N'y aurait-il pas quelque-chose de commun entre les "souvenirs" de Tocqueville et le mouvement des Gilets jaunes ? (Souvenirs.)
Les souvenirs, c'est 1848. Le peuple est lâché par la noblesse et la bourgeoisie, qui s'unissent. La France se trouve en situation de luttes des classes. Il se révolte, et il gagne. En effet, l'armée, c'est dans ses rangs qu'on la recrute : il sait combattre. Simplement, il ne peut pas exploiter son succès, car il n'a personne, dans ses rangs, qui soit formé pour occuper le pouvoir.
Mais le peuple n'a-t-il pas été entendu ? Car arrive Napoléon III. Les privilégiés sont remis à leur place : entre le roi et le peuple. On ne peut changer une culture ?
N'est-ce pas la même chose avec les Gilets jaunes ? Une classe de privilégiés émerge, et elle prétend gouverner le pays ? Révolte ?
dimanche 10 février 2019
Intellectuel et populisme
L'intellectuel, clé de lecture du monde moderne ?
Il combattait pour la société. Maintenant il combat pour son intérêt. Dans les deux cas il utilise son formidable pouvoir de communication.
Il était un opposant. Maintenant, il gouverne. Son ennemi est demeuré la classe moyenne. Hier, il était à côté d'elle, maintenant il en a la responsabilité.
Voilà ce que dit l'étude sur les "Bobos" d'un précédent billet.
Pas étonnant que la situation soit explosive ?
Il combattait pour la société. Maintenant il combat pour son intérêt. Dans les deux cas il utilise son formidable pouvoir de communication.
Il était un opposant. Maintenant, il gouverne. Son ennemi est demeuré la classe moyenne. Hier, il était à côté d'elle, maintenant il en a la responsabilité.
Voilà ce que dit l'étude sur les "Bobos" d'un précédent billet.
Pas étonnant que la situation soit explosive ?
samedi 9 février 2019
Justice et changement
Edgar Morin a une idée de la justice qui n'est pas celle qui fait la loi, actuellement. C'est une question de changement.
Exemple. François Mitterrand. Edgar Morin étant juif et résistant, on pourrait s'attendre à ce qu'il reproche à François Mitterrand son passé vichyste. Non. Edgar a connu François à cette époque et l'a trouvé admirable. Quant à Vichy, il y a prescription. Les gens peuvent changer. Aucun crime n'est imprescriptible. En revanche, Edgar n'a pas voté pour François en 81. Pourquoi ? Parce qu'il lui reprochait, justement, ce qu'il était devenu et les coups tordus qu'il avait faits, récemment.
Exemple. François Mitterrand. Edgar Morin étant juif et résistant, on pourrait s'attendre à ce qu'il reproche à François Mitterrand son passé vichyste. Non. Edgar a connu François à cette époque et l'a trouvé admirable. Quant à Vichy, il y a prescription. Les gens peuvent changer. Aucun crime n'est imprescriptible. En revanche, Edgar n'a pas voté pour François en 81. Pourquoi ? Parce qu'il lui reprochait, justement, ce qu'il était devenu et les coups tordus qu'il avait faits, récemment.
Stage en start up
Faut-il faire un stage en start up ? se demandent des jeunes, autour de moi. Le stage en start up, c'est être de son temps ? Non ?
C'est mal prendre le problème. Si le stagiaire est mal payé, c'est qu'il est supposé être en apprentissage. Or, qu'apprend-on dans une start up ? Une start up ne sait rien, elle est ridicule dans tout ce qu'elle entreprend. Ce n'est pas désobligeant de ma part de dire cela : tout l'avantage de la start up est l'innovation qu'elle cherche à mettre sur le marché. Tout le reste elle doit l'apprendre. Elle n'a pas d'histoire et d'expérience. En revanche, les multinationales cherchent de la rentabilité par tous les moyens, et donc ont poussé très loin tout ce qui permet de leur donner de la "valeur".
Autre argument, que l'on oublie souvent. La seule chose que la start up moderne a trouvé, ce sont des fonds. Elle a séduit un investisseur. Quant au marché, elle doit lui courir après. Il est très rare qu'elle l'attrape. Voilà qui est une expérience intéressante, me direz-vous : le risque de l'entrepreneuriat, ce n'est pas dans une multinationale que vous allez le rencontrer ! Effectivement. Mais la recherche de marché est chaotique et brouillonne. En anglais on parle de "pivoting" : les phases "d'exubérance irrationnelle" sont suivies de gueules de bois. On rêve, on doute, mais on ne (se) construit pas. Cela est peut être formateur pour le fondateur, mais pas pour l'inexpérimenté.
