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samedi 22 janvier 2022

Morale et liberté

On dit qu’il faut couler les exécrables choses 

Dans le puits de l’oubli et au sépulchre encloses, 

Et que par les escrits le mal ressuscité 

Infectera les mœurs de la postérité ; 

Mais le vice n’a point pour mère la science, 

Et la vertu n’est pas fille de l’ignorance. 

(Théodore Agrippa d’Aubigné.) 

Voilà par quoi commence Les fleurs du mal, de Baudelaire. 

Agrippa d'Aubigné, protestant, au temps des guerres de religion. Baudelaire (et Flaubert), au XIXème siècle. Notre société, maintenant ? 

dimanche 4 octobre 2020

Humaines bêtes

Certaines sociétés humaines disent que l'animal descend de l'homme. Cela semble évident lorsque l'on regarde cette vidéo. 
https://www.ted.com/talks/frans_de_waal_moral_behavior_in_animals
L'homme a de curieuses idées. Il se croit, par exemple, un loup pour l'homme, alors que les loups sont fraternels. La caractéristique qui lui est propre serait-elle d'inventer des théories délirantes, et de les prendre pour la réalité ? Il a reçu le don de la raison ?

vendredi 6 mars 2020

Politique : le facteur Anti chiant est-il déterminant ?

Nos penseurs se cassent la tête. Comment expliquer que tel ou tel leader "populiste" exerce une telle séduction sur l'électeur ?

Un facteur que ces gens ne semblent pas percevoir est à quel point tout ce qui nous dirige est "chiant". Pépé la morale règne en maître sur le monde.

Dans ces conditions comment ne pas comprendre que l'on préfère avoir tort avec un "populiste" que raison avec un bonnet de nuit ?

dimanche 5 janvier 2020

Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff fait l'objet d'une plainte. Je me rappelle de lui, il y a déjà bien longtemps, chez Bernard Pivot. Il était considéré avec intérêt par la société la plus recommandable, à la surprise du bon peuple. Ce qu'il y a d'étrange, surtout, est que ce qu'on lui reproche est écrit dans ses livres.

D'ailleurs, je crois qu'il dit quelque part, en substance, que, pour un adolescent, il est le plus sûr initiateur à la sexualité qui soit. Meilleur, donc, qu'un partenaire du même âge. 

Pourquoi est-il poursuivi maintenant, et pas alors ? On parle aussi de "tourisme sexuel" ? Mais est-il le seul à s'y être livré, et même à avoir écrit sur le sujet, en particulier dans la classe morale ? Ceux qui ont vécu par les valeurs de 68 pourraient-ils en périr ?  

lundi 28 octobre 2019

Tentation de Saint Antoine

Ce qui est surprenant dans l'iconographie religieuse est qu'elle illustre ce qu'elle est supposée condamner.

En particulier, la passion des martyrs est l'occasion pour le peintre de décrire avec complaisance la séduction du péché.

Ce qui signifie probablement l'inefficacité fondamentale de la morale et de la contrainte. Le changement durable n'est pas plus imposé par la force que par la manipulation ?

mardi 17 septembre 2019

Les dangers du bien et du mal

Depuis toujours ou presque, j'entends : telle personne se comporte mal. C'est aussi vrai de nations : "les Américains sont...", "les Anglais sont...", et surtout, pour les étrangers, The Economist en particulier, "les Français sont des paresseux".

J'en suis arrivé à penser que ce présupposé "bien / mal" était toxique. L'autre obéit à une logique, c'est tout. Il est cohérent avec lui-même. Et si l'on comprend cette logique, autrement dit si l'on se comporte avec lui comme il se comporte avec nous, par miracle les rapports avec lui se transforment. Soyez égoïste avec les égoïstes, par exemple. L'empathie, mal comprise, tue.

Pour être concret. Si vous pensez que telle personne se comporte mal, et si vous vous comportiez mal, comme lui ? J'ai rencontré la situation suivante : les dirigeants d'une entreprise encourageaient la concurrence de leurs employés ; ce qui est détestable. Seulement, ceux qui jouaient le jeu, y compris, et même surtout, en "arnaquant" (c'est le meilleur mot) les dirigeants, réussissaient très bien. M.Trump est un exemple du même type. Il paraît haïssable. Mais il adore les gens qui se comportent comme lui. Sa logique est celle du rapport de force, et du mauvais coup. Les milieux les plus louches, les mafieux par exemple, ont les codes d'honneur les plus strictes...

vendredi 15 février 2019

Macho de gauche

Harcèlement par un groupe de mâles dominants de la presse. Après DSK et Harvey Weinstein, une fois de plus, des piliers de la gauche morale sont accusés.

