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samedi 24 septembre 2022

Enseignons l'histoire

La Russie a gagné la guerre de 40, pensaient, à 85%, les Français d'après guerre. Aujourd'hui, ils pensent, avec les mêmes chiffres, que ce sont les USA. 

Autrement dit, les opinions se retournent comme des gants.

Voilà ce qu'écrit Régis Debray. 

Il donne aussi les pertes américaines : 400.000 morts environ. 

Les statistiques données par wikipedia disent que, effectivement, USA et Angleterre ont perdu relativement peu de monde. Même la ridicule France a eu plus de morts qu'elles ! En URSS, en Chine, dans les colonies occidentales, ça a été un carnage. 

Suggestion à l'Education nationale : mettre l'histoire à son programme.

lundi 29 août 2022

Fin de l'histoire

Hegel parle de "fin de l'histoire". Mon interprétation :

Raisonnement systémique, avant que le terme soit inventé. 

Le changement, dans le monde de la systémique, fait que le système change en son opposé (mécanisme dit "dialectique"), mais qu'il obéit toujours au même principe. Il change pour ne pas changer, comme il est dit dans Le guépard. (La voiture, qui tournait dans un sens, tourne dans l'autre, mais c'est toujours une voiture.)

L'histoire s'arrête le jour où il n'y a plus de système, donc plus de principe. Hegel appelle l'état historique dans lequel nous sommes : "l'aliénation". 

Et quel est le principe qui nous "aliène" ? L'individualisme. Croire que nous avons des personnalités propres, alors que nous faisons partie d'un tout. 

Juste ? Je me demande si le "principe" n'est pas, en fait, la raison. Justement le sujet qu'étudie Hegel. "Logos" grec, à la fois langage et raison. Propre de l'homme. La "raison d'être" de cette raison est de nous permettre de communiquer entre nous. Seulement, son effet inattendu a été de nous faire croire que nous "pensions" donc nous "étions". Et nous a amenés à être des loups pour l'homme. 

Il est possible que cette raison soit rusée et qu'en nous faisant mal penser elle nous emmène où elle le veut : une fusion de l'espèce humaine. L'Histoire aura été celle de ce "plus long chemin de soi à soi".

vendredi 29 juillet 2022

Mauvaise histoire ?

Il y a quelque-chose qui ne me va pas dans Le nom de la rose, et ce type d'ouvrage écrit par un moderne sur un temps ancien (comme toutes ces enquêtes que diffuse la BBC, et qui m'amènent à écrire ce billet !). Il me semble qu'on projète des idées modernes sur un monde ancien. 

Ce que j'aime, au contraire, ce sont les anciens parlant d'eux-mêmes. 

Il me semble que le monde se crée en permanence, et donc que l'individu est toujours confronté à des problèmes que personne n'a rencontrés avant lui. 

Ce qui est intéressant est de voir ce qu'il fait alors. C'est rarement glorieux, mais il y a parfois des moments d'humilité et de grâce... 

mercredi 6 juillet 2022

L'hiver des démocraties ?

Quelle est la raison de la guerre de 40 ? Les USA, je soupçonne. D'une part parce qu'ils n'ont pas tenu parole : ils n'ont par ratifié les engagements du président Wilson. L'Europe n'a pas eu d'aide pour se reconstruire. Ensuite, par la grande folie des années 20, qui a produit une crise, qui fut fatale à l'Allemagne, et dont les USA n'ont dû qu'à la guerre de pouvoir se relever. 

Un siècle après, notre situation semble similaire. Une fois de plus, les démocraties sont en danger. Mais, une fois de plus, elles sont à l'origine de leurs malheurs ? Le mal de la démocratie, c'est "l'hybris" ?

La chute du mur de Berlin a résulté en quelques "années folles". Le modèle américain a gagné le monde. Résultat habituel : crise. D'ailleurs, n'y a-t-il pas, comme en Allemagne dans les années 30, une "montée des extrêmes" ? En particulier en France. Et, comme en Allemagne, les partis politiques traditionnels ne sont-ils pas tentés de jouer avec le feu ?