C'est mal prendre le problème. Si le stagiaire est mal payé, c'est qu'il est supposé être en apprentissage. Or, qu'apprend-on dans une start up ? Une start up ne sait rien, elle est ridicule dans tout ce qu'elle entreprend. Ce n'est pas désobligeant de ma part de dire cela : tout l'avantage de la start up est l'innovation qu'elle cherche à mettre sur le marché. Tout le reste elle doit l'apprendre. Elle n'a pas d'histoire et d'expérience. En revanche, les multinationales cherchent de la rentabilité par tous les moyens, et donc ont poussé très loin tout ce qui permet de leur donner de la "valeur".
Autre argument, que l'on oublie souvent. La seule chose que la start up moderne a trouvé, ce sont des fonds. Elle a séduit un investisseur. Quant au marché, elle doit lui courir après. Il est très rare qu'elle l'attrape. Voilà qui est une expérience intéressante, me direz-vous : le risque de l'entrepreneuriat, ce n'est pas dans une multinationale que vous allez le rencontrer ! Effectivement. Mais la recherche de marché est chaotique et brouillonne. En anglais on parle de "pivoting" : les phases "d'exubérance irrationnelle" sont suivies de gueules de bois. On rêve, on doute, mais on ne (se) construit pas. Cela est peut être formateur pour le fondateur, mais pas pour l'inexpérimenté.
vendredi 8 février 2019
Penseur et intellectuels
Edgar Morin fait une distinction entre "penseur" et "intellectuel". (A voix nue de France Culture, 1999.)
"L'intellectuel" ne pense pas. Il ne fait que répéter une opinion répandue.
Et le "penseur" ? C'est peut-être quelqu'un qui a une peur bleue d'être un intellectuel. Il se méfie, au plus haut point, de ses pensées. Alors, il construit une "méthode", qui doit lui éviter les égarements de l'intellectuel. (L'oeuvre d'Edgar Morin consiste, en partie, en une réflexion sur cette "méthode".)
Il y a beaucoup d'intellectuels, quasiment aucun penseur. Et si "je pense donc je suis", peu de je.
"L'intellectuel" ne pense pas. Il ne fait que répéter une opinion répandue.
Et le "penseur" ? C'est peut-être quelqu'un qui a une peur bleue d'être un intellectuel. Il se méfie, au plus haut point, de ses pensées. Alors, il construit une "méthode", qui doit lui éviter les égarements de l'intellectuel. (L'oeuvre d'Edgar Morin consiste, en partie, en une réflexion sur cette "méthode".)
Il y a beaucoup d'intellectuels, quasiment aucun penseur. Et si "je pense donc je suis", peu de je.
Bobos in Paradise
Nous n'avons pas inventé le Bobo ! Il est né aux USA, à la fin des années 90.Le Bobo n'est pas qu'un être ridicule, comme nous le croyons. Les courants politiques opposés ont fusionné. Le militant anti système est désormais maître du système. Et il n'a renoncé à rien. Ni à ses idées anti-système, ni à l'argent du système. Il a, simplement, cherché à faire un mélange harmonieux des deux. Ce qui conduit à un résultat surprenant.
Comment en est-on arrivé là, aux USA ? L'ancienne classe dirigeante américaine était celle des familles fortunées protestantes. Elles se transmettaient le pouvoir de père en fils. Elles avaient le sens du devoir. Elles avaient un rôle social à assumer. Mais, la société a décidé que son élite devait l'être du fait de ses capacités intellectuelles. Les universités américaines se sont mises à utiliser des tests d'intelligence pour sélectionner leurs élèves. Et le pouvoir est allé aux bêtes à concours. A cela s'est ajouté "l'âge de l'information", qui leur donnait l'avantage. Seulement, ces étudiants étaient porteurs de la contre-culture. Les hippies, c'étaient eux. Ils avaient été éduqués sur le modèle de la vie de Bohème, des intellectuels français tels que Flaubert. Ces "Bohémiens" rejetaient matérialisme et contrainte. Leur ennemi était la classe moyenne, et ses valeurs. Ils s'identifiaient aux marginaux, "les pauvres, les criminels, les exclus ethniques et raciaux". Leur mot d'ordre "épater le bourgeois".
