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samedi 7 janvier 2012

Chasse à l’économiste (suite)

Alastair Giffin voulait que je demande à Paul Krugman d’écrire pour ce blog. Effectivement il partage son esprit, qui est d’essayer de ramener les débats du moment aux travaux anciens.

Mais il a sûrement mieux à faire.

Et, aussi, c’est un keynésien. Et je partage, biais professionnel, le point de vue de J.K. Galbraith (L'économie en perspective, Seuil, 1989) : les mesures macro économiques sont impuissantes à réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain.

C’est d’ailleurs ce que je reproche aux économistes en général : ne pas avoir compris que tout le succès d’une mesure est dans son exécution, plutôt que dans ses seuls principes. Je leur reproche aussi de penser que les comportements des sociétés peuvent se modéliser.

Galbraith n’était-il pas le choix idéal, lui qui avait écrit sur les théories économiques ? Dommage qu’il soit mort.

C’est aussi le cas de la plupart de mes autres candidats, Herbert Simon, Mancur Olson (The logic of collective action), Elinor Ostrom (Governing the commons) ou l’historien Paul Bairoch. De toute manière, ils ne seraient probablement pas jugés comme des économistes sérieux, même si certains ont reçu le prix Nobel d’économie.

vendredi 3 juin 2011

Pouvoir de l’homosexualité

À l’époque des premiers essais de traduction par ordinateur « more homosexuality than thought » illustrait la difficulté du projet : les ordinateurs comprenaient « plus d’homosexualité que de pensée ».

En fait, il semblerait qu’il y ait « less homosexuality than thought ». Aux USA, les homosexuels seraient 3,5% de la population. Or, alors que notre expérience s’accorde avec ce chiffre, nous tendons à penser qu’il est bien supérieur (52% des Américains le placent au-delà de 20%). (Gay rights: Gay by the numbers | The Economist)

Il y a longtemps j’ai noté qu’une revendication de l’égalité homme / femme était celle des carrières, quand la notion de carrière n’a de signification que pour une infime partie de la population. Revendication de classe ?

Ne serait-ce pas la même chose pour les homosexuels ? Leur influence viendrait de leur forte représentation dans les classes dominantes de la société ? Notamment dans le milieu artistique, qui forme notre opinion.

Compléments :
  • Ce qui irait dans le sens des théories de Mancur Olson : dans une société individualiste, les minorités liées par un intérêt commun ont un poids démesuré ? L’individualisme porte au communautarisme ? (Et au corporatisme)

jeudi 2 juin 2011

Laisser-faire et corporatisme

De tous temps la pensée économique classique a combattu les corporatismes. Or, curieusement, comme on le voit à nouveau aujourd’hui, la déréglementation conduit à leur renaissance.

Les services achats pourraient avoir accéléré le phénomène :
  • En mettant leurs sous-traitants en « concurrence parfaite », ils les ont soumis à une sorte de dilemme du prisonnier. Ceux-ci se sont mis à vendre à perte. En outre les acheteurs ont voulu réduire massivement le nombre de sous-traitants. Résultat : pour ne pas crever, les survivants ont eu intérêt à s’entendre ; comme ils ne sont plus très nombreux, c’est facile. Et, s’ils ne s’entendent pas, il n’en restera bientôt plus qu’un, en situation de monopole. (cf. la sous-traitance automobile.)
  • Les acheteurs jugent les offres qu’ils reçoivent sur des critères quantitatifs (typiquement un prix et un délai). Le sous-traitant réagit en dégradant les critères qui ne sont pas pris en compte (le bœuf aux hormones atteint d’encéphalopathie spongiforme est toujours un bœuf, le spécialiste est remplacé par un stagiaire...). Mais ce n’est pas durable. Le sous-traitant est alors amené, dans la logique des achats, à définir ses propres normes (bœuf bio, auditeur diplômé…). De telles normes tuent l’innovation et l’investissement qu’elles imposent bloque l’entrée de nouveaux concurrents, et, peut-être aussi, amène ceux qui l’on consenti à demander qu'il soit fortement rémunéré, i.e. à vendre cher leurs services (cf. les médecins).

Compléments :
  • Les achats pousseraient soit à tricher, soit au ritualisme, non à une saine innovation ? (cf. modèle de Robert Merton.)
  • Je cite ailleurs Mancur Olson : un monde non réglementé tend à former des oligopoles contrôlant la production d’un bien commun (voitures ou coiffure affro). 

mardi 17 mai 2011

Amérique, pays des monopoles

Phénomène curieux : plus l’Amérique déréglemente plus apparaissent des professions auto réglementées (maître de danse, décorateur d’intérieur, tresseur de cheveux…).  Plus de concurrence et rentes.

