Affichage des articles dont le libellé est Montaigne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Montaigne. Afficher tous les articles

jeudi 8 septembre 2022

La retraite de Montaigne

Montaigne semble avoir écrit sur tout. Y compris sur la retraite. (De la solitude, dans Les essais.)

Comme souvent, il semble plus moderne que nos contemporains. Car, c'était un retraité moderne. Il a pris sa retraite alors qu'il était en pleine possession de ses moyens. 

Quand on a beaucoup donné aux autres, que l'on n'a plus rien à apporter, on peut prendre du temps pour soi. "La plus grande chose au monde, c'est savoir être à soi."

Donc, danger : aliénation. Se faire prendre au piège d'une activité qui n'est qu'un passe-temps, qui empêche de regarder la réalité en face. La retraite ne s'improvise pas. Il faut "conformer sa vie aux règles de la raison, l'ordonner et l'arranger par une réflexion préalable". "Retirez-vous en vous, mais préparez-vous premièrement à vous y recevoir." 

Il est question de "voie" comme dans le taoïsme : "voie qui consiste à vous contenter de vous-même, à ne rien emprunter qu'à vous-même, à arrêter et à fixer votre âme sur des pensées déterminées et limitées où elles puissent se plaire, puis, quand vous aurez reconnu les vrais biens dont on jouit à mesure que l'on comprend, à vous en contenter sans désirer prolonger votre vie ou votre renom."  

Je vis, puis j'analyse ce que j'ai vécu, et j'y trouve ce qui méritait d'être vécu ? C'est à la fin de ma vie que je comprends ce qu'elle avait de beau ?

lundi 22 août 2022

Un été avec Montaigne

Histoire de me dépayser : je lis les essais de Montaigne. 

Montaigne fait le même exercice que ce blog. Il prend des sujets et se demande ce qu'il faut en penser. De l'amitié à la cuirasse, tout y passe ! 

Jugement ou vanité du jugement ? Un mot revient sans cesse : "fortune", c'est-à-dire "hasard". La raison humaine, dont l'homme est si fier, est un leurre. L'homme est le jouet des événements, et de ses fantasmes. L'homme est un clown. D'ailleurs, à le bien considérer, l'animal est plus raisonnable que lui.

Cela devrait conduire Montaigne au désespoir. Comme Pascal, il ne devrait voir qu'une issue : se jeter dans les bras de la religion. 

Montaigne est tenté. Mais, outre que la multiplicité des religions n'a rien de rassurant, il semble tout de même extrêmement content de lui et de sa vie : il se donne sans cesse en exemple. 

Serait-ce la leçon des essais ? Il y a quelque-chose, au delà de la raison, qui est le véritable bien ? Un sentiment qui fait que la fortune (et la mort) ne nous inquiète plus ? Et cela émerge de l'agitation de la raison, et des contradictions qui lui sont inhérentes, dans tous les sens ?

mercredi 10 août 2022

Ne faut-il pas enseigner les sciences ?

L'école devrait enseigner à être un homme bien, dit Montaigne. En particulier à étudier la société, ce que l'on appelle désormais "anthropologie", pour apprendre à y vivre. Le reste est bourrage de crâne dangereux. 

Montaigne n'est pas cohérent. Son texte est fait de citations ! Le bourrage de crâne a eu du bon : il lui a enseigné l'expérience des anciens. 

Ce qu'il dénonce, peut-être, c'est croire que la connaissance est abstraction et que l'experience ne compte pas. Dans ces conditions, comme il le dit, on est incapable de juger correctement. 

C'est ce que l'on pourrait nommer "le mal de l'élite".

mardi 9 août 2022

Que sais-je ?

"Je voudrais que chacun écrivit ce qu'il sait, et autant qu'il en sait" (Montaigne) 

Cela devrait être la devise du consultant, mais aussi du médecin et du journaliste. 

On vit à une curieuse époque : tout le monde affirme tout savoir, sur tout. Du coup, on ne croit plus personne. 

Or, nous avons tous une expérience, et elle peut être, extrêmement, utile à ceux qui ne l'ont pas. Encore faut-il trouver en quoi elle consiste. Ce qui demande, auparavant, de se convaincre qu'on peut affirmer son ignorance, sans perdre la face. 

dimanche 7 août 2022

L'école de Montaigne

J'imagine que l'on parle toujours de Montaigne, à l'école. En revanche Montaigne n'aurait pas aimé notre école. 

