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mercredi 3 mai 2017

Storytelling

Le Français voulait une présidence de droite, ai-je entendu le soir du premier tour de la présidentielle. Le Français me semble vouloir une solution à ses problèmes, et il ne la trouve nulle part, et encore moins dans une idéologie. Le Français me semble pragmatique. On a aussi entendu dire, avec insistance, que la déroute de M.Hollande venait de ce qu'il n'avait pas tenu ses promesses de campagne. Mais qui croît, et même connaît, les promesses d'un homme politique ? M.Hollande a ét élu, parce que la France ne voulait plus de M.Sarkozy. Dans une certaine mesure, il pouvait promettre ce qu'il voulait, il aurait été élu. 

Tout cela me semble illustrer la fâcheuse tendance moderne au (mauvais) storytelling : chercher à influencer l'électeur, ou le consommateur, par des sophismes. 

mardi 6 août 2013

Vous voulez vendre cher ? racontez des histoires

Avec l'aide d'un ami il commença a acheter des objets de peu, ou pas, de valeur, au hasard (...) le prix de ces objets allait d'un à quatre dollars (...) ensuite Walker demanda à des écrivains inconnus d'écrire une nouvelle contenant l'objet. Les histoires ne portaient pas sur l'objet, en tant que tel, mais elles l'aidaient à le placer dans un contexte humain, à lui donner une nouvelle signification. Quand Walker mit en vente les objets, et leurs histoires sur eBay (...) leur valeur augmenta en moyenne de 2.700%. (L'histoire complète.)
Enseignement ? Ce qui fait une grande partie de la valeur d'un objet, c'est l'histoire qui va avec. Et s'il y avait là un moyen de sauver la profession de publicitaire, menacée par Internet ? Demander conseil à Jeanne Bordeau ?


mercredi 28 novembre 2012

Eric Izraelewicz

Eric Izraelewicz est décédé, dit la presse. Curieux sentiment. Je l’avais croisé il y a seulement quelques semaines.
Un jour, je me suis trouvé assis à côté de lui dans un jury. Nous devions décerner des trophées à des dirigeants. J’avais reçu un gros dossier sur les entreprises et candidats finalistes. Il avait été rédigé par un cabinet de conseil. Je l’avais lu. Mais j’étais incapable d’avoir une opinion. J’attendais beaucoup d’Eric Izraelewicz. Curieusement, il est resté silencieux. Heureusement, il y avait avec nous des dirigeants de groupes familiaux, véritables encyclopédies de l’entreprise française. Rien de mieux qu’une histoire pour vous décider. Les dossiers et la raison froide ne sont bons à rien. Jeanne Bordeau a bien raison.
Mais, pour autant, l’exercice fut frustrant. Nous ne sommes pas parvenus à définir des règles de choix. Si bien que le résultat a été fantaisiste. J’espère que les jurys populaires fonctionnent mieux que celui-là… 

dimanche 28 octobre 2012

Le storytelling selon Jeanne Bordeau

BORDEAU, Jeanne, Storytelling et contenu de marque, Ellipses, 2012. Voilà un livre qui est sa propre démonstration. Le storytelling par le storytelling.
Qu’est-ce que le storytelling, au fait ? En donner une définition irait à l’encontre même du concept !
Toujours est-il que je retiens de ma lecture que rien ne va plus dans la communication d’entreprise. Manipulation (« contenu de marque ») par une parole d’autorité apparemment rationnelle, elle ne passe plus. L’entreprise n’a plus la légitimité de parler. D’ailleurs, Internet n’arrange rien. Plus possible de compartimenter la communication (notamment interne / externe). Pire : c’est le discours du marché qui fait l’image de marque.
Le storytelling, aussi vieux que le monde, est le langage de la vérité. Comment nous convainc-t-il de cette vérité ? Parce qu’il suscite notre émotion, d’abord. Mais aussi parce qu’il évoque un « mythe » fondateur, des valeurs qui comptent pour la société. Ils garantissent l’honnêteté des actions de l’entreprise en les encadrant.
Mais il y a plus surprenant. Cette histoire n’est pas figée, mais se « co-crée » par un échange permanent entre ce que l’on appelle aujourd’hui les parties prenantes de l’entreprise. Le mythe évolue, en fonction de l'expérience et du rêve collectifs. Toute la difficulté, alors, est de conserver la maîtrise d’un discours qui définit l’entreprise sans lui appartenir. Paradoxalement, peut-être, cela exige de savoir écouter et de retrouver l’art et les règles, immémoriaux, du langage et de la prose.

samedi 20 août 2011

Amy Winehouse et le storytelling

« elle vit son personnage jusqu'à ce que mort s'en suive. » L’art d’Amy Winehouse, comme celui de tous les artistes maudits, est le « storytelling », dit Jeanne Bordeau, dans sa lettre.

Ce qui rejoint une de mes anciennes idées : les gens exceptionnels (notamment les scientifiques) vivent aux extrêmes de la société, et « rationalisent » ce qu’ils voient. Dans ce métier, être déglingué est un avantage déterminant.

Mais décrivons-nous ce que nous vivons, ou ce que nous aimerions vivre ? Il semble qu’Amy Winehouse ait eu plus de prise sur son avenir dans ses chansons, que dans sa vie… (An Appraisal: For Winehouse, Life Was Messier Than Music)

samedi 12 mars 2011

Êtes-vous un vrai leader ?

