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vendredi 24 juin 2022

Utopia

Miracle de la radio. On se cultive sans effort. Grâce à BBC4 j'ai entendu "Utopia", oeuvre de Thomas More. Bien sûr, je ne suis pas certain que ce soit le texte intégral.

Quelle est cette fameuse "utopie", ancêtre d'un genre littéraire ? Un pays d'égaux. Tout le monde y est bien nourri, s'y habille de la même façon et y vit paisiblement. Un monde sans clés. 

Et son ennemi ? L'imprimerie et l'art. Peut-être parce qu'ils amplifient les petits mécontentements en révolution. La recherche du mieux, la révolte contre "l'injustice", qui est le propre de la démocratie, peut-être de l'Occident, est l'ennemi du bien, le paradis sur terre ? 

Et si c'était notre monde qui était une "utopie" ?

jeudi 30 août 2018

Changement à la russe

Qu'est-ce qui s'est passé en 1917 ? La Russie était peuplée de paysans orthodoxes. Les Révolutionnaires ont voulu qu'ils soient des ouvriers athées. Du jour au lendemain. Pour cela, ils ont eu recours à la terreur. (Entendu dans une émission sur Soljenitsyne.)

Le romantisme des récits épiques nous fait oublier que les grands changements ont pour origine une idée toute simple.

Combien de milliards de morts faudra-t-il pour que l'on comprenne que le changement ne se fait pas en un claquement de doigts ?

mercredi 4 mars 2015

via negativa

la définition négative de la paix comme absence de violence est la seule qui ne soit pas inhumaine, alors que toute définition positive conduit nécessairement à la violence et à un déni d'humanité. (Travaux de Robert Spaemann cités par Paul Watzlawick, ici.)
Cette idée d'encadrer l'autonomie de l'homme par des "définitions négatives" me frappe de plus en plus comme étant, peut-être, le moyen d'éviter les cercles vicieux qui nous pourrissent la vie et qui mettent la survie de l'espèce en péril. C'est la technique de Nassim Taleb appelle, ici, "via negativa". Rien de neuf, me direz-vous. C'est déjà comme cela que procèdent les dix commandements. 

Je tourne autour de cette idée depuis longtemps. Je crois que la première fois qu'elle m'est venue, c'est au sujet des compétitions sportives. Ces compétitions, qui sont supposées sélectionner le "meilleur", n'ont fait que corrompre le sport, en produisant des drogués. Il en est de même des théories qui traitent d'excellence. Ou de celles, comme le Marxisme, ou, plus récemment, le néolibéralisme, qui nous prédisent la venue de Dieu sur terre. Au fond, la maladie de l'humanité moderne, peut-être de la raison, c'est l'utopie. 

Autre curieuse remarque. Mon cours de conduite du changement ressemble aux dix commandements. Tout se déduit d'erreurs. Si on ne les fait pas, alors l'intuition de l'homme normal est suffisante pour qu'il réussisse. 

mardi 5 août 2014

Enantiodromie

L’énantiodromie est le mal de l’utopie ou de l'idéologie. Lorsque l’on veut construire un monde idéal, on obtient son contraire. C’est en quelque sorte la revanche de la « nature » sur le désir humain de lui substituer un univers totalement contrôlé.

L’exemple le plus surprenant est celui du hangar. On construit un gigantesque hangar pour protéger de gigantesques fusées des intempéries. Un microclimat apparaît. Il pleut dans le hangar ! Plus classiquement, le libéralisme thatchérien a produit une énorme bureaucratie. (Idem pour Lénine.) Rêvez du Paradis, vous aurez l’enfer. Toutes les utopies (Marxisme, libéralisme…) ont en germe le totalitarisme. En physique, on peut aussi penser au principe d’Eisenberg et à la diffraction de la lumière. La recherche de l’ultime précision donne l’ultime imprécision !

Explication ? Nous vivrions dans des systèmes. Ils sont conçus pour "résister au changement" pour protéger quelque chose d'important. (Exemple : thermostat et température ambiante.) Ils combattent donc tout ce qui les menace. A l’action, ils répondent par la réaction.

Si nous sommes dirigés par un système que cherche-t-il à protéger ? La liberté, peut-être. En effet, il semble rendre impossible le déterminisme. Nous sommes incapables de déduire l’avenir à partir du passé. Il y a discontinuité. Chaque décision que nous prenons est un saut dans l’inconnu où de nouvelles règles de comportement se créent. Un nouveau système apparaît. Idée grecque (comme l’énantiodromie d’Héraclite) : l’absurde est le catalyseur de la pensée (la philosophie). 