Etrangement, on ne parle pas de ce genre d'événement du côté de la droite macho. Comme pour l'Eglise : omerta bien organisée ? Ou est-ce que la culture de gauche attire naturellement le prédateur ?

(Ou aussi "moral licensing" : quand on fait le bien, on peut tout se permettre ?)

mercredi 12 décembre 2018

Faut-il se méfier de la morale ?

L'avant guerre fut une période morale, elle a débouché sur le nazisme. Nous avons vécu une autre période morale, on parle maintenant de "populisme". Y aurait-il quelque chose qui ne va pas avec la morale ?

Avant guerre, il est possible que l'on ait eu très peur d'une nouvelle guerre. Alors on a voulu imposer des normes morales qui la rendraient impossible. Peut être en a-t-il été de même récemment : pour défendre leurs valeurs, certains ont voulu interdire celles des autres.

L'erreur de ce raisonnement, c'est l'absolu. En le condamnant sans jugement, on fait de l'autre un ennemi.

dimanche 7 octobre 2018

L'indigne Gérard Mourou

Je découvre, en même temps, qu'un français a obtenu le prix Nobel de physique et qu'il est coupable d'une vidéo dégradante pour la femme, qui aurait dû lui faire partager la guillotine d'Harvey Weinstein.

Je dois être moi aussi un bien mauvais esprit, car je ne vois rien de choquant à cette vidéo. Au mieux cela semble une blague de potache. Si l'on devait s'étonner de quelque-chose, c'est que la vidéo donne l'image d'un monde féminin. Or, peu de femmes se consacrent à la recherche. Mais, il se trouve, justement, qu'une femme partage son prix Nobel : une de ses étudiantes. Et ce à un moment où je lis un autre article qui se lamente du petit nombre de femmes Nobel... Gérard Mourou ne devrait-il pas, au contraire, recevoir le prix Nobel du féminisme ?

A moins que ce ne soit ceux qui le condamnent ? Car il est certain que leurs efforts et leurs talents d'inquisiteurs méritent plus de reconnaissance que cinquante ans passés à mettre au point des techniques qui ont des applications dans le traitement du cancer et la chirurgie de l'oeil.

dimanche 29 juillet 2018

Monde à l'envers

Il faut excuser la jeunesse, entend-on. Il faut excuser les erreurs de parcours... Certes.

Mais, du coup, cela a un curieux effet. Car cela conduit à mettre en accusation ceux qui se comportent correctement. Car ils sont des menaces. Avec le temps qu'ils ont passé à faire, et à réussir, leurs études, à travailler sans rien demander, à payer des impôts, à absorber les dysfonctionnements des services de l'Etat, leurs grèves, et les erreurs des hommes politiques qui les prennent de haut... ce sont d'affreux donneurs de leçons en puissance. Ce qui en fait des criminels. Etrange comme l'on est parvenu à museler la vertu (aurait-on dit au 18ème siècle).

mardi 29 mai 2018

Elégant sacrifice ?

"Aux vertus qu'on exige d'un domestique, votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets ?" (Baumarchais, cité par JJ. Auffret.)

Pensée éternelle, probablement. Que les cabinets de conseil en stratégie feraient bien de méditer ?

Mais n'ont-ils pas trouvé une parade : "la destruction créatrice" ? Le maître détruit, pour provoquer la création, suscitée par l'instinct de survie de la société mise en danger par le comportement du maître. Le maître sacrifie son âme au salut de ses domestiques ?

lundi 26 février 2018

Banalité du mal

Le psychiatre Daniel Zagury a vu pas mal de criminels. Son expérience confirme la théorie d'Hannah Arendt. Les grands criminels ne sont pas des êtres d'exception. C'est la "banalité du mal".

