s’agit d’une réinterprétation du code de loi de l’entreprise, avec ajout de codicilles (C). Le passage en force peut conduire à une destruction du système (D). Exemple : gains de productivité de l’entreprise qui la privent de son savoir faire, des réformes post 68 qui ont détruit l’ascenseur social ou les syndicats… Mais le système garde toujours un lien avec le précédent. La pensée moderne se reconnaît dans la pensée grecque ou dans la pensée chinoise des origines. La révolution française n’a pas touché aux structures fondamentales de la société française (cf. Tocqueville).

L’effet de serre illustre différemment ces idées. Pendant des siècles l’humanité a accumulé des cochonneries dans son écosystème, sans conséquence apparente. Les mécanismes d’autorégulation avaient le dessus. Jusqu’à franchissement d’un seuil. On entre, après une transition, dans un autre mode de régulation. Cependant, si elle survit, l’humanité continuera à s’appuyer sur certaines des recettes qui ont fait son succès.

Ma lecture de la crise

  • Nous sommes passés d’une phase de capitalisme dirigiste (après guerre), à une phase ultralibérale (80 – 2000). La première était caractérisée par un contrôle du marché quasi-total par une technostructure qui dirigeait des états keynésiens puissants et de grandes entreprises planificatrices. La seconde a vu la dislocation de l’état et des entreprises au profit d’une classe de managers financiers apatrides, dirigeants d’entreprise ou d’organismes financiers, qui s’appuyaient sur la doctrine de la liberté totale des marchés.  
  • À cela s’est ajoutée la « mondialisation ». Dorénavant l’ensemble de la planète semble obéir aux mêmes règles du jeu capitaliste. Les nouveaux joueurs ont-ils contribués à l'achèvement des phases précédentes ? En favorisant la déstabilisation de l’édifice planifié (offensive japonaise, crise pétrolière des années 70 / 80), ou en accélérant la débâcle de l’ultralibéralisme (en encourageant sa tendance naturelle à la spéculation) ?
  • Globalement le monde me semble chercher un équilibre entre la liberté qui est due à l’homme (libéralisme) et la nécessaire solidarité humaine, le fait que l’homme est un animal social. L’histoire récente de l’humanité oscillerait entre le Charybde d’un individu qui nierait son appartenance sociale, et le Scylla du refus de l’individualité. La prochaine étape de la sinusoïde est probablement un accroissement de la dimension sociale. L’amplitude de la sinusoïde pourrait s’affaiblir ? C’est ce que j’espère.
  • Par définition, la vie épuise les ressources qui lui sont nécessaires. Elle est obligée périodiquement de s’adapter (Darwin). Mais le capitalisme a vraisemblablement poussé ce mouvement à l’extrême. Son principe fondamental (Adam Smith) est la croissance de la production d’une année sur l’autre. Une croissance exponentielle, qui explique peut-être la fréquence des crises que nous subissons. Peut-on éviter d’être brutalisés aussi souvent et aussi méchamment ? N’y a-t-il pas un risque que le capitalisme amène, en marche accélérée, l’individu aux limites de sa capacité d’adaptation ? Il me semble qu’en passant du matériel (le modèle de Smith) à l’immatériel (la valorisation du service que la société nous rend depuis la nuit des temps), le capitalisme pourrait, sans apparemment se renier, trouver une voie plus durable, réinventer le passé.

Compléments :