mardi 12 janvier 2010

Contrôle de gestion

Mais que fait le contrôle de gestion ? demande une étudiante du CREFIGE, dans un commentaire à une vidéo traitant d’audit interne délégué. Pourquoi faire appel à des consultants alors que c’est du ressort du contrôle de gestion ?

Je soupçonne que l’explication principale est que fort peu de gens savent ce qu’est le contrôle de gestion. Soit on ne pense pas qu’il faille en faire (le dirigeant de la PME contrôle l’entreprise du regard, il ne comprend pas que ce n’est possible qu’en deçà d’une certaine taille), soit on croit que le contrôle de gestion c’est des tableaux de bord sur tout et n’importe quoi.

Alors, qu’est-ce que le contrôle de gestion ? C’est deux ou trois « facteurs clés de succès », des choses que l’entreprise doit réussir, à tout prix, à un instant donné (par exemple faire payer ses clients). Ensuite viennent les indicateurs qui permettent de mesurer leur réalisation. C’est l’équivalent du tableau de bord de la voiture : pour la conduire nous avons besoin de deux indicateurs, vitesse et essence.

Performance économique et création d’emploi

En exactement 10 ans, l’emploi est passé de 130,5m à 130,9m aux USA, alors que la population a cru de 30m.

Nous sommes en crise, mais quand même c’est surprenant : ne nous dit-on pas que plus une économie est dynamique, plus elle crée de l’emploi, or l’Amérique n’est-elle pas la plus dynamique des économies ?

Grand froid

Dans une discussion avec une étudiante, qui s’étonnait de l’impréparation de la France, j’ai repris l’argument de The Economist selon lequel il n’était pas rentable de se préparer à un froid rare. En constatant ma propre impréparation, je persévère dans cette opinion :

Mon équipement d’hiver n’est pas adapté à un froid qui se prolongerait. D’ailleurs, j'ai réalisé lors d'une sortie nocturne que ce dernier est à la limite de ce que peut supporter l’épaisseur de mes vêtements. Du coup, j’ai adopté les techniques canadiennes : empiler des couches d’habits. Car, à quoi cela me servirait-il d’acheter plus gros ? ça ne ferait qu’encombrer inutilement mon peu de place.

Ce n’est pas l’Etat qui est le seul coupable du chaos que provoque la neige, mais toute la société qui n'en a pas l'habitude : aéroports, automobilistes… Faire apprendre à tout ce monde un comportement collectif qui ne serve qu’aussi rarement est-il un changement qui en vaut la peine ?

En tout cas, la solution de remplacement que nous avons trouvée : accuser l’Etat, Eurotunnel ou autre, de nos infortunes, est efficace : à défaut de résoudre la question elle nous fournit un merveilleux sujet de discussion et un délicieux sentiment de supériorité.

lundi 11 janvier 2010

Transformation politique américaine

La forte croissance de l’immigration latino-américaine (déjà 16% de la population) pourrait avoir un effet paradoxal sur la politique américaine :

Les latinos adhèrent aux valeurs conservatrices, mais pas au discours xénophobe des républicains (qui sont « en train de se confiner aux électeurs blancs et aux états du Sud »), du coup ils votent démocrate, en masse.

Performance scolaire

Des chercheurs montrent que la performance scolaire est liée au nombre d’étudiants dans un cours :

Par rapport à l’écart entre la note la plus haute et la plus basse d’un étudiant, une variation du nombre d’élèves d’un cours de 10 à 25 fait baisser en moyenne les notes des élèves d’un huitième de cet écart ; 25 à 45, perte d’un nouveau huitième ; 45 à 80, rien et 80 à 150 : nouvelle perte d’un quart. (Si vous aviez des notes entre 10 et 14, avec une moyenne de 12, lorsque la classe passe de 10 à 150 élèves, votre moyenne tend à régresser de 12 à 10.)

Le plus inattendu, pour moi, est que les meilleurs élèves sont les plus touchés. « l’effet est presque quatre fois plus grand pour les étudiants dans les 10 meilleurs pourcents que pour ceux qui sont dans les dix moins bons, et à peu près 50% plus important que pour l’étudiant moyen ».

L’explication pourrait être que « les meilleurs élèves sont aussi ceux qui bénéficient le plus (en termes à la fois de connaissances et de motivation) du contact avec les enseignants ».

Serait-ce un appui à la thèse d’Hervé Kabla, selon laquelle la performance scolaire est fonction de la motivation de l’enseignant ? (Voir commentaire de Quotas et grandes écoles.)