Mais, cette fois-ci, les USA ne seront probablement pas là pour nous sauver. M.Trump n'est pas M.Roosevelt. 

Ce n'est pas la guerre de 40, mais la guerre du Péloponnèse que nous rejouons ? 

lundi 4 juillet 2022

Qui écrit l'histoire ?

Ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, répétait un dirigeant. Je pense que, pour lui, cela signifiait "la fin justifie les moyens". "Je peux faire autant d'erreurs que je veux, tant que je suis PDG, ça ne compte pas."

C'est une pensée très américaine. J'ai fini par croire que l'Américain pensait que la vie était une lutte entre la masse des imbéciles et l'homme de génie. La marque du talent n'était pas de faire le "bien", par exemple de construire un monde durable, mais de rouler l'imbécile dans la farine, en lui faisant prendre des vessies pour des lanternes. La vie est un jeu absurde, c'est le plus habile qui gagne. D'ailleurs, plus vous croyez à la science, à l'intérêt de l'humanité, à la justice, ou autre, et plus vous êtes facile à manoeuvrer. 

En fait, tout cela est faux, probablement. L'histoire semble montrer que ceux qui écrivent l'histoire sont, tout bêtement, ceux qui savent écrire. Et il servent bien plus souvent leurs intérêts, rarement très glorieux, que ceux des vainqueurs. 

jeudi 20 mai 2021

Marc Ferro et la vérité

Cette semaine, France culture rediffusait une émission d'entretiens avec Marc Ferro. J'ai compris que sa vie a été consacrée à comparer ce que disent l'ensemble des témoignages dont on dispose avec ce qu'affirme la "doxa" officielle.  

Et en ce qui concerne les sujets qu'il a étudiés (l'URSS ou le nazisme) ou même qu'il a vécus (la résistance, la colonisation), il y a des contradictions extrêmement surprenantes. Par exemple, on apprend que les résistants de l'intérieur, qui semblent avoir eu beaucoup de courage, étaient vus par une grande partie de la population comme des terroristes, et méprisés par le général de Gaulle. Ce qui faisait que longtemps ils ont tu leurs actions.

Dommage qu'il n'ait pas fait école.

jeudi 25 février 2021

Occident narcissique

Comment les croisades ont elles été perçues par les Arabes ? se demandait Concordance des temps, de France Culture. 

Comme nous décrivons les invasions barbares et Rome (ou les périodes de trouble lors desquelles se sont illustrés les Vikings), à savoir un empire qui s'effondre, miné par ses contradictions internes, et des forces extérieures qui en profitent pour le mettre à sac. Dans ce cas ces forces sont : les Mongols, les Turcs, et les croisés. Et ce sont de loin les premiers les plus terribles, et qui ont le plus durablement marqué les esprits. Ne serait-ce que parce qu'ils ont balayé l'Iraq et l'Iran, qui étaient le coeur du monde islamique. Israël n'avait que peu d'importance. Ce qui remet le narcissisme occidental à sa place. 

(J'ai aussi lu que pour l'Inde, les "conquêtes" d'Alexandre n'avaient laissé aucun souvenir. Idem en ce qui concerne les guerres médiques des Grecs, qui, pour les Mèdes, n'étaient qu'un épiphénomène. Peut-être cela nous ferait-il du bien de reconsidérer l'histoire autrement que de notre point de vue ?)

lundi 28 décembre 2020

La fin de la culture ?

Le pape des escargots m'a fait prendre conscience d'un fait curieux. 

Quand on observe l'histoire des conquêtes, on constate qu'elles ne détruisaient pas, mais qu'elles tiraient parti de ce qu'elles avaient trouvé. On changeait les noms mais pas les choses, et les usages. Les religions, elles-mêmes, s'adaptaient aux croyances qui les avaient précédées. (Noël, c'est le solstice d'hiver, et les saints sont les anciens dieux.) 

La nouveauté de notre temps est que nous semblons avoir balayé le passé. Les Russes et les Chinois en sont le meilleur exemple. Leur prétendu retour à leur grandeur éternelle est pitoyable. Et que dire de la réinvention de l'Islam ? 

