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vendredi 9 septembre 2016

Globalisation et nationalisme

La globalisation a du plomb dans l'aile. Pourquoi ? Parce que les grandes sociétés ont joué les États les uns contre les autres. Ce qui a nuit à l'intérêt des peuples. Ce qui les fait plonger dans le nationalisme. Et le nationalisme bloque la globalisation. (Seuls les USA sont assez puissants pour s'opposer à cet effet destructeur.) Autrement dit, si les États veulent faire le bien de leurs peuples, ils doivent s'unir (notamment en termes d'impôts) pour résister aux multinationales. Alors, la coopération mondiale repartira, ce qui sera bon pour les multinationales. Voilà, il me semble, la thèse très systémique de Martin Wolf du FT.

mercredi 30 juin 2010

La course du déficit

D’après Martin Wolf, les nations, le public, le privé, le financier et le non financier joueraient au jeu du déficit, en essayant de le passer à l’autre à son insu.

Par exemple beaucoup d’États semblaient modèles jusqu’à peu. Faible endettement. Puis il y eût la crise, puis on découvrit que leurs entreprises étaient surendettées (l’endettement était masqué par une augmentation spéculative de leurs actifs), puis les États intervinrent et se chargèrent de dettes. À l’origine ces dettes avaient été transmises par des pays maladivement excédentaires.

Il me semble retrouver ici un mécanisme qui revient régulièrement dans ce blog. Une sorte de spéculation sournoise qui cherche en permanence une faille par laquelle se faufiler.

Ce mécanisme semble poser une question compliquée : comment s’assurer qu’il n’y a pas quelque part quelque chose qui enfle exagérément ? 

vendredi 6 novembre 2009

Immigration anglaise

L’Angleterre a longtemps pensé qu'une immigration massive était bonne pour la santé de l'économie. Plus de 300.000 nouveaux immigrés y entreraient chaque année. D’ailleurs, c’est un dogme libéral, qui est aussi goûté de la gauche française.

Il semblerait que l’on commence à voir les inconvénients de cette idée. Martin Wolf du Financial Times constate que l’immigration n’a pas que des intérêts, elle a aussi un prix, notamment en termes d’infrastructure. Mais surtout, « La diversité apporte (…) des coûts. Ces coûts proviennent d’une baisse de confiance et du sens des valeurs partagées. De tels coûts sont susceptibles d’être particulièrement élevés quand les immigrants se rassemblent en communautés qui rejettent certaines valeurs de la communauté d’ensemble, la moindre d’entre elles n’étant pas le rôle de la femme dans la société. Il n’est pas déraisonnable de se sentir concerné par de telles divisions. »

Il en veut au gouvernement anglais d’avoir encouragé l’immigration sans avoir au préalable demandé à la nation si elle approuvait ses choix.

Compléments :

  • L’idéologie libérale, de gauche ou de droite, semble oublier qu’il n’est peut-être pas acceptable que des personnes bien intégrées dans leur société deviennent des sous-hommes dans la nôtre. Plutôt que de les encourager à se couper de leurs racines, afin de nous fournir une main d’œuvre sous-payée, ne serait-il pas mieux qu’elles soient heureuses chez elles ? Le combat de toutes les bonnes âmes ne devrait-il donc pas être l’éradication de la pauvreté ?
  • PNUD.

lundi 25 mai 2009

Couper les ailes de la City

« Le Royaume Uni a un cauchemar stratégique : il a un fort avantage comparatif dans l’industrie la plus irresponsable au monde ». Début d’un article de Tom Wolf, important journaliste économique au Financial Times.

Si l’on ajoutait aux revenus de l’industrie financière, dont s’enorgueillit le gouvernement anglais, ses externalités, c'est-à-dire ce qu’elle coûte au pays, on verrait qu’elle est une malédiction. Il faut sévèrement réduire sa taille, lui donner un fonctionnement sans danger, et aider l’Angleterre à occuper par des activités honnêtes la place laissée vacante.

