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dimanche 3 août 2014

Monde de demain : non démocratique ?

Et s'il fallait se préparer à un monde non démocratique ? Et si, honteuse du spectacle qu’elle a donné à l’époque de son « irrationnelle exubérance »,  la démocratie se repliait sur quelques îlots ? Le reste du monde étant abandonné ? Question que je me suis posée, en lisant The Economist.

Curieusement, c’est Israël qui me fait penser à cela. De plus en plus isolé, ayant perdu son ascendant moral, sous l’influence d’un million d’émigrés russes rêvant d’un Poutine juif et d’une proportion grandissante d’ultra orthodoxes, Israël penche vers l’autoritarisme.

Ailleurs, aussi, surdité, chaos et repli sur soi : 

En Syrie, Assad se partage le pays avec « l’Etat islamique », pour écraser les rebelles modérés. La Libye est un chaos. Si le virus Ebola gagne l’Afrique, c’est parce que le peuple n’a, avec raison, aucune confiance en son gouvernement et en ses conseils.

L’Angleterre est sortie de la crise. Résultat ? L’entreprise a gagné, l’individu perdu. Certes il y a du travail, mais mal payé et peu productif. L’Espagne va, aussi, apparemment mieux. Mais il y a un nombre colossal de chômeurs et « un quart des employés ont encore un contrat temporaire ».
  
Ukraine. Les sanctions occidentales contre la Russie viseraient la prospection pétrolière en Arctique, mais pas le gaz, utile à l’Europe. Ce qui ne fait que renforcer la dépendance de la population et de l’économie vis-à-vis de l’Etat. La Russie se referme sur elle-même ? Comme les USA ? Car, aux USA, les grands projets collectifs, c’est fini. L’Américain se méfie du gouvernement, et de la science (la conquête de la Lune fut « l’acte final de l’histoire d’amour de l’Amérique avec la science »). L’égoïsme peureux a gagné. Reagan mauvais génie des USA ? Sa foi du charbonnier en leur grandeur (« un homme ayant le grand avantage de croire en ses propres interprétations, réécrites, réordonnées, optimistes, du monde »)  aurait-elle empêché une remise en cause nécessaire ?

Les créditeurs de la Russie et de l’Argentine, condamnés par la justice occidentale, tentent de faire saisir leurs possessions étrangères.

Pour éviter à l’Europe la déflation, la BCE devrait créer de la monnaie. Mais cela la forcerait à acheter des dettes d’Etat de pays que l’Allemagne juge peu vertueux.

Chine. La dernière révolution culturelle, anti corruption, fait un grand nettoyage. Ce qui semble visé : un « réseau » « cherchant à amasser tant de pouvoir qu’il menaçait un système de direction collective qui dépend d’un équilibre précaire entre factions et intérêts ».

Les pays d’Amérique latine sont soumis aux hasards de la « loterie des matières premières », qui fait fluctuer leurs prix, et fournit des instants de croissance accélérée à une économie après l’autre.

Alors que depuis 30 ans on nous vente son efficacité, l’entreprise est devenue hyper bureaucratique. Complexité (de 4 à 7 indicateurs de performance à 25 à 40) ; réunions (les managers y passeraient 15% de leur temps - beaucoup n'ayant aucun objectif) ; e-mails (« communications externes » passant de 1.000 en 1970 à 30.000 aujourd’hui). Achetez des entrepôts. Partout dans le monde, le commerce électronique fait leur fortune.

Science. « L’étude a montré que plus un pays est développé, plus est élevé le taux d’augmentation des capacités cognitives des femmes. » Des bactéries utilisent l’urine pour produire de l’électricité. 

mardi 25 décembre 2012

USA : the wild bunch ?


Retour au massacre de Newtown. J’y ai vu une caractéristique américaine : l’homme contre la société. Depuis je me suis souvenu du film The wild bunch. Il commence et se termine de la même façon. Au début des termites affrontent des fourmis, à la fin, une poignée d’Américains mitraille une nuée de Mexicains. Dans les deux cas, l’individu succombe sous la masse.

Ce fantasme peut se lire de deux façons. La peur de l’individu d’être asservi. Mais aussi sa volonté de soumettre la société à son bon plaisir.