Application des théories de Mancur Olson : un monde d’électrons libres produits naturellement des oligopoles ?

dimanche 8 mai 2011

Creating shared value

Article de Michael Porter, signalé par Julien, que je remercie.

Il y a de surprenants parallélismes entre M.Porter et ce blog.
  • Il condamne pour cause de stupidité économique tous les dogmes des précédentes décennies (en particulier la supply chain, les délocalisations, les économistes et les MBA, plus généralement le champ de vision incroyablement étroit de l’entreprise, et les œillères de leurs dirigeants, qui ne savent rien de la vie réelle). Fondamental, pour lui, l’entreprise doit comprendre qu’elle est dépendante de son écosystème et qu’il lui donne des échasses. Il faut donc investir dans cet écosystème, notamment employés et fournisseurs, et non l’essorer. Elle doit, aussi, saisir que le développement durable ne parle que de création de valeur : nouveaux marchés (tous ces gens qui manquent de tout, par exemple) et réduction de coûts (protéger l’environnement c’est moins dépenser). Importance déterminante de la notion de tissu économique (local) pour la prospérité de l’entreprise : son intérêt est de le développer, notamment en comblant ses faiblesses.
  • Identité de vue aussi sur l’échec de l’approche du développement durable par l’activisme, ou la régulation, ou encore sur la confusion entre RSE et charité.
Deux points nouveaux par rapport à mes idées :
  1. Une analyse systémique digne de Forrester et Senge : les entreprises sont obnubilées par le résultat économique à court terme, la réduction de coût, c’est de là que vient leur irresponsabilité sociétale ; en voulant les faire payer pour mauvaise conduite le régulateur augmente leurs coûts et les rend encore plus irresponsables !
  2. Les entreprises n’ont pas toujours été aussi irresponsables (elles ont connu le paternalisme !). Elles le sont devenues parce qu’elles ont délégué leurs responsabilités à des acteurs non économiques. En outre, la globalisation leur a fait oublier qu’elles étaient un résultat d’une accumulation de capital social local.
Mais je ne suis pas complètement d’accord sur tout.
  • M.Porter dit que pour sauver le capitalisme du discrédit, lui faire retrouver une nouvelle vague de croissance, le reconnecter à la société, il faut que l’entreprise optimise la « valeur partagée » (par la société) plutôt que la « valeur actionnaire ». Mon expérience et ma mission ISO 26000 dernière montrent que le moteur ultime de l’homme n’est pas l’argent. Une réflexion RSE est avant tout pilotée par le désir de transformer son métier pour le rendre digne de ce qu’il devrait être. Ce n’est que dans un second temps que l’on découvre qu’elle rapporte aussi beaucoup. Surtout, M. Porter demeure dans une vision économique et quantifiée, or ce qui est important pour notre survie n'est ni l’un ni l’autre.
  • M.Porter pousse, à quelques discrètes notes près, l’entreprise à agir seule. C’est une erreur. En effet, si elle cherche à fournir un bien commun (par exemple la bonne santé de ses employés), elle n’en donnera qu’une quantité suboptimale (cf. Mancur Olson). Pour obtenir l’optimum, il faut que l’écosystème en entier s’occupe du dit bien commun. Ici la démarche ISO 26000, avec son mécanisme de dialogue avec les parties prenantes, est très supérieur à la proposition de M.Porter.
Point curieux, lorsqu’il parle du régulateur, il lui dit de donner des objectifs à l’entreprise et de lui laisser trouver le moyen de l’atteindre ; puis de contrôler qu’elle tient ses engagements. C’est exactement ainsi que j’explique que l’on place quelqu’un en situation de responsabilité. Ce qui me surprend est que ceci signifie que le régulateur est le « dirigeant », et l’entreprise le subordonné. Je ne suis pas sûr que la main invisible, dont parle M.Porter, l’entende de cette oreille.

Conclusion. Je pense que la méthodologie proposée par M.Porter est inférieure à celle d’ISO 26000. Par contre, elle fournit un intéressant moyen d’explorer l’aspect économique du développement durable, qui est peu développé par la norme.

