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mardi 11 mai 2021

Panne d'idées

Jacques Attali : pourquoi la gauche est-elle en piteux état ? C'était, à peu près, la question posée ce matin par France Culture. (Emission.)

Réponse : panne d'idées. On les a toutes épuisées en 81. 

Ces idées, si j'ai bien compris, sont de l'ordre des "droits". Il propose, après le droit de la femme, celui de l'enfant. 

Il y a des attentats, des gilets jaunes, des guerres dans tous les sens, des populations qui crèvent de faim, la Chine veut envahir Taiwan, le monde est ravagé par des épidémies, dues à l'hybris humain... et la gauche ne voit pas où trouver des idées ? 

Hier, on disait à M.Mitterrand qu'il n'avait pas le "monopole du coeur". N'est-ce pas là le drame de la gauche ? Elle n'a plus de coeur. Elle n'est plus qu'une tête (et pas bien brillante ?). 

(Au passage : J.Attali explique pourquoi la gauche historique n'aimait pas le passé de F.Mitterrand. Terrible réquisitoire !)

dimanche 9 mai 2021

Génocide au Rwanda

Le gouvernement français serait-il responsable d'un génocide au Rwanda ? On l'entend dire. Un rapport a été produit sur le sujet. Question mystérieuse pour bien des citoyens, dont je suis, qui ne savaient pas que la France s'était mêlée des affaires de ce pays. Et même qu'il existait. 

Rafaëlle Maison étudie ce rapport pour La vie des idées. Si je comprends bien, cette histoire ressemble beaucoup à ce que Hannah Arendt a nommé "banalité du mal". Le gouvernement de l'époque semble avoir cru que soutenir un gouvernement génocidaire était un moindre mal. Peut-être, plus grave, il aurait été convaincu que l'ethnie en cours d'élimination avait des raisons de l'être. Pour agir, il a utilisé des circuits parallèles, au sein même de l'appareil d'Etat français, pourtant remarquablement dénué d'esprit critique. Si l'on applique la jurisprudence internationale, il paraît clairement qu'il serait jugé coupable. 

nous avons depuis quelques années une jurisprudence sur la complicité de génocide, qui émane des deux Tribunaux pénaux internationaux créés par l’ONU en 1993 (ex-Yougoslavie) puis 1994 (Rwanda – TPIR), jugeant des individus, ainsi que de la Cour internationale de justice, jugeant des États. Sans entrer dans le détail, on peut certainement affirmer que tant les individus que les États peuvent être, en droit international, complices de génocide. La complicité n’exige pas que soit présente l’intention propre aux auteurs du génocide de détruire le groupe ciblé. Il suffit d’établir que le complice a apporté une aide directe et substantielle aux auteurs de crimes en ayant conscience de leur intention de détruire ce groupe. Il n’est donc pas nécessaire de trouver l’expression d’une « volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire » pour établir la complicité.

Ce qui est en cause, dans cette affaire, ce n'est pas "la France", mais les usages de ceux qui nous gouvernent. 

Hier, le Rwanda, et demain ? Savoir qu'ils ne sont pas au dessus des lois est probablement le meilleur moyen de leur éviter de persévérer. Dans ce cas, la justice devrait être l'outil du changement. Un changement qui serait certainement bien plus dans l'intérêt de la France que dans celui du Rwanda. 

samedi 4 mai 2019

La Grande Arche : une comédie européenne ?