Il y a tout de même des prédispositions : le vide de la pensée. Dans un article, D. Zagury dit : "les candidats à la barbarie semblent en effet se caractériser par l’absence d’empathie au-delà de leur cercle étroit, la volonté de pouvoir et le défaut d’une pensée vivante, irriguée d’affects et ouverte au jeu des instances internalisées. Ces dispositions sont relayées par toute une série de processus transformatifs encouragés par le contexte socio-historique."

Pourquoi s'intéresse-t-on toujours aux "candidats à la barbarie", et jamais aux responsables du "contexte socio-historique" ?

lundi 9 octobre 2017

Victime relative

Notre société tend à penser que la victime n'est pas innocente et que le coupable a des circonstances atténuantes. Les travaux sur les pervers narcissiques montrent que cela peut conduire à des drames. Car, dans ces cas, il faut extraire immédiatement la victime des griffes du pervers. Or, on le fait rarement.

La morale de cette histoire est que notre société est hypocrite. En effet, prenons le cas du terrorisme. Ces mêmes personnes qui trouvent des circonstances atténuantes aux coupables n'en trouvent plus aux terroristes, qui, pourtant, en auraient sûrement. Il est probable que cela s'explique par le fait qu'un raisonnement se fait à l'envers. On part de ce qui est dans son intérêt, et on cherche des arguments qui le justifient. Les beaux principes ne sont là que pour piéger ceux qui les croient (comme disent les hommes politiques) ?

lundi 6 juin 2016

Comment se passer de morale ?

Si la morale se prête à l'énantiodromie, si elle génère massivement la perversion, comment s'en passer ? 

Comme pour le code de la route. Personne ne pense qu'il est "bien" de rouler à droite. Mais on y roule, pour ne pas se faire tuer. La société a besoin de règles pour fonctionner. Ces règles sont "le bien commun" ou la "chose publique". Leurs principes doivent correspondre à la culture de la société. C'est-à-dire ce qu'elle pense, implicitement, bien ou pas. Mais, surtout, ce qu'elle est capable de faire respecter, sans drame. 

(Ce qui diffère des opinions habituelles qui croient soit que le droit doit être "naturel", que nous sommes contraints par des lois de la nature, soit qu'il doit être "positif", c'est-à-dire totalement abstrait. Le bon droit pourrait être entre les deux.)

samedi 11 juillet 2015

Pascal et énantiodromie

"L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête" dit Pascal. Enantiodromie. 

Notre époque moralisatrice ne ferait-elle pas bien de garder cette phrase en tête ?

dimanche 21 décembre 2014

Le cannabis du Parti Socialiste

Samedi, j’entendais dire que Terra Nova « un think tank proche du Parti Socialiste » conseillait au gouvernement de légaliser le cannabis, ce qui rapporterait « 1,8md€ » à l’Etat chaque année. Argument imparable. Surtout venant de socialistes.

J’ai une hypothèse, mal pensante, concernant les raisons de ce genre de proposition. De même  que les libéraux veulent déréglementer les taxis parce qu’ils ne veulent pas voyager en transports « en commun », le « socialiste » veut fumer ses joints en toute impunité. Idiot ? 

vendredi 12 septembre 2014

L'enfer, technique de conduite du changement, et conséquences

Printemps des peuples ? Découvriraient-ils qu'on les a emmenés en bateau ? Et s'ils éjectaient les partis de gouvernement et toutes leurs politiques ? 

Résultat d'une technique de conduite du changement inventée par Platon. Platon estimait que seul le philosophe pouvait diriger la cité. Et, pour mener le peuple, il fallait lui raconter des fariboles. Platon est l'inventeur de l'enfer.

C'est bien cette technique qui pourrait être en train d'éclater à la face de notre gouvernement. On réalise soudain qu'il n'y a pas d'enfer ? Que l'enfer, c'est sa politique ?

Ce n'est pas fini. On en arrive au plus étrange. Les premiers films de Polanski ont pour héros un petit personnage qui lutte contre le mal. Il finit par perdre. Et il s'en trouve très bien. Eh bien, c'est comme cela que je vois nos gouvernements. Ils vivent dans un monde en blanc et noir. Si la colère gronde, s'ils prennent peur, ils vont croire que le mal a vaincu, qu'ils doivent s'allier avec lui. Sans compter, qu'au fond, ils ont beaucoup à y gagner dans une collaboration. 
Nous sommes quelques-uns à avoir couché avec l'Allemagne ... et le souvenir nous en restera doux (Brasillach)
Ce n'est pas le peuple qui veut l'extrémisme, ce sont ses gouvernants qui le lui imposent !

