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mardi 13 septembre 2022

C'est l'idéologie qui fait le clown

Alcatel ou la chronique d'une mort annoncée. Un ami s'y trouvait et me racontait, à chaque fois que l'on se voyait, le progrès du déclin, et ses efforts pour que ses dirigeants ne le précipitent pas par une nouvelle bêtise. Il les appelait "les clowns". 

Le "fabless" d'Alcatel n'est pas propre à son dirigeant, il illustre la vision "post moderniste" de la France que son gouvernement s'applique à réaliser, avec une détermination remarquable. Notre pays serait-il dirigé par des "clowns" ? 

Qu'est-ce que cela signifie ? Le Français attend tout de l'Etat. Il a tort. Certains parlent de "Grand soir". Ils croient qu'une idéologie peut en remplacer une autre. Or, c'est l'idéologie qui fait le clown.

Le Français doit tout attendre de lui-même. 

Responsabilité, Solidarité, Exemplarité, dit Dominique DELMAS. 

jeudi 24 juin 2021

Exode urbain

L'urbain veut fuir la ville. Tout le monde en parle. 84% des Français aimeraient vivre dans une ville moyenne plutôt qu'une métropole, disait le journal de la MAIF. Le confinement a révélé une aspiration extrêmement puissante. Et si les grandes villes se vidaient ?

Or, toute une théorie s'était développée autour de la mégalopole. Elle aurait été l'avenir, le dynamisme, le creuset de l'innovation. Tout le reste n'était que ringardise. Cette théorie a probablement inspiré le projet du Grand Paris. Mme Hidalgo, d'ailleurs, est une autonomiste

Comment des revirements aussi brutaux, aussi radicaux, peuvent-ils s'expliquer ? 

Peut-être est-ce, encore, une question "d'élite". Elle profitait des avantages des mégalopoles, sans en subir les inconvénients. Elle a créé un mythe qui lui convenait. La réalité l'a fait craquer ?

lundi 22 juin 2020

L'étrange victoire du RN

Marine Le Pen, il y a quelques mois, appelait à la fermeture des frontières pour empêcher la propagation du virus. Elle disait s'opposer en cela à la gauche et à la droite qui, par idéologie, voulaient la liberté de mouvement. (Entendu chez France Culture.)

L'hésitation n'a pas été longue. Les frontières ont été fermées. Et on ne parle plus que de relocalisation. Voire de préférence territoriale (circuits courts) ! L'Etat intervient massivement dans l'économie. Quant à l'immigration, le sujet est prudemment étouffé.

Voilà qui doit déprimer Marine Le Pen. On lui a volé son programme.

Grande leçon : il y a ce que l'on dit, et ce que l'on fait. Les idéologies ne résistent pas longtemps aux intérêts ?

mardi 17 décembre 2019

Il y a plus important qu'avoir raison

Les socialistes considéraient Proudhon comme leur pire ennemi. Il faisait beaucoup plus de dommages chez eux que leurs ennemis communs. Or, lorsque les socialistes ont dû fuir la France, Proudhon s'est mis à les défendre, et ils ont loué son courage.

Le principal mal du Français est probablement son intransigeance. Il veut imposer ses idées. Il oublie qu'au delà des idées, il y a des causes.

mercredi 25 septembre 2019

Care

"Care". J'ai commencé à entendre ce mot il y a quelques années. Une façon de le définir est de parler d'empathie. Nous devons aider celui qui souffre. Une autre façon de le définir est de l'opposer au "développement personnel", qui affirme que l'individu peut se tirer de tout. Et qu'il ne sera homme, libre, que s'il n'attend rien de personne. (Message des films de Clint Eastwood.) L'un est de gauche, l'autre de droite.

J'ai repensé à cette doctrine en regardant des photos de famille. Je ne suis pas loin de voir la vie de mes parents comme une illustration de la misère des classes moyennes. Je suis triste pour eux.

Et pourtant, en y réfléchissant, j'ai compris que j'avais tort. Ils ont eu un rêve, et ils l'on réalisé. C'est, au fond, ce que voulait me dire ma mère, juste avant sa mort, lorsqu'elle m'a donné un livre de photos (ce qui m'avait dévasté). Regarde, j'ai réussi ma vie. Et la tienne.