Surprenante histoire de la Grande Arche (un reportage de France Culture)...
  • On veut achever la Défense, par un bâtiment qui transforme ce qui ressemble à une rue en cul de sac. 
  • MM. Pompidou et Giscard d'Estaing sont peu ambitieux. Mais, dans la tradition monarchique française, F.Mitterrand veut laisser son nom, par une politique de grands travaux. L'Arche en fera partie. 
  • On décide de faire un "centre consacré à la communication" (on ne sait pas de quoi il s'agit précisément, mais, apparemment, ce type de projet était à la mode chez les socialistes en ces temps). 
  • Appel d'offres à des architectes. Un architecte danois dessine un cube. Il n'a fait que 4 églises dans sa carrière (des cubes). Le président Mitterrand choisit ce projet, crayonné, de préférence à ceux de multinationales. 
  • Le Danois arrive, comme tout Européen du Nord, plein de préjugés contre les races latines, auxquelles on ne peut pas faire confiance. Mais il est séduit par le prince. Puisqu'il a son oreille, il a tous les pouvoirs, pense-t-il. 
  • Il faut construire le cube, et les idées du Danois ne sont pas celles des ingénieurs. (En particulier, il veut des parois de verre d'un seul tenant...) Il les insulte. On essaie de l'aider en constituant autour de lui une équipe technique qui adapte son projet à la réalité (sans le vexer ?). Mais le président Mitterrand intervient sans cesse. Par exemple pour faire revêtir le bâtiment d'un marbre, que les ingénieurs estiment poreux. Risible, dit le prince, les bâtiments grecs sont en marbre et ils ont tenu des millénaires. Le marbre était effectivement poreux, il a été remplacé par du granit. A grands frais. 
  • J.Chirac est élu. Il s'attache à nuire à F.Mitterrand, en s'en prenant à ce qui compte le plus pour lui : ses grands travaux. Et en procédant à la française : par coups bas. D'où de multiples péripéties. Mais il y a des gens déterminés derrière le projet. Et ils parviennent à leurs fins. 
  • Quant au bâtiment, on ne lui a toujours pas trouvé d'emploi. 
Métaphore de l'Europe ? Une Europe du Nord pharisienne, mais pas aussi compétente qu'elle le croit ? Une France d'Ancien régime ? Dirigée par une caste de florentins ridicules qui la ruinent pour assurer leur gloire, et régler leurs comptes, elle est maintenue à flots par un peuple de sans grades, gueulards mais dévoués, et finalement efficaces ?

samedi 9 février 2019

Justice et changement

Edgar Morin a une idée de la justice qui n'est pas celle qui fait la loi, actuellement. C'est une question de changement.

Exemple. François Mitterrand. Edgar Morin étant juif et résistant, on pourrait s'attendre à ce qu'il reproche à François Mitterrand son passé vichyste. Non. Edgar a connu François à cette époque et l'a trouvé admirable. Quant à Vichy, il y a prescription. Les gens peuvent changer. Aucun crime n'est imprescriptible. En revanche, Edgar n'a pas voté pour François en 81. Pourquoi ? Parce qu'il lui reprochait, justement, ce qu'il était devenu et les coups tordus qu'il avait faits, récemment.

mardi 9 octobre 2018

Le prince des artistes

M.Mitterrand était "le prince des artistes". C'est ce que quelqu'un disait dans une émission que France Culture consacrait aux célébrations de la Révolution, en 1989.

Ce qui m'a frappé dans cette émission, c'était ce qu'elle signifiait du Parti Socialiste. Effectivement, M.Mitterrand se comportait comme un monarque, entouré de l'obséquiosité des courtisans. Mais, surtout, il s'adresse, pour organiser son défilé, à un publicitaire. C'est à dire à l'épitomé du capitalisme ! Et cela produit, si j'entends bien le reportage, une mascarade, un pied de nez à ce qui compte pour beaucoup de gens, en particulier les joueurs de musique traditionnelle que l'on fait défiler.

"L'univers est né d'un éclat de rire de l'infini" disait Proudhon. La gauche socialiste (ou démocrate) serait-elle à l'image de Dieu ?

mardi 23 mai 2017

Années Mitterrand

Le livre précédent, François Mitterrand, permet de découvrir nos hommes politiques, sous un angle inattendu. Ils sont tous porteurs d'une idée fixe, et ils utilisent les courants qui remuent la société pour la faire triompher. Du coup, on s'y trompe. On les confond avec ces courants. Peut-être même avec le premier qui les a amenés à notre connaissance. 

Pour Mitterrand, c'est l'homme qui voulait être roi. Ou faire selon son bon plaisir. Ensuite, la fin justifiait les moyens. Paris vaut bien une messe, ou une conversion au Marxisme. Pour Rocard, c'est "l'auto gestion". Le progrès comme bien commun de la société. C'est la sociale démocratie. Il est constamment perdant. Paradoxalement il s'illustrera en 68, contrairement au reste de la gauche. Lui, semble y avoir vu un propulseur à ses combats. Quant à Jean-Pierre Chevènement, qui paraît aujourd'hui un farouche nationaliste, c'était l'aile gauche du PS, le Marxiste très pur et très très dur, l'intermédiaire avec le PC. Comment interpréter ses revirements ? Peut-être M.Chevènement est-il le défenseur du petit peuple ? Dans le combat qu'il mène, les extrêmes se rejoignent. Et il y a aussi Pierre Mauroy. Je l'aurais pris pour un militant venu du peuple, façon sans culotte. Eh bien non, c'était un modéré, à la droite du PS. Il était du côté Rocard. Mais il avait le sens du devoir. Alors il a appliqué une politique qu'il n'approuvait pas.

