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dimanche 27 novembre 2016

Entreprise libérée et Hyacinthe Dubreuil

L'ESCP organisait, le 24 novembre dernier, un hommage à Hyacinthe Dubreuil, précurseur de l'entreprise libérée. Les intervenants étaient divisés en deux équipes. D'une part des universitaires, qui ont parlé de l'oeuvre de Dubreuil ; d'autre part des hommes d'entreprise qui ont expliqué ce qu'elle évoquait pour eux. Cela m'a permis de rencontrer Isaac Getz, champion de l'entreprise libérée, et gloire des sciences du management internationales. (Ce qui n'est pas fréquent chez nous.) Mon intervention est ici.

Parmi ce que j'ai retenu. Une définition de l'entreprise libérée : vous y faites ce que vous avez envie de faire, et c'est bien. Comment faire passer l'individu de l'état de dépendance à celui de liberté ? Lui laisser des responsabilités. (Une leçon pour les dirigeants ou pour les parents ?) "le but ultime, c'est le bien être, pas le gain de productivité." Sachant tout de même que les entreprises heureuses battent les autres !

Et aussi un étonnant témoignage d'un des dirigeants de la CGT. La rencontre d'Isaac Getz et de Hyacinthe Dubreuil ont été des révélateurs. Ils avaient raison, la CGT avait tort ! Elle se trompait de combat. Si elle ne se remet pas en cause, "la CGT peut disparaître très vite".  Elle croyait changer le "je" grâce au "nous" (par le collectif). Il faut faire le contraire, partir de l'individu, de la question du travail. Et de la souffrance qu'il inflige. "Il faut revenir à penser travail, dialogue, connaissance, reconnaissance." Et la position de la CGT rejoint celle du patronat. Car le "mal travail" coûte cher, 80md€ par an. "Ce qui m'inquiète c'est le politique." (Qui vit dans le monde des utopies.)

mercredi 25 mai 2016

Et si la CGT gagnait ?

La CGT affronte le gouvernement. Elle peut le faire reculer. Il suffirait pour cela qu'elle endommage la croissance, qui redémarrerait, notamment en nuisant au championnat d'Europe de football. C'est ce que disait France Culture ce matin. 

Même si elle ne vaut à la CGT que l'amitié d'une minorité de la France, cette stratégie a du sens. Le marketing appelle cela une stratégie de niche. Ce positionnement correspond aux aspirations d'une partie de l'électorat. C'est suffisant pour faire une CGT forte.

Le gouvernement va-t-il céder ? S'il se moque de l'électeur et ne voit plus que sa place dans l'histoire, comme le dit un précédent billet, ou construit ses chances d'être élu en 2022, non.

(Où l'on voit que, dans ces circonstances, il est une bonne stratégie de dire que l'on ne tient pas à l'électeur même si ce n'est pas le cas...)

mercredi 12 juin 2013

Le mal français : le syndrome de la CGT ?

Et si la France souffrait du syndrome de la CGT ? me suis-je demandé en écrivant le billet précédent. La CGT ne signe jamais aucun accord. N’en est-il pas de même de nous ? Nous ne voulons jamais participer à un débat constructif. Nous préférons réagir quand il est trop tard. N’est-ce pas pour cela que nos gouvernants nous masquent leurs intentions ?

Pourquoi sommes-nous ainsi ? Parce que nous sommes paresseux ? Il est plus facile de dénoncer une injustice que de prendre une décision juste ? Parce que notre société est paternaliste ? Notre rôle social n’est pas de penser ?... En tout cas, cette caractéristique culturelle nous a coûté cher. Après des années d’illusions, nous découvrons que nous sommes des perdants de la globalisation. Et The Economist nous enjoint de reconnaître que nous « n’avons plus les moyens » de ce que possédaient nos parents. Que faire ? Notre tactique traditionnelle, sanctionner le pouvoir, est en défaut. En effet, il ne peut s’appliquer qu’à nous mêmes. Si nous l’utilisons, nous nous enfonçons encore plus.

Et s’il était temps que le Français s’intéresse au monde extérieur, et à la politique ? Qu’il sorte de son repli sur soi, pour agir ? 

vendredi 30 mars 2012

Notre élection présidentielle terrorise The Economist

The Economist est atterré : la France danse sur un volcan de dettes, et aucun de nos candidats ne s’en préoccupe.

Certes The Economist est viscéralement francophobe (comme tout Anglais), et ultralibéral depuis près de deux siècles, ce qui le prédispose peu à nous trouver sympathiques, nous, notre État, et notre haine de la globalisation. Mais il faut reconnaître que cette campagne aura fait preuve d’une sorte de génie pour ne pas évoquer les problèmes cruciaux de la nation.

