dimanche 4 juillet 2010

Rouille et blé

La terre dépend du blé, or, il serait attaqué par la rouille, maladie que l’on croyait éteinte depuis un demi-siècle. On avait trouvé une variante à haut rendement, qui semblait inattaquable. Du coup, on ne plantait plus que celle-là. Mais la rouille aurait trouvé une faille.

Il y aurait des parades approximatives (des variétés moins productives, et des pesticides), mais il n’est pas certain que les pays pauvres y aient accès à temps. Et les ressources des institutions d’État compétentes ont été fortement réduites, depuis longtemps. (Détail : The disease eating away our daily bread, Rust in the bread basket.)

Notre économie de marché n’aurait-elle pas la fâcheuse tendance de tuer la diversité ? De parier un peu trop vite sur ce qui semble réussir à court terme, et d’éliminer tous les garde-fous, jugés trop coûteux ? En particulier, nous sommes devenus colossalement dépendants du blé, et lui-même ne tient qu’à une seule espèce…

Ce qui est étrange, aussi,  est que les écologistes se soient autant émus du sort des ours des Pyrénées, et aussi peu de celui des plantes et du nôtre. 

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.

L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.

La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.

C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

samedi 3 juillet 2010

L’Angleterre à l’assaut de l’Europe

Les Conservateurs anglais menaçaient de quitter l’UE, maintenant ils veulent la noyauter de l’intérieur.

L’Angleterre vient de comprendre que son sort est lié à celui de l’UE. Par conséquent, il s’agit d’influencer sa politique. La crise lui semble propice. Il va falloir faire des économies, et les institutions et réglementations qui agacent l’Angleterre sont donc fragiles. Tactique : infiltrer des fonctionnaires porteurs des valeurs de l’île (le fonctionnaire européen est ordinairement supposé neutre), trouver des alliés, notamment auprès des « petits pays ».
Le nouveau gouvernement britannique sera pragmatique dans son approche de l’Europe, étant coopératif quand il le peut et choisissant avec soin les moments où il se battra pour ce qu’il voit comme étant l’intérêt national.
La culture bureaucratique de l’UE va-t-elle annihiler l’envahisseur, ou va-t-elle devenir un non man’s land à l’image des nations qui ont subi le « diviser pour régner » anglais ?

France et entreprise

Un ami m’envoie un article d'un professeur émérite. Les Français et l’entreprise qu’en savent-ils ?, Commentaire, n°126, été 2009. Un « test de connaissances » portant sur l’entreprise a été proposé à la population. Il était noté sur 20.

« La note moyenne s’est établie à 6 sur 20 ». Ce qui désole l’auteur. Mais pas autant qu’il le faudrait car le test est un QCM. Par conséquent, imaginons qu’il y ait eu 5 réponses possibles par question, la note moyenne d’une personne répondant au hasard aurait été 4… Bref, nous n’étions pas loin du zéro pointé.

Et je n’aurais pas fait mieux que la moyenne lorsque je vois les questions posées. Pour rendre compréhensible le questionnaire « « richesse produite » a remplacé (les expressions) valeur ajoutée ou PIB ». C’est certain que si l’on me parle de « richesse produite », c’est la déroute. A croire que le professeur émérite est contemporain d'Adam Smith ! Et la place de l’Europe dans nos échanges ? Intérim et CDD dans l’emploi ? « Part des salaires et des cotisations sociales dans les richesses produites » ?...

Le professeur émérite en déduit que le Français est imperméable à l'économie. Il faut augmenter la dose d’entreprise à l’école.

Mais qu’aurait répondu l’entrepreneur de l’Arkansas à ces questions ? On a ici la culture française à son meilleur. Les professeurs de lycée qui ont écrit ce test se sont crus dans leur salle de classe, où ils disent la loi. Ils ont décidé de ce qu'était l'entreprise, et ils nous ont jugés, nous qui contrairement à eux travaillons en entreprise, par rapport à leurs normes.

Mais ont-ils la moindre idée de ce que signifierait le règne libéral qu'ils appellent de leurs voeux ? Finie l'Education nationale et ses fonctionnaires. Et le professeur émérite ? Comment serait-il évalué par la science mondiale ?

vendredi 2 juillet 2010

Changement de culture

The Economist rappelle qu’alors qu’au 18ème siècle on allait en prison pour dettes, la dette est devenue un style de vie branché.

« En Amérique, la dette du secteur privé seul est passée d’environ 50% du PIB en 1950 à près de 300% lors de son pic récent ». La note moyenne des obligations des entreprises, donnée par les agences de notation, est passée de A à BBB- (de moyen à juste au dessus de « junk bond » - spéculatif). Les gouvernements ont encouragé ce mouvement en abaissant à chaque crise les taux d’intérêt pour faciliter toujours plus d’emprunt. Ce que, d’après The Economist, viendrait aggraver des promesses de retraites beaucoup trop généreuses. Une autre forme de dette.