Quand les sciences du management parlent de la culture d'entreprise des entreprises américaines, elles la qualifient, en général, de "light". Elle se réduit à peu de choses, à un contrat. Et si c'était la caractéristique de la culture américaine : une culture qui n'en est pas une ? Et si sa conquête du monde nous avait rendu amnésiques ? 

C'est la victoire définitive de la raison ? Elle a balayé la tradition qui s'était transmise d'inconscient à inconscient ? Tout ce qui nous en reste, ce sont des écrits, du "numérique", c'est-à-dire, rien ? Big bang ? Nous repartons de zéro ?

samedi 4 janvier 2020

Comprendre une nouvelle

Certains de mes billets donnent lieu à des interprétations erronées. Ce qui est facile à expliquer. Je me parle à moi-même. Mes billets sont donc une étape de ma réflexion. Mais les étapes d'avant n'apparaissent pas toujours. Ce qui est d'autant plus traître que j'avance généralement par contradiction avec moi-même.

Il semblerait que Proudhon ait souffert de ce type de difficultés. Par exemple, on a cru qu'il soutenait Napoléon III, lorsqu'il l'attaquait. Mais, plus étrangement, alors qu'il publiait comme il respirait, et que chacune de ses oeuvres comptait des centaines de pages, que l'on a encore du mal à percer, il semble avoir été compris par les gens les moins éduqués, justement ceux à qui il s'adressait.

Il y a plusieurs façons d'interpréter un texte. Le facteur déterminant est la confiance en celui qui l'a recommandé, ou en son auteur. Surtout, le texte arrive chargé de tout ce que l'on sait de ce dernier. Savoir que Marc Aurèle était (plus ou moins) un stoïcien change tout au décryptage de son oeuvre, par exemple.

Voilà pourquoi il n'y a pas d'oeuvre sans vie, et se prétendre historien est une gageure ?

vendredi 9 août 2019

Le passé est imprévisible

"L'histoire est une fable convenue" aurait dit Fontenelle. (Citation venue d'ici.)

Que sait-on du passé ? Les textes philosophiques anciens sont au mieux fragmentaires. Surtout ils ont été "redécouverts" récemment, ce qui peut avoir donné l'occasion de détournements plus ou moins volontaires. Que sait-on, même, de nos contemporains ? Leurs actes nous parviennent traduits par l'intérêt et le biais de compréhension. D'ailleurs ils ne sont parfois pas de leur main, mais de celle d'élèves. (Que comprend un élève de ce que dit un enseignant ?)

En outre, Platon aurait dit que ce qui comptait dans son enseignement était sa parole, son comportement, pas ses écrits...

Les livres d'histoire ne nous enseignent pas le passé, mais le présent. Ils nous disent ce que nous devons croire, en le justifiant par l'autorité d'anciens ? Voilà pourquoi l'écriture de l'histoire est-elle un tel enjeu ? Et pourquoi l'histoire fluctue-t-elle autant ?

dimanche 20 janvier 2019

La Terreur

"Les "terroristes" de 1798 (le mot "terroriste" a été inventé en 1798) méritent-ils ce nom ? Aux yeux de la légende assurément. De l'histoire, beaucoup moins puisque pour la majorité d'entre eux ils ne furent que des hommes ordinaires, et manipulés, qui auront été, comme d'autres en d'autres lieux et d'autres temps, dépassés par l'entreprise à laquelle ils participaient."

Ce livre met côte à côte ce que l'on dit de la Terreur et ce qui est avéré. Cela se ressemble peu. M.Trump n'a pas inventé les fake news.


vendredi 4 janvier 2019

Girondins et Jacobins

La France est jacobine, dit-on. Dommage qu'elle ait tué les Girondins.

En lisant mon dictionnaire, j'ai découvert que les choses n'étaient pas comme je l'imaginais. Par la force des choses, la révolution a été une grande improvisation. Si les Girondins ont disparu, c'est pour cause d'inefficacité. Ils n'ont pas été victimes d'un arbitraire idéologique. Quant aux Jacobins, ils se sont progressivement radicalisés, sous la pression des événements. Et, n'ayant pas mieux réussi que les Girondins, ils ont été remplacés par les Thermidoriens. Ceux-ci sont décrits comme des "libéraux", donc proches des Girondins. Puis est arrivé Napoléon. Certes, une dictature, mais libérale et bonne pour les affaires, et même pour l'aristocratie. La France ne serait-elle pas plus girondine que jacobine ?