Il aurait dit qu'elle n'avait pas compris sa mission. Elle nous bourre le crâne. Alors que, au contraire, elle devrait "former le jugement". 

"On nous a tellement assujettis aux longes, que nous n'avons plus de libre allure." 

Quant à la superbe de l'enseignant ? "Il n'y a que les sots qui soient sûrs et résolus (déterminés)." D'ailleurs ne faut-il pas l'être pour croire avoir résolu "la plus grande et la plus importante difficulté de la science humaine (c'est-à-dire) la façon d'éduquer les enfants" ?

Qu'aurait-on dû attendre de lui ? "savoir descendre au niveau des allure puériles du disciple et les guider et l'effet d'une âme élevée, et bien forte." 

"La fermeté, la bonne foi, la sincérité sont la vraie philosophie (...) les autres sciences, qui ont d'autres visées, ne sont que du fard." "La plus grande partie des sciences qui sont en notre usage, sont hors de notre usage."

"Pour cet apprentissage, tout ce qui se présente à nos yeux sert de livre suffisant." "La fréquentation des hommes est extrêmement favorable, ainsi que la visite des pays étrangers." "On l'instruira d'avoir les yeux partout." 

"Avouer la faute qu'il découvrira dans son propre raisonnement, encore qu'elle ne soit aperçue que par lui, est un acte effectif de jugement et de sincérité, qui sont les principales qualités qu'il cherche." 

"Le vrai miroir de nos pensées est le cours de notre vie." 

samedi 6 août 2022

Méfiez-vous de ce que je vous dis

"Mes opinions, je les donne pour ce que je crois, non pour ce qui est à croire" (Montaigne)

A l'heure de la parole d'autorité, et de la cancel culture, voici une pensée bien venue ?

Où sont les certitudes de mon enfance ? La science triomphante qui aurait bientôt révélé tous les secrets de la nature ? Le progrès qui nous préparait des lendemains glorieux ?... De quoi est-on réellement sûr ? 

Mais aussi, croire dire "la vérité" est une insulte à son interlocuteur : c'est lui refuser le droit de penser par lui-même. 

mercredi 27 juillet 2022

Hasard et succès

Dans la "société de la performance", il n'y a que le résultat qui compte, dit le psycho-sociologue Adam Grant. Implicitement, cela signifie que la condition nécessaire et suffisante du succès est la valeur humaine. 

Mes premiers contacts avec les sciences du management anglo-saxonne m'ont fait comprendre que cette pensée est consubstantielle à la nation américaine. Elles consistent à apprendre des "meilleures entreprises". Paradoxalement, quelques années plus tard, les dites entreprises sont en piteux état, quand elles existent encore. Pas grave, on les a oubliées. 

Toute l'oeuvre de Montaigne tourne autour de cette question. Que faire dans un monde où non seulement le hasard joue un rôle massif, mais nos propres facultés sont, quasiment, nos pires ennemies ? 

Je me demande si la réponse n'est pas dans la question. Il faut, à la fois ne pas croire aux illusions américaines, et, couler, le cas échéant, avec le navire : être ferme dans ses convictions. Ce qui demande de les chercher. 

(La pensée américaine est bien adaptée à un monde aléatoire. Elle dit au soldat : courrez sur la batterie adverse, Dieu reconnaîtra les siens. 

La thèse d'Adam Grant est que le monde n'est pas totalement aléatoire. Pour le comprendre, il faut apprendre. Ce qui signifie une démarche "scientifique" d'essais et erreurs.)

lundi 25 juillet 2022

Montaigne et le changement

"J'ai du dégout pour la nouveauté." Montaigne n'aimait pas le changement. Il est dommage que son expérience ne nous ait pas servi. 

Montaigne a vécu à une époque de guerre civile. Personne n'y était en sécurité. On ne pouvait même plus faire confiance à sa propre famille. Et cette situation résultait d'un changement. La Réforme. Et cette réforme, comme beaucoup de réformes, voulait rendre le monde meilleur. 