Mais l'homme n'est pas qu'un surfeur d'idées. Il est aussi parfois piégé. En particulier par l'argent. M.Mitterrand le savait bien, qui ne voulait jamais y toucher, et, dit M.Winock, faisait payer aux autres ses repas (et l'entretien de sa famille illégitime). M.Fillon a retenu la leçon. L'argent aurait fait des ravages dans les rangs socialistes. M.Béregovoy en aurait été la triste victime. 

François Mitterrand

Qui était Mitterrand ? On l'a dit "florentin", mais c'est plutôt à Talleyrand qu'à Machiavel qu'il me fait penser. C'était un homme de réseau, d'abord. Comme Talleyrand, il avait des amitiés partout, dans tous les camps. Et il leur était fidèle. Il n'y a pas de réseau sans fidélité. C'est ce qui fait son étonnante capacité à rassembler, la recette de son succès. En contrepartie, il est demeuré ami de gens peu recommandables, et jusqu'au bout, il a fleuri la tombe de Pétain. Ce n'était pas un homme de "ou", mais de "et". Il a été à la fois de Vichy et résistant. 

Sa force semble, indéniablement, un pouvoir de séduction hors du commun. Ce fut aussi un tacticien étonnant. Dès ses débuts il est vu comme retors et dangereux. Et, pourtant, il excelle dans l'alliance. Son coup de génie est celle qu'il noue avec les communistes. On a oublié que, en ce temps, ils sont à la fois ostracisés (cinquième colonne de Staline) et la plus puissante force politique française. Son destin bascule le jour où de Gaulle décrète l'élection du président au suffrage universel. Mitterrand se dresse contre de Gaulle. Il devient le héraut de la résistance au général. Il comprend, surtout, que la présidence est pour lui : l'élection à deux tours, lui permet de liquider les communistes au second. De Gaulle obtient le contraire de ses intentions : Mitterrand fait triompher une politique des partis. Et le FN en prime ! FNUMPS, c'est lui. Finalement, ce fut un incroyable narcissique. Sa présidence a été celle du Roi soleil : constructions de prestige, et dépenses somptuaires. Puis, dans les deux années finales, il s'absorbe dans la perspective fascinante de sa mort. Nous ne comptons plus. 

Cependant, comme Talleyrand, il avait une exigence de respectabilité, ce qui, très tôt, l'a amené à réinventer son passé, et à mentir sur lui. Mais, contrairement à Talleyrand, il n'a pas été un visionnaire en termes d'évolutions sociétales. Il s'adapte après coup. Il est d'une famille de la haute bourgeoisie conservatrice. Il est croix de feu. Il est haut fonctionnaire de Vichy (son emploi lui a été trouvé par sa famille), puis il sera ministre quasi permanent de la 4ème République. Il est alors très colonialiste (l'Afrique est l'avenir de la France). Il est aussi ministre de la justice, à une époque où l'on applique les méthodes industrielles au massacre et à la torture, en Algérie. Il donne son accord à beaucoup de décapitations, d'ailleurs. Et il ne comprend rien à 68. Mais il devient marxiste parce qu'il estime que c'est le moyen de gagner les voix du peuple. Cependant, il a des convictions, mais encore une fois, après coup. Peut-être se convainc-t-il des histoires qu'il nous raconte ? D'où des moments de rigidité, désastreuses pour nous. C'est notamment ce qui arrive au début de son premier mandat. Contre l'avis de Rocard et de quelques autres, mais avec l'assentiment d'Attali, il a procédé à une politique quasi collectiviste, particulièrement à contre temps. La France, notamment le chômage et le déficit, a plongé. On peut se demander si elle s'en est relevée. 