Cette "élite intellectuelle" a transformé "le profane en sacré". Elle a donné des lettres de noblesse au matérialisme. Et voilà pourquoi le 4x4 a connu un succès phénoménal (ou plutôt SUV : Sport Utility Vehicle). Un 4x4, cela vaut aussi cher qu'une Porsche. Mais un 4x4, c'est utilitaire, c'est peuple, c'est nature. La Porsche, c'est pour les suppôts du capitalisme. Et tout est comme cela. les Bobos achètent du simple, du rustique, mais à cent fois le prix de l'article ordinaire. A l'envers, le Bobo a rendu bourgeoise la transgression. Par exemple, les pratiques sexuelles déviantes d'hier, ressortissent maintenant au développement personnel, avec tout ce que cela implique de bien pensance suffocante. Idem pour le travail. Car le travail du Bohème moderne n'en est pas un. C'est un plaisir, c'est la continuation éternelle d'études où il a excellé. Cette culture, schizophrénique, est une arme. Celui qui n'emploie pas ses codes ne sera jamais rien.
Il y a un chapitre surprenant sur la transformation de l'intellectuel. Il y a un demi siècle, il n'y avait qu'une poignée d'intellectuels. C'était Sartre, par exemple. L'intellectuel avait percé les secrets de l'univers et il s'engageait dans un combat pour la justice. Aujourd'hui, les intellectuels sont des professionnels de la célébrité, et du show biz. Ils sont légions. Les puissants se retrouvent dans de grands messes, les intellectuels en sont les officiants. La recette du succès, c'est science sans conscience. Ainsi, la meilleure façon de se faire remarquer, c'est de produire des allégations fausses (ce que l'on n'appelait pas encore des "fake news"). Mais l'intellectuel n'est pas parfaitement heureux. Il gagne beaucoup moins que les grands patrons qu'il fréquente. (Depuis, cette injustice a été corrigée.)
Dans la liste des anti-Bobos, Donald Trump est cité en premier, déjà. L'ère des Bobos, c'est l'ère du couple Clinton. Avec lui, c'est "la troisième voie". Entre la droite et la gauche, il n'y a pas de différence. La vie est belle, cultivons le consumérisme triomphant. La bulle Internet allait exploser quelques mois après la publication de ce livre. La presse était encore pleine d'articles délirants sur la "nouvelle économie". Les Américains pensaient que la fin de l'URSS et l'avènement d'Internet sonnaient l'arrivée de Dieu sur Terre. Le capitalisme allait gagner le monde, et il n'y aurait plus jamais de crise, la croissance ne tomberait jamais au dessous de 4%. Il n'en est pas question ici. Cela montre peut-être que le Bobo vit, comme le dit le titre du livre, au Paradis. Il n'est pas des nôtres. L'auteur pense, d'ailleurs, beaucoup de bien du Bobo. Il en est un. Il a certes ses ridicules, mais il est bien plus sage que ceux qui l'ont précédé. Ce qu'il lui reproche, c'est sa superficialité et la médiocrité de ses aspirations. Et s'il utilisait ses capacités exceptionnelles à nous faire partager les idées qu'il a trouvées dans son paradis, et s'il consacrait son talent "aux réformes du pays et à l'activisme international"? David Brooks entrevoit un "nouvel âge d'or".
jeudi 7 février 2019
Méchant Huawei
Faut-il se débarrasser du matériel Huawei ? Risque de piratage chinois. Faut-il faire comme les Américains et les Anglais ? Débat chez France Culture. Un représentant des opérateurs de télécom français (employé par Bouygues) expliquait que le matériel Huawei était meilleur que celui de ses concurrents. Et que s'en priver ferait prendre deux ans de retard à la mise en place de la 5G, et leur coûterait cher, puisque cela exigeait de démonter le matériel Huawei existant. Il en appelait à l'Etat français : qu'attend-il pour promouvoir un champion national ?
C'est surprenant que le sujet ne sorte qu'aujourd'hui. Je lis des articles sur ces risques depuis des années. Et cela fait au moins une décennie que les gens des télécoms que je rencontre m'ont expliqué la politique industrielle chinoise, l'aveuglement européen, et les erreurs stratégiques des équipementiers occidentaux.
En tout cas, voilà qui met l'Europe en face de ses failles. Si les Américains sont parvenus à faire sentir leur pouvoir de nuisance, l'Europe, elle, brille par ses divisions.
C'est surprenant que le sujet ne sorte qu'aujourd'hui. Je lis des articles sur ces risques depuis des années. Et cela fait au moins une décennie que les gens des télécoms que je rencontre m'ont expliqué la politique industrielle chinoise, l'aveuglement européen, et les erreurs stratégiques des équipementiers occidentaux.
En tout cas, voilà qui met l'Europe en face de ses failles. Si les Américains sont parvenus à faire sentir leur pouvoir de nuisance, l'Europe, elle, brille par ses divisions.
Alstom, Siemens, le changement ?