Mais tout ceci est secondaire. Enfin quelqu’un qui s’intéresse au développement durable, prend le point de vue de l’entreprise, et montre que, si on le formule dans sa logique, le développement durable présente un formidable intérêt, c’est même la « vraie » façon de créer de la valeur.  

dimanche 17 avril 2011

État et libéralisme

Le libéralisme veut qu’il n’y ait rien en dehors de l’individu et que ce qu’il gagne lui soit propre. Dans un tel système, il n’y a pas d’inégalité. Mais il y a quand même une forme d’entraide qui passe par la charité, acte volontaire de l’individu.

Curieusement ce modèle n’élimine pas non plus l’État, puisqu’il semble qu’il y ait besoin de maintenir l’ordre, mais il est subventionné lui aussi par la charité.

Compléments :
  • Subrepticement cette vision du monde a pénétré nos vies : les ONG s’occupent des déshérités et nous indiquent les maladies que notre argent doit aider à soigner, l’économie sociale remplace l’État. (Le projet de Big Society de David Cameron.)
  • Si je comprends bien le modèle de Mancur Olson, une société dans laquelle les riches subventionneraient l’État-bien commun serait une mauvaise affaire pour eux. En effet, l'allocation optimale leur permet de s’offrir une quantité de bien commun moindre que si toute la communauté y avait contribué (par exemple une milice), et, en plus, le reste de la population peut en profiter gratuitement. 

lundi 13 décembre 2010

Réduire les dettes avant la tempête ?

D’après une étude de McKinsey citée par The Economist, les taux d’intérêt devraient revenir à leurs niveaux historiques – beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui. Ce qui signifie que les nations endettées vont avoir de sérieuses difficultés.

Raison ? Pendant les dernières décennies les pays riches ont peu investi. Le décollage des émergents fait repartir l’investissement, or l’épargne ne suit pas.

Ça pourrait commencer à poser des problèmes aux USA, en particulier. Les Républicains, qui avaient été élus pour comprimer le train de vie de l’État ont réduit les impôts et B.Obama est allé au-delà de leurs espérances. (La France n’est guère mieux.)

Compléments :
  • L’article lie le faible investissement au faible taux de croissance. Mais, si c’était le contraire, et si les pays occidentaux avaient plus exploité l’existant qu’ils n’avaient cherché à le développer ? Validation de la théorie de Mancur Olson ?

mardi 5 octobre 2010

Grève reconductible ?

Contrairement à ce que je pensais, les directions syndicales semblent avoir une position relativement modérée, et pragmatique. Les bruits de grève reconductible que l’on entend seraient le fait de factions extrémistes, « qui rêvent d’en découdre avec le Sarkozysme ». Elles pourraient, au moins, entraîner la CGT.  (Pourquoi la grève reconductible divise les syndicats.)

Je me demande, s’il n’est pas dans l’intérêt du gouvernement de les encourager : s’ils l’emportent, le front syndical est divisé, et ils ont peu de chances de vaincre. Le mouvement syndical, qui est le principal mouvement d’opposition, sera épuisé, et discrédité, pour longtemps. Et le gouvernement sera perçu comme ayant fait preuve de fermeté. Or le courage est rare en politique.

Compléments :
  • Faut-il voir ici une illustration de la thèse de Mancur Olson, selon laquelle, dans un peuple d’individualistes, les minorités organisées ont un pouvoir démesuré ? (Aux derniers chiffres que j’ai vus, le taux d’adhésion à un syndicat est de 7%. Les extrémistes représentent une petite partie de ces 7%.) 

mardi 21 septembre 2010

Inflation et économie de marché

L'idée m’est venue que notre histoire récente a été celle d’une expropriation. Par une vague de fausses innovations, les forts ont pris aux faibles ce qu’ils avaient et l’ont remplacé, au mieux, par des colifichets. Justification :

