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jeudi 24 février 2022

L'âge du néologisme

Romain Gary s'est longtemps cherché un nom d'homme célèbre. Ne réussissant pas, il s'est demandé s'il ne serait pas contraint de faire une oeuvre. (C'est ce qu'il écrit dans La promesse de l'aube.)

J'ai l'impression que ce qui caractérise l'époque passée a été la croyance dans le mot. Orange, Engie, Thalès, Noos... Les programmes politiques, eux aussi, n'ont été que des mots. Les fabricants de mots ont fait carrière. Mais le mot n'est que du vent.

"Mais qu'est-ce que parler en homme ? Ce n'est jamais inventer de nouveaux noms, c'est toujours mieux entendre les anciens noms" dit Alain. Le programme d'un nouvel âge ?

vendredi 20 septembre 2019

Qu'est-ce que l'argot ?

Il n'y a pas un argot, mais des argots. Et l'argot évolue très vite. Ses mots disparaissent ou passent dans le langage courant ("se planter", "aller au charbon" furent des mots d'argot).

La fonction de l'argot est d'être une marque d'appartenance à une communauté fière d'elle-même (par exemple, un temps, celle des bouchers, ou, de tous temps, celle des polytechniciens).

De ce fait, il y a ceux qui veulent faire croire qu'ils appartiennent à la communauté, en utilisant ses mots d'argot, mais improprement, comme Sartre et autres normaliens, et ceux qui, sans lui appartenir, la respectent suffisamment pour vouloir la comprendre, comme les policiers qui semblent avoir été les premiers à écrire des dictionnaires d'argot.

Voilà ce que je retiens d'une émission un peu ancienne.

lundi 11 juin 2018

Le sens des mots

J'ai retenu une leçon du temps où je faisais des études de marché. Les mots n'ont aucun sens. Ou, plutôt, ils ont le sens, imprévisible, que leur donne la "foule".

Il n'y a probablement que certaines personnes qui croient que les dictionnaires définissent les mots. En réalité le sens du mot résulte d'une association. Et cette association dépend des circonstances. Par exemple, dans une étude, j'ai découvert que le mot "vendeur" était entendu comme "voleur".

Il y a aussi des sortes d'incompatibilité. Par exemple, un organisme financier voulait associer des assurances à ses prêts. Ce qui ne suscitait aucune intention d'achat, car le marché estimait incompatibles les mots "banque" et "assurance". En revanche, une fois que le produit a été baptisé "prêt coup dur", le marché a estimé que c'était ce qu'il lui fallait et que l'organisme financier avait la légitimité de proposer un tel prêt.

Un autre exemple : changement, le thème de ce blog. Je ne sais pas ce qui est entendu par "changement". Il semble que, pour beaucoup de gens, changement soit associé à "suicide" (cf. France Télécom). Mais il est aussi possible, au moins à une époque, que changement ait signifié, pour d'autres, "grand soir" : tout ce dont nous avons toujours rêvé va survenir. Le changement c'est maintenant.

Finalement, cela produit des dialogues de sourds. Par exemple lorsque le changement "grand soir" rencontre le changement "suicide".

(Pour moi, changement n'est pas un résultat, mais un phénomène physique, qui se décrit, afin de trouver les moyens d'en faire ce qui nous est favorable.)

lundi 26 février 2018

Obnubilé

Etre obnubilé par une idée. Je pensais que cela signifiait avoir une idée fixe. En fait, il faut entendre "avoir l'esprit faussé". L'idée nous égare. Elle est une (brève) folie. Le sens originel est "couvert de nuages". A Paris, le ciel est obnubilé ?