En tout cas, elle ne semble pas dépendre de celle des parents : une expérience faite dans des collèges français indique qu’il en faut très peu pour « accroître très sensiblement l’implication des parents dans les scolarités de leurs enfants », que « ce surcroît d’implication a vraiment un effet très bénéfique sur le comportement des enfants au collège », mais n’a pas d’impact notable sur leurs résultats.

Nokia

Nokia demeure le plus gros producteur de téléphones mobiles, parce qu’elle en vend beaucoup, de très simples, aux pays en développement. Mais l’entreprise a raté la vague du smartphone à valeur ajoutée. C’était une spécialiste du matériel alors que le jeu est maintenant logiciel et services. Changement en perspective :

Until now, it has excelled in making and distributing hardware. This has trained the organisation to focus on planning and logistics. Deadlines are often set 18 months in advance. Teams developing a new device also work in relative isolation and even competitively, to make each product more original. And although Nokia has always done a lot of market research and built phones for every conceivable type of customer, it sells most of its wares to telecoms operators and designs its products to meet their demands.
With the rise of the smart-phone, however, software and services are becoming much more important. They require different skills. Development cycles are not counted in quarters and years, but in months or even weeks. New services do not have to be perfect, since they can be improved after their launch if consumers like them. Teams have to collaborate more closely, so that the same services and software can run on different handsets. Nokia also has to establish a direct relationship with its users like Apple’s or Google’s.

dimanche 10 janvier 2010

Ça va péter ?

Selon The Economist nous connaissons une bulle spéculative financière (Bubble warning). Rien de neuf. Ce qui l’est, c’est l'idée suivante :

Pour éviter les dommages de la crise, les gouvernements se sont massivement endettés. Pour résorber ces dettes ils devront prendre des mesures inacceptables par leurs administrés. Ils tricheront. Ceux qui le peuvent dévalueront leur monnaie (comme le font l’Angleterre, et les USA), d’autres ne paieront pas ce qu'ils doivent aux étrangers (ce que tente de faire l’Islande), j’imagine que l’inflation doit aussi être efficace…

Comme lors des crises précédentes, le système de contrôle de la finance mondiale (aujourd’hui les banques centrales indépendantes) sera victime de cette manœuvre, qu’il était supposé empêcher.

The gold standard broke down in the 1930s because countries would not pay the political price, in the form of austerity, to maintain the link. They chose domestic workers over foreign creditors. The Bretton Woods system broke down because America was unwilling to bear the burden of being the linchpin of the system. Now, the system that prevailed in the 1980s, 1990s and 2000s, in which creditors trusted central banks to maintain the value of debtor countries’ currencies, is breaking down as well.

Paying the price

On en réinventera un nouveau sur les ruines fumantes de l’économie mondiale ?

De ceci sort une image cohérente, conforme aux réflexes innés de l’homme face au changement : le refuser. On espère qu’il suffit de dépenser pour régler les problèmes du monde, puis lorsque l’on a trop de dettes on les élimine par un tour de passe-passe.

Compléments :

  • Traduit autrement, ce billet dit que nos gouvernements n’ont pas le savoir faire de conduite du changement qui évite une crise destructrice pour une partie de la société.
  • Sur l’Islande : Is it a blizzard?
  • Voting away your debts.

Quotas et grandes écoles

Le gouvernement voudrait qu’il y ait 30% de boursiers en Grandes Ecoles, ce à quoi leurs directeurs répondent que les quotas diminuent le niveau du recrutement, ils sont désignés à la vindicte populaire. Curieux, me suis-je dit : les grandes écoles se sont toujours affirmées élitistes, or, brutalement, elles sont accusées de l’être ! Et pourquoi les boursiers n’arrivent-ils pas à entrer en Grande Ecole : du temps de mes parents, c’étaient les meilleurs élèves ? Pourquoi la discrimination réussirait-elle en France alors qu’elle échoue aux USA ?...

