mercredi 3 mars 2010

Disparition de l’industrie ?

J’entends vaguement une journaliste expliquer les malheurs de l’industrie française. N’étant pas concentré, j’ai dû faire appel à mon inconscient pour écrire ce qui suit :

L’industrie représenterait 13% de l’emploi (25% en Allemagne). Elle aurait fondu. Mais ce pourrait être essentiellement une question de mesure.

En effet, dès que le marketing ou les études sont externalisés, ils deviennent des services. Ce type de « services » aurait cru de 7 à 13% (?) de l’emploi national. Et l’industrie utilise 50% des intérimaires, qui sont aussi considérés comme des services… (Les intérimaires étaient 624.000 en 2008, 405.000 en 2009 ; en 2008, il y avait 28m d’actifs dont 2m de chômeurs d’après l’INSEE).

La crise va-t-elle se poursuivre ?

Jean-Hervé Lorenzi, important économiste, résume notre situation – critique - d’une manière qui a le mérite d’être claire, et propose quelques solutions qui ont le mérite de ne pas être compliquées :

  • Cela devrait mal se passer au second semestre 2010 : les effets de la relance se seront essoufflés et rien n’aura repris. Non seulement les banques ne prêtent pas mais il y a surcapacité de production, d’où guerre des prix et délocalisations. Curieusement il y a beaucoup de liquidités, d’où peu de risque d’inflation, mais gros risque de spéculation…
  • Dans ces conditions une politique de rigueur budgétaire ne ferait qu’accélérer le cercle vicieux. Par conséquent, il faut continuer à aider l’économie tout en rassurant les marchés financiers quant à la capacité de l’État à éliminer les déficits publics.
  • Suggestions : généralisation de la LOLF et suppression des barrières entre corps de fonctionnaires ; résoudre le problème des chômeurs (massivement) en fin de droits (comment ?) ; prévenir le (massif) chômage des nouveaux arrivants sur le marché du travail – et son effet destructeur du talent national - en amenant les grandes entreprises (qui ne recrutent pas) à offrir des formations professionnelles ; relancer la construction de logements (fournit immédiatement des emplois) ; adosser Oséo à la Banque Postale pour prendre le relai d’un secteur bancaire défaillant.

Curieux bilan. Il donne l’impression que l’État doit empêcher de nuire une économie de marché qui a créée la crise (non seulement la crise est financière, mais la surproduction vient du crédit facile). Ainsi, le secteur financier est « inquiet » de l’endettement des États, dont il est la cause ; il faut le rassurer ; il ne joue plus son rôle : il spécule mais n’alimente plus les entreprises ; entreprises qui ont augmenté leurs capacités de manière irréfléchie et qui maintenant réduisent leurs coûts de la même façon (ce qui ne donne à personne d'avantage), ce faisant démolissant leur marché...

Victoire du court-termisme

Un cadre qui faisait apparemment une carrière exceptionnelle dans une apparemment très belle multinationale démissionne, à la surprise de son directeur général, qui l’estimait beaucoup. Voici ses raisons :

Depuis que je suis arrivé je n'ai eu aucun parcours d'intégration, de formation [à ma nouvelle spécialité] (j'ai été « livré à moi-même »), de visite d'usine, de visite de [distributeur] ou de formation quelconque, toutes ces choses qui donnent un sentiment d'appartenance à une entreprise. Pas une seule fois je n'ai eu une discussion avec les RH pour parler d'un plan de carrière éventuel. A aucun moment je n'ai été convoqué à un amphithéâtre pour que les dirigeants me parlent de ce qu'ils attendent de moi ou en quoi notre force de travail est importante pour l'entreprise.

Ce n'est que depuis [mon dernier poste] que je découvre cela avec mon nouveau DG et je vois à quel point il est important de développer un sentiment d'appartenance. Même si cela a un coût, et c'est la raison pour laquelle l'Entreprise réduit autant ce type de prestations, je pense que le retour sur investissement est élevé pour qui souhaite conserver ses compétences.

Je ne remets pas en question tout ce que [la société] m'a appris (car j'ai énormément appris) mais j'estime ne rien devoir car j'ai rendu service en échange.

Enfin, mes conditions financières actuelles, pour des raisons de réductions de coût et de moyenne d'âge et en aucun cas de prise en compte d'un facteur performance, ont également contribué à dégrader ce sentiment d'appartenance.

À quoi l'on peut ajouter que le dit cadre avait pris la place d’un autre cadre qui avait démissionné. Une entreprise dont les employés partent à peine formés peut-elle prétendre qu’elle réduit ses coûts au maximum ? Ou n’est-elle plus que coûts et zéro activité ?

Probablement une entreprise comme beaucoup d’autres. Le management moderne voit certainement l’entreprise comme une collection d’individus que l’on juge en fonction de leur coût. Et le personnel a bien saisi le message : il prend ce qu’il peut, et quitte l’entreprise au plus vite. Pas sûr qu’elle y gagne.

