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mercredi 28 octobre 2020

La vie de l'Université de tous les savoirs


Voilà un livre passionnant ! La question du vaccin m'a amené à des relectures concernant la biologie moléculaire. Après un premier ouvrage de 1975, voici ce que l'on disait en l'an 2000, lorsque l'Université de tous les savoirs a organisé 366 conférences traitant des savoirs du XXème siècle. 

Ce qu'il a de fascinant, c'est la complexité de la nature. Lorsque l'on a découvert la structure de l'ADN on a cru avoir trouvé le Graal. Il suffisait de connaître les gènes et leur fonction, pour pouvoir programmer l'homme, et le garantir, quasiment, de toutes les maladies. Ce que l'on nomme "eugénisme". Mais cela ne s'est pas passé comme prévu. 

Voici ce que j'ai noté : 

  • Le contexte joue un rôle considérable sur les gènes et les cellules ! La vie humaine part d'une seule cellule, qui se divise. Pourquoi et comment les cellules se spécialisent-elles ? Apparemment tout dépend de leur position, et de leur environnement. Et, à l'envers, si l'on prend un noyau d'une cellule spécialisée, et qu'on le place dans une cellule qui ne l'est pas, il perd sa spécialisation. C'est comme cela que l'on fait des clones. Tout semble une question de "conditionnement". Les gènes sont "conditionnés" par l'ADN non codant, les cellules sont "conditionnées" par leur environnement, les mécanismes physiologiques ont des fonctions qui dépendent des circonstances, les populations qui se ressemblent physiquement, proches géographiquement, peuvent être très éloignées génétiquement... Un exemple, que j'ai déjà cité, montre ce phénomène dans notre vie : un livre a pour fonction la "lecture", mais, s'il y a du vent et que l'on veut qu'il n'emporte pas des feuilles de papier, le livre devient un presse-papier. 
  • Peut-être pour les mêmes raisons : les clones, des êtres ayant le même équipement génétique, ne se ressemblent pas parfaitement. (De même que l'on peut distinguer des jumeaux l'un de l'autre ?)
  • Il semble aussi que la science ne soit pas sans préjugés. "L'homme préhistorique a une double histoire : la sienne propre et celle de nos représentations." Ainsi, par exemple, l'évolution de l'homme ne serait pas celle que l'on dit. Il aurait pu y avoir diverses hésitations et recombinaisons entre "singes" et "hommes". Qui sait si certains "hominidés" ne sont pas, en fait, les ancêtres de singes ? En tout cas, les nouvelles "espèces" partent de mutations affectant un tout petit nombre d'individus. 
  • "Nous sommes aujourd'hui devant une nouvelle ère qui aura des répercussions sur la vie de chacun aussi importantes qu'il y a 10000 ans, lorsque l'agriculture s'est progressivement répandue sur l'ensemble de la planète." Les espoirs des scientifiques étaient encore immenses en l'an 2000. Le livre est plein de "transgénèse", de "modification à la demande de n'importe quel gène",  "d'ingénierie des animaux domestiques", de "clonage thérapeutique", d'utilisation de virus comme vecteur de changement de gènes humains, et de mécanismes robotisés à haut rendement pour identification des fonctions des molécules organiques... Ajoutez à cela ce qui est dit de l'expérimentation sur l'animal, et la complexité de la nature, qui met rapidement la science devant ses illusions, peut paraître notre meilleure amie. 

vendredi 16 mars 2012

Constitution des sociétés : Robert Axelrod

Robert Axelrod a fait s’affronter des programmes informatiques qui, chacun, avait une tactique propre. Quelle est celle qui a gagné ? « dent pour dent ». Plus exactement, l’algorithme est d’abord amical puis modèle son comportement sur celui de l’algorithme qu’il rencontre. Rapidement, on aboutit à une coopération généralisée, avec quelques îlots de parasitisme.

