lundi 13 avril 2009

De la répartition des impôts

Les Américains commencent à se demander où trouver de l’argent. Voici ce que dit America’s widening fiscal gap, ça ne concerne pas que les USA :

the US income tax collects 45 per cent of its revenues from the highest-income decile. Compare that with Britain at 39 per cent, Canada at 36 per cent, France at 28 per cent, Sweden at 27 per cent and an OECD average of 32 per cent.

This difference is only partly explained by the less-equal US income distribution. The fact that the US has no broadly based national sales tax - value added taxes make Europe's overall tax codes less progressive still - only underlines the point. The US tax system raises comparatively little revenue; what little it raises already comes disproportionately, by international standards, from the rich.

Bizarrement, aux USA, la contribution des riches aux impôts est beaucoup plus élevée qu’en France. Explication, partielle : le pourcent le plus riche représente 17% de la richesse des USA, et seulement 8,5 de celle de la France (Inégalités françaises ?).

Mais ce n’est pas ce qui intéresse l’article. Ce qu’il dit est que les impôts ne seront pas suffisants pour régler les problèmes américains, le pays doit adopter notre TVA. Galbraith avait demandé cette taxe, pour une raison inattendue : elle suscite moins l’ire des puissants que l’impôt, qui leur est insupportable (Société d’abondance), et qu’ils combattent toujours avec succès.

J’en déduis que nous devons faire attention à ne pas réformer nos impôts à la légère, les conséquences de ces réformes peuvent être inattendues.

dimanche 12 avril 2009

Rationalité de l'escroc

On semble découvrir de plus en plus de fraudes aux USA. Occasion de s’interroger sur la nature humaine.

The Heroes of Financial Fraud observe que dans certains cas l’escroc était sûr d’être pris. Pourquoi a-t-il alors escroqué ? D’ailleurs c’est en partie parce qu’il semblait idiot qu’il puisse tenter une telle manœuvre qu’il a pu sévir aussi longtemps.

En fait, je crois que l’homme n’est pas du tout rationnel, ou il a une rationalité pas immédiatement compréhensible. L’envie est souvent impossible à résister, elle fait oublier ses conséquences. Et puis le risque est un stimulant extrêmement puissant. D'ailleurs les escrocs les plus fous finissent par devenir des stars d'Hollywood (cf. Attrape-moi si tu peux), avec de telles récompenses possibles, Pascal aurait probablement dit que le pari méritait d'être tenté...

Références

J’ai fait figurer dans la colonne de droite de ce blog des liens vers mes commentaires de livres.

Ce sont des commentaires de livres lus depuis que je tiens ce blog.

Je constate que je ne lis pas beaucoup. Probablement la faute de ce blog.

En tout cas, avant ce blog, je ne cherchais pas à juger ce que je lisais. L’exercice du commentaire de livre n’est pas facile. Pas aisé d’avoir une idée définitive à première lecture. Jusque-là, je me contentais d’un sentiment agréable de l’œuvre achevée. J’en tirais quelques idées pour mes propres livres, cours et conversations. C’était tout.

Pour bien faire les choses, il faut probablement lire et relire, décortiquer, enseigner… Mais ça prend du temps et ce n’est pas la voie que j’ai choisie. Et le mieux est l’ennemi du bien. J’ai plutôt décidé de laisser sortir ce que j’avais en tête. Au moins, il en resterait quelque chose et ça m’encouragerait peut-être à approfondir plus tard…

Qu’ai-je lu ? L’accessoire plutôt que l’essentiel. Du moins au sens de la conduite du changement. Les textes de référence dans ce domaine sont antérieurs à la naissance de ce blog.

En tête de mes lectures, l’économie et la philosophie, deux sujets qui me semblaient malhonnêtes jusqu’à il y a peu. Mais il y a un fil conducteur : je cherche les règles qui guident nos comportements collectifs, et ces règles viennent de loin. Non seulement le philosophe est porteur d’idées, de « préjugés » de son milieu, mais encore, il a cherché à résoudre des questions sur lesquelles le temps n’a pas de prise. Quant aux économistes de ce blog, ils ne parlent pas tant d’économie qu’ils essaient de modéliser des étapes importantes de notre histoire récente (Galbraith) ou d’autres directions vers laquelle nous pourrions aller. Pour les autres références, elles sont une description d’une culture (ou d’une de ses caractéristiques) qui me semble importante aujourd’hui (notamment Amérique, Chine, France).