Mon erreur explique peut-être comment les mots changent de sens. On ne les apprend pas dans le dictionnaire, mais on déduit ce qu'ils veulent dire des phrases dans lesquelles ils sont inclus. D'ailleurs, on ne peut pas non plus les apprendre dans le dictionnaire. Leur emploi correct est une question de pratique, de "bon usage", comme disait Grevisse. Le ciel de Paris y a perdu un qualificatif.

dimanche 16 avril 2017

Incompréhension

J'ai remarqué qu'il m'arrivait de ne pas être compris. Mais, lorsque je cherche à comprendre ce qui n'est pas compris, je découvre que mon interlocuteur pense comme moi ! Que se passe-t-il ? 
  1. Je parle de mon expérience. Je pense donc être en position "d'autorité". Ce que je ne vois pas est que certains termes que j'emploie ne sont pas compris. Et que cela fait que mon audience peut se sentir, faute de meilleur mot, agressée. Mon erreur vient de ce que ces termes étaient dans le vocabulaire (technique) commun, il y a quelques années. J'aurais trouvé insultant pour mes interlocuteurs de les expliquer.
  2. Il y a une forte volatilité du sens des mots. Je l'avais noté lorsque je faisais des études de marché. Le phénomène n'a fait que s'amplifier. La question du "fact checking" pourrait être liée à ce problème.
Morale 1 ? Il est important de partir, avec son auditoire, de bases communes de langage. Par exemple, en démarrant sur une anecdote de la vie quotidienne. Morale 2 ? On ne peut pas avoir raison contre son temps. 

(Exercice difficile pour un blog, qui doit écrire court, et éviter les répétions, qui lasseraient les lecteurs assidus...)

vendredi 24 juin 2016

Figures de style

Qu'est-ce qu'une figure de style ? C'est faire une entorse au bon usage pour véhiculer un sens nouveau, absent de la langue telle qu'elle se pratique. De ce fait, dès que la figure de style en devient une (est répertoriée), elle n'en est plus une. En tout cas, cela signifie que l'esprit est plus important que la forme. "Licence poétique" (reconnaissance qu'il existence un sens qui dépasse celui que peut véhiculer le langage codifié) plus approprié que "figure de style" (normalisée) ?

Livre.

vendredi 17 juin 2016

L'alibi du politique

Par une série de glissements, le mot devient de plus en plus énigmatique, jusqu'à n'avoir plus aucun sens identifiable, comme ici :
"(...) il n'est pas vrai que le savoir soit d'abord l'alibi du pouvoir. Rompons avec cette théorie vaseuse. Partons à l'assaut de la connaissance pour conquérir notre liberté." (Jean-Pierre Chevènement. Le Monde du 3 octobre)
La théorie à laquelle se réfère l'auteur doit être vaseuse en effet et puisqu'il parle de se lancer à l'assaut de la connaissance, il devrait commencer par celle du vocabulaire. (Henri Suhamy, Les figures de style, Que sais-je ?)

dimanche 5 juin 2016

Les figures de style

Afficher l'image d'origineVoilà un livre délicieux. Qui m'aurait dit qu'un jour j'utiliserais ce qualificatif  pour un Que sais-je ? ?

La "figure de style" est une façon de s'exprimer qui produit, par perversion des règles de langage, un sens que le langage était incapable de véhiculer. Mais le langage tente de se venger en enfermant la figure de style dans une norme rassurante, dans pas loin de deux cents cases aux noms exotiques et étranges : anantadopoton, autocatégorème, battologie, catachrèse, chleuasme, diasyrme, énallage, glossème, hendiadyn...

Ce livre n'est pas qu'un catalogue, élégant et accessible, de ces figures. Il est aussi une réflexion sur le langage. Et l'occasion de quelques remarques subtilement assassines. 

SUHAMY, Henri, Les figures de style, Que sais-je ?, Treizième édition, 2016. 

jeudi 14 avril 2016

L'origine du Geek

""Geek" provient de l'ancien allemand Gek : un fou exclu de la société". (Jeanne Bordeau, le langage, l'entreprise et le digital, unvis, 2016.

Symbole du changement de la société ?

dimanche 18 octobre 2015

Papa et maman sont universels

Pourquoi tous les bébés du monde appellent-ils leurs parents papa et maman, ou quelque son approchant ? 