Inflation invisible

L’INSEE ne s’intéresse qu’aux biens de consommation. Mais il y a d’autres biens tout aussi essentiels à l’homme qui ne sont pas comptabilisés. Par exemple ? L’éducation, la santé, le travail, le logement, la sécurité. Et il se trouve que une grande partie de la population a un accès à ces biens réduit par rapport à celui de ses parents  – la définition même d’inflation :
  • Le logement, bien entendu, qui est à l’origine de la crise actuelle. Pour la plupart des classes sociales, il est plus difficile d'acquérir son habitation aujourd'hui qu'hier..
  • L’éducation. Comme le disait mon billet sur les universités américaines, leur coût a grimpé beaucoup plus vite que la richesse moyenne des Américains alors que le contenu de l'enseignement a fondu. Idem en France où le privé se substitue au public défaillant.
  • La santé. On prévoit que les dépenses de santé pourraient consommer la croissance future des USA.
  • Le travail. Les générations d’avant 68 connaissaient le plein emploi. Aujourd’hui le chômage est endémique, et certaines catégories en sont définitivement exclues.
  • La sécurité. Si j’en crois la radio et les partis politiques de tous bords, elle s’est nettement dégradée.
La liste n’est pas exhaustive (peut-elle l’être ?). Exemple, plus petit : depuis que le sport est un business, les événements internationaux sont transmis par des médias privés, ils ne sont plus accessibles à une large partie de la population.

Mécanisme de l’inflation : innovation, vessies et lanternes

Dans mon enfance, les kiwis et les avocats étaient rares. Quelques temps plus tard, nous étions submergés de ces fruits, devenus de la cochonnerie.

Le mécanisme de l’inflation qui attaque les biens qui nous sont utiles semble semblable : on conserve le nom, mais il y a substitution par moins bien : il y a toujours une école publique, mais elle ne forme plus ; les subprimes faisaient prendre pour du sans risque de l’hyper risqué…

C’est aussi le mécanisme de la spéculation selon Galbraith : parvenir à déconnecter la valeur perçue par le marché, pour un bien, de sa valeur réelle. C’est ce que les financiers nommaient il y a encore peu « innovation » : nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Economie de marché et inflation

L’économie de marché c’est le mécanisme de l’offre et de la demande en environnement d’acteurs rationnels (non liés par un lien social). Mancur Olson montre que ce système conduit naturellement à l’oligopole, le petit nombre exploitant le grand nombre. Ce qui explique probablement le paragraphe ci-dessus : celui qui est en position de force extrait une « rente » du faible.

La spéculation est un mal naturel de l’économie de marché. L’inflation en résulte. 

Capitalisme et économie de marché

Une question qui se pose immédiatement est celle du capitalisme. Est-il en cause ?
D’après Schumpeter, le capitalisme c’est l’innovation, celle qui crée du nouveau. Elle conduit, comme celle du financier, au monopole (cf. Apple), mais, elle semble faire prendre plus de risques à l’inventeur qu’à la société humaine. En outre, comme le montre par exemple l’invention de l’industrie en France, ce sont plus souvent les héritiers que les innovateurs eux-mêmes qui exploitent la rente ainsi formée.

Il ne faut donc pas confondre économie de marché et capitalisme.

Communisme et contrôle de l’inflation

Comment éviter l'inflation dont il est question ici ? Plusieurs solutions viennent à l’esprit.
  • Le communisme. Il veut contrôler le capitalisme, qui n’est pas notre sujet. En outre il remplace un monopole par un autre, tue l’innovation et l’expérimentation qui en a été faite n’a pas été satisfaisante.
  • L’économiste corse semble plus proche de mon analyse que le Soviétique. L’usage du terrorisme a permis en partie à la Corse d’éviter l’influx de capitaux étrangers, qui aurait amené une inflation du prix de l’habitat, comme sur le continent, d'où expropriation des locaux de leur mode de vie traditionnel. Il y a aussi probable autocontrôle du terrorisme par la population, une formule plus démocratique que le communisme. Cependant l'option corse est une méthode de résistance au changement non de réelle conduite du changement. Il n’est pas certain, donc, qu’elle soit durable.
Sur le long terme, j’imagine que la société finira par trouver un moyen d’autocontrôle des « biens communs » nécessaires au développement de l’homme, selon le schéma défini par Elinor Ostrom, une forme de communisme sans dictature, et sans bombes. (Autrement dit la société ramène en son sein l’individu.) En attendant, il faut probablement faire avec ce que l’on a, et jouer au chat et à la souris avec l’innovation spéculative.

Compléments : 
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.

dimanche 29 août 2010

Gendarme du monde

L’Amérique dépense près de la moitié du budget militaire mondial. J’ai l’impression que l’Europe et le Japon jouent un tant soit peu les parasites, vis-à-vis d’elle, lui laissant policer le monde.

