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mardi 30 avril 2013

L’irresponsabilité favorise-t-elle l’innovation ?

Ceux qui veulent le changement sont incapables d’en appliquer les règles, disait un précédent billet. Et si c’était une règle générale ?
  • Un traité sur la dynamique des systèmes que je résumais il y a peu insiste sur la question de la distance entre celui qui fait, et celui qui subit. Il est clair que l’on innove d’autant plus facilement que l’on ne paie pas pour ses erreurs.
  • Je lis actuellement des ouvrages sur Athènes ancienne. Elle fut, du moins dans le cadre de la pensée, extraordinairement innovante, et sur un laps de temps court. Et si l’individualisme, qui me semble avoir été sa réelle particularité, favorisait l’innovation parce qu’il casse les solidarités sociales et la chaîne causes / conséquences ? Mais le plus fort est la pensée. Nous pouvons avoir les idées les plus farfelues sans en être punis. C’est d’ailleurs ce que Tocqueville reprochait aux intellectuels des Lumières, dont la philosophie avait déclenché la révolution.
  • Tout le capitalisme ne tourne-t-il pas autour de cette question ? Ne s’agit-il pas, quasi explicitement, de pigeonner son prochain, de lui masquer les conséquences de ses actes ? C’est ainsi que Galbraith décrit les mécanismes de spéculation. D’ailleurs, est-ce immoral pour un Anglo-saxon ? Ne dirait-il pas que c’est le plus malin qui gagne ? Sélection naturelle. Ezra Suleiman (dans ce livre) montre que l’Amérique n’a pas notre notion d’intérêt général. Seul compte l’affrontement des intérêts particuliers. Cela justifierait-il l’hypocrisie, la soft power de Madame Clinton ? Moyen comme un autre de défendre ses intérêts ? 
L’innovation est-elle incompatible avec la responsabilité ?
Il y a plus curieux. Robert Trivers explique que, pour bien mentir, il faut être convaincu de son mensonge. Je me demande si ce raisonnement ne nous amène pas à reconnaître l’avantage concurrentiel d’une forme de schizophrénie.

Mais l’avantage est-il durable ? La société (la nature ?), dont dépend l’innovateur !, ne finit-elle pas par avoir le dernier mot ? N'est-ce pas la question même du développement durable ? Ne faudrait-il pas mettre au point une forme d’innovation qui ne procéderait pas par pigeonnage / réaction ? Est-ce ce que j’essaie de faire ?

jeudi 31 mai 2012

Petit traité de manipulation : qui est le manipulateur?

La manipulation est  une destruction de l’identité humaine. Elle inflige plus que la mort. D’ailleurs, les techniques qui précèdent ont été utilisées avec succès par tous les régimes totalitaires. (Exemple classique : le traitement du héros du 1984 d’Orwell.)

Comme le dit le biologiste Robert Trivers, qui a étudié l’avantage évolutif du mensonge, on ne ment bien que si l’on est convaincu par son mensonge. Pour être malfaisant, le manipulateur devrait être conscient de ses actes, ce qui n’est pas le cas, probablement.

La manipulation est une innovation, au sens de Robert Merton, c’est une tricherie à laquelle nous invite notre société. Car elle, et mon instituteur de CM2, nous a dit que l’individu devait s’épanouir, se libérer des contraintes sociales. Mais le meilleur moyen de réussir, seul, n’est-il pas d’exploiter nos positions de force sociales ? Quand on n’est pas un oligarque, sur quoi avons-nous du pouvoir sinon sur nos proches ?

Un ami libanais me disait qu’il avait été éduqué dans la rue, par son village. Aujourd’hui, la société s’étant distendue, barricadée dans ses demeures, elle n’a plus les moyens de nous mettre à temps dans le droit chemin. Or, plus la manipulation nous réussit, plus elle devient un réflexe inné.

