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jeudi 5 janvier 2012

Les marchés financiers menacés par les systèmes d’information

Les systèmes d’information qu’utilisent les marchés financiers seraient un point faible qu’exploiteraient des esprits malveillants « ayant des motifs non-économiques ».
Il est particulièrement facile de tirer les marchés vers le bas lorsqu’ils chancellent déjà, en utilisant des moyens tels que la vente à découvert, les options et les swaps. The war on terabytes
C’est curieux. Jusqu’ici je croyais que l’orthodoxie financière voulait que vente à découvert, options et swaps ne puissent jamais faire de mal, qu’il n’y avait que des idiots protectionnistes retardés (autrement dit des Européens) qui pensent le contraire… Quant aux malveillants, je les pensais le moteur même du système : n’est-ce pas ce que dit Adam Smith ? à moins qu’il ne puisse y avoir capitalisme sans égoïstes asociaux et que tout ce qui ne répond pas à cette définition le mette en danger ? 

dimanche 18 janvier 2009

Les investisseurs parient contre la reprise économique

Drôles de mécanismes financiers, les investisseurs, qui ont provoqué la crise, en trichant avec la réalité, en tirent maintenant profit, en l’accélérant ! Des organismes qui sont payés pour nuire à la société ?

Une bande de plus en plus grande d’investisseurs utilisent un mélange de vente à découvert et de Credit Default Swaps pour parier contre les entreprises qui ont une grosse exposition à un besoin de refinancement. Comme la prime de leurs CDS augmente (= les conditions de crédit se détériorent), ces sociétés trouvent de plus en plus difficile de vendre de nouvelles dettes. (…) Les primes de CDS impliquent que 10% des entreprises américaines vont faire faillite. The Economist, The great dilution.

Plus inquiétant : est-ce que le mauvais état des fonds d'investissement ne vient pas de l’incompétence de leurs dirigeants, non de leur nature même ? Mieux gérés, n’auraient-ils pas pu être acycliques, ne jamais pâtir des hauts et bas de l’économie ? La vidant de son sang jusqu’à sa destruction complète ?

Compléments :

lundi 8 décembre 2008

Soyons anticycliques

Ces temps-ci tout ce qui est anticyclique est à la mode. Par exemple, les spécialistes de rachat de dette ont le vent en poupe. De même que les mesures qui favorisent les provisions des banques en cas de vaches grasses.
  • Pourquoi n’y avait on pas pensé plus tôt ? La théorie économique la plus orthodoxe dit que le profit est la rémunération de l’incertitude (KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006). L’entreprise s’auto-assure. Une variante (Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible) explique que le risque que court l’entreprise est de ne pas avoir les moyens de faire ce qu’elle veut, donc de manquer de cash. Pourquoi les économistes, alors, nous ont-ils poussés à vider les entreprises de ce qu’elles gagnaient ?
  • Quelque chose en commun avec subprimes et swaps ? La folie de ces dernières années a été d’éliminer toutes les garanties contre le risque. De ce fait, des masses fantastiques d’argent ont été libérées.
Science économique : opium d'un peuple influençable à l'extrême ?

Crise : la culpabilité des geeks, Il n’y a pas que les subprimes, Perfide Albion.

samedi 8 novembre 2008

Sauvons les swaps

Les Credit Default Swaps sont une des innovations financières qui font trembler la planète. Il y en avait pour un peu plus de 60.000 milliards $ dans la nature en 2007.

The Economist (Giving credit where it is due) s’inquiète de leur avenir : ces produits d’assurance, bien utilisés, sont bons pour l’économie. Il ne faudrait pas s’en débarrasser purement et simplement. D’ailleurs, on commence maintenant à savoir les maîtriser. D’ailleurs, les options, autres coupables de crash (de 87), ne posent plus de difficultés.

On retrouve dans tous ces scénarios de crise (voir aussi celle de 97 et celle de 29), une innovation financière. Le mécanisme suivant semble à l’œuvre :

Le financier est à l’affut de tout ce qui peut le faire décoller du réel. Et quand il l’a trouvé, il en fait profiter ses amis, businessmen, gouvernants et régulateurs. Ils jugent l’innovation fort bénéfique. Pourquoi en limiter l’effet ? Survient la crise. Illumination. L’innovation était dangereuse. Dorénavant on sait la maîtriser.