Du coup, on doit avoir le phénomène décrit par Mancur Olson : l’Amérique nous apporte le « bien commun » qu’est la paix mondiale ; à coût faible pour nous ; mais elle le fait d’une manière un peu bancale, qui n’est pas optimale pour la planète. (De même qu’une société pourrait construire une route pour les besoins d’une de ses usines : elle ne serait pas idéale pour les besoins du reste de la communauté.)

mardi 20 avril 2010

Naissance et déclin des nations

OLSON, Mancur, The Rise and Decline of Nations, Yale University Press, 1984. Les individus tendent à former des coalitions. Et ces coalitions, en protégeant leurs intérêts, nuisent à ceux de la société. Cette thèse expliquerait l’évolution récente du monde, ainsi que des phénomènes plus anciens tels que la formation des castes en Inde, et des classes en Angleterre.
  • Lorsque les nations se constituent elles connaissent des phases explosives de croissance jusqu’à ce que les coalitions se forment et bloquent leur évolution (ce qui se passe actuellement en Occident). Ces coalitions ont un effet particulièrement pervers en phase de récession : elles conduisent au sous-emploi massif.
  • Leur perversion vient en grande partie de ce qu’une coalition se forme d’autant plus facilement qu’elle a peu de membres : de ce fait, elle défend les intérêts d’une infime partie de la société. Les coalitions majeures sont les oligopoles économiques et les syndicats. Sur le long terme, des coalitions importantes peuvent se former, elles défendent alors des intérêts larges (la sociale démocratie suédoise recouvre la quasi-totalité de la nation).
  • Conséquences ? Les politiques gouvernementales, macroéconomiques, sont contreproductives. Particulièrement, d’ailleurs, quand elles servent les intérêts de lobbies. Pour rendre efficace une société, il faut s'occuper du cas particulier de chaque coalition. On entre dans le domaine de la microéconomie. Exceptions : 
  • Il est parfois possible de tromper les réflexes des coalitions. C’est ce qu’aurait fait le Keynésianisme. Voici pourquoi. Le comportement des coalitions obéit à des règles. Les coalitions ont beaucoup de mal à s’accorder, elles décident lentement. Pour ces raisons, elles tendent à s’accrocher à des principes de cohésion simples (faciles à négocier), qui, une fois acceptés, sont quasi impossibles à remettre en cause. Ainsi, les démarrages de phase d’inflation peuvent les abuser et faire qu’elles s’approchent de l’optimum économique (de la société) sans s’en rendre compte.
  • La suppression des frontières et les révolutions sont bonnes pour l’innovation et la croissance, puisqu’elles détruisent les coalitions ou les rendent inopérantes en les ouvrant à la concurrence extérieure.
Commentaire :
  • Cela semble parler de notre crise. Simon Johnson y voit la main d’oligarques. Sommes-nous condamnés à un long déclin avec un sous emploi massif ? 
  • Le Keynésianisme de nos gouvernements a été judicieux ? Mais a-t-il été opérant ? Les oligopoles continuent à augmenter leurs bénéfices, sans relancer l’économie.
  • Il me semble que la globalisation de ces dernières décennies fut une tentative faite par les oligopoles occidentaux de construire des oligopoles mondiaux (cf. la stratégie de l’automobile ou de l’aéronautique). Alors, la réaction des pays émergents pourrait-elle amener une dislocation de ces coalitions et un redémarrage de la croissance, y compris chez nous ?
  • Ce que dit aussi ce texte, c’est que la nature a horreur des individus isolés : elle les constitue immédiatement en société. Car ce que décrit Olson, la création de coalitions de plus en plus complexes, ressemble à s’y méprendre à la constitution d’une société et de sa culture. Cela signifie-t-il qu’il ne peut y avoir de croissance sans dislocation sociale ? Que création = individualisme ? Et qu’il faut des crises pour casser le tissu social afin qu’il devienne innovant ? C’est la théorie de Schumpeter, sa vision du capitalisme. Mais, il avait fini par penser que la société bloquerait ces crises en générant des oligopoles qui se rejoindraient pour former une sorte de communisme (au sens détention collective des moyens de production, pas URSS). L’innovation deviendrait un processus comme un autre pour ces bureaucraties (à l’image de l’innovation de Bosch). Il n’y aurait plus besoin de « destruction créatrice », de crise. Peut-être qu’alors la société se sera détournée de l’économie, Dieu trop violent pour ses enfants ? L'économie sera alors devenue une préoccupation secondaire pour notre société, qui aura trouvé une autre source d’aliénation, pour reprendre le vocabulaire de Marx.
Compléments :
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • SCHUMPETER, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest, and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1982.
  • Karl Marx.

lundi 5 avril 2010

Tea party et web social


Il défend des valeurs conservatrices mais ne vote pas Républicain. En fait, il semble avant tout être « contre ». Il est contre l’establishment, et ne veut pas de leader. Il n’a pas de programme clair. Sa force vient surtout de ce qu’il sait mobiliser la foule (grâce au web social). Mais il n’a aucune organisation interne. Curieusement, s’organiser signifierait même la mort du mouvement. Son atout maître : être spontané ?