À la réflexion, j’aime une autre chose dans ces lectures. Ce qui traverse certains de ces livres (à la vérité, il y en a peu dans cet échantillon), c’est la personnalité de leurs auteurs, leurs interrogations. C’est une sorte de confession, masquée. Je me demande si les plus grands scientifiques ne sont pas aussi ceux dont l’œuvre parle, indirectement, le plus d’eux. Peut-être que leur réussite scientifique tenait à une irrésistible interrogation personnelle ? Ils ont vécu leur œuvre ?

D’ailleurs n’est-ce pas ce que l’œuvre laisse transparaître de leurs échecs qui m’intéresse plus que leurs succès ? J’aime bien cette phrase (ma mémoire est approximative) dont Oliver Stone qualifie Alexandre le grand : « son échec a été plus grand que tous les succès ». Ce sont les utopies impossibles qui font les œuvres géniales ?

Compléments :

  • J'ai transformé gauche en droite dans la phrase d'introduction, merci à Hervé d'avoir repéré l'erreur.

Eric Rohmer

Il y a bien longtemps, j’ai découvert un film de Rohmer. Quelque chose m’a beaucoup plu et, comme il m’arrive parfois dans ce cas, j’ai cherché à voir tout ce qu’il avait fait. N’ayant pas de télévision ou équivalent, je dois attendre la « resortie » de ses films en salle. Il y en a une actuellement au cinéma le Quartier latin.

Difficile de savoir ce qui plaît dans un film.

Les personnages de Rohmer parlent beaucoup, et sont très littéraires. D’une certaine façon leurs discussions me bercent. Je retiens peu de chose de ces films, sinon un sentiment agréable. Hier, je suis allé voir les Contes d’hiver : aucune image ne me rappelait quoi que ce soit, et pourtant, je me demande si je ne l’avais pas déjà vu.

J’aime aussi que la vie de tous les jours, filmée comme je la vis, avec métro, bus, train corail, modeste maison de banlieue, et petites intrigues apparemment sans intérêt et pourtant essence d’une existence, puissent être un sujet d’observation.

Autre chose m’intéresse chez Rohmer : ces films historiques, comme la Marquise d’O ou Triple agent. J’ai l’impression qu’il a réussi à revenir dans le temps. Quelque chose sonne juste. Y compris dans l’habillement et les décors. C’est mystérieux.

samedi 11 avril 2009

Qui est Barak Obama ?

J’ai découvert par hasard que le Wikipedia anglais a consacré de véritables enquêtes à la famille Obama.

Il aurait des ancêtres du meilleur monde, un roi d’Angleterre, et un autre écossais (au 13ème siècle), notamment ; il est d’ailleurs apparenté d’assez près ou de plus loin avec un nombre surprenant de présidents. (Il n’est pas le seul dans ce cas, ce qui laisse penser que n’importe qui ne peut pas présider les USA.)

Son père semble avoir été une sorte d’ange déchu de l’élite dirigeante nigériane, et sa mère, docteur en anthropologie et fille d’une vice-présidente de banque, distante relation de Dick Cheney et d’Harry Truman, s’est battue sa vie durant pour le droit de la femme et autres défavorisés. Ce faisant elle aurait frayé avec le meilleur de la société américaine (dont la famille Geithner).

Il est tentant de voir en Obama le caractère de sa mère. Serait-il une sorte d’activiste d’ONG parvenu au sommet du plus puissant pays du monde ? Est-ce cette passion de l’utopie qui fait que certains lui reprochent (Que penser d’Obama ?) son manque d’intérêt pour la situation économique de son pays ? Est-ce l’explication de ses croisades pour rapprocher Islam et Occident ou éliminer la bombe atomique ? Ou est-il simplement un maître de la propagande, habile à détourner l’attention ?

En tout cas, comme sa mère, il semble s’être marié à un ressortissent d’une communauté opprimée. Comme elle, il n’est pas allé jusqu’à chercher un SDF.

Passe-passe

Illustration de ce qui précède : manœuvres du ministère américain des finances ?

Commentaires sur le rapport Warren au congrès américain, qui essaie de juger le dernier plan Geithner :

Il semble incompréhensible, et ne correspondre à aucune technique connue. Ce qui serait certain, par contre, est que Ben Bernanke et lui auraient investi 4.000 md$, alors qu'ils n'avaient une autorisation (plan Paulson) que pour 700.