Cette innovation n’est pas fondamentalement mauvaise, mais elle est utilisée avant d’avoir été testée. C’est un peu comme si les laboratoires pharmaceutiques nous faisaient avaler leurs médicaments sans autorisation de mise sur le marché. Une fois de plus, je pense que les produits financiers (et les innovations scientifiques d’une manière générale) doivent être traités comme un virus : il faut développer des vaccins avant de les lâcher dans la nature.

Sur ces sujets :

dimanche 12 octobre 2008

Il n’y a pas que les subprimes

Le swap. C’est une sorte d’assurance, qui ne demande pas l’immobilisation de garantie. Le type d’innovations qui a eu la faveur des financiers. Il y a quelques dizaines de milliers de mds€ de swaps en circulation. Attention danger !

Imaginons qu’un émetteur d’obligations (par exemple une multinationale) et que l’organisme qui les garantissent défaillent en même temps : il n’y a plus d’assurance ! Effet Titanic : ce qui devait permettre au navire de rester à flot en cas d’accident est rompu par l’accident ! On comprend que les gouvernements tentent de garantir le statu quo à tout prix. Et qu’avoir laissé choir Lehman Brothers ait été imprudent.

Il semblerait aussi qu’il y ait eu mélange d’actifs risqués (prêts immobiliers), avec des actifs solides, de façon à profiter de la notation des derniers. (C’est ce qui expliquerait que les fonds de pension qui ne doivent investir que dans ce qui est sans risques soient maintenant en péril.)

Le journaliste Kurt Eichenwald a appelé son enquête sur Enron (qui utilisait ce type d’outils) : Conspiration d’idiots. On aurait envie d’employer la même expression ici. La finance mondiale recrute (comme Enron) ce que nos universités ont de plus intelligent. Que fait cette élite ? Des erreurs d’une stupidité sans nom.

Pourquoi ? Tversky et Kahneman disent que le jugement de l’homme seul est irrémédiablement biaisé. Il est systématiquement faux. Notamment l’homme est fâché avec les probabilités. Et le fait d’appartenir à l’élite a son biais particulier : on est invincible. N’a-t-on pas tout réussi ? Nos idées ? Forcément bonnes : nos maîtres ne nous ont-ils pas dit que nous avions toujours raison ?

Donc, ce qui a détruit l’économie est d’avoir laissé la bride sur le cou d'individus isolés. Les mécanismes de contrôle, quand ils existaient, étaient dirigés par leurs frères. Cette configuration est présente partout dans notre société. Les organes les plus puissants et les plus dangereux sont occupés par des solitaires, par une élite qui pioche ses certitudes dans une culture biaisée.

La solution ? Pas des règles qui contrôleraient pour nous l’élite. Ça ne marche pas. Mais la démocratie : les décisions qui engagent l’avenir de la communauté ne doivent pas être laissées à l’individu, mais prises par la communauté.

Compléments :

  • Du swap : Boom goes the CDS et Settlement Auction for Lehman CDS: Surprises Ahead?
  • Sur les dégâts occasionnés au monde par l’idéologie de l’élite américaine : Grande illusion (qui parle aussi d’Enron et de Kurt Eichenwald).
  • Sur le parallélisme entre la France et les USA (histoire de ne pas penser que l’erreur est chez eux) : Parallélisme France USA.
  • Sur l’irrationalité de l’individu : MYERS, David G., Intuition: Its Powers and Perils, Yale University Press, 2004.
  • Sur l’inefficacité du contrôle par les règles : Dangers de la réglementation.
  • Mon propos sur la démocratie est un peu expéditif. C’est le format du billet qui le veut. Je crois que le bon fonctionnement de la démocratie demande des méthodes appropriées, des méthodes qui aboutissent au consensus, et pas à un constat de l’existant (vote). Changer de changement.