Apparemment parce que le premier bruit qu’émet l'enfant est aaaaa, et lorsqu'il parvient à fermer le bec, cela devient maaamaaa. Du coup l'être humain qui se trouve à proximité estime qu'on l'a désigné par ce terme. Puis le son se complexifie et devient paaapaaa. Le deuxième être de proximité s'attribue ce nom. Mais les choses se corsent, ensuite. Du fait d'associations d'idées différentes liées à des circonstances différentes, les langues s'éloignent les unes autres. 

L'article dans lequel j'ai trouvé cette théorie.

lundi 16 septembre 2013

Pourquoi les mots changent-ils de signification ?

Consultant = escroc, changement = idée de consultant... Les mots changent de sens sans arrêt. Puis prennent une connotation négative. Pourquoi ? Parce qu'ils sont utilisés par des vendeurs qui vendent ce qu'ils ne savent pas faire. Il est mieux, par exemple, pour un cadre, de dire qu'il est un consultant que de dire qu'il est au chômage. Mais dès que la pratique se répand, on constate qu'il y a eu manipulation. Et le mot change de sens. De positif il devient négatif.

Récemment, The Economist expliquait que tout le travail des politiques américains consistait à trouver la formulation qui ferait adhérer l'électeur à leurs idées. Nous vivons un moment thucydidien.

Que faire ? Je pense que l'on ne peut pas rivaliser avec les vendeurs. Il faut abandonner le territoire de la communication, qu'ils dominent et dont ils ont fait un désert, de toute manière. Il faut reconstruire un espace de confiance où les mots ont un sens partagé, fondés dans la réalité. Ce qui demande probablement de tisser des relations homme après homme, à chaque fois en créant un lien fort, par la démonstration de sa compétence. Ce qui ne peut demander que beaucoup de temps.

mardi 18 décembre 2012

Mon cerveau m'étonne

Je me réveille dans une illumination « upstart veut dire parvenu ». Quel intérêt de faire ce genre de recherche dans son sommeil ? D’ailleurs ce qui me semblait évident dans mon rêve ne l’était plus en me réveillant. Or, j'ai vérifié, upstart veut réellement dire parvenu !
Plus étrange : où ai-je bien pu voir upstart ? Peut être dans The Economist. Cela ressemble au type de vocabulaire qu’il affectionne.
Je me suis demandé si le cerveau ne mettait pas en réserve les mots inconnus pour les relier au contexte auquel ils étaient associés. Mon cerveau a dû se rendre compte qu’en rapprochant français et anglais, upstart s’apparentait à parvenu. Et ce type d’association a l’air de se faire la nuit.

L’anglais a sur moi un autre effet bizarre. Il m’arrive d’écrire des phrases que je ne comprends pas. Je ne comprends pas non plus les Anglais, ce qui me laisse penser que ce que j’écris est correct. Ce que confirme d’ailleurs le dictionnaire.
En tout cas, je n’explique pas ce phénomène. Il doit venir du fait que je comprends le sens global d’un texte, sans aller chercher le sens spécifique de ses mots. Ceux-ci sont emmagasinés et prennent leur signification plus tard, par association. Ce qui demeure mystérieux est qu’il y a un « je » qui ne semble pas avoir accès à ce savoir. L’Anglais lui demeure étranger…

jeudi 22 décembre 2011

Parlez-vous vidéo ?

Suite et fin de ma série sur le rapport "Future Work Skills 2020". On le sait, le volume de données vidéo explose sur l'Internet, encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un mobile (et même encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un iPad).

L'étude affirme que le travailleur du futur devra être "fluent" en langage vidéo. Autrement dit, qu'il devra être capable de lire et appréhender la vidéo de la même manière qu'une présentation Powerpoint aujourd'hui.

Inversement, il devra aussi maîtriser la création et la présentation vidéo. Cela exige de lui la connaissance  des concepts et du langage vidéo : cadrage, profondeur de champ, etc. Mais aussi des techniques lui permettant de convaincre son "audience" et de vendre via ce langage.

Cela me donne la sensation d'une mutation comparable à celle qui a vu le passage du cinéma muet au parlant, avec son lot de laissés pour compte et de stars déchues. Et vous, vous sentez-vous prêts ?