Parallèle avec les manifestations françaises ? Quand une mesure ne convient pas au peuple, il se manifeste et fait tomber un ministre. Peut-être en est-il de même aux USA ? Sorte de résistance au changement ? Quand certaines valeurs de la société sont menacées, il y a manifestation de mécontentement ? Moyen de manœuvrer une classe dirigeante qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe populaire, mais qui a tous les pouvoirs ?

Compléments :
  • Contradiction avec les thèses de Mancur Olson, selon lequel seuls les petits groupes peuvent construire des coalitions, les grands ayant besoin de contrainte pour cela ? Le web 2.0 donne-t-il aux foules un moyen de coordination à coût si faible qu’il leur est possible de monter des rassemblements éphémères, mais efficaces parce qu’ils frappent à des instants critiques du processus démocratique (élections) ?

dimanche 13 septembre 2009

Erreurs américaines

L’actualité américaine me fait revoir mes jugements :

B.Obama en leader ?

Dans un complément de note, j’ai assassiné B.Obama et son discours sur la réforme de la santé. En fait, j’avais lu un peu trop vite les comptes-rendus du discours :

  1. Il semble avoir fait preuve de passion et de conviction.
  2. Il aurait défini un cadre clair au projet.

Bref je l’ai attaqué alors qu’il semblait vouloir illustrer la technique de « fair process » qui justifiait ma critique.

Qui sont les Américains ?

Mon point de vue sur son opposition est aussi en révision :

  • Je voyais le peuple qui s’oppose à Obama, comme « l’Amérique d’en bas », porteuse des valeurs essentielles du pays. Je me demande maintenant si je ne suis pas victime d’un biais rousseauiste (quand même issu de mon expérience), qui croit le peuple comme fondamentalement « bon », « decent people » disent les Anglais. Or, les opposants aux réformes semblent contre tout, sans discussion possible. Le gouvernement c’est le mal et B. Obama est condamné définitivement et sans procès parce qu’il est ce qu’il est. (Quoi exactement ? je n’ai pas compris. Pas comme eux ? Noir, tolérant et altruiste ?). Il y a quelque chose de haineux dans tout cela, d’antidémocratique. Ceci donne une inquiétante image de fanatisme.
  • Pendant la campagne j’avais assimilé S.Palin à R.Reagan. Certainement faux : R.Reagan c’était une sorte de bonhommie, une Amérique sûre d’elle, Mme Palin me semble plutôt issue d’une Amérique puritaine, haineuse et petite, un peu ce que décrit Michael Moore dans Bowling for Columbine, et que j’avais du mal à croire possible.
  • Mais ces opposants sont-ils vraiment l’image de l’Amérique ? Ou une minorité relativement petite ? Mais si c’est une minorité, elle n'est forcément impuissante : M.Olson (The logic of collective action) montre que lorsque l’individualisme est la règle d’un groupe humain, alors ce sont les minorités organisées qui ont le dessus.

Difficile de se faire une idée claire sur un pays, quand on en est loin.

Compléments :

mercredi 6 mai 2009

Ceux qui devraient changer changent-ils ?

L'Europe redoute une "crise sociale" potentiellement "explosive" et ce que j’entends à la radio, qui va dans le même sens, a quelque chose de surprenant : on nous dit que c’est une finance anglo-saxonne d’apprentis sorciers qui a déclenché la crise mondiale ; or, s’il y a des désastres, les victimes en sont les pays hyper-vertueux (Japon, Allemagne, zone Euro…). Les pays anglo-saxons, eux, souffrent d’une version atténuée de la crise.

Leçon de changement : la victime paie pour les crimes du coupable

Peut-être plus inattendu : quand on met en regard les chiffres du chômage et la baisse de PIB, on voit que, si l’on répartit le PIB sur ceux qui travaillent, le PIB par employé augmente (mon calcul est un peu faux : les licenciés américains touchent parfois des compensations). Ce qui semble sûr, aussi, est que les rémunérations des dirigeants des grandes banques américaines n’ont pas été affectées, les bonus demeurent au même niveau qu’en 2008. Même chose pour la City : les survivants ne se sont jamais aussi bien portés.

