jeudi 8 août 2013
Prospective (suite)
Autre théorie, celle d'un retour régulier de certaines caractéristiques du capitalisme. « Quant à croire que la concurrence assurera par la voie naturelle la sélection des meilleurs c’est faire (...) comme un jardinier qui dans son jardin laisserait pousser tout, pensant que les bonnes espèces sauront bien prendre le dessus. Qu’arriverait-il ? il aurait son jardin rempli de ronces et de chiendent. » dit Charles Gide, au Collège de France, il y a 80 ans[2]. Mêmes débats, mêmes arguments qu’aujourd’hui ! L’histoire se répète.
Ce que MM. Ray et Séverino expliquent ainsi[3] : Le capitalisme procède toujours de la même façon. La croissance démographique crée une forme de disette. Les plus avantagés en tirent parti pour accumuler capitaux et innovations. C’est le progrès. Mais la misère conduit à la crise. Elle force à installer des systèmes de solidarité sociale. En créant une classe moyenne, ils relancent la croissance.
[1] JAVARY, Cyrille, Le discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.
[2] AUDIER, Serge, La pensée solidariste, PUF, 2010.
[3] SEVERINO, Jean-Michel, RAY, Olivier, Le Grand Basculement, Odile Jacob, 2011.
samedi 31 décembre 2011
Le changement loi fixe et naturelle
Cyrille Javary auteur d’un formidable livre nous explique que les Chinois ont depuis fort longtemps résolu l’équation de l’action.
Le Yi Jing, texte capital de la pensée chinoise et vieux de plus de 35 siècles, est le premier manuel d’aide à la décision. Il s’appuie sur 6 piliers :
- Le changement
- Le battement
- Le cheminement
- L’engagement
- Le discernement
- Le hasard
L’idéogramme changement YI est formé de la juxtaposition de deux signes, celui de la pluie placé sous celui du soleil. Ce peuple sédentaire et cultivateur apprécie ce phénomène naturel et quotidien, de l’alternance du soleil et de l’eau dont les effets sont nécessaires et complémentaires. YI nous indique donc que chacun peut aisément faire le constat du changement quotidien et permanent en regardant le temps qui passe. Mais le plus surprenant c’est que YI signifie également loi fixe. En effet, puisque tout change tout le temps c’est de fait la seule loi stable sur laquelle bâtir une stratégie de l’action.
Enfin, YI signifie également simple facile, comme « après la pluie le beau temps »!
Et je me demande si ce n’est pas après quelques lectures chinoises tout en observant la nature, que Darwin a simplement déterminé que :
Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. (Charles Darwin / 1809-1882)Pour approfondir :
- Le livre de Cyrille Javary –écrivain et conférencier spécialisée dans la civilisation Chinoise. « Le discours de la tortue » avec ce sous-titre « Découvrir la pensée chinoise au fil du Yi Jing ».
- Et une chronique du livre par ce blog.
lundi 10 novembre 2008
Le discours de la Tortue
Rechercher l’efficacité harmonieuse entre l’action individuelle, la situation où elle s’applique et le moment où elle s’insère était considéré par Confucius comme l’acte moral par excellence.
Chacune étant à la fois description et gestion d’une organisation énergétique particulière, analyse diagnostique et réponse stratégique pour une configuration déterminée.
Le vrai souverain se préoccupe de tous mais ne contraint personne, il aide les situations à se réaliser selon les lignes de force qu’elles recèlent, en créant par sa seule présence importante et immobile le courant porteur qui permet à chacun de se réaliser au niveau où il se trouve et de devenir ainsi (…) « fondamentalement favorisant ».
- Autres réflexions sur Le discours de la Tortue : Nous sommes tous des hypocrites !, Chinois : copieur et fier de l’être.
- BILLETER, Jean-François, Contre François Jullien, Alia, 2006.
- BILLETER, Jean-François, Chine trois fois muette : Suivi de Essai sur l'histoire chinoise, d'après Spinoza, Alia, 2006.