Au delà du bien et du mal
Abjecte ? L'auteur ne semble pas loin de le penser. Mais est-ce une bonne façon de juger ? La politique de Mitterrand a été maladroite en Afrique, plus heureuse en Europe, dont il a été un bâtisseur, mais c'est surtout notre pays qu'il a métamorphosé. Qu'on les aime ou non, il a balayé la France d'après guerre par les idées de gauche. Il a donné un nouveau souffle au pays. (Destruction créatrice ?) Or, il n'y avait que lui qui pouvait rassembler les opposés, et utiliser la puissante et inquiétante force communiste, pour mieux la liquider. Et c'est peut-être les histoires de Mendès-France et de Rocard qui appuient le mieux cette thèse. En effet, tous deux apparaissent, dans ce livre, comme des "gens bien". Ils ont des convictions, du talent, et, eux, voient juste. Seulement, leur intransigeance les écarte du pouvoir. L'auteur traite Rocard de "pirate qui reste au port". Et cela, je pense que Mitterrand l'avait compris. Au delà du bien et du mal, c'est l'homme qui a changé la France ?

(WINOCK, Michel, François Mitterrand, Folio Histoire, 2016.)

vendredi 28 octobre 2016

Anne Pingeot

Anne Pingeot a publié la correspondance échangée avec François Mitterrand. J'ai entendu quelques-uns des propos qu'elle a tenus à France Culture, la semaine dernière. 

J'ai appris (entre autres choses) qu'elle descend par sa mère de polytechniciens ascendant un maréchal de 14 (Emile Fayolle), et par son père de centraliens ascendant Michelin (dont un grand père, inventeur du briquet). Elle a rencontré François Mitterrand, lorsqu'elle avait 14 ans. Il jouait au golf avec son père. Ils se sont reconnus dans leur souffrance partagée. L'existence dans un milieu de bourgeoisie provinciale est un martyre. 

Effectivement, la famille de François Mitterrand n'a pas grand chose à envier à celle d'Anne Pingeot, d'après wikipedia. Elle aussi est pleine de polytechniciens. Son frère ainé l'était, un frère cadet a été général d'armée, un autre maire, une sœur a été mariée à un marquis... Son père, ingénieur des chemins de fer, dirigeait une entreprise familiale. 

Prémisses de 68 ? Tentation de vouloir jouir de ce que peut immédiatement apporter sa position sociale sans en assumer les obligations ?

mercredi 3 février 2016

François Mitterrand était-il d'extrême droite ?

M.de Villiers estime M.Mitterrand, mais pas J.Chirac, dit Hervé Kabla qui a lu le livre du premier. Surprenant ? 

La fin de vie de M.Mitterrand a eu quelque chose de plus surprenant encore. Comme Talleyrand et les nobles d'ancien régime dont parle Bossuet, il semble s'être mis en règle avec sa conscience et ses convictions, après une vie dissolue. Non seulement, il a reconnu sa fille illégitime, mais il y a eu l'affaire Bousquet.

Question : vie dissolue, ou vie qui ne fut qu'un moyen au service d'une fin ?

Car sa politique était-elle de gauche au sens où l'entendaient ses partisans ? Les "nationalisations", il y en a eu de massives après guerre, et le gouvernement n'était pas de gauche. Les guerres étrangères ? La grandeur de la France ?...  

(Sa jeunesse, n'a vraiment pas été de gauche... Quant à Jacques Chirac, Anne Fulda dit qu'il est "radsoc". Mitterrand : "natsoc" ? Dans la série homme et changement : ce que l'on dit semble plus facile à changer que ce que l'on fait...)

jeudi 7 janvier 2016

Mitterrand l'Africain

France Inter a retrouvé un discours de François Mitterrand. On est en 51, il a 35 ans, il est ministre des colonies. Et il fait une déclaration d'amour à l'Afrique, sorte de "land of opportunity", continent du XXème siècle et avenir de la France. Il parle aussi de "Marseillaise catholique", si mon souvenir est bon. Et j'ai appris qu'il était un admirateur de Clémenceau (qui était anticolonialiste !), et qu'il aurait aimé un empire dans lequel les noirs et les blancs seraient égaux. 

Étrange qu'il se soit retrouvé à la tête d'une gauche dont le fonds de commerce était l'anticolonialisme. Il a dû penser que la France valait bien une messe. Car sa politique semble avoir rejoint ses convictions de 51

dimanche 3 janvier 2016

François Hollande et la patrie

"La patrie...", disait François Hollande dans ses vœux. Extrêmement surprenant lorsque l'on sait ce que la gauche associe à ce mot depuis plus d'un demi siècle. Un moyen honteux de prendre des voix à Marine Le Pen ?