Une autre chose m’a frappé. Ceux qui massacrent et les héros de The wild bunch sont généralement extrêmement limités intellectuellement. (A l’image du Stallone des Guignols de l’info, ou de Ronald Reagan, président vénéré.) Ce qui m’amène à me demander si ce que ces gens trouvent menaçant dans la société, et ailleurs, ce n’est pas justement sa complexité. La complexité serait le mal, et le bien les idées simplistes du QI réduit ?

Bérézina d’un de mes traits de génie ! J’ai cru que l’on pourrait guérir l’homme de l’intolérance, en lui montrant que son prochain n’était ni bien ni mal, mais respectable, car, justement, complexe. 

samedi 9 juin 2012

La guerre : keynésianisme de droite ?

Curieux. Les dépenses de l’État américain ont beaucoup augmenté avec M.Reagan, pas du tout avec M.Obama. Cause : la guerre.

Les Républicains seraient des keynésiens qui ne diraient pas leur nom ? (Real Government Spending Per Capita - NYTimes.com)

jeudi 24 mai 2012

Le cours de Facebook plonge

Le cours de l’action de Facebook plonge. Fait unique, la bulle spéculative n’aurait-elle pas survécu à l’introduction en bourse de Facebook ?

Il est tentant, mais pas très scientifique !, d’y voir une validation de mes théories : il y avait suffisamment de gens pour acheter, mais pas assez pour maintenir le cours.

Je me suis d'ailleurs demandé si l’augmentation de dernière minute du nombre d’actions mises en vente n’était pas la preuve que les banques qui portaient l’affaire avaient pleine conscience que l’occasion ne se représenterait pas, et ont essayé de tondre la bête au plus ras.

J’ai certainement un esprit mal tourné. Cependant, ma théorie a quelques éléments à son appui. En effet, les analystes des banques qui ont réalisé l’introduction pariaient contre Facebook…

Compléments :
  • Facebook : des prévisions déjà dégradées par Morgan Stanley ?
  • Dans un billet je m'interrogeais sur le décalage entre l'intérêt que suscitait Facebook, et l'opinion des experts. Ceux qui ont acheté étaient-ils, non pas mal informés, mais désinformés par les banques qui menaient l'introduction en bourse ? Pire, va-t-on apprendre, une fois de plus, que, dans ces banques, il se trouvait des personnes qui jouaient sur la chute du cours ?
  • L’introduction de Facebook marque-t-il la fin d’une ère ? Celle de Mme Thatcher et de M.Reagan, celle de la toute puissance de la déréglementation, de la bourse et des marchés financiers ? 

vendredi 8 avril 2011

Bienvenue Mister Chance

Film de Hal Hashby, 1979.

Un film qui annonce la victoire de Ronald Reagan ? Un simple d’esprit transforme la haute société américaine (avant de prendre le pouvoir). Ses paroles incompréhensibles sont prises pour des oracles. Une fois de plus il est démontré que, pour qu’il y ait miracle, il faut croire. 

samedi 15 janvier 2011

Ronald Reagan

Curieusement l’Américain a gardé un souvenir ému de Ronald Reagan. « Comment se fait-il qu’on se souvienne de si peu de ses échecs ? ». Surtout qu’ils ont été étonnamment nombreux. (Avoir été là pour voir s'effondrer l'URSS serait-il sa seule réussite ?)

La réponse pourrait être sa confiance absolue dans les vertus de l’Amérique.

Quant à B.Obama, il aurait le tort de tendre un miroir à la société américaine. Et elle n’aimerait pas ce qu’elle y voit. 

Exemple même de la question du « déchet toxique » ?

lundi 10 janvier 2011

Taxi driver

Le massacre de Tucson me rappelle Taxi driver. J’ai enquêté. Ce film est basé sur des faits réels. Il aurait aussi servi de modèle à un attentat contre Ronald Reagan.

Dans tous les cas, le coupable est un solitaire qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société. Sans pour autant être sans moyens.

Cela disculperait Sarah Palin et la crise. Mais pas la société américaine. Il semble qu’il y soit naturel, quand on s’y trouve mal, de faire une grande hécatombe, à l’arme à feu, d’écoliers ou de politiciens.

Michael Moore avait-il vu juste, dans Bowling for Columbine ? La culture américaine serait une culture de la peur, qui verrait la violence armée comme rédemptrice ?

