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mercredi 7 octobre 2015

Phénomène Onfray

France Culture s'interroge sur le "phénomène Onfray". Du mystère de la popularité. Il y a quelques années je l'entendais disserter des Grecs. J'en ai retenu qu'à côté de la pensée officielle, puritaine et sinistre, qui fait de l'être humain un coupable de naissance, il y avait une pensée du bonheur et de l'épanouissement de l'homme. Puis il a progressé dans son travail d'analyse, jusqu'à notre temps. Ce qu'il y avait de curieux, c'est qu'il parlait moins de la philosophie que de la vie de ses personnages. Vie "pleine de trous", comme on dit dans ma famille. D'où un sentiment très agréable. Non seulement il ne semble pas extrêmement bien maîtriser son sujet, mais il tourne en ridicule les plus grands penseurs de notre temps. Du coup, je me sens extrêmement intelligent. 

Marcel Gauchet disait qu'il s'agissait d'une résurgence de la philosophie de droite, tuée par la collaboration. J'ai entendu aussi un journaliste de "l'Obs" se demander si être "contre", c'est une pensée. 

Je me demande si, avec toutes ses maladresses, Michel Onfray ne fait pas quelque chose de bien plus radical. Il montre que la pensée dominante, celle de Platon, Kant, Hegel, Marx, Sartre et les autres, est une pensée totalitaire de l'absolu qui a pour seul objet d'être un opium du peuple. Etre contre peut alors être un programme. C'est celui d'un autre mouvement de pensée, des Socrate, Bergson, Camus, Arendt et autres. Ils ne nous disent pas ce que nous devons faire. Mais qu'il n'y a pas d'idée absolue, à laquelle l'homme doit être asservi. C'est une pensée de liberté. Liberté, qui est penser par soi-même. C'est aussi le programme des Lumières, et de la 3ème République. 

Michel Onfray fait tomber de son piédestal l'intellectuel. L'intellectuel est nu, dit-il. Il lui retire son droit de penser à notre place. Et il montre, par l'exemple, que penser n'a rien de compliqué. Nous pouvons tous être des philosophes. Mais Michel Onfray n'est que l'hirondelle du printemps. Il n'est pas la cause d'un mouvement. Il n'est que la résultante de la faillite de la pensée dominante. 

lundi 15 septembre 2014

Kant et Onfray

« Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » dit Kant. Idiot répond Michel Onfray. Imaginons que pendant la guerre, un Juif vienne chez vous. Puis qu'arrive la Gestapo. Avez-vous un Juif chez-vous ? Comme vous aimez la vérité, vous répondez oui. Kant n'a plus qu'à se rhabiller.

D'autres auraient trouvé insupportable la délation, et auraient constaté que Kant leur donnait raison. En fait, Kant donne raison à tout le monde. Il nous dit d'être en règle avec notre conscience. Ce qui élimine peut-être l'hypocrisie, mais pas grand chose d'autre. En particulier que certains trouvent bien de commettre un génocide et d'autres non.

Onfray me semble aussi avoir loupé une subtilité. Nul n'est forcé de répondre par oui ou non à une question... On peut aussi répondre par l'indécidable. Paul Watzlawick raconte l'histoire de Freud qui veut quitter l'Allemagne. Le pouvoir nazi lui demande, en échange de son accord, d'écrire quelque-chose de gentil sur lui. Sur quoi, Freud invente l'équivalent du "like" de facebook. Cela satisfait ses interlocuteurs, mais ça ne trompe personne d'autre. (Que l'humour juif soit un humour de l'absurde serait-il l'effet de la sélection naturelle ?) 

dimanche 17 août 2014

Michel Onfray, philosophe du peuple ?

J'écoute "Contre histoire de la philosophie". Après Freud, et Sartre, Michel Onfray règle son compte à Heidegger. Nazi, nazi, nazi. Voilà ce que je retiens de ses cours.

A une époque, il y avait le magicien qui ratait ses tours, Michel Onfray est le philosophe qui ne comprend pas les philosophes. Il n'a pas honte de dire qu'il les trouve confus. Par exemple Heidegger. Ou Kant, qui a préparé la pensée nazie, si je le suis bien. Ou la condition de l'homme moderne d'Hannah Arendt (qui me semble pourtant un livre fondamental). Il nous décomplexe. Et, comme nous, ce qui l'intéresse n'est pas tant la pensée que la vie du philosophe, et ses petites médiocrités. "Contre-histoire de la philosophie", ou version "People" ?