M.Hollande aurait déjà fait usage du terme le 14 juillet dernier. Il semblerait effectivement que ce soit une option de campagne choisie pour 2017. L'élection présidentielle tiendrait à une question de valeurs, selon les stratèges. Valeurs = mots sans contenu ? 

Mais ce ne serait peut-être pas sa seule motivation. Il obéirait, une fois de plus, à une tradition qui remonterait à François Mitterrand.

La patrie serait-elle, contrairement à ce que je croyais, une idée de gauche, au sens moderne, 68, du terme ? Ou François Mitterrand et Hollande auraient-ils procédé à une forme d'entrisme ? François Hollande serait-il mu par le seul désir d'être élu, ou a-t-il des convictions ? Méfions-nous des jugements hâtifs ? 

mardi 18 février 2014

François Mitterrand, le guerrier

Je découvre, dans un texte de Louis Gautier, que François Mitterrand fut un guerrier. Des présidents de la 5ème République, "il est celui qui a le plus livré bataille". Il semble surtout avoir été l'auteur d'un changement majeur. Il a transformé l'identité et la mission de notre armée.

Les guerres mitterrandiennes ont été de deux types, opposés. L'un consistait, en quelque sorte, à défendre la grandeur de la France, en Afrique, "continuité et conservatisme". "La France ne serait plus tout à fait elle-même aux yeux du monde si elle refusait d'être présente en Afrique", dit Mitterrand. L'autre commence avec la Guerre du Golfe. Le pays va s'engager désormais dans le règlement des crises internationales. Le rôle et la mission de l'armée changent. On parle maintenant de "projection". Il faut changer les principes constitutifs de l'armée française. La France n'intervient plus seule. La conscription n'est plus de saison.

Mais il y a un fil commun entre les deux : la grandeur de la France (et sa place de président dans l'Histoire ?). François Mitterrand a pensé que la guerre et les forces armées étaient un facteur déterminant "pour la stature internationale de notre pays". Mais que leur mission était amenée à évoluer.

A cette vision peut-être discutable, François Mitterrand semble avoir apporté le talent d'un stratège avisé.
Mitterrand est tellement préoccupé par la dimension historique de ses actes, surtout quand il s’agit de l’usage de la force, qu’il se laisse parfois exagérément influencer par des impressions du passé ou l’écho futur espéré de ses décisions. Cela a parfois nuit à la lisibilité voire à l’efficacité immédiate de son action militaire. Mais cela a évité aussi de plus grands maux. Comme chef des armées, Mitterrand est tout sauf timoré mais il est le contraire d’un impulsif.

mercredi 12 février 2014

Hollande copie Mitterrand?

M.Hollande fait un pèlerinage à la Silicon Valley comme M.Mitterrand. Dans les deux cas, après un coming out libéral. Je me suis rappelé avoir lu que M.Hollande se référait souvent à M.Mitterrand pour justifier ses propres attitudes. Serait-il guidé, inconsciemment, par son modèle ? Du coup, je me suis rappelé que M.Mitterrand, lui aussi, avait fait des guerres en Afrique. Un nouvel exemple de copie ? Et quid de la famille secrète de M.Mitterrand. M.Hollande n'a-t-il pas, lui aussi à nouveau, tenté d'avoir une double vie ?...

Étrange. M.Hollande aurait-il été, en quelque sorte, subjugué par M.Mitterrand ? Aurait-il vécu dans son ombre, plein d'admiration et d'envie, à tel point que le comportement de son maître se serait imprimé dans son inconscient ? Un telle prise de possession d'un vivant par un mort est-elle possible ? Il faudrait demander à un psychologue.

Sans aller aussi loin que ce billet, une recherche sur Internet montre que l'idée revient régulièrement. Sa conséquence naturelle serait que M.Hollande dissolve l'assemblée. De ce fait, il serait contraint à la cohabitation. C'est le meilleur moyen d'être réélu, comme l'a montré M.Mitterrand. (Mais la manœuvre est de M.Chirac.) Pour ma part, je ne vois pas comment M.Hollande pourrait justifier une telle dissolution.

samedi 27 avril 2013

Et si l’avenir était au centre ?