Le rapport entre le nombre de morts par arme à feu, et pour 100.000 habitants, aux USA et au Japon  (plus de 120), me fait me demander s’il ne faut pas ajouter à tout cela une faiblesse de lien social qui favorise la mal adaptation

mardi 23 novembre 2010

Austère Amérique

L’austérité en Amérique est une question de flux et de reflux. Le président Reagan fut l’origine de la précédente vague. Elle s’est échouée dans l’euphorie de la bulle Internet.

S’il est à nouveau question de rigueur, cette fois-ci « un consensus a émergé au sein des pays riches selon lequel l’austérité signifiait des réductions de dépenses plutôt qu’une augmentation d’impôts. » (Confronting the monster.)

Curieux « consensus ».  Les riches qui dirigent les pays riches ne voient pas à quoi leur servent les services publics ? 

dimanche 19 septembre 2010

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels

Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.
  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c'est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.

On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  

Tactiques pour une conquête du pouvoir

Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme - le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

lundi 26 juillet 2010

USA mal partis ?

En regardant ce qui se passe aux USA (billets précédents), j’en reviens à une de mes vieilles théories :
  • Lors de la dernière crise américaine, dans les années 80, Michel Crozier (Le mal américain) avait estimé qu’il s’agissait d’une crise culturelle, et que, pour la corriger, l’Amérique devait revoir ses valeurs.
  • J’ai l’impression que Ronald Reagan a pris le contrepied de ce point de vue, en affirmant à l’Américain qu’il n’avait pas à évoluer. Sa solution, si j’en crois Michael Moore, était la finance. Or, il semblerait bien que celle-ci ait été une fausse-amie et que l’Amérique ait vécu successivement deux bulles spéculatives.
Dans ces conditions, le changement resterait à faire. Mais ce que veulent le Tea party et l’Amérique d’en bas, si je les comprends bien, c’est un nouveau tour de passe-passe…

Compléments :

dimanche 25 juillet 2010

Capitalism : a love story

Film de Michael Moore.

Trouvant Michael Moore fort dogmatique, je n’avais pas vu son film à sa sortie. Mais on m’a dit qu’il semblait avoir lu ce blog. J’ai donc enquêté.

Michael Moore a du talent. Pas de temps morts. Et en plus il fait beaucoup avec peu (notamment lui en personnage principal).

Les similitudes entre le film et ce blog sont frappantes, je l'avoue. Riches qui s’enrichissent de plus en plus et pauvres qui stagnent (le % le plus riche est plus riche que les 95% les plus pauvres, combinés !). Hold up sur le gouvernement américain par Wall Street, commençant avec Donald Regan, le ministre des finances de Ronald Reagan, qui apparaît ici comme un marionnettiste.  Vices usuels du système américain, où la soif de l’argent dissout toute conscience : juge en cheville avec une prison privée, qui y expédie des gamins coupables de peccadilles (sur les images du centre, on ne voit que des Blancs très BCBG : aux USA l’amour du lucre est plus fort que le racisme ?), mais aussi grandes entreprises qui assurent leurs employés pour empocher une prime lorsqu’ils meurent.

On y déclare que le capitalisme est plus important que la démocratie ; qu’il n’y a rien de mal à ce que GM licencie tous ses employés, si cela peut augmenter ses revenus… Citigroup expédie une lettre à ses clients en leur annonçant l’avènement du règne des plus riches ; une seule menace : la démocratie, moyen pour le peuple de demander une répartition des richesses qui l’avantage un peu plus. Et les forces du marché broient jusqu’aux pilotes d’avions, dont certains gagnent 20.000$ par an, et d’autres vivent de tickets d’alimentation !

Mais voit-on ici le spectacle du capitalisme, ou celui du vol du rêve américain par une élite ? Comme le dit Michael Moore, les riches se sont enrichis non en vendant aux pauvres ce que ceux-ci avaient envie d’acheter, mais en les détroussant. D'ailleurs ces riches ne sont pas des entrepreneurs, mais des diplômés. Ce dont il nous parle, c’est d’un Etat bureaucratique, pris en otage par des oligarques, qui ont créé une classe héréditaire.