Il n'y a rien de plus dangereux que l'idéologie. Surtout quand elle est bien pensante.


vendredi 29 juin 2018

Le juste

"Seul celui qui a beaucoup questionné peut comprendre beaucoup de choses. Et n'est juste que celui qui comprend beaucoup de choses." (Stefan Zweig, Le chandelier enterré.)

Il y a peut-être quelque-chose de juste là dedans ! Toute question a de multiples facettes. Si on n'en connaît pas au moins un grand nombre, on juge à vide. Mais pour les connaître, il faut s'extraire de ses certitudes. (Plus facile à dire qu'à faire.)

En tout cas, ce n'est pas une phrase dans l'ère du temps. A l'époque des "combats pour", nous sommes supposés savoir spontanément ce qui est bien ou mal. Temps de justice ou d'arbitraire ?

dimanche 24 janvier 2016

Travail le dimanche : combat idéologique ?

On dit qu'un combat se livre pour l'ouverture des magasins le dimanche. S'explique-t-il par une raison économique ? 

Ce que j'entends ne m'en convainc pas. Le classique est : une fois, j'avais besoin d'un outil pour bricoler, et c'était dimanche, et le magasin était fermé... Ce n'est pas avec de telles anecdotes que vous allez faire fonctionner le commerce. En outre, qui considère le shopping comme une distraction du dimanche ? Pas moi. Pourtant mon travail m'empêche souvent de faire mes courses à temps. Mais, lorsque j'arrive à trouver le temps de souffler, ce n'est pas pour aller dans un magasin. 

D'ailleurs, il y a des magasins ouverts le dimanche. Comme ce n'est pas le cas de tous, ils ont un avantage déloyal sur leurs concurrents. Cela a-t-il notablement amélioré leurs affaires ? Il faudrait se pencher sur la question. 

(Une étude rapide, biaisée par Google ?, semble dire que le travail le dimanche provoquerait un déplacement de consommation, donc pas de gain économique, et, surtout, les huit millions de personnes qui travaillent déjà le dimanche connaîtraient une forme de précarisation.)

mardi 13 janvier 2015

Petite bavarde

On me transmet le discours d'un général. Comme plusieurs autres généraux dont on m'a parlé, il donne son avis sur l'état du pays. Hier, l'armée était "la grande muette", il ne semble plus que ce soit le cas. Le ton : "un jour ou l'autre nous devrons combattre pour notre vie". 

Le discours est présenté comme "libre de tout dogme". "Il nous faut chasser l'idéologie" dit-il. Il insiste sur la précision du vocabulaire, "ne confondons pas les mots les uns avec les autres". Mais son discours n'est pas totalement clair. En particulier, il parle de "démographie". Si je comprends bien, la population européenne (blanche), dont le taux de natalité est bas, serait menacée par l'accroissement de la population musulmane dont le credo serait l'Islam du Moyen-Age. "On sait que l'Islam confond la sphère publique et la sphère privée". 

Est-ce aussi évident que cela ? La France est un pays d'immigration, comme les USA. Elle possède un mécanisme d'assimilation extrêmement puissant. (Gérard Noiriel, sur le sujet.) C'est lui qui fournit un credo commun à la population. Du moins quand il fonctionne. C'est ce mécanisme que j'ai vu à l'oeuvre dans ma jeunesse à Argenteuil, ville de forte immigration. Quant au phénomène islamique, il est récent. La première fois que j'ai rencontré une burqa, c'était dans une boulangerie du 15ème arrondissement. Ni en Tunisie, ni au Maroc, ni à Argenteuil, je n'en avais vu. L'Islam n'est pas une religion figée, elle est ce qu'en on fait. Idem pour toutes les religions. Fort longtemps, la religion catholique a confondu privé et publique. Elle a évolué. 

Mercredi dernier, France Culture rediffusait une interview de Stéphane Charbonnier. Il désespérait de l'efficacité de ses dessins. Ils insultaient les électeurs du FN, mais ne provoquaient aucun changement de société. L'interview s'est arrêtée au moment où il disait envisager d'autres moyens d'action. Un instant je me suis demandé si, par là, il n'entendait pas l'attentat. 