Qu'est-ce que le Jacobinisme ? Il paraît avoir deux composantes. D'une part la centralisation technocratique. Celle-ci n'a rien de révolutionnaire. Depuis Louis XI, au moins, c'est la caractéristique du gouvernement royal. Peut-être un moyen de contenir l'aristocratie. D'autre part, le pouvoir du peuple.

Et si c'était cela qui inquiétait ceux qui ont le loisir d'écrire l'histoire ? L'épisode des Gilets jaunes montre qu'une certaine gauche est terrorisée par le peuple, quant à une certaine droite, elle ne rêve que déréglementation. Les Girondins modernes, des privilégiés qui ne sont pas conscients de leurs privilèges ?

jeudi 5 avril 2018

La fin des utopies

L'économie de marché a gagné ? Ce qui signe que la défaite des mouvements de grève actuels n'est pas tant un rapport de forces défavorable que le fait qu'aucune nouvelle idéologie n'ait pris le relais des précédentes. Tout ce que l'on nous propose n'a pas marché.

Cela semble illustrer une théorie de Hegel. Chaque nation apporte au développement du monde un principe nouveau. Puis l'atout devient handicap. Elle ne pourra plus relever la tête. Le mouvement s'arrête lorsque les nations se sont rejointes et qu'une organisation globale a émergé.

Il n'est pas impossible que ce soit le sens du mouvement actuel. L'éducation étant à peu près la même partout, nous sommes des Schtroumpfs. Maintenant, tous ces Schtroumpfs veulent un boulot, pour éviter de se retrouver dans une poubelle. C'est ce que l'on appelle la justice. Une fois qu'elle est là, on peut envisager, ensemble, de considérer ce qui menace l'espèce. Messieurs les écolos ne mettez pas la charrue avant les boeufs ?

jeudi 7 décembre 2017

Gloire posthume

On dit que le léger Jean d'Ormesson n'était pas si léger que cela : comme M.Hollande, il était préoccupé de sa gloire posthume.

C'est étrange cette histoire de postérité. Elle sous-entend que nous nous intéressons au passé. Or, je ne suis pas sûr que ce soit une constante humaine. Les Egyptiens du dix neuvième siècle, par exemple, se fichaient de leurs antiquités. Elles étaient des inventions occidentales. De même la postérité suppose que nos descendants nous ressembleront. Or qu'y a-t-il en commun entre un ancêtre et un de ses lointains descendants ? Et à quoi ressemblera l'espèce humaine dans quelques siècles ? Qu'aura-t-elle en commun avec nous ?

mardi 21 novembre 2017

Roi composite

L'histoire du Roi Arthur, homme de la Table Ronde, aurait été la somme des vies de cinq personnes. Arthur est inventé. (Article.)

Des mystères de la création. Son but était-il de distraire ou d'édifier, de même que Corneille à réinterprété des histoires anciennes au goût de son siècle ? Ou besoin d'une mythologie pour une forme de nationalisme ?...

vendredi 12 mai 2017

Années folles

Des années furent folles par réaction à la volonté des anciens combattants de 14 d'imposer un deuil national. Années de fantaisie ou d'orgie, d'ailleurs ? Mais pas pour tout le monde. Vraisemblablement, la majorité de la population n'a rien vu de fou dans sa vie. En tout cas, cette agitation semble avoir été une provocation pour certains et a suscité une réaction violente quand la crise fut venue. (Film sur le sujet.)

Comme quoi la vie en société demande de la modération. Les rescapés de la guerre ont peut-être cru que le cauchemar qu'ils avaient vécu leur donnait beaucoup de droits, mais on n'a des droits que s'ils sont acceptés, et compris, par le reste de la société. Quant aux fêtards, ils ont peut-être cru être seuls au monde, que la vie pouvait être une bulle de plaisirs.

jeudi 13 avril 2017

Empires et cités dans la Méditerranée antique

30 articles, brefs et clairs, sur quelques événements qui ont modifié le cours de l'histoire, et de nos vies. Transformations culturelles au Moyen orient, la Grèce, Rome, et pas mal de choses sur les Juifs anciens. 