Qui veut faire l'ange, fait la bête. Il n'y a rien de plus dangereux que quelqu'un qui veut faire le bien. Il est tout permis puisqu'il défend "la justice". Il peut tout massacrer. C'est regrettable que l'on ne le dise pas plus souvent. 

Que recommande Montaigne ? D'abord d'obéir aux lois, même lorsqu'elles ne sont pas parfaites. En fait, il y a toujours un moyen de les interpréter habilement. (Montaigne était un juriste.) 

Certes, mais que faire contre un fou-furieux, fou de Dieu ou autre, qui se croit tout permis ? Ne pas répondre à la violence par la violence. Chercher, dans la mesure du possible, à amortir le choc. 

Montaigne observe que nos sociétés ne sont pas conçues pour résister à ces fous-furieux. Elles sont désarmées. 

Le spectacle de la France actuelle laisse cependant penser que les sociétés tendent à rechercher à installer un équilibre entre pouvoirs de nuisance. Folie de la raison et intelligence collective ?

mercredi 20 juillet 2022

Peut-on faire croire n'importe quoi au peuple ?

Dans son chapitre "sur le coutume", Montaigne constate que non seulement ce qui paraît naturel et juste varie du tout au tout d'une nation à une autre, mais, surtout, que c'est bien souvent idiot. Il cite Platon qui croit que "pour chasser les amours contre nature", il faut "raconter des fables (qui infusent) cette utile croyance dans la tendre cervelle des enfants." 

Platon est le saint patron de l'intellectuel. C'est Gramsci avant Gramsci ? Pour mener le peuple, il faut lui raconter des sornettes, dit-il. Hannah Arendt en fait l'inventeur de l'enfer. 

Jamais cela n'a été aussi vrai qu'aujourd'hui. Tout ce que l'on nous raconte est "politiquement correct". Question : pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Comment se fait-il que Platon ait-eu tort ? 

Edgar Morin dirait que Platon a une "pensée simplifiante". Il ignore la complexité du monde, qui fait que tout change d'une façon imprévisible pour la "raison". Effectivement, la tendre cervelle des enfants croit ce qu'on lui raconte. Mais la cervelle qui murit constate aussi qu'il existe des paradoxes que la théorie dominante n'explique pas. Alors, le doute s'installe. C'est le début du changement. 

dimanche 19 juin 2022

Montaigne et le français

J'ai fini par agir. 

Je pestais contre Montaigne. Je n'arrivais pas à le comprendre. J'ai acheté Les essais en français moderne (Gallimard).

Fini les renvois, dont le texte est truffé, qui ne sont pas vers le bas de page, mais la fin de chapitre. Et les mots incompréhensibles, qui ne sont pas expliqués. D'ailleurs, même ce que l'on comprend peut être un faux ami. Le sens des mots, depuis Montaigne, a radicalement changé. 

Curieusement, c'est un travail qui a été fait il y a longtemps, par quelqu'un qui serait plus que centenaire s'il était encore en vie : André Lanly, spécialiste de la langue corrézienne, entre autres. 

En fait, le texte n'est pas réellement en français moderne. Il conserve la patine de l'ancien, mais on lui a retiré tout ce qui était susceptible au contre-sens. 

lundi 13 juin 2022

Post mortem

Montaigne dit que, s'il faut obéir aux rois, il faut les juger après leur mort. 

Je suis aussi un fan du "retex", du retour d'expérience. Je crois que nous aurions beaucoup à gagner, par exemple, à juger nos présidents et nos dirigeants d'entreprises. Pas pour les envoyer au bagne, mais pour apprendre de leurs erreurs. (C'est cela le "droit à l'erreur" ?)

Comme pour le CDD, qui prévoit un temps de recherche d'un nouvel emploi, on pourrait ajouter au mandat présidentiel, une durée forfaitaire, consacrée à une analyse à chaud de l'expérience qui vient d'être vécue. Par exemple. 