Un changement compliqué s’annonce. Non seulement, il va falloir modifier notre attitude à la dette, mais aider ceux dont la vie en dépend à décrocher. Sans compter que pour que nous puissions économiser, il faut que les pays émergents dépensent, ce qu’ils ne font pas.

Deux réflexions :
  • Curieux qu’une société puisse ainsi se persuader qu’elle peut repousser ses obligations sur ses descendants. Mais qui en a profité ? Pas la majorité de la population française, me semble-t-il. Et si tout s’était joué comme dans l’affaire Enron ? Jeffrey Skilling, constatant que ses brillantes idées ne rapportaient pas assez à sa société, a eu l’idée d’en modifier la comptabilité, traitant comme présents les flux de revenus futurs (ce qui est légal). Comme lui, l’élite financière internationale poussée par la volonté de s’enrichir a-t-elle cru que l’endettement maquillé était le moyen le plus rapide de réussir ? Ce qu’elle a appelé, comme Enron, une « innovation » ?
  • Faut-il incriminer la finance internationale où fut-ce un mouvement global ? Une volonté de jouissance immédiate, de libération 68arde, qui a pris une forme particulière chez les puissants ?

Compléments :
  • EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • McKinsey explique la crise : où l’on voit une justification de l’endettement comme moteur du capitalisme.

Chômage et qualification

Les usines américaines embauchent à nouveau. Malheureusement, elles ne trouvent pas de personnel qualifié.

Elles se sont équipées de machines sophistiquées que peu de personnes savent faire marcher…

L’entreprise va-t-elle finir par comprendre qu’elle ne peut se passer d’hommes ? Qu’elle doit consacrer un peu de temps à faire évoluer leur qualification, et qu’elle doit choisir ses machines en fonction de ce qu’ils peuvent faire et non de considérations abstraites ?

Compléments :
  • Le problème n’est certainement pas récent. Il y a plus d’une décennie, un dirigeant d’usine italienne m'en parlait déjà. Il était prêt à payer le salaire de diplômés de maîtrise, mais ceux-ci ne voulaient pas travailler dans une usine… 
  • Si l'entreprise continue à créer des emplois que seule une élite peut remplir, qu'allons-nous faire du reste de la population ? 

Méfaits d’Internet

Notre environnement, les outils que nous utilisons, ont une influence sur le câblage de notre cerveau. Internet a pour effet de le transformer « en un esprit social qui place la vitesse et l’approbation du groupe au dessus de l’originalité et de la créativité », « la technologie numérique a déjà commencé à endommager le mécanisme de consolidation de la mémoire à long terme, qui est la base de la véritable intelligence ».

J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui s’applique à moi là-dedans. Mais qui n’est pas lié qu’à Internet. Pour moi écrire est comme ranger. Cela me procure la satisfaction du devoir accompli, et ce que je viens de faire disparaît dans les oubliettes. Ce nettoyage est certainement nuisible à l’empilage d’idées qui produit les intuitions originales. 

jeudi 1 juillet 2010

Nouvelles d’Afghanistan

La guerre semble au milieu du gué :
  • Contrairement à ce que je pensais, elle ne se passe pas bien. La dernière offensive n’aurait pas donné ce que l’on en attendait.
  • Le principal problème vient de ce que B.Obama a dit qu’il retirerait ses troupes à partir de 2011. Ce qui semble trop court.
  • Mais tout n’est pas perdu : « Il y a des raisons de penser que beaucoup d’Afghans aimeraient être débarrassés des Talibans, si seulement ils pouvaient croire en une alternative ».

Chine et Yuan

La Chine réévalue modestement le Yuan. Bouffée d’air pour nous ?

En tout, cas, le mouvement des taux de change ne se fait pas aussi aisément que ce que croient les économistes. L’augmentation du Yuan freine les entreprises exportatrices et demande à une partie de leurs salariés de trouver d’autres employeurs. Pour que ces départs n’entraînent pas un gros chômage, il faut des réformes structurelles compliquées et longues. 

Entreprise et art

En travaillant avec un spécialiste du théâtre d’entreprise, j’ai eu une curieuse pensée : pourquoi l’art ne s’est-il pas intéressé plus tôt à l’entreprise ? Pourquoi nos films, par exemple, sont-ils ridicules lorsqu’ils parlent d’entreprise, contrairement aux films américains ?

À force de me demander ce qu’est l’art. Je lui ai vu, comme toute notre activité, une fonction d’entraînement à notre rôle social. Il nous transmet les codes de notre culture et nous fait vivre et nous apprend les émotions utiles à ce rôle.

Dans cette théorie, le peu d’intérêt de l’art pour l’entreprise vient probablement de ce qu’elle n’a jamais occupé une place très grande dans notre culture. Une prise de pouvoir de l’économie devrait donc se traduire par un art qui parle d’entreprise, et qui nous apporte peut-être le « bien être au travail » qui nous manque. L’art comme médecine ?