- Pour Jean-François Billeter, le Confucianisme s’explique, plutôt que par une tournure d’esprit particulière au Chinois, par les intérêts au statu-quo de ses empereurs : ne bousculons pas l’harmonie sociale qu’ils garantissent. (D’où le danger de l’innovation. Elle n’est pas totalement éliminée, mais toujours protègée du nom d’un ancêtre révéré.)
vendredi 7 novembre 2008
Nous sommes tous des hypocrites !
Chaque civilisation enfante ce qui lui manque. L’Inde brûlante et brutale a sécrété la non-violence ; l’Occident égoïste et rapace, la religion du Dieu d’amour ; la Chine, passionnée et émotive, la recherche de l’harmonie. (Cyrille Javary, Le Discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.)
En travaillant sur le rôle de la culture française dans le changement, pour mon dernier livre, j’en étais arrivé à une conclusion bizarrement similaire : finalement, ce que la société française était le moins était d’être libre, fraternelle et égale. Ses problèmes étaient là. Il existe une étude de James March sur les sciences du management qui montre qu’elles sont tout sauf des sciences. Mark Blaug dit la même chose de l’économie.
Une théorie d'Edgar Schein explique ces paradoxes. La société peut s’observer suivant trois angles :
- Ce qu’elle fait. Plus exactement ce qu’elle fait si l’on en extrait les petites perturbations, les aléas. On y voit alors que les membres de la société suivent des rites (métro, boulot, dodo…). Ce sont les artefacts.
- Ils s’expliquent par le fait que ces membres obéissent à des règles inconscientes : les hypothèses fondamentales (par exemple, « si problème alors réunion », ou « l’homme digne de ce nom doit conduire à tombeau ouvert »). En quelque sorte ces hypothèses sont une idéologie : ce sont des règles qui ont été absorbées parce qu’elles ont toujours rendu de bons services. Mais on n’a aucune preuve qu’elles sont universelles, « scientifiques ».
- Enfin arrivent les valeurs officielles. Ce que la société nous dit être bien. C’est le « politiquement correct ». Ce peut être des hypothèses fondamentales en cours de test. Mais si elles guident nos paroles, elles imprègnent rarement nos comportements. Nous ne savons pas comment les mettre en œuvre. Ce sont le très admiré code d’éthique d’Enron ou la bien pensance des Bobos. Nous n’aimons probablement pas ce que nous sommes et nous créons un idéal à l’opposé exact de nos défauts. Beaucoup de prêcheurs très bruyants sont des pervers. Mais, sur plusieurs générations, il arrive que nos actes suivent nos paroles. Un jour l’économie sera peut-être une science.
- L’économie n’est pas une science
- MARCH, James G., SUTTON, Robert I., Organizational Performance as a Dependent Variable, Organization Science, Novembre-Décembre 1997.
- SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
- BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
- Passage des valeurs officielles dans les comportements : Norbert Elias.
mardi 4 novembre 2008
Chinois : copieur et fier de l’être
Idéalement, les inventeurs chinois ne font que recopier la nature pour reproduire sa puissance vitale. Les artistes eux-mêmes ne sont pas des créateurs, mais des recréateurs. Ils ne cherchent pas à faire une offre personnelle, mais à agencer des signes connus selon des codes préétablis.Et auparavant
Qu’importe, en Chine, l’authenticité d’un objet, si la reproduction qu’on en a faite est dotée du même pouvoir d’évocation.On y apprend aussi que « Un signe chinois fait plus que représenter la réalité, il a la vocation à la rendre présente. » et que la Chine, contrairement a nos traditions, n’a pas de dieux créateurs, et de légende de création. Voilà qui explique les difficultés des Chinois à respecter les brevets occidentaux ? Ce ne sont pas des escrocs, mais la notion d’invention n’est pas dans leur culture. Qui est bien différente de la nôtre :
- L’Occident est allé jusqu’à croire qu’avant lui la nature ne valait rien, qu’il lui apporte, par son génie, tout ce qu’elle a de beau (Droit naturel et histoire). Toute notre économie est là dedans : le PIB est une évaluation annuelle de la création humaine. C’est aussi pourquoi, probablement, nous prétendons prendre des brevets sur le vivant. Tout ce que nous voyons nous appartient.
- Le Chinois ancien semblait penser que la nature préexistait à l’homme, et que l’art de ce dernier est de reproduire, de comprendre, aussi bien que possible cette nature.