D’ailleurs, je me demande s’il n’y a pas un parallèle à faire avec notre cas. Comme le dit, encore, Michael Moore, ce qui fait tolérer d’énormes inégalités aux Américains, c’est l’espoir de pouvoir s’enrichir. Or, c’est cet espoir qui a disparu. L’Américain, comme le Français, ne demande-t-il pas que l’on remette en fonctionnement son ascenseur social ? 

samedi 3 avril 2010

Berlusconi (suite)

Les dernières élections italiennes sont très favorables à S.Berlusconi. Y aurait-il deux façons de juger un homme politique ?
  1. Ce qu’il dit ou fait. Critère de jugement de l’intellectuel. Alors les triomphes durables de MM.Berlusconi et Reagan, ou de Mme Thatcher, sont quasi incompréhensibles.
  2. Ce qu’il est. Ce qui compte est son comportement. Il a quelque chose qui plaît.  

dimanche 13 septembre 2009

Erreurs américaines

L’actualité américaine me fait revoir mes jugements :

B.Obama en leader ?

Dans un complément de note, j’ai assassiné B.Obama et son discours sur la réforme de la santé. En fait, j’avais lu un peu trop vite les comptes-rendus du discours :

  1. Il semble avoir fait preuve de passion et de conviction.
  2. Il aurait défini un cadre clair au projet.

Bref je l’ai attaqué alors qu’il semblait vouloir illustrer la technique de « fair process » qui justifiait ma critique.

Qui sont les Américains ?

Mon point de vue sur son opposition est aussi en révision :

  • Je voyais le peuple qui s’oppose à Obama, comme « l’Amérique d’en bas », porteuse des valeurs essentielles du pays. Je me demande maintenant si je ne suis pas victime d’un biais rousseauiste (quand même issu de mon expérience), qui croit le peuple comme fondamentalement « bon », « decent people » disent les Anglais. Or, les opposants aux réformes semblent contre tout, sans discussion possible. Le gouvernement c’est le mal et B. Obama est condamné définitivement et sans procès parce qu’il est ce qu’il est. (Quoi exactement ? je n’ai pas compris. Pas comme eux ? Noir, tolérant et altruiste ?). Il y a quelque chose de haineux dans tout cela, d’antidémocratique. Ceci donne une inquiétante image de fanatisme.
  • Pendant la campagne j’avais assimilé S.Palin à R.Reagan. Certainement faux : R.Reagan c’était une sorte de bonhommie, une Amérique sûre d’elle, Mme Palin me semble plutôt issue d’une Amérique puritaine, haineuse et petite, un peu ce que décrit Michael Moore dans Bowling for Columbine, et que j’avais du mal à croire possible.
  • Mais ces opposants sont-ils vraiment l’image de l’Amérique ? Ou une minorité relativement petite ? Mais si c’est une minorité, elle n'est forcément impuissante : M.Olson (The logic of collective action) montre que lorsque l’individualisme est la règle d’un groupe humain, alors ce sont les minorités organisées qui ont le dessus.

Difficile de se faire une idée claire sur un pays, quand on en est loin.

Compléments :

lundi 9 mars 2009

Moutons de Panurge

Si j’interprète correctement Seeds of its own destruction, l’élite anglo-saxonne doute de ce à quoi elle a cru.

Et si la ligne directrice qu’elle a suivie depuis l’avènement de Reagan avait été une erreur ? Et si on avait donné le pouvoir à des apprentis sorciers ? Et si optimiser les gains de l’actionnaire avait été stupide ? Et si le dirigeant était le mieux placé pour diriger son entreprise ? Et s’il fallait (comme après la crise des années 30) réduire la taille et la complexité des organismes financiers, les découper en métiers uniques ? Les ramener à la taille des nations ? Et s’il fallait revoir la politique monétaire (banque centrale indépendante) et fiscale (minimale) ? Et si la « globalisation » devait s’effondrer comme lors de sa première édition (en 14) ?...

Il y a quelques mois personne n’aurait entendu de tels propos, pourtant appuyés par une raison qui nous paraît maintenant évidente. 

Question : la raison mène-t-elle jamais l’humanité ? Ou la foi ? Une foi irrésistible.

Compléments :

  • Le plus amusant est que ceux qui ont eu raison contre tous sont récompensés. Mais à quoi ont-ils servi ? C'est notamment le cas de l’économiste Shiller (son analyse : SHILLER, Robert J., Irrational Exuberance, Princeton University Press, 2005).
  • Un autre intérêt que je trouve à cet article. La théorie de Frank Knight, que je cite souvent (cf. À qui appartient le profit ?), selon laquelle celui qui assure l’incertitude doit recevoir le profit, aurait eu un rôle que je ne soupçonnais pas dans la crise. Les financiers ayant prétendu qu’ils possédaient les meilleurs outils de gestion du risque, il était naturel que les profits de l’économie leur reviennent. Brillant !