(Bénéfice supplémentaire ? Peut-être que, s'ils sont soucieux de leur gloire posthume, cela pourrait, en outre, influencer favorablement leur pratique du pouvoir ? Le cas de François Hollande, très soucieux du jugement de l'histoire, semble être un contre exemple.)

mercredi 23 février 2022

Changement et tyrannie

"Rien ne presse tant un Etat que l'innovation : le changement donne seul forme à l'injustice et à la tyrannie." (Montaigne)

Cela fait, au moins, cinq cents ans que l'on répète les mêmes erreurs. Comment l'expliquer ?

Ce sont les "jeunes cons" qui réussissent. L'étroitesse de vue des milliardaires et de nos gouvernants est effrayante. C'est elle qui les pousse à croire au changement par l'utopie : "dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel" (Tocqueville). 

C'est l'aveuglement qui donne la victoire. En moyenne, l'intelligent s'en tire mieux que le borné. Mais, dans la masse des bornés, il y en a toujours un qui parvient au sommet. C'est comme cela que je vois la lutte entre le virus, degré zéro de la vie, et les êtres complexes. 

C'est peut-être sain et naturel. Mais je me demande si on ne peut pas trouver un "réglage", qui permette d'avoir les bénéfices de ce phénomène, en atténuant les crises qu'il produit. 

mercredi 16 février 2022

Penser avec Montaigne et Miss Marple

C'est curieux comme l'humanité est incapable d'apprendre. Lorsqu'il parle d'éducation, Montaigne est étonnamment moderne. Il écrit qu'elle nous bourre le crâne. Mais, bon sang, pourquoi fait-elle tout pour nous empêcher de penser ? 

Mais qu'est-ce que penser ? Faire ce qu'il fait ? Regarder ce qui se passe autour de soi, et en soi, et se demander ce que l'on en pense, soi, avec ses petits moyens, et non ce qu'en dit la société. 

"Quand bien nous pourrions être savants du savoir d'autrui, au moins, sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse." 

Oui, mais comment devenir sage ? Quel chemin emprunter ? Miss Marple, après Montaigne ? Ce qui fait qu'elle résout toutes les énigmes, c'est qu'elle piste le paradoxe. Ce qui est anormal. Et elle lui cherche une logique. Paradoxe après paradoxe surgit la vérité. Au fond, c'est aussi ce que fait Montaigne. C'est un critique, au sens vertueux du terme.

"Mon métier et mon art, c'est vivre."

jeudi 11 novembre 2021

La sagesse de Colombo

"Il est malheureux que la sagesse vous défende d'être satisfait de vous et d'être plein de confiance et vous laisse toujours mécontent de vous et craintif tandis que l'entêtement imbécile et la légèreté remplissent leurs hôtes de joie et d'assurance. Ce sont les gens incompétents qui ont le droit de regarder les autres hommes avec dédain en s'en retournant toujours du combat pleins de gloire et d'allégresse. Et le plus souvent aussi cette outrecuidance de langage et cette gaieté sur leur visage leur donnent leur victoire aux yeux de l’assistance qui est ordinairement faible et incapable de bien juger et de discerner les avantages véritables." (Montaigne traduit par La Pléiade) 

Voilà qui explique notre situation actuelle ? Nos hommes politiques nous disent, maintenant, avec le sourire, "ce que nous faisons depuis 40 ans a dévasté l'Occident, revenons-en à ce que nous faisions avant". Nous aimons les gens qui sont sûrs d'eux, et seuls les simples d'esprit peuvent l'être ? Si bien que nous allons de crise en crise, avec le sourire ?

Mais, pourquoi le mécontentement de soi du sage devrait-il le rendre d'une fréquentation désagréable ? Est-ce vraiment être sage que de se désespérer dans son coin ? Considérons le Lieutenant Colombo, il n'est ni sûr de soi, ni des autres, et pourtant, il emmène la société, sympathiquement, vers la vérité. L'humour est la politesse du désespoir ? Et si être sage, c'était, surtout, être de bonne fréquentation ? Ce, qu'au fond, était Montaigne. 

(Mme Merkel, aussi, a su imposer son doute. D'ailleurs, il n'y a que lorsqu'elle a été sure d'elle qu'elle a fait des erreurs graves. Comme quoi, ce n'est pas le doute qui est désagréable au peuple, mais la façon dont on l'affiche ?)

mardi 18 mai 2021

La diversion, l'art du changement ?

