lundi 1 décembre 2014

Ruptures de stock

Je suis surpris de ce que, assez souvent, je ne trouve pas ce que j'ai l'habitude d'acheter. Pourtant mes goûts n'ont rien de rare.

J'ai commencé par remarquer le phénomène chez La Vie Claire. J'ai pensé que c'était lié au modèle bio. C'est peut-être un retour à la France de mon enfance. La boutique ressemble un peu à celles des années 60. Avec un rien de soviétique. Puis je l'ai noté dans des chaînes pas bio, appartenant à de grands groupes.

Hypothèses :
  • Recherche de rentabilité qui fait stocker peu. Ou, au contraire, achat opportuniste par lots importants, mais rarement, histoire de mieux faire jouer la concurrence. 
  • Multiplication des variantes de produits (c'est frappant en ce qui concerne les yaourts). D'où petites quantités - et probablement prix élevés. 
Il doit y avoir un effet pervers : la rupture de stock force à stocker, ou à ne pas être fidèle à un magasin. Ce qui, pour lui, rend encore plus imprévisible la demande...

La philosophie comme manipulation de masses

En parlant de Michel Serres, je crois avoir compris comment certains philosophes pouvaient parvenir à manipuler l’humanité.

Il me semble que cela tient à un mélange de ridicule et de séduction. Le ridicule fait que les gens sérieux ne leur prêtent pas attention. Par exemple, Michel Foucault semble s’être fait ramasser à chaque fois qu’il s’est aventuré sur le terrain scientifique. De même on a tourné en ridicule le postmodernisme. Idem pour Hayek avec Keynes. Erreur. Le ridicule ne disqualifie pas, il tue. La menace qu’il constitue vient de la séduction qu’exerce sur nous, gens pas sérieux, une pensée incompréhensible. Elle attire des suiveurs. Ils mettent en œuvre la pensée du maître, comme un rite, sans percevoir les conséquences de ce qu’ils font. (Au fond, c’est le phénomène Hitler.)

Conclusion ? Il faut prendre au sérieux les gens ridicules. Et entrer dans la logique de leurs suiveurs, afin de leur montrer que ce qu'ils font aura des conséquences opposées à leurs attentes.

dimanche 30 novembre 2014

Le monopole c’est bien !

On nous a changé The Economist ? Alors qu’il veut toujours plus de « compétitivité » pour les Etats, quand il s’agit de Google, il se rappelle les paroles des grands auteurs classiques : ils ont dit que la concurrence tuait l’innovation. « La concurrence (dit Peter Thiel) explique l’échec, pas le succès ; le succès vient de la fourniture d’un produit sans équivalent, et tend donc naturellement à créer un monopole ». Certes Google, Amazon et les autres affirment ouvertement qu’ils veulent conquérir le monde. Mais ce n’est pas grave, parce que la nature d’Internet est le monopole, que le désirer rend créatif, et qu’aucun monopole ne tient, surtout chez Internet. (La conclusion de l’article semble, toutefois, émettre un doute et rappelle que la démocratie c’est, par nature, le refus des rois, une autre forme de mmonopole.)

L’armée française est devenue la meilleure amie de l’américaine. Sauf en Europe, où la France ne compte pas. La Russie divise l’Allemagne qui retrouve ses divisions de la guerre froide. La droite est pro occidentale, la gauche pour l’Ostpolitik. Souk ukrainien. Les oligarques se disputent le pouvoir. La volonté de l’Ouest de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN ne fait qu’envenimer ses relations avec la Russie. En Angleterre, la croissance est repartie, mais elle crée des salariés pauvres, qui ne paient pas d’impôts. La situation financière de l’Etat n’est pas meilleure que celle de la France. L’Angleterre ne veut plus que sa sécurité sociale profite aux immigrés. Ce qui pourrait se retourner contre elle : elle a expédié deux millions de vieux dans des pays tels que l’Espagne et la France, où ils profitent de la sécurité sociale locale. Ils sont aussi nombreux, mais ils coûtent beaucoup plus cher aux Etats que les jeunes immigrés.

Comment 21md€ deviennent 315. M.Junker annonce un plan de relance, tour de passe-passe.

