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mardi 11 novembre 2014

Le capitalisme comme sabotage ?

Je suis frappé par une note de bas de page du livre de Dewey :
Veblen explique que la classe possédant les moyens de production maximise très souvent son profit par son pouvoir d’opérer un « sabotage systématique de la production » (…) Le système (capitaliste) est donc voué à être structurellement déséquilibré, et marqué par le gaspillage et la non efficience technique et économique.
Je rapproche ce « sabotage » de l’idée d’Ayn Rand selon laquelle l’homme riche apporte tout à la société. Il doit le lui faire savoir par la grève. Quitte à faire crever l’humanité. Et aussi de ce qui s’est passé au Venezuela. Les cadres de l’industrie pétrolière ont refusé de collaborer avec Chavez, qui voulait mieux répartir ses bénéfices.

La grève serait-elle la règle du jeu du capitalisme ? Chacun essayant de rançonner l’autre en paralysant le système auquel nous appartenons tous ?

D’ailleurs, qui a inventé l’idée de « grève générale » ? Marx ? Ou les possédants ? 

mercredi 29 décembre 2010

Sens de la vie

En ces temps où l’efficacité semble se suffire à elle-même, je suis frappé par ce qu’Aristote définit comme étant l’objectif, la fin, de l’existence : « le loisir ». « La guerre doit être choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables en vue de celles qui sont belles. »

Cependant, cette vie se gagne. « Il faut posséder beaucoup de choses indispensables pour pouvoir se permettre une vie de loisir. » Et se mérite. « il faut du courage et de l’endurance pour le temps de la besogne, de la philosophie pour celui du loisir, et de la tempérance et de la justice pour ces deux temps, mais surtout pour ceux qui vivent en paix et dans le loisir. »

Ce point de vue s’oppose à la spécialisation anglo-saxonne, qui doit conduire à produire toujours plus (Adam Smith). Pour Aristote, en confondant fin et moyen, on finit par dribbler les poteaux du but. « La plupart des cités (qui) assurent leur salut par la guerre (…) une fois qu’elles ont acquis la domination elles périssent. » Surtout on aliène sa liberté. Comme aliènent leur liberté l’esclave, la femme ou l’artisan, qui ne sont que des moyens, et non des fins. « on doit considérer comme digne d’un artisan toute tâche, tout art, toute connaissance qui aboutissent à rendre impropres à l’usage et la pratique de la vertu, le corps, l’âme ou l’intelligence des hommes libres. »

Mais la contradiction n’est peut-être qu’apparente. Pour que l’homme libre puisse l’être, Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. (C’est leur juste destin : ce sont des êtres inférieurs « par nature ».) De son côté, la classe dirigeante anglo-saxonne mène essentiellement une vie de loisirs, comme l’écrivent Veblen et Galbraith. D’ailleurs Adam Smith était un philosophe qui a vécu aux crochets des puissants. La spécialisation serait-elle pour le petit peuple, et les loisirs pour le grand ?