Compléments :
  • TRIVERS, Robert, The Folly of Fools, Basic Books, 2011.
  • Voici un paradoxe comme les aime ce blog : en libérant l’homme, 68 l’a asservi ! 

lundi 12 mars 2012

Choisir un président (10) : les mystères de la décision

Dixième et dernier billet sur les techniques de sélection d’un président. Conclusion ?

Rien de très décisif. Comme le dit James March (A primer on decision making), « les décisions surviennent », on ne les prend pas après une démarche rationnelle. Mais, même si le phénomène est mystérieux, c’est en se posant des questions que l’on trouve des solutions.

Plus étrange peut-être, réfléchir permet de s’entraîner et d’être prêt au cas où. C’est ce que j’ai compris en lisant les spécialistes de prospective. La prospective ne permet pas de prévoir l’avenir mais de s’y préparer.

Plus étrange encore, les psychologues (ma référence favorite ces derniers temps : Robert Trivers et The Folly of Fools) ont remarqué que lorsque l’on a décidé de quelque chose, on tend à filtrer les informations qui nous parviennent ensuite dans le sens de notre décision (en ne retenant que ce qui la renforce, et en étant sourd au reste). Bref, si nous voulons être libres de préjugés, soyons indécis jusqu’au bout.

samedi 10 mars 2012

L’économiste et le mensonge

Paul Krugman accuse la plupart des économistes de nous mentir par intérêt personnel.

À en croire le biologiste Robert Trivers (The Folly of Fools), Paul Krugman a tort. Pour bien mentir, il faut se mentir à soi-même. Par conséquent, ils ne sont pas totalement conscients de l’inconsistance de leur position.

À ceci s’ajoute probablement un phénomène que j’ai étudié dans un livre. Le cas Tartuffe.

Pourquoi, pris la main dans le sac, Tartuffe veut-il se venger ? Pour la même raison que l’on peut se faire insulter si l’on dit à un cycliste qu’il est passé au rouge. Parce qu’on attaque « l’identité » de la personne. C'est-à-dire la façon dont elle se voit. C’est pire que de l’assassiner.

jeudi 8 mars 2012

Remplacez les anxiolytiques par le blog

Dans une série d’importantes expériences réalisées des années 80 aux années 2000, les scientifiques ont montré qu’écrire sur ses traumatismes avait des bénéfices évidents pour le système immunitaire.
(écrire) joue probablement le rôle d’un substitut pour le partage d’informations avec d’autres. (TRIVERS, Robert, The Folly of Fools, Basic Books, 2011.)
Deux conséquences : écrire un blog a une vertu curative ; il n’est peut-être pas bon pour la santé de le lire.

Et si l’art c'était transmettre agréablement ses anxiétés ?

mercredi 22 février 2012

Les illusions de Nicolas Sarkozy ?

Un dirigeant de la CIA explique pourquoi l’Iraq a été attaqué sans que les USA se préoccupent de, et préparent, ce qui surviendrait après l’invasion :
Si vous croyez vraiment au pouvoir de l’économie et de la politique libérales et à la séduction qu’elles exercent sur les populations du monde et à leur capacité à éliminer tous les maux, alors vous avez tendance à ne pas ne pas vous inquiéter de ces choses là.
Ce qui m'a frappé dans cette citation est son parallèle avec un ancien article du Monde qui parlait du désarroi de notre président devant le manque de résultat de sa politique. Il pensait qu’elle serait accueillie à bras ouverts par le peuple. Qu'elle ferait un miracle. N’avait-il pas les mêmes illusions que les Américains, persuadés d'être accueillis en sauveurs par les peuples du Moyen-orient ? me suis-je demandé. 

Comme le dit le livre dont j’ai tiré cette citation, les néoconservateurs ont-ils une capacité hors du commun à se convaincre de la justesse de leurs vues ? Sont-ils de grands croyants ?

Source : TRIVERS, Robert, The Folly of fools, Basic Books, 2011. (Un biologiste analyse les raisons que l'homme a de s'abuser lui-même.)