La situation du gouvernement français ressemble à celle de B.Obama. Il est attaqué par les extrêmes. D’un côté une sorte de Tea party que rend fou des réformes de société inspirées par l’extrême gauche, de l’autre la dite extrême gauche, qui trouve qu'il n’en fait pas assez. (Dernièrement, elle veut amnistier les syndicalistes condamnés pour des exactions durant des manifestations.)

Comme aux USA, on peut se demander si un gouvernement de gauche, ou de droite d’ailleurs, peut être stable. Mais le centre serait-il une meilleure solution ? La troisième et quatrième républiques ont été particulièrement bouillonnantes, alors qu’elles étaient dirigées du centre. De Gaulle a fait appel au schéma royal pour calmer le pays. Mais cela n’a pas duré, et Mitterrand et Pompidou ont installé le bipartisme actuel.

Il y a peut-être quelque chose de culturel là-dedans. Nous sommes des assistés, et les crises rendent l’assisté fou d’angoisse ? Seule une figure paternelle peut le rassurer, roi ou de Gaulle ? La France deviendra un peu plus stable le jour où ses citoyens seront un peu plus responsables ? C’est-à-dire qu’ils auront appris à ne pas tout attendre de papa ?

samedi 16 juin 2012

La France a-t-elle besoin d’une dictature ?

L’idée généralement reçue est que la gauche doit avoir la majorité à l’assemblée, sans quoi le pays sera ingouvernable. Cette idée a un fondement solide : de Gaulle. Ce sont ses réformes qui ont mis un terme à l’instabilité du pouvoir, qui semblait consubstantielle à la République, depuis ses origines.

Cela va au complet opposé de la théorie de Montesquieu, qui a inspiré les révolutionnaires. Montesquieu voulait la neutralisation des pouvoirs. Ainsi la liberté de l’individu serait garantie. L’Amérique est construite sur ce modèle : sa démocratie ne fonctionne que si ses partis politiques s’accordent entre eux.

Or, notre gouvernement semble manifester des signes annonciateurs de dogmatisme. Serait-il enfermé dans une vision idéalisée de François Mitterrand ? Un Mitterrand dont on aurait oublié qu’il était passé de l’extrême droite à l’extrême gauche, avait commencé par une politique de nationalisation, viré au libéralisme, puis cohabité harmonieusement avec des ministres de droite ?

La France a-t-elle encore besoin d’une dictature ?

Compléments :

lundi 7 mai 2012

M.Hollande aussi dangereux que M.Mitterrand ?

Il est curieux que les sondages aient finalement si bien prévu les résultats de la présidentielle. De mon temps, on disait que l’intervalle de confiance d’un sondage était de 3,2% pour 1000 interviewés (et en plus avec 95% de probabilité, si mes souvenirs sont bons). De plus la méthode des quotas devrait introduire une incertitude supplémentaire. On aurait pu s’attendre à des fluctuations. Mais la tendance a été nette.

Ce qui est aussi curieux est la similitude des scores entre MM.Hollande et Mitterrand.

M.Giscard d’Estaing avait suscité une énorme haine, que l’on a probablement oubliée aujourd’hui. Mais M.Mitterrand représentait la certitude des chars soviétiques sur les Champs Élysées.

Aujourd’hui aussi, beaucoup de gens haïssent M.Sarkozy, à commencer par son propre camp. Du coup, il est tentant de penser que M.Hollande suscite les mêmes peurs que M.Mitterrand. Finalement, les temps changent peu, la plupart des opinions sont figées, seule une fraction de l’électorat fluctue ?

Compléments :
  • Dernier point intrigant concernant M.Sarkozy, ceux qui se reconnaissaient comme de son bord formulent des critiques effroyablement assassines à son endroit, tout en disant que l’on ne peut que voter pour lui : L’exemple suisse.

lundi 29 août 2011

Socialistes archaïques

Nos socialistes inquiètent The Economist. Ce sont des utopistes. Il est probable que, contrairement au président Mitterrand, ils ne retrouvent pas le sens des réalités, même en face d’un cataclysme. (Among the dinosaurs)

lundi 30 mai 2011

Quel avenir pour DSK ?

