mardi 31 mars 2020

Gramsci trahi ?

Gramsci a eu un gros succès posthume, on s'est revendiqué de lui d'abord à gauche, puis à l'extrême droite. Ce qui nous permet de comprendre ce que l'on nous a raconté ces dernières années. Notamment ce fameux "bon sens" qui m'était si désagréable durant l'ère Sarkozy.

On a interprété la pensée de Gramsci ainsi, si j'ai bien compris. Le peuple ne peut pas comprendre son intérêt. Si l'on veut le faire changer (pour son bien, cela va sans dire), il faut donc instrumentaliser son "bon sens" pour le faire aller, sans qu'il s'en rende compte, là où il ne veut pas aller. Autrement dit, masquons nos intentions. C'est la post vérité.

Il est difficile de savoir ce que pensait Gramsci. Cette pensée était subtile, c'était un dirigeant du parti communiste italien opposé aux Bolchéviques, et en évolution permanente. Il a même refusé de laisser une synthèse de son oeuvre. Mais, je crois que c'était le contraire de ce qu'on lui a fait dire :

J'ai l'impression qu'il était proche de Proudhon. Tout d'abord, il estimait peu les intellectuels, qui n'avaient jamais rien apporté au peuple. Il espérait faire sortir du peuple, par l'éducation, d'autres intellectuels, qui défendraient les intérêts des leurs.

Les Gilets Jaunes seraient une application de ses idées  : une prise de conscience par le peuple qu'il s'est fait flouer. Ainsi que la réaction de l'intellectuel : il a dénoncé le Gilet Jaune comme un fasciste.

(France Culture : avoir raison avec Antonio Gramsci.)

Poudrière chinoise et système hospitalier français

Remarquable article de France Culture du Pr Didier Sicard.

La Chine est un creuset pour virus, et la route de la soie, une autoroute pour leur diffusion. Le vrai made in China ? Effrayant.

Quant à l'hôpital français, les administrateurs ont abandonné les commandes aux médecins.
Toutes les mesures qui rendaient l’hôpital non fonctionnel ont temporairement disparu. Les administrateurs sont terrifiés dans leurs bureaux et ne font plus rien. Ce sont les médecins qui font tout. Ils ont retrouvé la totalité de leur pouvoir. Il y a pour eux un certain bonheur à retrouver le métier qu’ils ont toujours voulu faire. L’administration a plié bagage, ou plus exactement elle est aux ordres. Le rapport de force s’est renversé : il y a un an, les médecins étaient aux ordres de l’administration; à présent, c’est l’administration qui est aux ordres des médecins. C’est un phénomène très intéressant. Les médecins eux-mêmes ne sont plus entravés par la contrainte de remplir leurs lits avec des malades qui rapportent de l’argent, ce qui était le principe jusqu’alors. Maintenant, ils répondent à leur cœur de métier. A ce qui est la lutte contre la mort. Au fond, ils retrouvent l’ADN profond de leur métier.

lundi 30 mars 2020

Mesdames Buzyn et Bachelot

Madame Buzyn aurait compris la menace du coronavirus, mais n'aurait pas été entendue. Mais, dans ce cas, pourquoi s'est-elle contentée de ce refus ? Qu'aurait fait de Gaulle, s'il avait été ministre de la défense, en 39 ?

Du coup, on en est amené à reconsidérer l'action de Mme Bachelot, en 2009, lors de l'épisode de grippe aviaire. Elle avait commandé des vaccins, qui n'ont servi à rien. (Plus curieusement, il y avait eu une remarquable collaboration internationale, qui ne semble pas être aussi efficace aujourd'hui.) Elle a été tournée en ridicule. Ce qui ne nous a pas rendu service. Erreur de communication ? Aurait-elle dû commencer par faire comprendre le danger, pour avoir l'appui de la population à son action ?

Ce que cela semble dire, c'est que l'on n'apprend rien du passé, et qu'il serait urgent de nous améliorer.

L'art du don

Si l'on lit ce blog, on verra que, pour moi, la formation professionnelle est une solution à la crise sociale, occidentale.