C'est ce sujet que je connaissais le moins bien. Je ne pensais pas que "l'antijudéisme" était présent à cette époque. Après tout le monde romain était pragmatique. Un peu comme les USA modernes, il absorbait aisément les cultures conquises. En particulier leurs dieux et leurs religions. Il ne leur demandait pas de changement, sinon d'accepter des règles de bon voisinage. D'ailleurs, les élites romaines semblaient favorables aux Juifs, et  les élites juives semblaient séduites par la culture dominante (qui était grecque !). Mais c'est le peuple qui en a décidé autrement.  Peut-être parce que le petit peuple tenait fermement à ses traditions, et cohabitait mal avec ceux qui l'entouraient, ces derniers ne l'aimaient pas. Aussi, il était prêt au martyr pour conserver les dîtes traditions. Ce n'était peut-être pas le cas de tout le peuple, mais d'une minorité suffisamment efficace pour qu'elle entraîne avec elle le reste du groupe. Elle semble même avoir inventé le terrorisme, voire le djihadistes moderne. Les "sicaires" assassinaient au couteau leurs coreligionnaires. Les réactions qui en résultaient étaient si violentes qu'elles forçaient des autorités romaines, dépassées, à utiliser des moyens extrêmes (raser, quasiment, Jerusalem, et en chasser les Juifs), pour mettre un terme au trouble à l'ordre public. 

Un livre de Maurice Sartre, Texto, 2017

dimanche 31 janvier 2016

Guillaume le conquérant, père du monde moderne ?

En lisant l'histoire de Guillaume le conquérant, je me suis dit qu'il était la cause de la guerre millénaire de la France avec la perfide Albion. S'il n'était pas parvenu à mettre le pied en Angleterre, ses descendants n'auraient pas revendiqué le trône de France. Il n'y aurait pas eu de guerre de cent ans. Ensuite, le Royaume uni n'aurait pas cherché, et ne chercherait pas, à diviser le continent pour se garantir d'une invasion. 

Ce qui m'a fait trouver une explication possible à la place étonnante que joue la France dans la culture anglaise. L'identité de l'Angleterre est construite contre la France. C'est peut-être même ce combat qui a uni précocement les classes supérieures du pays, au contraire de ce qui est arrivé chez nous. Si la France n'existait pas, l'Angleterre serait contrainte de l'inventer. C'est pourquoi l'Anglais est obligé de revendiquer l'unique héritage des obscurs Anglo-saxons.  (Voir aussi L'histoire de la Grande Bretagne par Roland Marx.)

Mais il y a peut-être encore mieux. Et si ce mélange contre nature entre l'envahisseur français et des peuplades arriérées avait créé la culture du marché qui domine actuellement le monde ? Et si Guillaume le conquérant avait été à l'origine du monde moderne ? 

(Je me demande si les habitants des Antilles ne reconnaissent que leurs ancêtres esclaves, et pas leurs ancêtres esclavagistes, pour la même raison que les Anglais disent descendre des Anglo-saxons.)

mercredi 19 août 2015

L'histoire à rebrousse-poil

Et si c'était à l'époque des cent jours, dans une moindre mesures à la Restauration, que s'étaient formées les passions de la France moderne ? 

A ce moment se joue un changement. La France va-t-elle devenir une monarchie parlementaire, pacifique, sur le modèle de l'Angleterre ? Pour cela, il aurait fallu que le roi prenne la tête de la nouvelle élite ayant émergé du règne de Napoléon. Mais, s'il abandonne l'ancienne noblesse, s'il accepte l'Etat centralisé, séduit par la puissance qu'il lui donne, il ne croit pas devoir sa légitimité à l'avenir, mais au passé. Quant aux nobles, ils estiment qu'ils ont triomphé, qu'on leur doit des rentes et que tout va recommencer comme dans un avant fantasmé. Ils se font haïr. Mais, même les nouvelles élites n'ont pas l'esprit anglais. Si elles doivent leur succès à leur effort, elles ne rêvent que de servir l'Etat. Que de privilèges ? (Notre élite serait-elle servile, par nature ?) 