Compléments :
  • Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993

samedi 30 octobre 2010

Risques psychosociaux et entreprise

LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010. Les entreprises désirent « faire quelque chose » pour éliminer les risques psychosociaux (« ne serait-ce que pour se prémunir contre le risque de sanctions juridiques »), mais ne savent pas quoi. (Elles ne sont pas aidées : la « vision classique de la prévention » est « à dépasser ». Elle oublie la « dimension sociale » de la question.)
  • Le « manque de reconnaissance » du travail effectué favorise le « trouble psychique ». Si ce que l’on fait semble absurde, le moindre imprévu – qui n’a peut-être rien d’anormal ! - provoque une souffrance. (Paradoxe : ce qui ferait souffrir ne serait pas le travail en lui-même, mais la perception que l’on en a !) Il faut « donner du sens au travail ».
  • On retrouve du sens, de la « fierté », un « sentiment d’appartenance », quand on prend conscience de « l’importance sociale » de son travail. Il est aussi utile de permettre aux « salariés de définir collectivement ce qu’est le travail « bien fait » et de donner un sens positif aux différentes activités réalisées. » 
  • La « reconnaissance » vient d'abord de ses pairs. Aussi, posséder un « métier », un corpus de règles qui expliquent comment résoudre les problèmes que pose sa tâche, et le sentiment d'avoir une mission reconnue, rend imperméable à l'aléa. Mais il n'y a pas de « métier » si tout le monde ne lui appartient pas.
  • La rupture du contrat moral implicite qui récompensait l’engagement personnel exceptionnel par une « carrière » a lui aussi créé un sentiment d’injustice, qui a fragilisé l’employé. La carrière doit renaître.
  • Si le management n’a pas le même point de vue que l’employé sur ce que signifie bien faire son travail, il y a sentiment d’injustice. Il faut « associer les agents à la définition des projets de changement ». 
  • Il faut « réfléchir aux asymétries de pouvoir », les dysfonctionnements s’accumulent chez certains, qui en sont accusés alors qu’ils n’en sont pas responsables et qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce qui passe par une reconception collective des processus de travail, afin d’éliminer de tels dysfonctionnements, et la « recherche d’autonomie collective ». 
  • Dans le même esprit, l’entreprise doit collectivement chercher une différenciation de son offre qui l’éloigne du stress d’une concurrence débilitante ; et des « solutions collectives » aux « difficultés dans le travail », notamment par des « espaces de régulation et de discussion », qui permettent apprentissage du métier, « performance collective » et règlement à l’amiable de conflits.
  • Par où démarrer la réforme de l’entreprise ? « Une évaluation quantitative à l’aide d’échelles de mesure validées et intégrant les aspects organisationnels permet de dresser une première cartographie ; d’effectuer des comparaisons dans le temps et entre services afin de mieux détecter les facteurs de stress ou de protection et de convaincre les différents partenaires sociaux d’agir. Un comité de pilotage associant direction, médecin du travail, salariés et représentants syndicaux est alors chargée de poser un diagnostic et de proposer des réponses. » Mais surtout il faut « initier une démarche de détection et de résolution de problèmes « par le bas », au plus près du terrain et donc de la connaissance pratique des difficultés rencontrées ».
Commentaires :

Ce que dit cet article aurait paru évident à nos parents. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » s’est demandé l’ami avocat qui m’a transmis l’article.

« Trained incompetence » aurait répondu Veblen ? Dans ma jeunesse on m’affirmait que la direction des entreprises était promise aux esprits mathématiques. En MBA on m’a présenté des modélisations simplistes et ridicules qui sont aujourd’hui accusées d'avoir créé notre crise. Les modes de management nous expliquent que pour diriger une entreprise il faut acheter des logiciels et appeler des consultants… Lavage de cerveau qui nous a fait perdre le contact avec la réalité ?

Compléments : 
  • Ce qui est décrit ici correspond quasiment point pour point au propos de mes livres. Or, je ne parle pas de santé mais de changements. Et ils sont vus de la perspective du patron. Ma rationalité est exclusivement économique. L’optimum économique serait-il un optimum humain, comme le disaient mes anciens, et vénérables, associés ?

mercredi 13 octobre 2010

Google investit dans le vent

Google investit dans l’industrie éolienne. Hier il avait des projets dans l’automobile. Quelle est la logique de cette stratégie ?

Les dirigeants de Google ne sont peut être simplement que des gens intelligents qui ont fait fortune très vite dans quelque chose qui ne leur a pas demandé une spécialisation forte, et qui n'a pas marqué leur personnalité. Maintenant, ils utilisent leur argent pour faire ce qui les stimule intellectuellement. De même que Bill Gates (qui lui a été beaucoup plus déformé par son expérience) cherche à réparer les problèmes du monde.

Compléments :
  • Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation. 

lundi 11 octobre 2010

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

jeudi 13 août 2009

Pourquoi des vacances ?

Certains ne semblent pas avoir besoin de vacances : les paysans, les chercheurs, les dirigeants, les gouvernants. Pourquoi ?

Contrairement au reste de la population, n’est-ce pas ceux qui subissent le moins de contraintes humaines ? Ils sont soumis à des contraintes (la nature et ses lois pour le paysan), certes, mais qui sont bien plus supportables que la routine taylorienne de l’ouvrier, ou le métro boulot dodo de l’employé ? Ce qui use l’homme, c’est le diktat des lois humaines, la robotisation de son existence ?

Si cette explication est correcte, les vacances permettraient de retrouver un peu de libre arbitre. Deux idées qui vont dans cette direction :

  1. Durkheim, dans son étude sur le suicide, note qu’on se suicide au rythme du calendrier de l’activité humaine. Sans que nous nous en rendions compte nos décisions sont contrôlées par les cycles sociaux.
  2. L’économiste Thorstein Veblen a étudié les classes supérieures américaines de la fin du 19ème siècle (The theory of the leisure class). C’étaient des classes oisives dont toute l’activité (à commencer par la consommation) était ostentatoire. Galbraith (The Industrial State) se demande où est maintenant cette classe. Il la retrouve dans les universités et à la tête des entreprises : elle a réussi à faire passer son oisiveté pour un travail.