(Polanski : Rosemary's baby, Le bal des vampires, Répulsion.
Il existe une raison supplémentaire de la résistance de nos gouvernements à un changement qui ne serait pas la seule expression du "mal". C'est que leur passif n'est pas totalement net. Un malencontreux génocide par ci, une réforme maladroite, qui a donné l'entreprise français au fonds de pension américain, par là... tout ceci est un peu embarrassant si cela venait à être découvert. Alors, plutôt que d'affronter cette désagréable réalité, on préfère croire à un peuple pourri par le vice.)

jeudi 15 mai 2014

Vertu et parasitisme, pour faire un monde ?

Recension d'un livre de Philippa Foot, philosophe anglaise spécialiste d'éthique.
selon Philippa Foot la structure conceptuelle propre à l’évaluation des êtres vivants reste toujours la même. On dit en effet des racines d’un chêne qu’elles sont « bonnes » parce que ce sont des racines robustes et profondes dont le chêne a besoin, parce que c’est un arbre grand et lourd. De même on dit de la volonté d’un homme qui a tenu sa promesse, alors qu’il avait la possibilité de ne pas le faire sans aucun risque de sanctions, que c’est une volonté « bonne », parce que c’est de ce genre de volonté dont les hommes ont besoin pour pouvoir vivre ensemble une vie proprement humaine faite de confiance mutuelle (p. 99-100). Et si cette bonté est dite « naturelle » dans les deux cas, c’est qu’elle est naturelle, au sens d’intrinsèque ou de spécifique, à l’être vivant considéré, le chêne ou l’être humain, dont on a par conséquent à chaque fois besoin de connaître les caractéristiques principales.
(Vincent Boyer, « La grammaire du bien », La Vie des idées, 7 mai 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-grammaire-du-bien.html)

Je comprends que la raison est le propre de l'homme, et que, à partir du moment où il a décidé d'un projet de société, il doit faire ce qu'il faut pour le respecter, et le faire vivre. C'est la vertu. Ce qui me semble être une démonstration qu'il existe une morale et qu'elle est absolue pour une société donnée.

S'ensuit une discussion de deux exceptions. L'immoraliste, dirigé par son intérêt, et le méchant heureux, l'heureux gardien de camp de concentration, par exemple.

Pour ce dernier, je ne vois pas de contradiction. Il est vertueux eu égard au projet de société auquel il adhère. Ce qui n'a rien de nouveau. La plupart des peuples se sont appelés les "hommes" sous-entendant que les autres hommes n'en étaient pas, et donc que l'on pouvait en faire ce que l'on voulait. Les Indiens ont-ils une âme ? fut la controverse de Valladolid.

Quant au premier, il me semble que, dans un modèle de société donné, il y a deux types de personnes. Les vertueux, qui agissent pour le bien de la société, et les parasites qui ne voient que leur intérêt. Les deux sont à la fois utiles et dangereux :
  • Danger du vertueux : une société qui respecterait parfaitement ses rites serait incapable de s'adapter à ce qui lui est extérieur.
  • Mérite du parasite : il force la société à se défendre, à interroger ce qu'elle croit réellement, à dépoussiérer ses principes fondateurs. 

lundi 25 novembre 2013

L'homme est-il bon par nature ?

L'homme est-il naturellement bon ? Est-il rendu bon par la société ? La science moderne s'attaque de nouveau à cette question. Etude du nourrisson. L'homme semble fait pour faire passer l'intérêt de son groupe avant le sien. Bref, il serait "bon" pour ceux de son équipe, et "mauvais" pour les autres.

Mais qui sont les autres ? Un ennemi est un ami vu de dos, aurait dit Gide. Je soupçonne que notre définition de l'autre varie au cours du temps. Ce n'est probablement pas qu'une question de "race", ou de quoi que ce soit de figé à la naissance. L'autre serait-il celui qui semble ne pas partager nos idées ?