dimanche 9 décembre 2018
Pouvoir des mots
Le génie du gilet jaune est d'avoir exprimé sa détresse de manière acceptable ?
(Théorie.)
dimanche 19 février 2017
Le politiquement correct attaqué
lundi 10 novembre 2014
La France : des schizophrènes gouvernant des déprimés ?
- ce que nous faisons, nos rites collectifs et nos productions (artefacts) ;
- les explications que nous donnons, collectivement, à ce que nous faisons ;
- les raisons réelles, inconscientes, de nos actes.
lundi 14 mars 2011
Censure et journalisme
mardi 30 novembre 2010
Lenny (2)
jeudi 30 juillet 2009
TF1 et ARTE
- Nos habitudes (regarder TF1) sont des « artefacts ».
- L’homme donne des explications de son comportement en ayant recours aux « valeurs officielles », à ce que notre culture nous dit être bien : regarder ARTE. Le paradoxe révèle qu’il y a anguille sous roche.
- En fait notre comportement obéit à des « hypothèses fondamentales » qui sont enfouies dans l’inconscient collectif.
- Des effets délétères de la télévision.
- Galbraith : L’ère de la planification.
- D’une manière générale, l’entreprise moderne joue essentiellement sur les faiblesses humaines. C’est ainsi qu’elle nous transforme en obèses ou qu’elle force la dose de nicotine pour nous rendre dépendants de la cigarette (voir sur le sujet Révélations, le film de Michael Mann).
mercredi 11 mars 2009
Nouvelle économie
Voici ce que John Galbraith écrivait il y a plus de 50 ans :
Dans le modèle de la société concurrentielle, une telle insécurité était inhérente. Le producteur individuel ou le travailleur pouvait, à tout moment, souffrir un revers de fortune. Ceci pouvait être le résultat de la paresse ou de l’incompétence qui lui auraient fait perdre des clients ou son travail. Mais le meilleur des hommes pouvait souffrir d’un changement brutal du goût des consommateurs ou de l'inefficacité de son employeur. Ces changements de fortune imprévisibles étaient à la fois inévitables et imprévisibles. Ils étaient inévitables parce qu’ils faisaient partie de la capacité du système à s’adapter au changement. Comme les besoins et les désirs changeaient, les hommes trouvaient de nouveaux emplois et perdaient les anciens. Le capital était recherché dans les nouvelles industries et passé en pertes et profits par les anciennes. L’insécurité était utile parce qu’elle poussait les hommes – hommes d’affaires, travailleurs, indépendants – à rendre leur meilleur et plus efficace service, puisqu'une punition sévère était impersonnellement délivrée à ceux qui ne le faisaient pas.
Cependant, cette insécurité, aussi utile qu’elle semble en principe, était chérie presque exclusivement soit pour l’autre, soit de manière abstraite. Sa nécessité était jugée essentielle pour inspirer l’effort d’autres personnes en général. Elle semblait rarement vitale pour l’individu lui-même. Les limites à la concurrence et au mouvement libre des prix, la plus grande source d’incertitude pour l’entreprise, ont été principalement déplorées par des professeurs d’université à l’emploi garanti à vie.
(…) Dans la sagesse conventionnelle des conservateurs, la recherche moderne de sécurité a été longtemps dénoncée comme la plus grande menace au progrès économique. Ces peurs étaient les plus fortes au moment où de grandes avances dans la sécurité de la société coïncidaient avec une grande expansion économique.
Pour lui cette croyance s’expliquait par les conditions que les fondateurs de l’économie avaient connues il y a plus de deux siècles. Alors la pauvreté et l’insécurité régnaient.
Galbraith pensait qu’il s’agissait là d’un archaïsme qui finirait par disparaître. Or, non seulement il n’a pas disparu, mais il était encore la pensée unique il y a un an, et, comme le disait Galbraith, enseigné avec passion par les professeurs d’université (américains) disposant de la sûreté de l’emploi. Et cette pensée unique a guidé les décisions de nos dirigeants pendant plusieurs décennies.