samedi 13 septembre 2008

Deux cent unième

Suite de la chronique d’un changement. Plutôt d'une aventure. J’ai dépassé le deux-centième billet sans m’en rendre compte.
  • Le coup d’accélérateur vient de Vincent Giolito, important homme de presse, qui m’a suggéré de faire plus court. Résultat : sans vraiment que je le veuille j’écris quatre ou cinq billets là où il y en avait péniblement un par le passé !
  • James March, gourou des gourous et spécialiste des organisations, l'explique clairement : « les décisions surviennent ». Le développement de ce blog ne doit pas grand-chose à une quelconque volonté délibérée. Je suis entré dans un mode de fonctionnement dans lequel je réagis aux événements.
  • En fait, s’il y a quelque chose de délibéré, c’est que je me suis exposé aux événements. (Comme j’ai commencé à le dire, et le développerai sûrement plus tard, je crois que le Japon (Voyage à Tokyo) et la Chine ont une tendance naturelle au repli sur soi. Je suis pareil. J’évite les informations et le bruit quotidien, parce que je les crois gratuitement anxiogènes. Je suis prêt à affronter beaucoup de difficultés tant que je vois la possibilité d’une issue. Les « dénonciations », si propres à notre pays d'artistes engagés, me désespèrent.) Je me suis donc réabonné à The Economist, parfois stupidement libéral mais remarquable quotidien d’économie, j’écoute à nouveau les informations du service public (RFI), et j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de bons blogs.
  • Et merci pour les mails et commentaires. Une nouvelle retombée inattendue de l’activité de blogger (ce que Bertrand Duperrin appelle la sérendipité – terme que je croyais signifier heureux hasard, en anglais).
  • Autre bénéfice. J’apprends de mes erreurs, des problèmes et difficultés que je rencontre. Ce blog fonctionne de la même façon : parce que j’y attaque des problèmes nouveaux pour moi (cf. Sarah Palin), je découvre aussi des idées nouvelles. Il m’apporte une expérience qui ressemble beaucoup à celle de la pratique. Surprenant.
  • Pour le moment, phase d’apprentissage. Quand j’aurai atteint un régime de croisière, je demanderai au consultant Faurie de remettre en ordre une existence un peu désorientée par ce changement.
Compléments :
  • MARCH, James G., How Decisions Happen in Organizations, Human-Computer Interaction, 1991, Volume 6.
  • MARCH, James G., A Primer on Decision Making: How Decisions Happen, Free Press 1994.

À lire absolument III

A lire absolument donne un exemple inattendu d’effet de levier. Nous sommes dans un modèle de pensée de type « lutte des classes », dans lequel le travailleur est l’axe du mal. Cercle vicieux qui nous amène à détruire notre économie ! Or, la nature du dit travailleur est de faire le bien, de vouloir bâtir, pour pouvoir être fier de ce qu’il a fait.
  • Nous contraignons la nature, alors qu’il faut la laisser suivre son cours. Pour cela nous devons faire sauter les blocages organisationnels qui l’en empêchent. Et pour résoudre ce type de problème, il faut faire appel à la société : l’homme n’est efficace qu’en groupe. On retrouve ce que j’appelle les techniques « d’ordinateur social ». Et le « donneur d’aide », l’animateur du changement par vocation, qui tire son pouvoir de ce qu’il élimine les dysfonctionnements organisationnels. Tout simplement parce qu’il sait tisser le lien social nécessaire au travail efficace. Son talent le plus utile est certainement de savoir éviter la DCA de ceux qui se croient à tort criminellement incompétents, et qui ne veulent pas que ça se sache (« déchet toxique »).
  • Voilà pourquoi il suffit parfois qu’un Ronald Reagan (Ronald Reagan catalyseur du changement) ou une Sarah Palin (Sarah Palin et Gregory Bateson) apportent un peu de confiance en lui à un peuple pour que ce peuple « conduise le changement » sans plus d’aide.
  • Voilà pourquoi les généreuses intentions de Laurence Parisot (L’erreur de Laurence Parisot ?) vont à contre courant.

jeudi 11 septembre 2008

Où l'on reparle des élections américaines

Je tombe par hasard sur un billet d'un blog de The Economist (Democracy in América) : A revitalised campaign (10 septembre). Il semble arriver à la même conclusion que moi (Sarah Palin, la parole est à la Défense) :