L’Angleterre adopterait-elle la même attitude vis-à-vis de la finance que vis-à-vis du terrorisme ? Découvre-t-elle qu’elle ne peut en circonscrire les retombées radioactives à l’étranger ?

mercredi 15 avril 2009

Scénario « trou noir » : confirmation ?

Martin Wolf, important journaliste économique du Financial Times, reprend l’analyse de Simon Johnson (Trou noir).

Il dit ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Mais je ne vois pas où. Il approuve l’hypothèse d’une oligarchie américaine dominante qui ne veut pas se remettre en cause, alors que le chaos menace. Peut-être, seulement, est-il choqué que Johnson dise que l'Amérique de Lincoln est dans la même situation que la Russie de Poutine : « dans beaucoup d’économies émergentes, la corruption est massive et déclarée. Aux USA, l’influence vient autant d’un système de croyances partagées que du lobbying » ?

En tout cas, le problème reste le même : un pays irréformable. « Les USA sont pris entre la peur de la faillite de l’élite et la répugnance pour les plans de sauvetage du public ». Pour Wolf, il va falloir envisager la faillite.

J'en tire deux observations :

  1. Le gouvernement américain semble dans une situation décrite par le sociologue Merton : il est face à un problème qu’il ne sait pas résoudre. Pour s’en tirer, il est en grand danger de faire appel à « l’innovation », à la triche.
  2. Plus bizarre : la force de Barak Obama c'est d’être capable d’affronter ce type de problèmes et de leur trouver une solution « conforme ». Mais que fait-il ?
Complément :

mercredi 25 mars 2009

Ça marche ou non ?

Le plan de recapitalisation des banques américaines va-t-il réussir ? J’avais entendu que les bourses avaient bien réagi, mais aussi entraperçu des blogs dubitatifs. En attendant un rendez-vous je suis tombé sur je ne sais plus quel journal américain qui expliquait que la réaction des bourses était due à leur soulagement de voir enfin une décision promise depuis longtemps. Si je comprends bien (Successful bank rescue still far away), les analystes ne croient pas à une efficacité durable du plan. Mais il ne semble pas que le gouvernement puisse faire grand-chose d’autre :
  • Le principe du plan : acheter aux banques leurs actifs à risque (ce qui les empêchait de prêter) grâce à un partenariat entre le public et le privé. Histoire de montrer que l’on est bien dans une économie de marché ? Le public assurerait les risques, et le gros du financement de l’opération. Le privé pourrait en tirer de beaux bénéfices.
  • Cela ne serait pas suffisant pour recapitaliser correctement les banques, donc pour qu’elles se mettent à jouer leur rôle et que l’économie américaine reparte.
  • Le peuple, relayé par le congrès, semble exaspéré : « la crise a rompu le contrat social selon lequel les gens étaient libres de réussir ou d’échouer, sans assistance ». Cette exaspération fait qu’il sera compliqué, impossible ?, de lui demander plus d’argent le cas échéant.
  • « la nationalisation des banques recapitalisées est inacceptable aux encore influents banquiers ».
  • Il ne semble pas possible de laisser d’énormes banques faire faillite. Ce que certains appellent pourtant de leurs vœux (Bank of America Analyst Thinks Treasury Plan Won’t Work).

lundi 9 mars 2009

Moutons de Panurge

Si j’interprète correctement Seeds of its own destruction, l’élite anglo-saxonne doute de ce à quoi elle a cru.

Et si la ligne directrice qu’elle a suivie depuis l’avènement de Reagan avait été une erreur ? Et si on avait donné le pouvoir à des apprentis sorciers ? Et si optimiser les gains de l’actionnaire avait été stupide ? Et si le dirigeant était le mieux placé pour diriger son entreprise ? Et s’il fallait (comme après la crise des années 30) réduire la taille et la complexité des organismes financiers, les découper en métiers uniques ? Les ramener à la taille des nations ? Et s’il fallait revoir la politique monétaire (banque centrale indépendante) et fiscale (minimale) ? Et si la « globalisation » devait s’effondrer comme lors de sa première édition (en 14) ?...