Il secoue le joug de l'idéologie officielle. Il lui oppose un courant "libertaire", Arendt, Camus ou Rosa Luxembourg. Au totalitarisme de Platon, des Jacobins, de Lénine ou de Sartre, il préfère la liberté de l'individu. 

Libertaire, vraiment ? Pour ses héros, la morale est importante. Or, j'associe libertaire à l'anarchie, ni dieu ni maître. Pas de morale. Ne serait-il pas plutôt radical au sens de Clémenceau (dans lequel Hannah Arendt se reconnaissait) ?
« défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. » (Michel Winock, ici.)
Les vrais "libertaires" modernes ne seraient-ils pas plutôt les néoconservateurs et les postmodernistes ? Nos classes dirigeantes ? Rien ne compte que leur intérêt ("il est interdit d'interdire"). Les valeurs de Michel Onfray ne seraient-elles pas, plutôt, celles du gros de la population ?

Comme Diana a été la "princesse du peuple", Michel Onfray serait-il le "philosophe du peuple" ?

Diana, Princess of Wales.jpg



(Le Robert sur "libertaire" : "qui n'admet, ne reconnaît aucune limitation de la liberté individuelle, en matière sociale, politique".)  

jeudi 8 août 2013

Marcuse et Minnaert

Michel Onfray traduisant la pensée d'Herbert Marcuse parlait de l'inhumanité du travail de l'ouvrier d'ArcelorMittal. Raison : division des tâches.

Dans le billet précédent, il est question de la vie de cet ouvrier. Est-elle inhumaine ? Non. Mais il n'y a pas division des tâches. Ce qui semble faire l'intérêt du travail est la complexité du fonctionnement d'une aciérie, irréductible à l'équation. Les aciériste font un travail difficile, qui demande beaucoup d'expérience et un jeu d'équipe. Mais, lorsque l'on cherche effectivement à les contraindre à une forme de division des tâches, ils connaissent la dépression. Et les rendements s'effondrent.

dimanche 4 août 2013

L'intellectuel est-il un idiot ? utile ?

J'écoute distraitement le cours de Michel Onfray. Il parle des intellectuels et de 68. Ils n'en sortent pas grandis.

Ils obéissent aux modes. Marxisme, existentialisme, structuralisme. Apparemment, ils n'y comprennent rien. Et leur propos est incohérent. En dépit de leurs diplômes, ils ne sont pas intelligents. Peut-être l'art de faire des études est-il, justement, d'absorber ce que l'on ne comprend pas et de le restituer d'une façon confuse, qui fait croire au génie ?

Ils n'ont pas participé aux manifestations de 68. La liberté, le petit peuple... qu'en ont-ils à faire ? Ils pensent avant tout à leur carrière, au Collège de France. Eux que l'on prend pour des contestataires semblent les alliés objectifs des pouvoirs en place. N'est-ce pas pour cela qu'ils défendent des sortes de marginaux mythiques ? Pour écraser le peuple sous une culpabilité imaginaire, afin qu'il se laisse tondre ? La philosophie est l'opium du peuple ?

mardi 2 août 2011

L’invention de la psychanalyse

J’écoute d’une oreille distraite Michel Onfray parler d’Otto Gross, un psychanalyste. Il semblait, comme Nietzsche d’ailleurs, fort dérangé.

Et si la psychanalyse était née pour guérir les maux que la société de l’époque s’était infligée ?  

Et si le savant était simplement une personne particulièrement affligée des vices sociaux – dans cette profession être détraqué est un avantage concurrentiel - et qui a la capacité de rationaliser son expérience ?

Pour faire avancer la science, il suffit de modifier l’état de la société ?

Compléments :

mercredi 4 août 2010

Psychanalyse

Idée extraite d'une fin d'émission sur la psychanalyse (France Culture, hier) : on ne peut rien comprendre à la psychanalyse, si l’on n’a pas subi d’analyse.

Idée intéressante, qui est peut-être vraie pour beaucoup d’autres de nos activités humaines. Mais c’est une idée que n’a pas eue l’Éducation nationale qui ne croit qu'en la théorie. Ou, plutôt, qu'il faut des dons innés pour exercer une fonction (diriger une entreprise, ou être médecin) et que son rôle est de détecter ceux qui les ont.

J’ai aussi continué à écouter Michel Onfray démolir Freud. La démonstration ne marche pas : je trouve Freud scientifique dans sa démarche. Il s’examine et en recherchant des enseignements généraux. Sa théorie des pulsions et du refoulement me parait simple bon sens : notre nature n’arrête pas de se heurter aux règles de notre culture, ça ne peut être sans conséquence sévère. De même, il semble avoir vu que le refoulement pathologique de son époque avait pour origine des contraintes sexuelles exagérées. Il suggérait semble-t-il la contraception, pour relâcher la pression. Une idée originale et intelligente, me semble-t-il.

