mardi 27 mars 2018
Hegel
En quelque sorte il rejoint mon expérience de ce qui bloque le changement : on a tout en main, mais pas dans le bon ordre. Il reprend donc les idées qui ont émergé dans l'histoire, depuis Platon jusqu'aux Lumières, et il les remet en ordre. Comment ? Par un coup de génie. Ce qui semble s'opposer, comme l'être et le néant, ne sont que des étapes dans un processus de transformation qui aboutit à un être de raison, libre. Ce mécanisme, c'est la dialectique. On vit, puis on prend conscience que l'on vit, et, finalement, on apprend à faire ce que l'on veut de sa vie. C'est la raison qui le permet. L'homme doué de raison obtient exactement ce qu'il désire. Ce qui est la définition de la liberté. Ce processus n'est, d'ailleurs, pas individuel. C'est l'évolution de la société, mondiale, qui apporte à l'homme les conditions nécessaires de sa transformation. Cette évolution, c'est l'histoire. Une fois les nations fusionnées et l'humanité correctement organisée, et l'homme devenu rationnel et donc libre, ce sera la fin de l'histoire. Nous n'en sommes pas loin.
dimanche 5 avril 2009
Science et sophisme
Gestion des banques m’a rappelé les aventures de Platon…
François Châtelet (voir Platon pour les nuls) raconte que l’arrivée de la démocratie à Athènes fait que le débat règle dorénavant la vie de la cité ; du coup, on comprend que si l’on arrive à le manipuler (sophistes) on gagne le pouvoir. Dans Gestion des banques je pensais que la science économique avait été manipulée pour permettre l’enrichissement de certains.
Explication commune ? La vie d’Athènes est réglée par la parole, la nôtre par la science, il est naturel que celui qui désire le pouvoir soit tenté de manipuler l’un et l’autre. D’ailleurs, il peut aussi avoir été tellement persuadé d’avoir raison que les entorses qu’il a fait subir à la rigueur peuvent lui sembler sans conséquences. Parole et science sont alors des moyens de nous convaincre de son point de vue.
mercredi 25 février 2009
Après l’ultralibéralisme le beau temps ?
La théorie de Galbraith (billet précédent) invite à se demander ce qui peut remplacer l’ère des marchés rois.
À quoi ressemblerait l’économie idéale ?
Probablement beaucoup à l’ère des planificateurs : l’entreprise est un être complexe, qui, par nature travaille en groupe. Elle doit être protégée des manigances financières à courte vue, et des intérêts myopes de l’individualiste.
Mais cette planification ne doit pas être rigidité : comme le disait Galbraith, elle ne doit pas chercher à rendre l’avenir prévisible en manipulant nos valeurs et notre psychologie pour que nous achetions ses produits aux prix et dans les quantités qui lui sont nécessaires, et pour que nous passions notre vie à produire l’inutile. L’entreprise doit apprendre à s’inscrire dans les mécanismes sociaux sans chercher à les plier à sa paresse intellectuelle. De même cette planification ne doit pas transformer l’homme en machine, à la mode taylorienne.
Les techniques pour ce faire, existent, et elles sont adaptées à la nature de nos organisations. Ce sont elles qu’examinent mes livres (ordinateur social).
Mais surtout, l’économie idéale doit être au service de l’homme (ce que le disait aussi Galbraith) pas l’inverse. Parce que l’économie est malade, la planète ne vit plus. Est-ce normal que l’économie nous ait asservis ?
Il est possible qu’une économie qui apprendrait à tirer profit des règles sociales, sans les trafiquer, finirait par servir l'homme.
Une utopie ?
Le problème qui affecte le monde est celui du « free rider ». Ce que je traduis par parasitisme, plutôt que par « passager clandestin », comme on le fait d’ordinaire : le free rider peut payer son billet, pas le passager clandestin. L’individu a plus à gagner à profiter de la société qu’à y contribuer. Mais si le parasite se multiplie la société disparaît. Il a donc parfois intérêt à se faire oublier, à laisser se développer des mécanismes sociaux. Alors, il vote Obama. C’est pour cela qu’il est plus facile d’être ultralibéral en France qu’aux USA ; quand on est grand commis de l’État, que lorsque que l’on dirige une PME sous-traitante de l’automobile.
Les sociétés contrôlent le parasitisme de deux façons :
- Elles nous « codent » pour jouer l’équipe. C’est le rôle de l’éducation. C’est à cause d’elle qu’il nous semble bien d’aider les vieilles personnes à traverser, plutôt que de les occire pour leur voler leurs économies.