Il y a de plus ou moins bonnes façons de s'y prendre. Le responsable d'un organisme para public m'expliquait que ce qu'il faisait était une Bérézina. Les entreprises avec lesquelles il travaillait se déchargeaient entièrement de la formation sur lui. Si bien qu'il se retrouvait face à des problèmes invraisemblables (notamment des étudiants sans éducation, qu'il devait nourrir, et qui partaient pour un oui pour un non), et qu'elle était inefficace, et coûtait extrêmement cher à la collectivité (nous).

Une autre personne me disait qu'elle avait procédé différemment. Elle était partie de la demande des entreprises : le recrutement. De là, elle leur avait fait remarquer que c'était une question de formation, et que cette formation était de leur responsabilité. Et que, si elles s'unissaient, mettre en place un cursus de formation ne leur coûterait pas cher, surtout si elles faisaient tout ce qui faut pour que les étudiants ne partent pas chez d'autres une fois formés. A ce point, éventuellement, il mobilisait les ressources de la collectivité pour trouver une salle pour les cours (un local désaffecté), ou pour aider les conjoints des étudiants à s'installer à proximité. Tout cela ne coûtait presque rien, et donnait de très bons résultats.

Logique du don et de l'aide ? Si l'on donne, l'autre pense que c'est un dû. Il agit en parasite. Si vous partez de son besoin, et l'aidez à utiliser ses moyens pour y répondre, il vous est reconnaissant ?

dimanche 29 mars 2020

On en a pris pour perpète ?

Article du journal du MIT. L'épidémie est là pour rester. Cela signifie qu'il y aura déconfinement, puis reconfinement, ad aeternam, ou presque. Problème : comment éviter qu'une partie de l'économie ne disparaisse, que les pauvres, dont le sort se dégradait déjà rapidement, ne paient l'addition, et que les pays les moins développés ne deviennent des bombes à retardement virales ?

Peut-être serons-nous sauvés par un miracle que ne prévoient pas les modèles mathématiques de cet article ? Peut-être que si l'on mettait le monde en état de guerre, réellement, c'est-à-dire si on l'organisait pour faire ce qu'il faut pour arrêter définitivement le virus, y arriverait-on aussi ? (Un précédent billet.)

Toujours est-il que ce virus ne sera certainement pas le dernier. Comment rendre notre société résiliente à ce type d'attaque ? Première leçon : nous dépendons tous les uns des autres. Seconde leçon, si nous voulons que le changement réussisse, il ne peut pas y avoir de perdants, car ils n'accepteront pas de perdre, et ils ont les moyens de faire perdre tout le monde.

La barbe !

Cette épidémie me rappelle, une fois de plus, que j'ai toujours tort.

N'ayant plus de savon à barbe, et ne voulant pas repartir faire les courses et la queue, j'ai eu recours au rasoir électrique abandonné il y a près de quarante ans. Il rase très bien. Je ne le pensais pas à l'époque. J'ai compris que c'était parce que je ne savais pas me raser.

Je retrouve là une idée fausse dont j'ai pris conscience il y a quelques années. Lorsque je rencontre  certains problèmes, je me dis que "je n'y arriverai pas". J'illustre parfaitement les théories du psychologue Martin Seligman. Je me suis rendu compte petit à petit que cela expliquait mon comportement bizarre durant certains examens, mais aussi quelques mauvais réflexes de conduite, heureusement sans conséquence (je ne conduis plus), puis que cette idée fausse s'était infiltrée partout, y compris dans des actes physiologiques qui semblent automatiques. Arriverai-je à m'en débarrasser ?

En tout cas, je crois qu'il y a un enseignement général derrière mon cas particulier : ce que nous prenons pour des lois de la nature vient souvent d'idées qui n'ont pas été suffisamment critiquées.

samedi 28 mars 2020

Etat de guerre

M.Macron parle de guerre, M.Trump réquisitionne General Motors, les Chinois construisent des unités d'isolement pour éviter à leur système hospitalier d'être engorgé.

En France, on cause, ailleurs, on agit ?

La France a toujours eu du mal avec la mobilisation. Si l'on en croit Marc Bloch (L'étrange défaite), en 40, elle n'a réussi ni à mobiliser son armée (ses officiers ne croyaient pas en leurs troupes), ni les usines d'armement (en grève). En revanche, les USA, ont construit un plan de bataille économique, et l'ont appliqué. Dans ces circonstances, il faut débrancher l'économie de marché, et la démocratie.