Peut-être faut-il y voir une de nos caractéristiques culturelles ? Ce que j’appelle le « théorème de la CGT » ? Comme la CGT, nous appliquons des textes que nous avons refusé de signer ? Nous acceptons de changer, à condition de faire comme si nous avions refusé de changer ? Les réformes se font à notre corps défendant. Ce qui nous permet de les critiquer, la conscience tranquille ?

mercredi 8 février 2012

La France et le changement

J'ai constaté que si l’on donne la liberté à un groupe de Français (étudiants, employés…) de faire quelque chose, rien ne bouge. Même si cela correspondait à une de ses aspirations. Mais si on lui donne un ordre (exercice noté pour les étudiants), il s’exécute. Généralement, il protestera vigoureusement. Un peu comme la CGT qui ne signe jamais aucun accord, mais qui ne fait rien contre.

Contrairement à l’Américain, le Français semble être heureux dans le statu quo. Il n’a aucune ambition à la grandeur. Il ne veut pas changer.

La France change pourtant. Pour cela, mais selon des directives. Et le Français se cache sa passivité en prétendant qu’il s’est fait brutaliser, et en masquant son adhésion de fait par sa mauvaise humeur.

Il est cependant possible qu'il y ait d’autres types de changement, emmenés par de grands mouvements d’enthousiasme, comme ce fut peut-être le cas durant les guerres révolutionnaires, ou pour les Français libres de la dernière guerre.

Compléments :
  • Faut-il voir dans ces constatations une redécouverte des idées de Marc Bloch, qui dit qu'au fondement de la culture française est la résistance de ses classes paysannes au bon plaisir de la noblesse féodale ?

mercredi 16 novembre 2011

Jean Jaurès

Livre de Jean-Pierre Rioux, Perrin 2008.

Étrange. Jaurès a eu la vie du philosophe grec. Sa mort est l’illustration de sa pensée.

Jaurès était porté par un idéal : réaliser l’unité de l’humanité. Comme Socrate, il a été mis à mort par ceux qui n’en voulaient pas. (Et son assassin a été acquitté…) Et comme Socrate, et contrairement à son camarade Bergson et aux philosophes modernes, il a utilisé la philosophie pour transformer la société.

Il a été ce qu’il prêchait. Il voulait « émanciper » l’homme, qu’il apprenne à penser par lui-même. Il a été un esprit libre, indépendant des partis, des appareils, et surtout des dogmes. Et pourtant, en dépit des haines qu’il a suscitées, il n’a pas été sans pouvoir. Il a réussi, notamment, une sorte de fédération de courants socialistes invraisemblablement individualistes et centrifuges, et même de la très puissante CGT.

C’est à son inébranlable optimisme qu'il a dû l’influence qui fit ce miracle. Il avait la capacité de voir le bon côté de tout, de la religion, de la France, du nationalisme, du colonialisme, de la lutte des classes, du parti socialiste et de ses sectes, du syndicalisme, et même du marxisme... Et il en jouait pour éviter leurs vices et leur médiocrité qu’il percevait bien mieux que d’autres. Un Obama, qui aurait une culture encyclopédique, et à sang chaud.

Que la société internationale de son époque l’ait rejeté, en dépit de ses talents extraordinaires, montre probablement à quel point la haine de l’autre est un sentiment qui nous fait chaud au coeur.

mardi 5 octobre 2010

Grève reconductible ?

Contrairement à ce que je pensais, les directions syndicales semblent avoir une position relativement modérée, et pragmatique. Les bruits de grève reconductible que l’on entend seraient le fait de factions extrémistes, « qui rêvent d’en découdre avec le Sarkozysme ». Elles pourraient, au moins, entraîner la CGT.  (Pourquoi la grève reconductible divise les syndicats.)

Je me demande, s’il n’est pas dans l’intérêt du gouvernement de les encourager : s’ils l’emportent, le front syndical est divisé, et ils ont peu de chances de vaincre. Le mouvement syndical, qui est le principal mouvement d’opposition, sera épuisé, et discrédité, pour longtemps. Et le gouvernement sera perçu comme ayant fait preuve de fermeté. Or le courage est rare en politique.

Compléments :
  • Faut-il voir ici une illustration de la thèse de Mancur Olson, selon laquelle, dans un peuple d’individualistes, les minorités organisées ont un pouvoir démesuré ? (Aux derniers chiffres que j’ai vus, le taux d’adhésion à un syndicat est de 7%. Les extrémistes représentent une petite partie de ces 7%.)