Cela va se traduire dans une sorte de mythe du conflit, voire de la guerre civile. Les élites n'arrêteront pas de rejouer la Révolution. Ce mythe fondateur de la nation a deux caractéristiques : la restauration, collaboration avec l'étranger, et la trahison. D'un côté, il y a ceux qui revendiquent le droit (l'ancienne noblesse), de l'autre ceux qui recherchent la gloire (la nouvelle élite). Et tout ceci serait symbolisé par les cent jours. Waterloo n'est plus la juste rétribution de la folie meurtrière d'un tyran, c'est l'événement fondateur d'une nation martyre. 

Le plus curieux est que ce discours n'est pas le reflet de la réalité. Celle-ci est pragmatique. Ce qui me fait dire qu'une particularité de notre pays, ou de ses élites ?, semble être de s'enflammer pour des idées. Malheureusement, celles-ci conduisent souvent à des actions regrettables, ou a une irresponsabilité qui l'est tout autant. 

(WARESQUIEL, L'histoire à rebrousse poil. Les élites, la Restauration, la Révolution, Texto, 2014.)

samedi 2 novembre 2013

Nos ancêtres les Gaulois…

GOUDINEAU, François, Regard sur la Gaule. Actes Sud, 2007. Un recueil d’articles sur la Gaule et sur quelques-uns de ceux qui ont écrit sur elle. Comment dire quelque-chose d’à peu près juste d’une société sur laquelle nous avons si peu d’informations ? La question principale que pose ce livre est peut-être celle de la rigueur scientifique. Difficile d’en faire preuve quand le sujet nous touche d’aussi près. François Goudineau semble vouloir donner une leçon sur l'art de l'enquête. Parmi les nombreuses questions abordées (la forme des cartes romaines, l'origine de Lyon, l'art gaulois...), voici ce qui m'a le plus intéressé. En bref. 

La Gaule a très tôt subi l’influence extérieure. En particulier celle de Rome et de la Grèce (Marseille était une des plus prestigieuses colonies grecques). Et cela du fait d’échanges économiques. Mais aussi parce que les Gaulois, souvent mercenaires, parcouraient le monde. Et parce que l’on appelle Rome quand on craint quelque envahisseur. D’ailleurs les chefs gaulois, qui se révoltent avec Vercingétorix, ont tous plus ou moins fréquenté le monde romain. Et la guerre contre César divise les Gaulois.

A ce sujet, Vercingétorix a été plus qu’un faire valoir pour César. Bien conscient des points faibles de l'armée gauloise, il a cherché à tendre des pièges à César. Il s’en est fallu de peu qu’il réussisse. Curieusement, il se pourrait que Vercingétorix ait fait la gloire de César. En effet, il lui a apporté une grande victoire. Alors que jusque-là la guerre des Gaules s’enlisait.

Mais que serait-il arrivé si César avait perdu ? N’était-il pas dans le sens de l’histoire que la Gaule rejoigne Rome ? Les Romains pensaient d'ailleurs que la culture gauloise se prêtait à la civilisation. Ce qui n’était pas le cas de celle des Germains. 

Les Gaulois ont abandonné leur langue et leurs traditions. Mais ils ne semblent pas s’être totalement romanisés ou intégrés. Peut-être se sont-ils contentés de prendre ce qui leur plaisait chez les Romains ? En tout cas, ils ont conservé une forme d’urbanisme et d’habitat qui leur est propre. Et leur élite ne semble pas avoir été séduite par les lumières de Rome. Elle préférait rester chez elle.

Quant à une nation gauloise, elle n’existe pas. Le Gaulois était attaché à sa « cité ». Rien de plus. Cependant, la façon dont César décrit les motivations des chefs gaulois, qui se soulèvent contre lui, c'est-à-dire la liberté ou la mort, il est difficile de ne pas les trouver très français… Et ce dans leurs divisions mêmes.