(Pour autant, le passé n'est pas inutile. Comme le dit mon billet sur le jugement, il nous donne les outils dont a besoin une pensée confrontée à l'absurde. L'avenir c'est, essentiellement, les briques du passé dans un nouvel assemblage. Avec quelques modestes innovations, peut-être.)

mercredi 4 décembre 2013

Histoire de France modélisée

Le livre du billet précédent se prête à la modélisation.

La France de 89 est construite sur une fiction : une société d’individus. Elle ignore que l’homme forme des groupes et que ce sont ces groupes qui permettent à une société d’exister.

Je me demande si à l’origine de tout ceci il n’y a pas la question de l’individualisme. L’individualiste exploite la structure sociale à son avantage (oligarque). Ce qui est inacceptable. Du coup, on ne veut plus de structures sociales (institutions). Mais sans structure sociale, pas de société… que faire ?

Inventer une utopie. Pendant que les Français croient à cette utopie (le progrès après-guerre, par exemple), ils ne pensent pas à leur intérêt personnel. Du même coup, on peut reconstituer les institutions. Car on peut alors les peupler de missionnaires de l’utopie (les énarques d’après guerre, les instituteurs et les polytechniciens, avant eux). Des gens qui ne sont pas individualistes pour deux sous. La société fonctionne donc.

France condamnée à des cycles ? Enthousiasme utopique, désillusion face à la réalité, dépression et poujadisme ? (Je soupçonne que les USA, autre société individualiste, sont aussi soumis à ce type de phénomènes.)

A moins que ces « révolutions culturelles » ne finissent pas modifier la culture du pays ? Le guérissent de son individualisme et lui injectent un peu de sens pratique. Une autre possibilité est une société de travailleurs indépendants et interdépendants. L’idée me vient de mon observation de la société, des travaux d’Elinor Ostrom et de ma réflexion sur la résilience. Dans une société le rôle de l’Etat est faible. Les hommes sont moins protégés et plus interdépendants qu’aujourd’hui. Ce qui rend difficile un individualisme - parasitisme du social. Une organisation sociale plus légère conduit aussi, peut-être, à une plus grande liberté et à une moindre productivité. 

vendredi 2 août 2013

L'histoire peut elle avoir une fin ?

Les Anglo-saxons ont proclamé "la fin de l'histoire". Leur modèle culturel avait gagné pensaient-ils. Au fond, il n'y a rien de nouveau. Beaucoup de religions annoncent leur victoire définitive, et l'arrivée de Dieu sur terre. Hegel et Marx avaient probablement une idée de ce type là en tête. Ainsi que les Nazis. L'utopie doit être une pathologie sociale.

Pour sa part Kant prévoit une fédération mondiale de cultures qui se stimuleraient les unes les autres. C'est plus malin. La terre deviendrait une sorte d'écosystème de cultures, qui se complètent et évitent aux unes et aux autres de croire à la fin de l'histoire ? Mais n'est-ce pas aussi une fin de l'histoire ? Pas forcément. Il me semble que Schumpeter a vu juste quant il a parlé de destruction créatrice. Mais à condition de ne pas la limiter au capitalisme. Nous sommes soumis à des bouleversements permanents. Ils nous demandent de nous adapter. De nous transformer. De ce fait, l'histoire ne peut pas finir. En attendant, il serait bien que l'on se méfie des utopies...

vendredi 5 avril 2013

Utopie : mal occidental ?

Et si la caractéristique de nos changements, de notre histoire même était l’utopie, me suis-je demandé récemment. Du coup, j’ai lu Voyages en Utopie, de Georges Jean (Découvertes Gallimard, 1994), livre qu’un collègue m’a offert il y a vingt ans. (Ce qui en dit long sur ce qu’il pensait de moi.)
Qu’est-ce qu’une utopie ? La description d’une organisation sociale idéale.L’histoire de l’utopie commence avec Hippodamos de Millet, à l’époque de Périclès, qui veut construire une cité idéale. Dès le départ, et jusqu’à nos jours, l’urbanisme et l’architecture feront chemin commun avec l’utopie. Puis vient Platon. C’est Thomas More qui donnera à l’utopie son nom (nulle part), et qui va lancer la tradition moderne. L’utopie est, initialement, une critique de la société, qui vise à l’améliorer. Mais, progressivement, elle devient réalité. Un genre littéraire apparaît, la critique de l’utopie (cf. 1984), autre nom du totalitarisme.

Ce livre m’a-t-il amené bien loin ? Tocqueville voyait la Révolution comme la tentative de réaliser une utopie. Il n’en est pas question. De même qu’il n’est pas question de l’Union soviétique, ou de l’Allemagne nazie et de sa pensée völkisch« Tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps » disait Tocqueville des penseurs des Lumières. Utopie, maladie de la raison ?