- Elles favorisent le développement de processus d’autocontrôle, voire d’élimination du parasite. Par exemple, il est difficile de ne pas obtempérer au code de la route, sans risquer un accident.
Le premier mécanisme demande du temps. L’individu change extrêmement lentement et nous sommes massivement individualistes. Sauf crise grave, nous ne changerons pas en profondeur. L’émergence de leaders « sociaux » tels que Barak Obama n’est que l’exception qui confirme la règle.
Quant aux processus d’autocontrôle que nous possédons. Je doute de leur robustesse. L’individualiste déterminé est redoutable. Au mieux, j’ai espéré qu’en permettant d’utiliser plus facilement les mécanismes sociaux, les techniques dont parlent mes livres donnent un avantage déterminant à ceux qui sont « orientés sociétés ». D’ailleurs, elles ont un intérêt qui ne devrait pas être indifférent à l’individualiste : elles permettent aux talents de s’exprimer, et de profiter du haut-parleur de l’organisation pour se faire connaître. Le mécanisme est identique à celui de l’équipe sportive : les talents individuels y sont bien visibles, et ne pourraient se manifester sans l'équipe.
Bien sûr, Darwin a son mot à dire. La société n’est pas faite que de parasites. Et un individu est probablement le terrain de tendances opposées : sociales et parasitiques. La sélection naturelle fera notre future société à l’image de ceux qui auront su tirer leur épingle du jeu. Si la crise favorise, par exemple, l’émergence de réseaux d’entrepreneurs qui, pour éviter le manque de cash, ont su faire une efficace combinaison de leurs compétences, et créer un sentiment d’appartenance de leurs équipes, elle pourrait être plus solidaire qu’aujourd’hui.
Compléments :
- Un exemple d’une société marquée en profondeur par une crise : BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
- Sur les problèmes de « free rider » et leurs modes de contrôle : The logic of collective action, Governing the commons.
- Sur l’efficacité remarquable de quelques champions à tirer parti des règles de la société : Alain Bauer.
- Darwin et le changement.
- L’optimisme quant à l’évolution de la société doit être prudent. Il y a 25 siècles, Platon décrivait une situation qui ressemblait beaucoup à la nôtre. On s’interrogeait déjà sur la « vertu politique », les qualités nécessaires à l’homme pour que la société puisse exister (CHÂTELET, François, Platon, Gallimard, 1965).
Blogger : pour une fin digne
- La tradition grecque a fait de la fin des philosophes le symbole de leur vie (JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989). En particulier pour Socrate, dont le procès est à l’image de son combat, ses trois accusateurs représentant les trois maux de la cité (CHÂTELET, François, Platon, Gallimard, 1965).
dimanche 4 janvier 2009
Platon pour les nuls
Heidegger pour les nuls m’a amené à faire machine arrière. Platon n’avait-il pas des choses à dire sur ce qui guide nos idées actuelles ? J’ai repris un livre lu il y a longtemps. Et qui m’avait laissé un agréable souvenir. Mais pas grand-chose d’autre : le Platon, de François Châtelet (Gallimard, 1965).
Il a été nécessaire (…) que la modération aristotélicienne réintroduise entre l’intelligible et le sensible une relation qui risquait de se restreindre à l’excès, que les intuitions hébraïco-chrétiennes fassent valoir les exigences propres d’une subjectivité que Platon, certes, ne méconnaissait point, mais qu’il tendait constamment à réduire cosmiquement ou politiquement, que la Renaissance et le classicisme européens, ce dernier grâce à Galilée et à Descartes, définissent un autre statut de la science, plus soucieux du rapport réel qu’entretiennent l’homme et la nature, que l’Age des lumières et Kant sachent légitimer et remettre à sa place l’ambition métaphysique, que Hegel (et, par conséquent, Marx) donnent de l’historicité une interprétation plus conforme à la fois aux conditions de l’existence et au contenu des événements, que les développements de l’industrie fabricatrice et de l’administration planifiante s’impose comme norme et comme technique au cours des cent dernières années, il a été nécessaire que l’homme se batte, souffre et invente pendant vingt-quatre siècles pour que l’idéal commence à devenir réalité.
- Une dérive du modèle de Platon : L’intellectuel, fondamentaliste de la raison.
- Chaos : EKELAND, Ivar, Le chaos, Flammarion, 2002.
- Sur Georges Dumézil : article de Wikipedia.