Comme prévu, l'UE bloque le rapprochement entre Alstom et Siemens. Question de concurrence. On s'inquiète : l'Horace chinois, champion national qui profite d'un marché protégé, va tuer les Curiace Alstom et Siemens. Demain il n'y aura plus ni concurrence, ni entreprises, en Europe.
La concurrence et le libre échange, c'est fini, pour se mesurer à la Chine et les USA, il faut adopter leur stratégie mercantiliste, et transformer l'Europe en place forte ?
La concurrence et le libre échange, c'est fini, pour se mesurer à la Chine et les USA, il faut adopter leur stratégie mercantiliste, et transformer l'Europe en place forte ?
mercredi 6 février 2019
Dissonance cognitive
Dans ma série de billets traitant des sciences de l'influence, je n'ai pas parlé de la "dissonance cognitive". Un tort ?
La dissonance cognitive, est une différence entre ce que l'on dit et ce que l'on pense. Ce qui fait l'intérêt de ce phénomène est que c'est un moyen de manipulation puissant.
Une bande dessinée montre comment procéder. Un consultant met un employé en état de dissonance cognitive. Pourquoi acceptez-vous un travail si idiot ? L'employé supprime la dissonance en se convainquant qu'il adore son travail.
Je me demande si la dissonance cognitive n'est pas plus que cela. Tartuffe est convaincu de tartufferie. Il ne renonce pas à ce que j'interprète comme une dissonance. Il fuit, et il se venge. Je me demande si, dans la plupart des cas, l'homme dissonant sait, quasi consciemment, que ce qu'il fait n'est pas bien. Mais, il n'a pas la force morale de changer. Il ressemble à l'homme aux prises avec une drogue. Alors, son moyen d'éviter un malaise est de supprimer ceux qui lui en parlent.
Questions complémentaires :
La dissonance cognitive, est une différence entre ce que l'on dit et ce que l'on pense. Ce qui fait l'intérêt de ce phénomène est que c'est un moyen de manipulation puissant.
Une bande dessinée montre comment procéder. Un consultant met un employé en état de dissonance cognitive. Pourquoi acceptez-vous un travail si idiot ? L'employé supprime la dissonance en se convainquant qu'il adore son travail.
Je me demande si la dissonance cognitive n'est pas plus que cela. Tartuffe est convaincu de tartufferie. Il ne renonce pas à ce que j'interprète comme une dissonance. Il fuit, et il se venge. Je me demande si, dans la plupart des cas, l'homme dissonant sait, quasi consciemment, que ce qu'il fait n'est pas bien. Mais, il n'a pas la force morale de changer. Il ressemble à l'homme aux prises avec une drogue. Alors, son moyen d'éviter un malaise est de supprimer ceux qui lui en parlent.
Questions complémentaires :
- Qu'arrive-t-il si c'est impossible ? Il change, ou il se détruit ?
- Souffrons-nous tous de dissonance cognitive ?
Gauche et pauvreté
Je me moquais de la Californie, un des Etats des Etats Unis où il y a le plus de pauvres, lorsque j'ai découvert que le taux de pauvreté à Paris était quasiment au même niveau. (Mais calcule-t-on les choses de la même façon des deux côtés ?)
Ce qui me surprend est que, dans les deux cas, il s'agit de zones extrêmement riches et qui ont un gouvernement de gauche, et qu'il dépense beaucoup : je pensais qu'une partie de cet argent allait aux pauvres. Par définition, peu d'argent fait une grosse différence pour les pauvres ; cela ne coûte pas cher d'avoir bonne conscience, donc. (Suis-je le seul à associer "gauche" et "hypocrisie"?)
Je n'ai pas d'explication. Peut-être la gauche moderne est-elle individualiste, et pas collectiviste : elle ne sait pas aider "en masse" ? Peut-être a-t-elle "ses" pauvres ?...
(Article du Monde sur la pauvreté à Paris.)
Ce qui me surprend est que, dans les deux cas, il s'agit de zones extrêmement riches et qui ont un gouvernement de gauche, et qu'il dépense beaucoup : je pensais qu'une partie de cet argent allait aux pauvres. Par définition, peu d'argent fait une grosse différence pour les pauvres ; cela ne coûte pas cher d'avoir bonne conscience, donc. (Suis-je le seul à associer "gauche" et "hypocrisie"?)
Je n'ai pas d'explication. Peut-être la gauche moderne est-elle individualiste, et pas collectiviste : elle ne sait pas aider "en masse" ? Peut-être a-t-elle "ses" pauvres ?...
(Article du Monde sur la pauvreté à Paris.)
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