Le ministère des finances est aussi opaque que possible pour gagner du temps pendant qu’il détourne des milliers de milliards des finances publiques à destination de ses amis arnaqueurs et des grandes banques
Compléments :

  • Je n'avais pas suivi les aventures du plan Paulson depuis les billets que je lui ai consacrés. Il semblait destiné à acheter les actifs toxiques des banques, une bonne idée à m'en croire (élimination d' une source d'incertitude - And now the Great Depression). Mais l'article cité par le billet précédent m'apprend que ce plan aurait changé d'orientation et qu'il serait devenu une injection de fonds dans le capital des banques. Il me semble me souvenir que la théorie économique orthodoxe (Crise : les économistes en accusation) voulait qu'une telle injection fasse un miracle.

Trou noir

Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.

La chute de la République bananière, un cas

Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.

La Russie actuelle traverse cette phase.

L’Amérique comme application

La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.

Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.

Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs - par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.

Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.

Le scénario FMI

Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).

Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.

Le Scénario russe

Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l'intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?

L’abîme

Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.

Compléments :

vendredi 10 avril 2009

Hadopi raté

Informations radio, ce matin : l’absence des députés de la majorité lors du vote de la loi Hadopi serait un acte manqué. Ils ne l’approuvaient pas.

Si cela est vrai ce serait un argument supplémentaire contre le passage en force. Même avec tous les pouvoirs il est quasiment impossible de faire faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas faire.

Un ami dirigeant dit que pour que le changement réussisse « il faut qu’il vienne deux ». Serait-ce le bon mode de fonctionnement pour une démocratie : si une loi correspond à la « volonté générale », elle passe comme une lettre à la poste ? Qui sait, peut-être que notre gouvernement s'épuiserait moins, et encourrait moins de frustrations, s'il essayait d'aller dans le sens de l'opinion public ? Et si c'était son rôle ?

Sur la volonté générale, voir Le contrat social.

jeudi 9 avril 2009

Mais où va l’Amérique ?

Fouad Sassine, qui vit aux USA, me signale Counterpunch. L’article du jour (The Decade of Darkness) est effrayant.

La plongée semble sans fin, les principales banques du pays sont pourries au-delà de tout ordre de grandeur concevable ; le plan de sauvetage de Timothy Geithner serait une sorte d’incitation à une surenchère de nouvelles malversations ; comme en Angleterre les bons du trésor sur lesquels comptait l’état américain pour financer son déficit ne trouveraient plus preneur ; et lentement mais sûrement le statut de monnaie de réserve du dollar serait sapé.

J’avais déjà aperçu un article qui disait que la crise avait pris une pente plus dangereuse que celle des années 30 (A Tale of Two Depressions), mais on disait que, cette fois-ci, l’on avait fait ce qu’il fallait ; or le doute s’installe quant aux compétences du gouvernement américain (Obama cache la forêt ?).

Hadopi et changement

L’art français du changement.

La loi Hadopi a été rejetée faute de députés de la majorité (Le Parlement rejette le projet de loi création et Internet). Incroyable amateurisme. D’ailleurs, il semblerait que cette loi ait pour destin la poubelle : l’Europe considère l’accès à Internet comme un droit fondamental (Les eurodéputés votent contre la privation d'accès à Internet) alors que la loi voulait couper l’Internet aux contrevenants. J’imagine que ce résultat était prévisible…

Toute l’inefficacité française est dans ce petit exemple. Nous lançons des nuées de projets sans jamais leur donner les moyens dont ils avaient besoin. Du coup, notre vie est bousillée par les débris de leur inachèvement. Deux autres exemples :

  • Une petite société (une centaine de personnes) mais plus de trente projets informatiques en parallèle, décidés sans aucun processus budgétaire, d’ailleurs on ne sait plus par qui, une équipe d’une dizaine de consultants à plein temps pour les réaliser. Bien sûr en 5 ans de travail, aucune documentation n’a été écrite. Et la qualité du résultat est au mieux médiocre.
  • Mes débuts chez Dassault Systèmes. Notre logiciel de CFAO comptait des dizaines de fonctions, mais avec aucune on n’était absolument sûr de finir ce que l’on voulait faire. En cas d'échec, il fallait repartir avec une autre.

Mais la France n’est-elle pas un pays pauvre, qui n’aura jamais les moyens de ses ambitions ?

Non. Elle doit apprendre à allouer ce qu’il faut à ce qu’elle veut faire, et ensuite classer ses désirs par ordre de priorité. Il y a de fortes chances, alors, qu’elle se rende compte que la plupart d’entre eux n’ont pas d’intérêt.