USA. Ferguson ou le drame des bas fonds de l’Amérique ? Une police blanche, mal formée et mal payée, affronte une population noire déclassée, dans un monde surarmé. Et cette abjecte pauvreté est rançonnée ! « Un rapport (…) a trouvé que la cour municipale de Ferguson – une ville de 21.135 personnes – a produit 32.975 mandats d’arrêt l’année dernière, principalement pour infraction au code de la route. Ces amendes étaient la seconde plus importante source de revenus d’une ville dont le budget est de 20m$. » L’économie américaine est en plein boom : « le commerce représente une petite part de l’économie américaine, et les autres malheurs du monde, en fait, aident le pays, en faisant baisser les taux d’intérêt et le prix du pétrole ».

Aviation. Le low cost s’en prend au marché des longs courriers. C’est une histoire de moteurs. Ils consomment de moins en moins, ce qui permet de baisser les prix et réduit l’avantage des transporteurs traditionnels. Ce qui leur donnerait encore un peu de répit serait l’incapacité de Boeing et Airbus de livrer assez vite de nouveaux appareils. La politique de subvention aux énergies propres a eu le même effet désastreux au Japon qu’en Allemagne. Et les fabricants de médicaments manipulent les chiffres pour montrer que leur mise au point leur coûte cher. Les producteurs de spiritueux investissent l’argent qu’ils gagnent à l’Ouest dans le trou sans fond des marchés émergents.

La mission principale des conseils d’administration est de s’assurer que le top management de l’entreprise est compétent. Pour cela, il faut, surtout, repérer et faire grandir des talents en leur confiant des projets et des responsabilités où ils vont s’affirmer.

Le fonds Franklin Templeton gère 190md$ de dettes d’Etat. C’est extrêmement rentable, car les lois de l’économie ne s’appliquent pas à ce type de dettes. Paie des banquiers. On essaie de trouver une formule de bonus qui les rende vertueux. Dernière idée : des obligations à très long terme. L’Europe, elle, a limité la proportion du bonus dans la paie. Ce qui a forcé les banques à augmenter les salaires fixes des banquiers. Ce qui est coûteux, et pourrait les amener à réduire les dits salaires…

Cryptage de données. Les données Internet sont plus cryptées qu’on ne le croit. Ce que regrettent les services d’espionnage. Cela pourrait protéger, mieux qu’aujourd’hui, le commun des mortels, mais pas ceux qui font l’objet d’une surveillance particulière. 

Dangereux amour ?

Mon oreille est attirée par une annonce de FIP : recueillez des animaux et donnez-leur votre amour, ils ont été stérilisés et tatoués. 

Est-ce cela notre vision de l'amour : détruire ce qui fait la personnalité, l'humanité ?, de l'autre ? La différence comme menace ?

Résilience et ADN

Quelque chose qui me frappe dans les théories philosophiques : elles semblent penser que l’individu naît complètement achevé. Or, chaque génération repart de zéro, et fait toutes les conneries de la précédente avant d’en arriver à des conclusions similaires aux siennes. Mais cette transformation me semble hautement aléatoire. En effet, les dites conneries peuvent être fatales, et la génération précédente peut détruire le processus éducatif de la suivante. N'est-ce pas le cas, actuellement ?

Comment rendre la société résiliente ? Faire qu’elle ait une chance limitée de s’autodétruire ?

Tout d’abord, il me semble qu’il est fondamental d’inclure dans notre pensée le fait que l’humanité n’arrête pas de se recréer. Qu’on le veuille ou non, la génération suivante va devoir se faire une conviction par l’expérience, par essais et erreurs. Nous ne pourrons pas lui dicter sa conduite, contrairement à ce que croient les philosophes.

Ce qu’il faut probablement lui laisser, ce sont de quoi alimenter sa réflexion. Une sorte de bibliothèque de nos savoirs dont elle puisse s’inspirer. Le plus important est que cette bibliothèque soit aussi résistante que possible. Et notre égoïsme est probablement la plus grande menace qui plane sur elle. Il est si tentant de faire brûler les bibliothèques pour se chauffer ! (Ou, plus exactement, de voir dans l’homme un ennemi et d’essayer de détruire ce qui peut lui être utile.)