À cela s’ajoute le thème d’une série de billets précédents : l’administration Obama n’a rien changé au système bancaire, elle le maintient en vie avec l’argent public. Simon Johnson, ex économiste en chef du FMI, parle « d’oligarques », qui ne peuvent se remettre en cause. Seule innovation, mais elle est de génie. C’est Barak Obama. Parce qu’il est noir, on a pensé que l’Amérique s’était transformée. Or, il appartient à l’élite de la culture qui, justement, est en cause !

Tout change, sauf ce qui devrait changer. C’est toujours comme cela que se passe un changement. Celui qui a le pouvoir ne peut pas penser que ses difficultés viennent de lui, par conséquent, il utilise ce pouvoir pour faire changer le reste de la société. D'ailleurs, il est très difficile de se changer, beaucoup plus facile d'exercer son pouvoir.

Cet entêtement ne risque-t-il pas de lui être fatal ? Oui en générale, non ici, du moins à une échelle de temps de quelques décennies, ou de quelques siècles. Parce que le scénario s’est déjà présenté, en Angleterre, au moment de la Révolution française : c’est lui qui faisait que Tocqueville admirait une Angleterre qui avait su conserver sa noblesse (qui continue, même aujourd’hui, à être extrêmement prospère).

Une élite inusable

Voici une modélisation de ce qui peut se passer.

  • L’élite anglo-saxonne ne se voit pas comme anglo-saxonne, mais comme internationale. Au fond, c’est la communauté des hommes d’affaires les plus puissants : le milliardaire russe, par exemple, y est bienvenu. Cette élite est « pragmatique », elle sait, par certains côtés, s’adapter, tout en conservant l’essentiel. Cet essentiel est un certain niveau d'aisance, mais surtout la mainmise de l’économie de marché sur la gestion du monde.
  • Ce n’est pas une « classe », mais un groupe à la solidarité floue, qui n’a pas d’états d’âmes : en cas de crise, il laisse périr quelques boucs émissaires et quelques moucherons attirés par la lumière. Ce qui calme les velléités révolutionnaires du reste de la planète.
  • En outre, il sait faire diversion. Les richesses produites par la colonisation britannique ont probablement évité que la paupérisation de la population anglaise qui avait résulté de la révolution industrielle ne devienne menaçante. De même, la possibilité d’endettement offerte récemment aux couches populaires américaines les a-t-elle aidées à ne pas prendre conscience de leur appauvrissement.

Cette modélisation est cohérente avec celle de Mancur Olson, qui a étudié les modes d’organisation de populations « rationnelles » (c'est-à-dire qui optimisent leur intérêt propre plutôt que de suivre les lois de la société).

La crise comme avenir

Quel est le changement auquel nous sommes confrontés ? Il s’agit probablement de douter de beaucoup de ce à quoi nous croyons, à commencer par le rôle du marché, « main invisible » qui doit guider notre vie. Il faut le mettre sous contrôle de la société.

Je ne suis pas sûr que cela puisse être fait par la force : il faudra que l’élite internationale change, et ce changement ne peut venir que d’elle. La coercition est impuissante, d’autant plus que ce groupe est en recomposition permanente. En conséquence, je pense qu’il faudra encore de nombreuses crises pour que, de remise en cause en remise en cause, elle en arrive au nœud du problème.

Ce n’est pas la seule possibilité. (Même si elle me semble la plus probable.) Cette élite a un point faible : elle est individualiste, elle est désarmée face à une stratégie solidaire. Elle pourrait donc être remplacée par une élite qui saurait jouer des mécanismes sociaux, et donner à l’humanité une organisation plus durable.