"J'ay autrefoy esté emploié à consoler une dame vraiement affligée (...) on y procède mal quand on s'oppose à cette passion, car l'opposition les pique et les engage plus avant à la tristesse (...) au contraire, doncq, il faut ayder d'arrivée et favoriser leur plaincte, et en tesmoigner quelque approbation et excuse. par cette intelligence vous gaignez credit à passer outre, et, d'une facile et insensible inclination, vous vous coulez aus discours plus fermes et propres à leur guérison."

Montaigne recommande de "faire diversion". Il n'a guère été entendu par les champions modernes des idées "socialement avancées", qui ont choisi de combattre le mal par le mal, et de nous "faire honte" pour nos valeurs rétrogrades, et de nous condamner au silence. 

Au lieu d'affronter le courant, il faut plutôt chercher à l'utiliser ? Tout l'art du changement ?

mardi 27 avril 2021

Français schizophrène ?

"nous avons en France plus de loix que tout le reste du monde ensemble, et plus qu'il n'en faudroit à reigler tous les mondes d'Epicurus" (Essais, Livre III, chapitre XIII.) Montaigne parle de nous, aujourd'hui ! Dommage qu'il se soit entêté à écrire d'une manière aussi incompréhensible, et en faisant autant de fautes d'orthographe par mot (c'est la phrase la plus facile à comprendre du texte). 

Le Français est convaincu que la réalité peut être décrite et réglementée. Au passage, Montaigne broie Descartes : plus on divise, plus on rend confus. Heisenberg avant l'heure. 

Le Français, quand il est citoyen, se retrouve plongé dans un univers dysfonctionnel et kafkaïen. Il fait preuve alors d'un génie, sans doute unique au monde, pour naviguer autour de règlements stupides. 

Selon les circonstances il est anar, ou totalitaire ! Français schizophrène ?

vendredi 23 avril 2021

La nature : sans foi ni loi ?

Montaigne dit qu'il prend la nature pour guide. Mauvaise idée ? N'a-t-on pas fait de grands massacres au nom des "lois de la nature" ?

A moins que tout le massacre tienne à la "loi". 

Pourquoi a-t-on cru aux "lois de la nature" ? A cause de la physique. Or, les lois de la physique ne sont pas des lois ! Par exemple envoyer un satellite dans l'espace avec la seule aide de la physique n'est pas possible : on a besoin pour le maintenir sur sa trajectoire de moteurs d'appoint. Autrement dit, les connaître n'est pas suffisant pour se passer de l'expérience. 

Et si la loi était une invention de la raison, la nature étant sans lois ? Cela signifierait, probablement ce que dit Montaigne, qu'il faut être sans cesse attentif aux changements du monde, de la nature, qui sont imprévisibles. 

dimanche 18 avril 2021

Soyons stoïques ?

Montaigne ressemble à Marc Aurèle. Tous deux étaient stoïciens. Et les stoïciens semblent avoir été des précurseurs des psychanalystes. Ils analysaient leur pensée pour combattre ce qu'elle avait de nocif (peur de la mort, souffrance, etc.). 

Du coup, ce qu'ils publient est égoïste : c'est d'abord conçu pour leur usage propre. Et ce n'est pas nécessairement universel comme ils semblent l'avoir pensé : nos craintes nous sont probablement propres. 

Le stoïcisme est une pensée pour temps d'incertitudes. L'homme ne maîtrisant plus son sort, il doit trouver un moyen de combattre ses angoisses, qui sont des dérèglements de la raison. 

Serait-il bon de redécouvrir le stoïcisme ?

dimanche 13 mai 2012

Konrad LORENZ et l'effet de SERRES!


Michel SERRES dans un ouvrage succulent - Petite Poucette - nous pose une question simple qui me semble faire écho à celles que pose ce blog :

L'homme saura t -il s'adapter au monde qu'il a engendré?

Michel SERRES peut rentrer dans notre PANTHEON idéal du DD, il fait partie de ces humanistes, dont le parcours de baroudeur éclectique depuis 80 ans, donne de la profondeur et du sens à ses réflexions optimistes de philosophe.

