mercredi 8 avril 2009

Le G20 des économistes

Quelques articles, lus en retard. Pas très éclairants. Pas très enthousiastes. Mais unanimité : on ne pouvait pas espérer mieux.

  • Globalement, la grand peur de l’économiste est le protectionnisme (cause de la grande dépression). Il aurait été évité par une attitude pragmatique : il est inévitable, veillons à ce qu’il n’entraîne pas trop de dommages.
  • Un article critique : une relance qui ne serait pas suffisante (l’Europe coupable de parasitisme ?), des banques (américaines) pas courageusement nettoyées de leurs actifs toxiques.
  • Sinon, le G20 a pensé aux pays pauvres. Ce qu'on ne lui demandait pas, mais était méritant.

Les articles :

Obama cache la forêt ?

Article de Dominique Moïsi, professeur à Harvard, dans le Financial Times :

Il fait un inattendu parallèle entre la situation actuelle des USA et celle de la France de 1789. Des banquiers en nobles hyper privilégiés, un roi populaire mais des ministres discrédités, parce qu’ils sont des purs produits de l’ancien régime, des fauteurs de crise, de grands amis des financiers, aveugles aux souffrances du peuple…

Et c’est peut-être le plus surprenant pour un Français. L’énorme popularité d’Obama, soigneusement entretenue mais malsaine (« le président des USA simplement parle trop »), cacherait la dangereuse inefficacité d’une administration à laquelle son mépris pour le sort de la population pourrait jouer de mauvais tours (« la combinaison actuelle de peur et d’humiliation et d’un sens profond d’injustice produit une colère qui est potentiellement irrépressible »).

Compléments :

mardi 7 avril 2009

Salaire et mérite

De la lutte des classes au sein du patronat français, par Philippe Trouvé

tandis que le salaire moyen annuel des dirigeants des plus grandes entreprises cotées en Bourse atteignait en 2008, bonus et stock-options compris, entre 5 et 7 millions d'euros, selon les sources (notamment Proxinvest, société de conseil indépendante au service des investisseurs, ou le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines Hay Group), une enquête de l'Insee pour le compte de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) situait, pour la même période, à 52 700 euros par an la rémunération nette moyenne des dirigeants salariés de PME (moins de 250 salariés), soit environ trois fois le salaire moyen d'un ouvrier.

Les salaires des hauts dirigeants reflètent-ils un mérite exceptionnel ou une défaillance du marché de l’emploi du grand patron ?

Bonus et dividendes

J’ai beaucoup d’amis à bonus, et quand ils me disent qu’ils ne les toucheront pas cette année, je compatis. Pourtant ça ne semble pas une attitude appropriée, si j’en crois la radio.

Qu’est-ce qui fait que le titulaire du bonus ne veuille jamais le réduire ? Quand les affaires vont bien, il est normal qu’il le touche. Quand elles vont mal, cela est indépendant de lui, d’ailleurs il a fait un effort exceptionnel pour sauver son entreprise. C’est en période de crise qu’il mériterait le plus son bonus !

En fait, l’effort individuel a très peu d’impact sur la santé de l’entreprise. Les événements extérieurs en ont infiniment plus que lui.

Et le système d’intéressement a un effet pervers : il encourage à privilégier le risque et le court terme par rapport à l’intérêt à long terme de l’entreprise. Il a conduit à vider les entreprises de leurs réserves financières qui leur servaient, justement, à traverser les tempêtes. Et, en période de crise, il pousse au désespoir. L'intéressement fait de l'homme un associal, il oppose ses intérêts à ceux de l'équipe qu'il est supposé servir.

Alors, que faire ?

  • Les grands de ce monde travaillent à modifier les systèmes d’encouragement, de façon à ce qu’ils n’aient plus d’effets pervers. Mais est-ce possible ? James March estime que le jeu (au sens théorie des jeux) entre régulateur et régulé est toujours gagné par ce dernier, parce qu’il joue plus gros et qui a plus de temps que le premier. Les événements lui donnent raison.
  • Un article cité dans un autre billet affirme que l’homme a besoin, pour se construire, d’une réalisation sociale. Essentiellement, il travaille pour contribuer à un ouvrage collectif. C’est de là que vient sa motivation. Pourquoi donc lui donner un bonus et des actions qui le poussent au crime et, finalement, le rendent malheureux ?

Compléments :

lundi 6 avril 2009

Nouvelle économie

Il se pourrait que l’on soit à la veille de l’avènement d’une « nouvelle économie », mais pas de celle que l’on attendait. L’entreprise pourrait avoir à se réinventer.