Il n’est plus question de tout ce qui fait le groupe humain, c’est-à-dire d’un capital social, d’un savoir-faire – informel – partagé. C’est pourtant ça la valeur de l’entreprise, son avantage concurrentiel. Les dirigeants ne soupçonnent certainement pas qu’ils dissipent leur héritage et que le jour où il se sera évaporé, il ne restera rien de l’entreprise.

Shutter Island

Je vois généralement des films anciens. Tentative pour être de mon temps. Dernier film de Martin Scorsese.

Première impression : mais pourquoi di Caprio a-t-il cette barbe mal rasée, miteuse, mais toujours de même longueur, inconcevable en 1950 ?

Sinon ça ressemble au dernier Lynch, une sorte de spirale qui transforme notre perception du monde sans qu’elle puisse retomber sur ses pieds – tout n’est qu’illusion ? Éléments déchaînés, puis calme après la tempête. Ça donne l’occasion à de grands acteurs de jouer des rôles de grands acteurs, c'est-à-dire double, voire triple, jeu.

Ce film est-il le grand drame, avec un rebondissement de rebondissement inattendu, qu’il prétend être ? Pour que je le pense, il aurait fallu que je ne sois pas rebuté par une vision, américaine et bien pensante (i.e. repentante), de Dachau, et que j’éprouve de la sympathie pour le héros, et surtout pour son épouse.

Les bons sentiments, le professionnalisme et le métier ne sont pas suffisants pour faire un bon film.

mardi 2 mars 2010

Blues anglais

La livre est faiblarde, la presse anglaise est dépressive :

La situation des finances publiques ne serait pas meilleure que celle de la Grèce. Son gouvernement aurait dépensé inconsidérément pendant les belles années et aurait eu recours à une comptabilité créative enronienne. Il n’aurait pas su contenir un secteur bancaire, maintenant hypertrophié (4 fois le PIB du pays), et que la nation s'est épuisée à remettre à flot.

La Grande Bretagne a quatre caractéristiques inconsistantes. C’est une petite économie, ouverte, avec un secteur financier important et internationalement exposé, une monnaie de seconde division qui lui est propre, et une capacité fiscale de secours limitée. Cela lui donne une vulnérabilité unique.

À cela s’ajoute des sondages qui annoncent de plus en plus un parlement de coalition, promesse d’indécision selon les marchés.

Thomas Legrand

Avant-hier, Thomas Legrand, chroniqueur de France Inter, parlait de son dernier livre. Selon lui N.Sarkozy serait un « Chirac en sueur » : un président qui s’agite mais fait peu.

C’est ce que disait déjà Les réformes ratées du président Sarkozy. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs une totale innocuité de l’effort : Édouard Balladur observait dimanche sur France Culture que les déficits structurels de la France avaient une tendance naturelle, indépendante de la couleur du gouvernement, à empirer. (Voir aussi : L'étrange changement de M.Sarkozy.)

Le plus curieux peut-être est que l’image d’un Sarkozy efficace serait poussée par l’opposition, qui l’utiliserait pour faire peur à l’opinion publique.

Si c’est le cas, c’est franchement affligeant. À quand une opposition qui s’intéresse à nos problèmes et nous explique que nous devons voter pour elle parce qu’elle sait les résoudre mieux que le gouvernement ?

Compléments :

Corée du Nord

Une sorte d’ingénieux équilibre de la famine :

  • La Corée du Nord aurait emprunté l’idéologie du Japon d’avant guerre. Le gouvernant serait la mère du peuple.
  • Il ne lui promettrait pas la satisfaction de ses besoins (ce dont il est incapable) mais la protection contre l’ennemi américain, dont il s’assure de l’hostilité grâce à ses provocations.
  • L’aide internationale serait interprétée comme tribut à la supériorité coréenne.

lundi 1 mars 2010

Afghanistan : bout du tunnel ?

L’OTAN tiendrait le haut du pavé en Afghanistan :

  • Les Talibans seraient soutenus par une minorité (30% des Pashtouns qui représentent 2/5ème de la population) et honnis par une majorité.
  • La majorité du peuple désirerait un minimum de confort matériel et de risques de se faire tuer. Et l’OTAN serait vu comme meilleur que les Talibans pour chaque critère de satisfaction (en particulier, il tuerait beaucoup moins de civils).
  • L’offensive en cours vise à éliminer le cœur du dispositif taliban.

Les calculs du général McChrystal auraient-ils été corrects ?

Comment Toyota perdit son âme

L’erreur de Toyota est d’avoir voulu être plus gros que GM.

Course en avant. La méthode qui faisait la gloire de Toyota ne peut suivre. Croissance excessive du nombre de sous-traitants, qui ne partagent plus la culture très particulière de Toyota. Pas assez de personnels qualifiés pour les encadrer. Une centralisation excessive qui paralyse la communication.

Dissuasif Obama

Les dirigeants d’Al Caïda sont poursuivis et éliminés, sans arrière pensée (y compris pour les éventuelles bavures qui accompagnent les exécutions). En Irak et en Afghanistan, la conduite de la guerre s’apparente à de la gestion de projet.

Pour B.Obama les guerres seraient-elles des équations ?

Is Barack Obama tough enough?