Dites ce que vous voulez sur Madame Palin, mais McCain a fait un choix politique habile. Les membres du parti, autrefois désabusés, sont maintenant d’enthousiastes McCainiaques.
Bizarrement, l'argument Ronald Reagan est aussi évoqué. Les orphelins de Ronald Reagan (qui semblent nombreux), se reconnaissent en Sarah Palin.

mercredi 10 septembre 2008

Ronald Reagan catalyseur du changement

Mes notes Sarah Palin et Gregory Bateson et Sarah Palin, la parole est à la Défense sous entendent que pour transformer l’Amérique il pourrait suffire de donner confiance à ses citoyens. La seule présence de la bonne personne au bon endroit peut amener le changement. Elle n’a rien à faire : les Américains feront ce qu’il faut. Provocation ? Non.
  • Nous pensons que le changement a besoin d’un « leader ». De quelqu’un qui indique aux autres ce qu’ils doivent faire. Que ça nécessite du génie. Et des efforts. Faux, le changement c’est placer l’organisation dans des conditions favorables. Car l’organisation, c’est nous tous, c'est-à-dire des gens remarquables, qui savent très bien se débrouiller pour peu que la situation s’y prête. Pourquoi un Ronald Reagan ne fournirait pas ces conditions favorables ?
  • D’ailleurs, pourquoi avons-nous besoin de consultants qui nous émerveillent avec « l’état de l’art » des sciences du management ? Ils nous rassurent. Nous pensons qu’ils font des miracles. Ça nous donne du courage. Nous nous mettons en mouvement, et nous trouvons des solutions qu’ils n’avaient pas prévues. Le consultant est un catalyseur.

mardi 9 septembre 2008

Sarah Palin, la parole est à la Défense

Sarah Palin, Ligne Maginot des USA ? Ma précédente note sur Sarah Palin (Inquiétante Palin) est une faute professionnelle. Regardons l’Américain moyen. Il est inquiet. Rien ne va bien.

Je ne sais pas trop ce qui se passe aux USA. Mais je peux imaginer que l'Américain est pris entre l'inquiétude personnelle de perdre son emploi, alors qu'il est surendetté, et une perte de confiance dans des valeurs qui comptent peut-être plus que sa vie. Explications :
  • Les bulles ne sont pas que spéculatives. Chacune signifiait le triomphe de l'Amérique (La Nouvelle économie a été vue comme un nouveau Millénarisme). On croit à tort qu'il s'agissait d'argent. Pas du tout. La victoire d'un capitalisme mondialisé, pour l'Américain, c'est la paix et la prospérité pour tous, la fin de la barbarie. Un monde meilleur. Or, que découvre-t-il ? Que des escrocs ! L'élite du pays a manipulé ces mêmes idéaux pour abuser le petit peuple.
  • Le Président Bush ? Manipulé. La guerre d'Irak ? L'Amérique, qui croyait libérer un peuple de la dictature et lui apporter la démocratie, cause son malheur et se fait haïr. Et si la réelle raison de cette guerre était quelques intérêts privés ?
Que peut comprendre un Obama à ces misères quotidiennes, à ces inquiétudes ? Imperceptibles. Il ne voit que les grandes injustices, les causes nobles et immenses, seules dignes d’un esprit supérieur. Son vocabulaire est-il, même, compréhensible ? Arrive Sarah Palin. Que dit-elle ? Que l’Américain doit faire confiance aux valeurs de ses pères.

De là, je vois deux interprétations à l'attitude de l'Américain.
  1. La « Maginite ». Le gouvernement français disait à son peuple « vous pouvez dormir tranquilles, nous sommes bien défendus » (un film de 1939). Ce qui a fait du Prix de l’excellence de Peters et Waterman un énorme succès ? Il affirmait que l’entreprise américaine était extraordinaire. Alors que les Japonais lui taillaient des croupières.
    Homme politique en période d’incertitude : assurez le monde que tout va bien, vous gagnerez les élections !
  2. Besoin de retrouver des repères pour affronter, avec courage, le changement. Ces repères ? Un peu d'assurance que les valeurs fondatrices du pays ne sont pas pourries. C'est probablement ce qu'a apporté à l’Amérique le Président Reagan qui, vu de loin, a beaucoup en commun avec Sarah Palin.

Finalement, coup de génie de John McCain ?

La citation vient de LABORIE, Pierre, L’opinion française sous Vichy, Seuil, 2001.