From buy, buy to bye-bye : après une période « bling bling » de consommation ostentatoire, l’opulence étant la norme, le monde occidental pourrait durablement redécouvrir les mérites de valeurs simples et fondamentales.

  • L’épargne redevient, pour longtemps, une vertu. Crainte de la dette. D’ailleurs, les banques, durement éprouvées, ne pourront que prêter avec parcimonie. En outre, la baisse de l’immobilier a appauvri beaucoup de monde.
  • Consommation saine, « verte », qui deviendra l’ordinaire (non plus du luxe). Le bio pour tous ? Pour le reste, comme on le voit pour la voiture, simplification des produits, qui perdent l’inutile et reviennent à leurs fonctions principales ? (Exemple du yaourt, dans l’article.)
  • Défiance durable vis-à-vis de l’entreprise, à qui l’on fera payer cher ses moindres errements. Problème pour les agences de pub : le consommateur devrait se méfier de ce qu’on lui dit et rechercher le conseil de ses pairs. L’article pense que c’est une bonne nouvelle pour mes amis experts des blogs et autres réseaux sociaux. Ou, simplement, recul de l’individualisme, plus de solidarité ?

Redressement de GM

Décidément, Barak Obama est en train de se faire beaucoup d’ennemis. Espérons pour lui qu’il ne connaîtra pas de moment de faiblesse. Time for a new driver :

Le gouvernement américain se comporte comme un investisseur qui force GM, brutalement, à revoir son business plan jusqu’à ce qu’il lui semble viable. Dans ce jeu, les dirigeants de GM semblent de petits garçons.

Il y a encore quelques mois les grands patrons américains expliquaient à qui voulaient les entendre qu’ils s’interrogeaient sur l’utilité de l’État, que, si seulement ils en avaient le temps, ils le géreraient efficacement et à faible coût. Bizarre retournement de situation.

Il paraît se reproduire cycliquement : de temps à autre, l’état doit réformer un pan de l'économie, incapable de le faire seul.

Compléments :

  • Dans un sens, le gouvernement américain suit mes recommandations : GM : nationalisation ?
  • À noter que les théoriciens du laisser-faire, que l’on n’entend plus beaucoup, diraient que ce que l’on voit aujourd’hui est un épisode de destruction créatrice, il faut laisser disparaître les coupables, ils seront remplacés par de nouvelles entreprises méritantes, pour le bien de tous.

Style d’Obama (3)

D’après L’amour vache d’Obama pour Sarkozy, il semblerait que le président des USA batte froid le nôtre, pour des raisons qui remonteraient en partie à son prédécesseur.

Est-ce la fonction d’un Président de dispenser des leçons de morale ? Certes, comme le montre l’exemple chinois, la France est considérée comme un pays sans importance et donc éminemment méprisable, mais n’a-t-on pas toujours besoin d’un plus petit que soi ?

Complément :

dimanche 5 avril 2009

Style d’Obama (2)

À peine écrit le précédent billet, je tombe sur un compte-rendu d’une rencontre entre le Président Obama et des dirigeants de banques.

Quote of the day où j’ai trouvé la référence à cette rencontre le cite :

(Les dirigeants viennent de justifier leurs salaires et bonus) « Faites attention à la façon dont vous faites ces déclarations, Messieurs, le public n’est pas convaincu ». « Mon administration est la seule chose entre vous et les fourches ».

Style d’Obama

À Strasbourg il est le même qu’aux USA.

Visiblement, pour lui il n’y a pas de différences entre Strasbourg (plus européenne, voire franco-allemande que française ?) et une ville américaine (Discours présidentiel) : même façon de s’adresser à l’audience et d’animer le débat.

D’ailleurs les questions n’ont pas dû le détromper : deux sur quatre étaient d’Américains, trois au moins en Anglais, une sur son futur chien.

Science et sophisme

Gestion des banques m’a rappelé les aventures de Platon…

François Châtelet (voir Platon pour les nuls) raconte que l’arrivée de la démocratie à Athènes fait que le débat règle dorénavant la vie de la cité ; du coup, on comprend que si l’on arrive à le manipuler (sophistes) on gagne le pouvoir. Dans Gestion des banques je pensais que la science économique avait été manipulée pour permettre l’enrichissement de certains.

Explication commune ? La vie d’Athènes est réglée par la parole, la nôtre par la science, il est naturel que celui qui désire le pouvoir soit tenté de manipuler l’un et l’autre. D’ailleurs, il peut aussi avoir été tellement persuadé d’avoir raison que les entorses qu’il a fait subir à la rigueur peuvent lui sembler sans conséquences. Parole et science sont alors des moyens de nous convaincre de son point de vue.