Hervé Kabla pense que DSK renaîtra. (Et si DSK revenait dans la course avant la fin de l’année? | Kablages) J’ai aussi tendance à croire que les hommes politiques sont insubmersibles.

Mais DSK est-il un homme politique comme N.Sarkozy, F.Mitterrand ou J.Chirac ? Est-il animé de la même envie de pouvoir qu’eux ? Est-il un aussi subtil manœuvrier ? (En tout cas, moins que S.Royal.)

Et puis, l’affaire dont il est accusé n’est-elle pas de celles qui ruinent définitivement les images de marque ? Beaucoup d’hommes politiques, français ou non, sont de grands séducteurs, ce que l’on peut comprendre comme une forme d’affection professionnelle. Ce que l’on dit de DSK, chimpanzé en rut, ressortit à une maladie honteuse.  

dimanche 10 avril 2011

Le renouveau du radical socialisme ?

L’évasion de Jean-Louis Borloo me fait me demander s’il n’y a pas reconstitution d’une forme de mouvement radical socialiste.

Cette tendance semble avoir joué un rôle fondamental dans notre histoire. Et peut-être même représenter un trait de caractère qui nous est propre : un individualisme qui considère qu’il a besoin de la société pour lui fournir la justice.

Pourquoi a-t-elle disparu ? S’est-elle compromise dans la collaboration ?...

En tout cas, j’ai l’impression que de Gaulle représentait un courant proche des radicaux : il voulait représenter la France, ce qui supposait qu’elle n’avait plus besoin de partis politiques. Aurait-il récupéré le courant radical, qui ne s'en serait pas relevé ?

Puis Pompidou et Mitterrand ont décidé que le modèle gaulliste n’était pas viable et qu’il fallait lui substituer le bipartisme que nous connaissons aujourd’hui. Est-ce la conséquence de leurs origines ou celle de leur évolution ? Les valeurs de ces partis sont majoritairement individualistes. Marché de dupes ?

(à creuser)

Compléments :
  • LACOUTURE, Jean, De Gaulle, Seuil, 1985.

jeudi 18 novembre 2010

Trotskysmes

BENSAÏD, Daniel, Les Trotskysmes, Que-sais-je ?, 2002. L’aventure trotskiste vue par un de ses acteurs.

Il y a eu Trotski, esprit élégant et libre, et ses orphelins, les Trotskistes, une poignée d’intellectuels querelleurs et teigneux. Alors qu’il était tout sauf un messie, ils se sont évertués à construire sa parole en dogme. D’où une série ininterrompue de conflits et d’interprétations à contre sens de l’histoire.

Que pensait-il ? Que la révolution devait être mondiale. Mais aussi qu’il n’y aurait pas de grand soir, mais un changement long, incertain, soumis au coup de théâtre. Il pensait que le prolétariat était fait d’opinions différentes et qu’elles devaient être démocratiquement représentées. Et il s’inquiétait de la bureaucratisation de la société. Et si le peuple se montrait incapable de diriger le monde et laissait sa place à une bureaucratie privilégiée ? Surtout, il était pragmatique, et sa pensée évoluait au gré des événements, la rendant difficile à suivre. 

Le Trotskisme est devenu à sa mort le repère des jeunes intellectuels révoltés. En dehors de cette révolte, tout les séparait. Il s’est réduit à chercher « l’effet de levier » qui modifierait les « rapports de force » et mettrait en mouvement la « masse ». Croyant sans cesse à l'imminence de la révolution, incapables de ne rien construire à long terme, ils se sont aigris ou sont allés chercher ailleurs la reconnaissance due à leur mérite, exceptionnel.

Commentaires

Le trotskysme serait-il simplement un mouvement de revendication pour intellectuels individualistes ? Un moyen de faire reconnaître des talents hors norme lorsqu’ils ne se prêtent pas aux mécanismes traditionnels de promotion sociale ?  (Ce qu’a peut-être compris F.Mitterrand, qui a fait entrer de nombreux Trotskystes au PS.)

Curieusement, la vision de Trotski de la bureaucratisation de la société rejoint celle de Schumpeter. Ce dernier y voyait une réalisation du communisme par des moyens non marxistes. Galbraith pensait que cette bureaucratisation avait créé une société d’opulence.

Compléments :
  • Mon début d’enquête sur le Trotskysme et les Trotskystes.