Comment constituer cette bibliothèque ? Pour l’homme, elle est probablement son ADN. Pour les sociétés, Richard Dawkins parle de « memes », des règles culturelles qui sont l’équivalent de l’ADN. Mais est-ce suffisant ? Et comment, surtout, le rendre résilient ? 

samedi 29 novembre 2014

Une école centrale (ou polytechnique) des systèmes ?

Le succès initial de l'Ecole Centrale vient d'une croyance : il existe une science des entreprises (Saint Simonisme). En relisant ce billet ancien, il m'est venu une idée. Et si, après l'entreprise, on appliquait le même principe à la société ? 

Je précise que l'idée n'est pas neuve. Von Bertalanffy, certainement avec beaucoup d'autres, pense que l'auto-destruction imminente de la société tient à l'absence d'une telle science. 

Comment la constituer ? 
  • Son cœur n'est pas les sciences humaines, sortes d'art pour l'art (estimable, mais qui ne doit pas en rester là). La science à la sauce (initiale) Centrale ou Polytechnique a pour objet la résolution de problèmes, l'aide à l'action, pas une description plus ou moins béate. 
  • C'est une science "polytechnique" ou "pluridisciplinaire" au sens où, pour résoudre un problème, il faut une boîte à outils, et du talent. 
  • Comme le dit le pragmatisme, dont la constitution d'une telle science est probablement le projet, son principe premier est d'appliquer la démarche scientifique. Enquête, expérience, et vérification : est-ce que ça "marche" ? (Vérification humble, à validité limitée.)
  • Ce n'est pas une science de la société, mais du "système". C'est-à-dire de ce qui différencie le vivant de l'inerte : "l'émergence". C'est une science qui prend le contre pied de celle qui a eu jusqu'ici le haut du pavé, et qui a pensé trouver l'explication ultime du monde dans une sorte d'individu primordial. Atome, quark, corde... 
  • C'est aussi une science de la raison (Lumières), ou de "l'intelligence" (pragmatisme). C'est l'éducation du conscient, néocortex, par opposition à l'inconscient. 
  • Nuance importante proposée par Herbert Simon : ce serait probablement une science de "l'artificiel". Par opposition à "sciences naturelles", lois de la nature évoluant sans l'homme, l'artificiel est ce que construit l'homme. Cette science a pour objet d'aider l'homme dans son travail de transformation de son environnement. Le rôle de l'homme, dans cette vision, est celui d'un catalyseur. Il fait franchir un niveau de complexité à la nature. (L'homme n'est donc pas le fléau de Dieu que croit l'écolo, mais occupe une fonction, irremplaçable et utile, au sein de la "nature".)
  • Finalement, il est possible que la discipline fondamentale de cette science soit le changement. Il s'agit de tenter de maîtriser les (éventuels) mécanismes de transformation collective des systèmes (vivants). Le but de l'affaire étant de tirer parti de l'évolution de l'univers, sans la subir, et sans drames d'adaptation (crises du capitalisme, épidémies, guerres plus ou moins mondiales et autres calamités). 
Cela nous amènera-t-il au nirvana ? L'arrivée de Dieu sur Terre que la "nouvelle économie" nous promettait, selon les Anglo-saxons ? Probablement pas. J'ai l'impression que nos sciences ont pour caractéristique de nous apporter des victoires sans lendemain. Mais, au moins, comme dans le film "Mon nom est personne", aurons-nous réalisé notre destin d'être raisonnables ?

My name is nobody.jpg

(Un début de réflexion, ici.)

Cours de juin et banalité du mal

Jadis, mes étudiants avaient une partie de leurs cours, et tous leurs examens, en juin. Cela collait bien avec l’objet de mon cours qui est l’apprentissage du changement par la pratique. Ainsi, je pouvais discuter avec eux de leur expérience durant les premiers mois de leur stage.

Maintenant, ils ne reviennent plus en juin. On m’a dit que cela ne leur plaisait pas. Or, il se trouve qu’ils se plaignent de ne pas avoir le temps de chercher un stage. Ce qui explique peut être qu’ils aient du mal à venir en cours… Or, le fait d’avoir des examens en juin permettait de dégager le temps nécessaire à la recherche de stage.