Dans ce dernier livre, Michel SERRES marche dans les pas de Konrad LORENZ (les 8 péchés capitaux) lorsqu'il rappelle que depuis un siècle l'homme a rompu ses liens avec la nature. Ainsi, en 1900 la majorité de la population était agricultrice et aujourd'hui, c'est 1% qui a conservé cette capacité de symbiose avec la terre nourricière, le reste est citadin en recherche de loisirs et de tourisme.
Les corps de moins en moins sollicités et les esprits sur-excités, ne cessent de se transformer sous l'influence de l'espace qui se restreint (la population est passée de 2 à 7 milliards durant cette période) tout en évoluant avec le GPS, le mobile et la toile. Tout est bousculé, menacé, instable.
Au coeur de ces transformations, il y a le savoir et sa transmission.
Michel SERRES nous dit qu'aujourd'hui ce sont les médias, la pub et la toile qui prennent la place des enseignants qui n'ont pas su s'adapter.
Il évoque la transformation génétique que provoquent ces nouveaux apprentissages en excitant des zones cognitives différentes de celles excitées jusque là.
Ah si Konrad LORENZ avait pu rencontrer Michel SERRES...! c'est ce que ce médecin, éthologue expliquait déjà en 1973, sans prévoir l'avènement d'internet.
Comme le club de ROME et sa projection alarmante pour 2030 (et confirmée dernièrement), LORENZ est ressuscité par SERRES, mais ce dernier, à défaut de proposer des solutions, apporte de l'optimisme aux nouvelles générations, qu'il affectionne, et c'est là que se produit l'effet de SERRES.
Au passage, il nous livre l'origine du mal être des enseignants : je le cite
...j’ai compris avec le temps, en quarante ans d’enseignement, qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi
La question sous-jacente est  : comment être soi?

Michel SERRES considère que la notion d'appartenance est en fin de vie. La religion, la nation, la région, le riche, le pauvre, le sexe, au nom de qui la génération précédente a tué, ne servent plus de référence.
Aujourd'hui un nouvel individu est né. Grâce aux nouvelles technologies, il est en inter-relation avec le monde et sa "bio" diversité, et se doit d'inventer de nouveaux liens sociaux. Il n' y a plus de chef qui fédère (il cite R. DOMENECH comme un précurseur!).
Ce nouvel individu a accès à un savoir illimité et immédiat, ce qui rend les institutions fondées sur  un savoir-faire jalousement gardé et distillé, totalement obsolètes. Il faut lui apprendre, comme MONTAIGNE l'annonçait, à avoir une tête bien faite et non bien pleine.

Michel SERRES annonce la troisième révolution après l'écriture (de l'oral vers l'écrit) et l'imprimerie (de l'écrit vers l'imprimé). Avec ce passage de l'imprimé vers les technologies, il  propose de casser toutes les cloisons qui ordonnent, classent, trient et qui surtout, empêchent d'inventer.
Comme l'écriture puis l'imprimerie ont fait évoluer l'ordonnancement de nos neurones, ce savoir accessible et illimité va  pousser ce nouvel individu à s'adapter pour construire le monde en mode durable.

Un monde qui lui permette avant tout d'être "soi même" et en toute transparence, clé de la durabilité?


jeudi 5 avril 2012

La justice est-elle relative ?

Dominique Delmas cite un juriste allemand qui affirme péremptoirement qu’il existe un droit naturel, propre à tous les peuples. La justice est universelle et, au fond de nous, nous savons ce qui est juste.

Pascal disait pourtant : « Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà » (repris de Montaigne.) Pour beaucoup d’Américains, le riche crée la richesse, l’impôt est un vol, et celui qui en profite, le pauvre, un criminel. Pour beaucoup de Français, le riche doit sa richesse aux imperfections de la société et il est « juste » qu’elle la redistribue. Pour certains, il est juste que l’individu se sacrifie pour le groupe, pour d’autres, l’homme a des droits inviolables. Pour d’autres encore, les droits de l’homme ne s’appliquent pas de la même façon à tous. Par exemple, en Angleterre les prisonniers perdent le droit de vote.

En bref, la notion de justice est probablement universelle. Par contre ce qu’elle recouvre ne l’est pas. Chacun voit midi à la porte de son expérience et des intérêts de son milieu. Plus exactement, la justice correspond probablement aux règles de cohésion du groupe auquel on appartient.