Synthèse d’un article de la Harvard Business Review (Are you a Zoom-In or Zoom-Out Leader ?). Le « bon leader » est celui qui, dans la même foulée, enchaîne mise en contexte large et visionnaire et évocations de problèmes concrets, précis, frappants, qui interpellent l’expérience de l’auditeur.

Compléments :
  • Ça me semble rejoindre les thèses de Jeanne Bordeau : le leader (dirigeant) est à la fois celui qui sait donner du sens, et qui utilise le « storytelling » pour véhiculer son message.  Aujourd’hui, c’est le sens qui manque le plus…
  • L’article est accessible.  

mercredi 8 décembre 2010

Langage d’entreprise

BORDEAU, Jeanne, Entreprises et marques, les nouveaux langages d’entreprise. Eyrolles, 2010.

Il y a « perte de sens » dans l’entreprise. Avec, corrélativement, « perte de confiance généralisée ».

Redonner du sens c’est apprendre à « argumenter », c'est-à-dire « organiser sa pensée pour amener quelqu’un où l’on veut l’amener ». C’est nécessairement donner des preuves et des garanties. C’est l’art de la rhétorique d’Aristote. 

Cette idée se décline à chaque niveau de l’entreprise. En premier dans la nécessaire « vision » à long terme du dirigeant. Elle permet à « chacun de se situer» et d'orienter son comportement. Comment concevoir cette vision ? Il y a un « lien étroit entre stratégie et identité » ; « la créativité revient lorsque l’on essaie de repenser le geste premier qui était à l’origine de la création de l’entreprise ».

Le point critique de l’affaire est la « cohérence ». Il faut que ceux qui communiquent le fassent de manière homogène. Pour ce faire, il faut une « planification stratégique en langage ». Un audit de la communication de l’entreprise donne une charte sémantique (« les idées, mots, structures d’argumentation et images qui forment le code de comportement linguistique de l’entreprise »). D’où « socle commun » à partir duquel chacun construit sa communication. 

Dans l’argumentation le storytelling joue un rôle clé. (Là aussi Aristote est un guide.) C’est le meilleur outil pour transmettre l’émotion, composante fondamentale du langage : « comme si l’émotion libérait l’intelligence », « en suivant les étapes d’une métaphore on réussit à évoluer sans traumatisme ». (Curieuse idée qui m’est aussi venue en travaillant avec Decommedia : la raison aurait-elle besoin d’émotion pour avancer ? Et si c’était l’art le meilleur véhicule de cette émotion nécessaire à la raison ?)

Attention, la communication doit tenir compte de celui à qui elle est destinée. Le client : « s’appuyer sur le fil conducteur d’arguments rationnels (…) fiables », « choisir dans le lexique que possède la marque les mots qui seront les mieux perçus par le client ». Le journaliste « saturé d’informations », à qui l’on envoie trop souvent une information marketing, qui n’est pas son besoin : « donner une vision, pour composer un regard sur les étapes fondatrices de l’entreprise ». Les employés, « qui doutent », « redoutent la langue de bois », « demandent à être convaincus par des faits, des preuves concrètes, des mesures utiles mais équitables » : les dirigeants doivent « réapprendre à partager leur stratégie avec leurs cadres ». Les protagonistes d’une crise qui affecte l’entreprise : « matrice argumentaire pour lister vos arguments et faire face aux arguments des opposants », « codes sémantiques par thème de crise ». 

samedi 30 mai 2009

Storytelling

Storytelling ? C’est raconter une histoire pour faire passer, indirectement, un message qui ne passerait pas directement, par l’appel à la raison.

Un article consacré à un livre de Christian Salmon (Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits, La Découverte, 2007) dit deux choses.

  1. Utilisé à l’anglo-saxonne le Storytelling est un efficace moyen de manipulation.
  2. Utilisé à la française, il est le « supplément d’âme » dont a besoin la communication technocratique (coincée, par définition).

Réflexions :

  • Toute technique ne vaut que par ce que l’on en fait, et les Anglo-saxons utilisent systématiquement la science pour manipuler la société. On l’a vu avec les techniques d’influence de Robert Cialdini, en particulier. Problème aussi vieux que le monde. L’art du débat est le ressort de la démocratie athénienne. Les sophistes comprennent que le manipuler est posséder le pouvoir. Problème éternel. C’est celui du parasite qui utilise les mécanismes de la société pour l’exploiter à son profit.
  • Au cœur du Storytelling honnête, je pense qu’il y a ce que l’ethnologue Clifford Geertz nomme « description dense », c’est ce qu’essaient de réussir les exemples de mes livres. Lorsque l’on décrit suffisamment en détail une situation, quelque chose de sa réalité arrive à passer au lecteur. C’est contre-intuitif, parce que la réalité semble intransmissible d’une personne à l’autre. Après tout c’est une nuée d’atomes, de quarks et autres strings. Mais tout ceci est organisé par des lois, et la description dense les fait entrapercevoir. Peut-être.
  • Un discours est particulièrement important pour l’entreprise, c’est celui de ceux qui l’ont fondée. Il définit le mieux ce qu’est l’entreprise, son identité. C’est vers lui qu’il faut se tourner lorsque l’on veut la réinventer. C’est ce que j’ai souvent observé, et c’est aussi ce que dit Edgar Schein.

Compléments:

  • BORDEAU, Jeanne, La véritable histoire du storytelling, L’Expansion Management Review, juin 2008.
  • GEERTZ, Clifford, The Interpretation of Cultures, Basic Books, 2000.
  • SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.