Compléments :

  • Le modèle de l’oligarchie : Trou noir.
  • L’absence de changement dans la banque américaine : Crise et changement de culture, Les certitudes du gouvernement Obama.
  • Un billet sur la City (sur sa santé, voir le lien) : Phénix anglais.
  • À l’appui de mon raisonnement : avant cette crise, il y a eu dix crises régionales majeures (Russie, Asie du sud-est, Amérique latine) : à chaque fois la finance mondiale s’est rétablie, la note a été réglée par les victimes, qui, pour certaines, ont été dévastées. Consensus de Washington.
  • Sur l’adaptation des couches dirigeantes anglaises aux mouvements sociaux suscités par la révolution : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Le modèle de Mancur Olson : The logic of collective action.
  • La perception qu’a d’elle-même l’élite des affaires : Grande illusion.
  • Un autre exemple du mécanisme de remise en cause d’une culture : celle de la Chine. Chine et Occident : dialogue de sourds.

mercredi 24 septembre 2008

The logic of collective action

Soit des être humains poussés par leur seul intérêt et procédant de manière rationnelle ; supposons qu’ils veuillent acquérir un « bien commun », un bien qui, lorsqu’il est obtenu, profite à tous. Que se passe-t-il ? Voici le problème que pose le livre dont il va être question.

Préliminaire. Qu'est-ce qu'un bien commun : un pont, un salaire élevé pour des employés… il n’y a pas beaucoup de biens qui ne soient pas communs…

Le comportement du groupe d'individus rationnels
Plusieurs situations peuvent se présenter :
  • S’il y a un acteur qui a la capacité de payer le coût (total) nécessaire à l’obtention du bien, il aura tendance à le faire. Du coup, il acquerra une quantité optimale eu égard à ses intérêts. Les autres en profiteront gratuitement. Le faible exploite le fort. Mais la quantité de bien commun obtenue ne sera pas aussi élevée que s’ils avaient coordonné leur action. Par exemple un industriel local fera bâtir une route pour ses camions, mais la route sera étroite et mal entretenue.
  • Un petit groupe aura tendance à acquérir le bien commun. Alors qu’un groupe important ne fera rien : l’action de chacun de ses membres a si peu de conséquence qu’il ne bougera pas. Deuxième conséquence inattendue : la force d’un groupe est fonction inverse de sa taille.
  • Le petit groupe tend à se coordonner d’autant mieux que le bien commun est « exclusif », c'est-à-dire que sa quantité est finie. Si un industriel ne joue pas l’équipe et que ses concurrents tentent de maintenir un prix de vente élevé en ajustant leur production, il finira par occuper la totalité du marché, les autres étant à 0. Dans ces conditions : ils ont tous intérêt à s’observer de près. C’est ainsi que les groupes de pression les plus puissants semblent être les oligopoles industriels. Mais ils ne sont efficaces qu'en ce qui concerne leur activité (par exemple leur pouvoir n’en fait pas nécessairement une menace pour la démocratie).
Comment un grand groupe peut-il être efficace ? Par la contrainte, ou l’incitation. Par exemple l’adhésion à un syndicat peut être obligatoire, ou il peut apporter des bénéfices (assurance…) qu’on ne trouve pas ailleurs.

Commentaires: 
  • Les lois du marché sont naturellement instables. Ce texte signifie qu'il est idiot de penser qu'un marché puisse s'équilibrer naturellement et donner le meilleur des mondes. Soit vous avez un grand nombre de concurrents et ils se massacrent, c'est instable. Soit vous avez peu d'entreprises et elles s'entendent, il n'y a plus de concurrence.
  • L'explication de la lutte des classes ?  Ce que j'ai compris de la Révolution industrielle.
    • Un des actes marquants de la révolution industrielle anglaise a été la suppression des corporations qui protégeaient les artisans. Par ailleurs la société anglaise est individualiste, elle s’est donc retrouvée avec une masse de gens non coordonnés, donc incapables de défendre un quelconque intérêt commun. En face d’eux il y avait un petit nombre de personnes que leur intérêt naturel  poussait dans la même direction, sans besoin d'alliance explicite.
    • Parler de « classes » serait donc faux. Il n’y a pas de réelle appartenance à quoi que ce soit. Un riche peut devenir pauvre, sans être secouru. Un nouveau riche sera accueilli favorablement par ses nouveaux pairs. Ce modèle concentre la richesse entre les mains d’un petit nombre. Dès que ce groupe s’étend trop, il perd tout pouvoir.
Intriguant.

Compléments :
  • OLSON, Mancur, The logic of Collective Action : Public Groups and the Theory of Groups, Harvard University Press, 1971.
  • Cette analyse est complémentaire de celle de Governing the commons, qui explique comment un grand groupe peut contraindre ses membres à coût minimal (auto organisation)
  • Révolution industrielle : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Adam Smith, dans La Richesse des Nations, penche pour des accords explicites entre concurrents. Ce qui n’en fait pas une classe : aucun d’eux ne sacrifierait son intérêt pour celui de ses partenaires.