Il me semble qu’il y a ici une illustration de ma chère « banalité du mal ». Nous prenons des décisions en fonction de ce qui nous gêne, sans comprendre les conséquences, bien plus graves, que cela peut avoir. C’est d’ailleurs, une manière aisée de nous manipuler : n’était-ce pas simple « bon sens », comme on disait sous Sarkozy, de supprimer les cours de juin ? 

vendredi 28 novembre 2014

L'abstraction, mal de l'éducation française ?

Mais pourquoi diantre la systémique n'est-elle pas enseignée tôt et comme une matière fondamentale ? C'est simple à comprendre, et elle joue un rôle capital dans nos décisions. Nos dirigeants ne seraient-ils pas plus habiles s'ils l'avaient rencontrée dans leurs études ?  

Ce qui me ramène à une constatation de Pierre Veltz. Ce qui a fait le succès initial de Polytechnique puis de Centrale n'était pas l'intellect de ses élèves, mais le fait qu'on leur enseignait les dernières évolutions d'une science appliquée. On leur donnait des outils efficaces. Curieusement, toutes nos grandes écoles ont ensuite dérivé vers l'abstraction. Mythe du philosophe gouvernant de Platon ? Ce qu'on enseigne n'a pas plus aucune utilité sinon la sélection d'esprit subtils (avec subtil = capables de résoudre les problèmes qu'on leur donne). Et si l'on commençait par se demander ce qu'il serait utile que les gens sachent ? (Mais aussi, ce qu'ils peuvent apprendre par eux-mêmes, et qu'il n'est pas important de leur rabâcher pendant leur scolarité.)

(En fait, on ne devrait pas apprendre la systémique, mais la réapprendre. Je pense que c'est notre enseignement qui nous fait perdre des réflexes plus ou moins naturels. Trained incompetence disait Veblen.)

Internet a-t-il tué le sondage ?

Je participe à un sondage de SFR, sur Internet. C’est de l’auto administré, donc biaisé. Et c’est idiot, le système continue à me poser des questions alors que je ne suis pas intéressé par ce qu’il me propose. Je ne suis pas allé jusqu’au bout.

Je me suis demandé si l’industrie du sondage avait encore un sens. Une autre victime de la destruction numérique. Elle a été amochée par Internet, la téléphonie mobile, et une perte de confiance généralisée qui fait que l’on ne dit plus ce que l’on pense.

Il faut réinventer l’enquête à partir des techniques anthropologiques. Il faut comprendre la logique des gens, les principes sur lesquels reposent leurs décisions. 

jeudi 27 novembre 2014

Jean du Lac et l'universalité du changement

Jean du Lac est un spécialiste du redressement d’entreprises. Actuellement il mène une mission en Afrique. Il était de passage à Paris (où il avait attrapé un gros rhume). J’en ai profité pour lui demander si le changement différait d’un pays à l’autre. 


Il m’a répondu ce que disent les anthropologues. Le changement est une question d’hommes. Il est donc universel. Pour autant, chaque changement est unique ! Ce qui invite à l’humilité : on peut avoir réussi dix redressements, ce n’est pas pour autant que vous savez ce que vous réserve le onzième.

Quant à ses recettes, elles méritent d’être entendues… La plus fondamentale, à mon avis, est qu’il faut commencer un changement en rappelant à l’entreprise à quoi elle sert, qu'elle a une raison d'être ! Voilà qui crée la motivation. Ensuite, il faut communiquer, communiquer, communiquer, et aussi écouter… Une fois que le dialogue est établi, les solutions vont venir toutes seules ! De la base. Les gens ont les idées qu’il faut pour que ça marche. Une technique pour faciliter la transformation : trouver deux ou trois « pivots ».

Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi le commanditaire de la mission. « Il faut une totale liberté d’action » dit Jean du Lac. Impossible sans confiance. Comment l’établir ? En étant clair au début. Et surtout, une fois de plus, en communicant. C’est ainsi que l’on peut voir si l’on est réellement d’accord.

Et la nature du changement ? L’entreprise africaine doit inventer une culture qui lui est propre. Ce ne sera ni sa culture traditionnelle de « chef de village », ni la culture occidentale. Les Africains ont le talent qu’il faut pour créer du neuf. Le rôle de Jean du Lac est de les aider à faire émerger le modèle qui leur convient.