Michel Onfray remarque que Freud n’a pu que s’autoanalyser, faute de psychanalyste. Puisqu’il n’y a pas d’analyste sans analyse, il y a un pêché originel ici, non ? En fait, non seulement Freud ne fait que s’écouter, mais en plus il semble avoir passé sa vie à parler de soi à ses amis, notamment à Fliess, ce qui me semble un genre d’analyse dans laquelle il transforme progressivement en analystes des gens doués pour ce travail. C’est un exemple de poule et d’œuf.

Il reste qu’il a sûrement des ridicules et des faiblesses, que sa théorie n’est certainement par parfaite – à mon goût, et à celui de Bronislaw Malinovski, il a sous-estimé l’impact sur ses travaux de la culture dans laquelle il vivait, mais n’est-ce pas le propre de l'homme d’être imparfait ? N’est-ce pas, même, une illustration de la théorie de Freud ?

mardi 3 août 2010

Sarkozy et l’immigration

Et si ses déclarations concernant les immigrés naturalisés mais mal intégrés n’étaient pas que simple politique ? Influencé par les idées de Michel Onfray sur Freud, j’en viens à les appliquer à N.Sarkozy :

Son père est un immigré de première génération qui aimerait que ses enfants se souviennent de leur passé hongrois (cf. présentation de ses mémoires), donc pas intégré du tout. Son grand-père maternel est originaire de Salonique. Sa femme est arrivée en France parce que, selon un film de sa sœur, leur père trouvait l’Italie peu sûre pour les milliardaires. Et elle a été naturalisée après leur mariage. Et lui-même n’a-t-il pas déclaré sa passion à George Bush et à l’Amérique, en début de mandat ? L’Amérique ne serait-elle pas un pays plus favorable à ses valeurs que le nôtre ? Aspirations refoulées à l’émigration ?

Politique comme rationalisation (?) d'un amour / haine pour l’immigré ? En particulier vis-à-vis de son père ?

Ceci n’a rien de scientifique, mais c’est curieux tout de même.

Compléments :

dimanche 1 août 2010

Michel Onfray et Freud

J’entends des bribes de la démolition de Freud par Michel Onfray, sur France Culture. Vu le manque d’exhaustivité de mon écoute, mon opinion ne peut être que partiale :
  • Je partage au moins son idée que Freud a abusé du terme « scientifique ». Comme Marx, Taylor et les économistes modernes, il a probablement appelé sa pensée « scientifique » pour des raisons de marketing. Mais ses « diagnostics » m’ont toujours paru risibles, d’autant plus qu’ils se prêtent à la prédiction auto-réalisatrice. Michel Onfray va plus loin et présente Freud en malade, pathologiquement pervers, qui fait une science de sa maladie.
  • Je pense aussi comme lui que Freud a été le fruit de son temps : il a surfé sur la vague de la libération sexuelle qu’a générée, en réaction, la rigueur victorienne.
  • Michel Onfray dit que la psychanalyse permet de comprendre Freud et personne d’autre. Il est certain que nous voyons tous midi à notre porte. Mais cette porte peut aussi être celle de beaucoup de gens. Et c’est pourquoi nous avons eu quelques penseurs dont les découvertes ont eu une portée universelle. Le rôle de la société est aussi de faire le tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les travaux d’une personne, de même qu’elle a éliminé l’alchimie de l’œuvre de Newton (qui d’ailleurs était probablement une sorte d’autiste).
Et c’est peut-être là où Michel Onfray s’égare. Il affirme que l’homme est un animal comme les autres, que l’éthologie est utile à son étude. C’est faux. L’homme est un animal politique, il a la capacité de créer des sociétés, et ces sociétés, en retour, lui permettent de se spécialiser, par exemple de consacrer sa vie à la philosophie.

Complément :
  • Michel Onfray croit que l'homme a longtemps pu penser trouver dans ses idées la vérité, parce qu'il se croyait d'essence divine. Plus de Dieu, plus de certitude. L'introspection de Freud est un délire. Mais il n'y a pas besoin d'être Dieu pour approcher de la vérité (ou de quelque chose qui en fait office) : il suffit de regarder autour de soi et d'essayer d'en tirer des enseignements. D'ailleurs, l'homme appartenant à la société, il est bien placé pour comprendre les troubles de ses semblables.