Contrairement à ce que semble dire Konrad Lorenz, l’individu ne serait pas qu’agression. Elle serait une option, parmi d’autres. Et ces options lui permettent une sorte de dialogue avec son environnement, dont l’objectif est la coopération ?

Bien entendu, s’il ne trouve personne capable de se mesurer avec lui, il peut finir par éliminer ceux qu’il rencontre.

Compléments :
  • La provocation serait-elle une demande d’amitié ?
  • AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985.
  • Curieusement, l’histoire des Vikings rejoint cette théorie. C’était un peuple de commerçants, qui ne s’en prenait qu’à plus faible que lui. Il coopérait avec les forts. Son action semble avoir eu pour bénéfice de forcer ses victimes à la solidarité, et de mélanger idées et pratiques européennes. Des vertus des virus ? (BOYER, Régis, Les Vikings, Perrin 2004.) 

jeudi 15 mars 2012

Constitution des sociétés : Edgar Schein

Dans son analyse de la constitution des groupes, Edgar Schein (Process consultation revisited) arrive à une conclusion diamétralement opposée à celle de Konrad Lorenz :
« des processus stables et récurrents sont nécessaires pour rendre l’environnement interne sûr et prévisible, afin que les membres de l’organisation puissent suffisamment se relâcher pour mettre leur énergie émotionnelle dans le travail que requièrent les tâches de survie externe ». 
« le test de leur efficacité est le degré de confort et d’absence de stress dans lequel se trouvent ceux qui les appliquent ».
L’individu n’est pas foncièrement agressif. Au fond, il cherche à vivre paisiblement de ses talents.

Cependant, et cela rejoint l’opinion de Konrad Lorenz, le groupe humain forme autour de lui une sorte de système immunitaire qui le défend des agressions externes. Plus exactement, il fait subir à ce qui veut le rejoindre un processus d’évaluation et de sélection.

mercredi 14 mars 2012

Constitution de sociétés : Konrad Lorenz

Rendu curieux par le billet de Dominique Delmas, je me renseigne sur Konrad Lorenz. Ce qu’en dit wikipédia n’est pas clair. Mais il y a au moins un point de désaccord entre moi et Lorenz :
tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc.
Mon expérience de l’entreprise me fait croire qu’elle ne se constitue pas « contre », mais « pour » obtenir ce qui est hors d’atteinte à l’individu. D'ailleurs, construire l'édifice social sur l'idée que l'homme est par essence agressif paraît éminemment dangereux.

De prochains billets vont explorer la question.


mercredi 7 mars 2012

Abeille et décision de groupe

Comment les abeilles parviennent-elles au consensus ?

Elles utiliseraient un double mécanisme. Une abeille qui a trouvé quelque chose d’intéressant (par exemple un emplacement pour une nouvelle ruche) se lance dans une sorte de danse, qui amène d’autres abeilles à faire comme elle. Jusqu’à ce que toutes fassent de même.

Mais plusieurs abeilles peuvent avoir des idées différentes. Pour éviter une scission, il semblerait que les partisans de chaque option aient le pouvoir de bloquer la danse des autres. Si je comprends bien, dès qu’une option a le moindre avantage numérique elle emporte l’adhésion collective.

Il semblerait aussi que ce phénomène soit celui que suit notre cerveau pour décider.

Est-ce aussi comme cela qu’une foule applaudit de la même façon ?

dimanche 4 mars 2012

Qui connaît ce grand humaniste Konrad LORENZ?

Quel bonheur de re découvrir Konrad LORENZ au hasard d'un article jauni datant de 1980 (?) exhumé lors du tri de mes archives perdues!

LORENZ né à Vienne en 1903, a été prix Nobel de Médecine en 1973 pour ses découvertes sur "l'organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social". Il s'agit du seul prix Nobel jamais remis à un spécialiste du comportement.Ces travaux constituent les fondements d'une nouvelle discipline de la biologie : l'éthologie ou l'étude du comportement des espèces animales. LORENZ, est surtout un vrai humaniste et ce malgré un passage délicat en 1940, qui lui a valu de nombreuses attaques de la classe scientifique. Ce biologiste de formation, a succédé à KANT à la chair de philosophie de KONIGSBERG.