Exemple de "changement dirigé". Il y a certaines circonstances dans lesquelles on sait ce que l'on doit faire. Alors, on s'organise pour le faire.

Gabriela, girofle et cannelle

Histoire d'amour entre un gros propriétaire de bar d'origine syrienne et une irrésistible sauvageonne, sur fond de changement social.

Ilhéus, dans l'état de Bahia en 1925. L'or, là-bas, c'est le cacao. Il fait des fortunes. Des aventuriers et leurs armées de tueurs ont rasé la forêt, pour y planter des cacaoyers, et assassiné leurs opposants. Ces parvenus s'appellent les "colonels". Ils construisent de grandes maisons en ville, et imposent une morale puritaine à leurs femmes et filles, alors qu'eux mêmes courent la gueuse. Une nouvelle génération apparaît, parmi laquelle se trouvent les enfants des colonels, des étudiants. On ne parle plus que de "progrès". Les moeurs évoluent. Désormais le mari qui tue sa femme et l'amant de celle-ci n'est plus acquitté. Mais, pour autant, en politique comme ailleurs, c'est la force et l'argent qui conservent le pas sur le droit et une démocratie qui n'est qu'apparente. Brésil éternel ?

Bon livre ? Sa force est sa galerie de personnages, les colonels, leurs familles, et les "intellectuels" du cru qui s'opposent à eux, et le fils de famille, venu de Rio pour se faire un prénom, et qui va changer le pays. Mais, curieusement, tous ces gens parlent une même langue, plate. Je me demande si ce qui faisait l'intérêt du livre n'était pas, justement, comme chez Pagnol, la langue de ses personnages, et si tout n'a pas été perdu à la traduction.

vendredi 27 mars 2020

Ce n'est pas la girouette qui change...

Un ami m'écrit : "Les gros cabinets bossent déjà sur l’après-crise, ils vont recommander de couper les coûts : IT, Consultants, Intérimaires. Et de diversifier les fournisseurs en ayant une partie de fournisseurs en Europe. Pour mémoire c’est eux qui avaient conseillé de délocaliser …"

La loi de la société : il vaut mieux avoir tort avec tous... ?

L'énigme du nihilisme

Les "possédés" de Dostoievski sont des nihilistes (on dit "les démons", aujourd'hui). Le nihiliste a mis le monde à feu et à sang. Or, le nihilisme pourrait avoir ressurgi... Les "votes populistes" ont amené les scientifiques à s'interroger sur ce qui les avait suscités. Ce serait le rejet de la politique menée par une "élite" dirigeante. Or, on constate aussi que, derrière un discours instrumentalisant l'écologie, le féminisme ou le rejet du colonialisme, se cache une résurgence du nihilisme.

Pourquoi cette résurgence ? Comment attrape-t-on cette maladie ?
  • Elle serait à l'origine du totalitarisme. Elle a été étudiée après guerre, notamment par Paul Watzalwick. (Albert Camus et Hannah Arendt l'ont aussi pourfendue.) Il semble que ce soit une maladie de la raison, de l'intellectuel). C'est la croyance en un "absolu". L'homme, pris au piège d'un "système", serait dans un "jeu sans fin", une sorte de folie, qui le rendrait aveugle à la réalité. 
  • Le nihilisme n'est pas nécessairement une conséquence imprévue de l'idéologie, mais est parfois revendiqué. Car, pour beaucoup, le néant est purificateur (notamment pour Heidegger ?). 
  • Dans L'homme révolté, Camus observe que le nihilisme, en créant le chaos, est du côté du fort contre le faible. Il pourrait, donc, faire le jeu d'une classe dominante. Plus récemment, on a observé que ces thèses extrêmes étaient un trait culturel qui permettait à l'élite de se reproduire (cf. étude faite par Joan C. Williams dans White Working Class). L'affaire se compliquerait donc : le nihiliste ne serait pas nihiliste, mais ferait comme s'il l'était.
Voilà qui donne le tournis ? Serions-nous dans un jeu sans fin ? Mauvaise approche de la question ?