Il y a quelques mois personne n’aurait entendu de tels propos, pourtant appuyés par une raison qui nous paraît maintenant évidente. 

Question : la raison mène-t-elle jamais l’humanité ? Ou la foi ? Une foi irrésistible.

Compléments :

  • Le plus amusant est que ceux qui ont eu raison contre tous sont récompensés. Mais à quoi ont-ils servi ? C'est notamment le cas de l’économiste Shiller (son analyse : SHILLER, Robert J., Irrational Exuberance, Princeton University Press, 2005).
  • Un autre intérêt que je trouve à cet article. La théorie de Frank Knight, que je cite souvent (cf. À qui appartient le profit ?), selon laquelle celui qui assure l’incertitude doit recevoir le profit, aurait eu un rôle que je ne soupçonnais pas dans la crise. Les financiers ayant prétendu qu’ils possédaient les meilleurs outils de gestion du risque, il était naturel que les profits de l’économie leur reviennent. Brillant !

vendredi 9 janvier 2009

Un temps pour innover ?

Martin Wolf dans Choices made in 2009 will shape the globe’s destiny (6 janvier, FT.com) semble vraiment très inquiet pour l’avenir des USA.

Je ne suis pas sûr de très bien comprendre son argument. Il semble dire que les USA sont partis pour relancer, par leur demande, l’économie mondiale. S’ils veulent remettre au travail leur population, il leur faudra une énorme quantité d’argent. Pire, ce sera le tonneau des Danaïde, si les pays émergents ne leur donnent pas un coup de main. Il parle des USA comme d'un pays ayant des « capacités de production de biens et services structurellement défectueuses ».

J’ai dit dans une série de billets que je croyais que les USA avaient détruit leur capacité de production ; que ça allait leur poser un problème : qu’échanger maintenant ?

La France serait-elle dans le même cas ? Après tout, elle aussi est « structurellement défectueuse ». Avons-nous donné à l’étranger nos secrets de fabrication au lieu de les pousser à développer les leurs ?

Si c’est le cas, personne n’a à y gagner. Imaginons que la Chine et l’Inde se mettent à produire les automobiles, centrales nucléaires, avions, aciers… mondiaux… Si nous ne produisons plus rien, il n’y aura pas d’échange et ils leur resteront sur les bras (ou ils devront se contenter de leur demande interne).

Si ce raisonnement est correct, nous devons acquérir de nouveaux savoir-faire, dont ils auront besoin bientôt, mais qu’ils n’ont pas encore perçus.

Compléments :

samedi 29 novembre 2008

Why fairly valued stock markets are an opportunity

Dans l’article au titre ci-dessus Martin Wolf (FT.com du 25 novembre) pousse à l'investissement.

Il reprend des graphiques dont je parle plus bas (Crash de 29 : contrôle possible), et que je n’avais pas vus remis à jour depuis 2000. Ils montrent des oscillations périodiques dans la valorisation des entreprises, qui correspondent aux grandes crises financières.

On y apprend que la bulle Internet était quasiment au double du pic de 29, et que le regonflement opéré par le gouvernement américain a été plus modéré qu’on aurait pu le craindre : on en est resté à la hauteur de 29, bien au dessous de la bulle Internet. Aujourd’hui ? Niveau moyen. On pourrait donc s’attendre à ce que l’on nous dise d’attendre le fond du creux (une dizaine d'années), dont la taille est approximativement celle du pic. Non, il est temps d’investir : il est probable que sur le long terme, un investissement fait aujourd’hui sera raisonnablement rentable. Mieux : si les gouvernements investissent maintenant :
  • Ils sont sûrs que leur investissement sera rentable.
  • Ils bloquent la décrue.
  • Ils transforment en cercle vertueux, le cercle vicieux qui creuse le précipice : beaucoup d’organismes financiers sont obligés par la baisse des cours de vendre, ce qui accélère la baisse…