Dans cet article, LORENZ, alors âgé de près de 80 ans, explique pourquoi le comportement de l'homme du XXème siècle est suicidaire et propose des remèdes. Il rappelle qu'il a publié en 1969 "l'agression" ouvrage dans lequel il explique que les animaux, les hommes y compris, ne sont pas les bons sauvages chers à JJ ROUSSEAU. Ils sont agressifs et hiérarchisés ainsi, l'animal privé d'exercer son agressivité tombe malade.

Est ce à dire que l'homme n'est qu'un animal? LORENZ précise que l'Homme possède des facultés propres acquises par l'instinct et l'inné, mais il n'est pas une page blanche à la naissance. Il n'est donc pas malléable à merci et son comportement ne peut être modifié dans n'importe quelle direction. Les travaux de Konrad LORENZ, et d'autres, ont permis à la pensée biologique de se faire une place dans les sciences du comportement humain.

Nous ne serions donc pas égaux et la base de cette inégalité est d'origine biologique ce qui sous tend qu'il existe des différences de capacités entre les hommes. LORENZ explique que l'égalitarisme a une responsabilité dans ce qui se passe dans le monde (de 1980).

Les analyses scientifiques et philosophiques de LORENZ débouchent sur un véritable humanisme et une vision prémonitoire. Déjà en 1973 LORENZ parle des huit péchés capitaux :
  1. le surpeuplement,
  2. la dévastation de l'environnement,
  3. la tiédeur de l'homme moderne,
  4. la course contre soi-même,
  5. le risque de dégradation génétique,
  6. la rupture de la tradition,
  7. la contagion de l'endoctrinement,
  8. le développement de l'arme nucléaire.
LORENZ détermine une marque d'auto-domestication qui modifie physiquement et moralement l'espèce humaine vers plus d'intelligence et moins de fierté. Ce phénomène est poussé par l'espace sur le globe, qui se réduit sous l'influence du commerce et des communications qui poussent vers une uniformité accélérée. (On est en 1973!) Le phénomène sélectif naturel, qui a fait notre grandeur, n'est aujourd'hui gradué que par la seule capacité économique...

LORENZ de conclure que la catastrophe est inéluctable et le remède est l'éducation.

N'est ce pas là une vision très prémonitoire de ce que nous voyons aujourd'hui? Ne faudrait il pas vite relire LORENZ? Je vous le recommande car c'est riche, très riche!

mercredi 22 février 2012

Les illusions de Nicolas Sarkozy ?

Un dirigeant de la CIA explique pourquoi l’Iraq a été attaqué sans que les USA se préoccupent de, et préparent, ce qui surviendrait après l’invasion :
Si vous croyez vraiment au pouvoir de l’économie et de la politique libérales et à la séduction qu’elles exercent sur les populations du monde et à leur capacité à éliminer tous les maux, alors vous avez tendance à ne pas ne pas vous inquiéter de ces choses là.
Ce qui m'a frappé dans cette citation est son parallèle avec un ancien article du Monde qui parlait du désarroi de notre président devant le manque de résultat de sa politique. Il pensait qu’elle serait accueillie à bras ouverts par le peuple. Qu'elle ferait un miracle. N’avait-il pas les mêmes illusions que les Américains, persuadés d'être accueillis en sauveurs par les peuples du Moyen-orient ? me suis-je demandé. 

Comme le dit le livre dont j’ai tiré cette citation, les néoconservateurs ont-ils une capacité hors du commun à se convaincre de la justesse de leurs vues ? Sont-ils de grands croyants ?

Source : TRIVERS, Robert, The Folly of fools, Basic Books, 2011. (Un biologiste analyse les raisons que l'homme a de s'abuser lui-même.)