Une autre interprétation possible : celle d’Edgar Schein. Ces idées ne sont pas des archaïsmes mais les « valeurs officielles » d’un groupe, ce à quoi il croît, ou plutôt qu’il désire. De même que « liberté, égalité, fraternité » sont désirés par le Français, non parce qu’ils reflètent quoi que ce soit de passé, mais parce que c’est une utopie qu’il aimerait réaliser pour corriger ce qui le fait le plus souffrir.
Ce qui rend fou l’homme riche, ou le professeur d’université, c’est probablement ce qui empêche un enrichissement personnel et un développement économique qui leur paraissent à portée de main. C'est la même frustration qui saisit le chercheur lorsque l'on ne lui donne pas l'argent que requièrent ses travaux. Seule explication possible : stupidité du peuple, pour lequel il n’y a pas de châtiments assez exemplaires. Jusqu’à ce que l’impensable se produise.
Compléments :
- La révolution française et l’ultralibéralisme récent semblent avoir tout deux été des crises de la raison : des esprits qui se jugeaient supérieurs ont voulu imposer par la force ce qui leur semblait évident (Consensus de Washington).
- GALBRAITH, John Kenneth, The Affluent Society, Mariner Books, 1998.
- SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass publishers, 1999.
vendredi 7 novembre 2008
Nous sommes tous des hypocrites !
Chaque civilisation enfante ce qui lui manque. L’Inde brûlante et brutale a sécrété la non-violence ; l’Occident égoïste et rapace, la religion du Dieu d’amour ; la Chine, passionnée et émotive, la recherche de l’harmonie. (Cyrille Javary, Le Discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.)
En travaillant sur le rôle de la culture française dans le changement, pour mon dernier livre, j’en étais arrivé à une conclusion bizarrement similaire : finalement, ce que la société française était le moins était d’être libre, fraternelle et égale. Ses problèmes étaient là. Il existe une étude de James March sur les sciences du management qui montre qu’elles sont tout sauf des sciences. Mark Blaug dit la même chose de l’économie.
Une théorie d'Edgar Schein explique ces paradoxes. La société peut s’observer suivant trois angles :
- Ce qu’elle fait. Plus exactement ce qu’elle fait si l’on en extrait les petites perturbations, les aléas. On y voit alors que les membres de la société suivent des rites (métro, boulot, dodo…). Ce sont les artefacts.
- Ils s’expliquent par le fait que ces membres obéissent à des règles inconscientes : les hypothèses fondamentales (par exemple, « si problème alors réunion », ou « l’homme digne de ce nom doit conduire à tombeau ouvert »). En quelque sorte ces hypothèses sont une idéologie : ce sont des règles qui ont été absorbées parce qu’elles ont toujours rendu de bons services. Mais on n’a aucune preuve qu’elles sont universelles, « scientifiques ».
- Enfin arrivent les valeurs officielles. Ce que la société nous dit être bien. C’est le « politiquement correct ». Ce peut être des hypothèses fondamentales en cours de test. Mais si elles guident nos paroles, elles imprègnent rarement nos comportements. Nous ne savons pas comment les mettre en œuvre. Ce sont le très admiré code d’éthique d’Enron ou la bien pensance des Bobos. Nous n’aimons probablement pas ce que nous sommes et nous créons un idéal à l’opposé exact de nos défauts. Beaucoup de prêcheurs très bruyants sont des pervers. Mais, sur plusieurs générations, il arrive que nos actes suivent nos paroles. Un jour l’économie sera peut-être une science.
- L’économie n’est pas une science
- MARCH, James G., SUTTON, Robert I., Organizational Performance as a Dependent Variable, Organization Science, Novembre-Décembre 1997.
- SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
- BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
- Passage des valeurs officielles dans les comportements : Norbert Elias.
dimanche 15 juin 2008
BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles
La banque centrale européenne est critiquée. Elle maintient des taux d’intérêt anormalement élevés. D’où euro excessivement cher. D’où non compétitivité des exportations de la zone euro. D’où faible activité économique et emploi menacé. Mais pourquoi attaquer la BCE ? Elle a pour mission de maintenir la stabilité des prix. Elle a même un objectif quantitatif : pas plus de 2% d’inflation. Bref, elle fait son métier.
D’où vient cet objectif ? La BCE est une copie de la Bundesbank L’hyperinflation des années 20 a fortement marqué l’Allemagne. Les deux décennies de malheur qui ont suivi lui auraient été dues. Par contraste, la ferme maîtrise de l’inflation de l'après guerre est associée à la paix et la prospérité. Une démonstration convaincante ? Non, une idéologie.
Ce qui a marqué les esprits aux USA, c’est les « raisins de la colère » : la dépression (phénomène opposé à l’hyperinflation) des années 30, et la misère massive de la population. Depuis, les gouvernements réagissent avec vigueur lorsque le taux de chômage dépasse des niveaux qui semblent faibles aux Européens (5 ou 6%). Le comportement des nations n'est pas gouverné par la raison mais par le souvenir d'événements frappants.
Cette histoire illustre la théorie d'Edgar Schein :
Culture Changement et Edgar Schein
Tout groupe humain, nation, famille, entreprise… obéit à des règles inconscientes. Elles correspondent à ce qui semble avoir fait le succès du groupe. Pour l’Allemagne : inflation = Hitler, maîtrise de l’inflation = longue paix. Edgar Schein les appelle « hypothèses fondamentales ». La nécessité de changement vient de ce qu’elles ne sont plus appropriées : elles donnent de mauvais conseils. Que faire ?
Les éliminer ? Difficile. Elles sont ensevelies dans les comportements individuels et généralement liées à d’autres règles (impossibles à identifier), dont la disparition pourrait faire plus de mal que de bien. Il faut faire avec. Et se demander comment arriver à atteindre ses objectifs (par exemple éviter chômage et destruction du tissu économique), sans les remettre en cause.
Application : Allemagne, France, Europe du sud
C’est ce qu’a tenté l’Allemagne depuis quelques années, notamment en cherchant à placer son industrie sur des marchés peu sensibles au prix, et en réduisant sa masse salariale. Ces deux orientations sont, elles aussi, sous-tendues par des « hypothèses fondamentales » : en particulier, l’entreprise allemande est solidaire : son personnel fait « partie de la famille », on ne le licencie pas, mais il accepte de réduire son salaire en cas de difficulté.
Et la France ? Elle n’a pas les mêmes hypothèses fondamentales que l’Allemagne, et ne peut donc pas totalement s’inspirer de ses idées. D'ailleurs ses difficultés avec la BCE viennent en partie du fait que la hantise de l’hyperinflation n’est pas une de ses hypothèses fondamentales. Plus exactement la France essaie de l'acclimater. Elle a relativement peu souffert des crises des années 20 et 30, ce n'est que dans les années 80 (Franc fort) que l'idée de la lutte contre l'inflation a commencé à marquer sa culture. C’est une « hypothèse fondamentale » en construction. C’est ce qu’Edgar Schein nomme une « valeur officielle ». C'est une règle que l’on aimerait bien appliquer, sans trop savoir comment.
C’est pour cela que, comparativement, les pays du sud, qui n’ont connu ni l'histoire ancienne de l'Allemagne, ni l'histoire récente de la France, souffrent plus qu’elles.
Enseignement : le changement se fait en utilisant les « hypothèses fondamentales » de l’entreprise. Aller contre n’est pas possible, du moins à court terme (cf. la difficile adoption des valeurs officielles).
Compléments :
- Edgar H. SCHEIN, The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
- Les faits de cet article viennent de The Economist, Don’t play politics with the euro, 6 juin 2008. Sauf mes remarques sur les USA : John Kenneth GALBRAITH, L'économie en perspective, Seuil, 1989.