Un problème mal posé
J’ai voulu creuser la question (la suite repose principalement sur : Les grandes écoles incitées à repenser leurs concours - LeMonde.fr). En fait le raisonnement suivi implicitement semble être :
  1. les grandes écoles fournissent les positions sociales les plus désirables ;
  2. l’on veut que ces positions ne reviennent pas de fait aux enfants de ceux qui les détiennent déjà, qu’il y ait un certain brassage de la société ;
  3. les matières qui servent à la sélection des élèves des grandes écoles (de l’orthographe aux mathématiques, selon Mme Pécresse) favorisent les enfants aisés.
Rien dans ce raisonnement ne va de soi. Les hypothèses qui le sous-tendent paraîtraient contre nature partout ailleurs qu’en France. Elles expriment, en particulier, la vision d’un monde organisé comme une bureaucratie.
Implicitement, l’objectif du gouvernement serait de revenir à la situation des années 50 où, d’après un député PS cité par l’article, 29% des diplômés de grandes écoles étaient de milieux populaires (définition ?), contre 9 aujourd’hui.
Comment expliquer ce revirement ? Les mathématiques, les langues, la culture générale étaient-elles moins discriminantes dans les années 50 ? Ou l’Eduction nationale ne sait plus les enseigner à tous comme jadis. Il semblerait que Mme Pécresse en vienne à se demander si elle n’a pas parlé un peu vite : « il faut repérer les talents, comme cela se faisait sous la IIIème République et les faire grandir ».
Mais elle dit aussi « qu’il faudrait réfléchir à des épreuves qui valoriseraient l’intensité du parcours du jeune, son mérite réel ». Comment évaluer objectivement un mérite ? (Que signifie « mérite » ?) Les critères de sélection du mérite ne sont-ils pas beaucoup plus facilement manipulables que les mathématiques ?
D’ailleurs, dans l’inconscient français le mérite est inné, l’Education nationale est là pour l’identifier. Dans l’inconscient anglo-saxon, le mérite se démontre par la réussite de l’action individuelle, l’école doit (éventuellement) apporter des outils utiles à l’élu. Sans le dire nous sommes en train de basculer d’un modèle vers l’autre. Si nous le faisons, il faudra procéder avec prudence : le système américain est, selon nos critères, inacceptablement inégalitaire. Il tend, paradoxalement, à être un régime d’héritiers.
En résumé, le problème que pose implicitement le gouvernement semble être :
  • Faut-il conserver le modèle culturel français traditionnel, et alors comment ramener l’éducation nationale à son niveau d’efficacité des années 50 ?
  • Faut-il adopter un nouveau modèle culturel ? Lequel ? Comment l’adapter chez nous sans qu’il ait des conséquences que nous refusons ?
L’erreur est humaine…
Au fil de ses réformes, l'algorithme suivant paraît expliquer le comportement du gouvernement :
  • Il identifie un problème, trouve un coupable qui en serait la cause (mais pourquoi ne l’avait-on pas vu plus tôt ? se dit-il, que le monde est donc stupide !) déclenche une guerre civile, et découvre alors que le dit coupable n’est que la partie émergée d’un phénomène extrêmement complexe.
  • Surtout, il semble schizophrène : il parle d’un retour à la IIIème République, tout en rêvant de basculer dans le modèle anglo-saxon.
Qu’a donc appris l’Education nationale à nos gouvernants ? à penser ? à agir ? Est-ce ses critères de sélection ou son enseignement qu’il faut réformer ?

Compléments :
  • C’est Hervé Kabla qui m’a lancé dans cette réflexion.
  • Au passage, un exemple de changement réussi, à la française : « l’objectif de 30% de boursiers en classes préparatoires, déjà atteint en partie grâce au relèvement du seuil d’obtention des bourses ». (Les grandes écoles dans la tourmente.)

Réglementation financière

Il semblerait que les Européens veulent réglementer la finance mondiale, les Américains non. Mais est-ce certain ? Le congrès américain a nommé une commission d’enquête sur les causes de la crise (That 1930s show).

Ce type de commission (son esprit semble proche de celui du procès de Nuremberg) reprend la formule utilisée lors de la grande dépression. Il pourrait donc en sortir des mesures radicales : « la commission semble devoir découvrir quelques malversations corsées qui influenceront les prochaines réformes ».

Alors quel serait le différend entre Europe et Amérique, si tous veulent réglementer ? Un désaccord sur la façon de faire ?

Albert Camus

J’ai lu quelques livres de Camus, il y a vraiment très longtemps. Je n’en ai pas gardé grand-chose sinon le sentiment d’une sorte de bercement de l’esprit agréable. Caligula, découverte plus récente, injonction d’un ami, m’a semblé prétentieux, sans grand intérêt. Pas d’autre souvenir.

De ce que j’entends ou lit, au hasard et sans désir d’approfondissement, sort plus que le portrait de Camus, l’image de sa confrontation avec Sartre et Beauvoir, et l’intelligentsia parisienne.

D’un côté un homme du peuple qui n’a jamais renié ses attaches, de l’autre l’inquisition de la bien pensance intellectuelle bourgeoise qui sait ce qui est bien et mal et condamne sans appel.