Tout cela me fait penser que nous sommes au bord d'une guerre civile. Sa cause n'est pas telle ou telle idéologie, mais la souffrance de la population, chômage, conditions de vie difficiles, mais aussi manque de respect. (Le mot favori de France Culture c'est "barbarie". Mais qui sont les barbares, sinon l'immense majorité de la population ?) Surtout elle n'a plus de perspectives. Elle ne croit plus en rien. En réaction, chacun essaie de reconstituer un sens à son existence, de retrouver une identité. Parmi les solutions évidentes, il y a, selon ses origines, le nationalisme et l'Islamisme. Et ces mouvements, parce qu'ils sont menaçants, renforcent leurs opposés, qui à leur tour les encouragent. C'est comme cela qu'Hitler est arrivé au pouvoir. 

Que faut-il faire ? Je crois que le temps du débat d'idées est passé. Quand on souffre trop, on cherche des solutions radicales, on ne veut plus penser. Et il n'y a rien de plus motivant que de se sacrifier pour une cause perdue. Bref, il faut remettre la société en fonctionnement. 

lundi 12 janvier 2015

Confusion

Vendredi matin, j'entendais dire que les écoles avaient observé une minute de silence à la mémoire des victimes de l'attentat de Charlie Hebdo. Certains élèves n'avaient pas voulu s'y joindre, au motif que l'on ne disait rien des milliers de morts de Syrie et d'ailleurs. 

N'est-il pas effectivement difficile de s'y retrouver ? Lorsque certains caricaturent Mahomet, on parle de "liberté de parole". Mais lorsque le FN reproche aux musulmans de prier dans la rue, on parle de racisme. Qu'aurait-on dit si la critique de l'Islam de Charlie étaient venues du FN ?

France Culture interrogeait un "philosophe". Il expliquait que l'on assistait à la lutte entre "Eros" et "Thanatos". D'un côté Gavroche et Rabelais, une tradition française de la révolte, de l'autre les éternelles forces du mal. Hier elles étaient en haut, des riches et du pouvoir. Maintenant, elles viennent d'en bas, des pauvres.

Mais que fait Eros quand il est attaqué par Thanatos ? Comme Gavroche ? Il va chercher des cartouches pour que les forces du bien puissent tuer celles du mal ? Eros devient Thanatos, mais avec dispense du Pape ? (Autrement dit de Foucault ?) 

Cela ne signifie-t-il pas aussi que les droits de l'homme deviennent relatifs ? Il y a certains hommes qui le sont moins que d'autres ?

N'est-il pas possible de construire une société dans laquelle l'homme est en paix avec lui-même ? N'est-ce pas ce qui a été en partie réussi par la génération d'après guerre ? Et son succès, même partiel, ne vient-il pas d'avoir su recréer les conditions d'une vie descente pour tous ?

mardi 5 août 2014

Enantiodromie

L’énantiodromie est le mal de l’utopie ou de l'idéologie. Lorsque l’on veut construire un monde idéal, on obtient son contraire. C’est en quelque sorte la revanche de la « nature » sur le désir humain de lui substituer un univers totalement contrôlé.

L’exemple le plus surprenant est celui du hangar. On construit un gigantesque hangar pour protéger de gigantesques fusées des intempéries. Un microclimat apparaît. Il pleut dans le hangar ! Plus classiquement, le libéralisme thatchérien a produit une énorme bureaucratie. (Idem pour Lénine.) Rêvez du Paradis, vous aurez l’enfer. Toutes les utopies (Marxisme, libéralisme…) ont en germe le totalitarisme. En physique, on peut aussi penser au principe d’Eisenberg et à la diffraction de la lumière. La recherche de l’ultime précision donne l’ultime imprécision !

Explication ? Nous vivrions dans des systèmes. Ils sont conçus pour "résister au changement" pour protéger quelque chose d'important. (Exemple : thermostat et température ambiante.) Ils combattent donc tout ce qui les menace. A l’action, ils répondent par la réaction.

Si nous sommes dirigés par un système que cherche-t-il à protéger ? La liberté, peut-être. En effet, il semble rendre impossible le déterminisme. Nous sommes incapables de déduire l’avenir à partir du passé. Il y a discontinuité. Chaque décision que nous prenons est un saut dans l’inconnu où de nouvelles règles de comportement se créent. Un nouveau système apparaît. Idée grecque (comme l’énantiodromie d’Héraclite) : l’absurde est le catalyseur de la pensée (la philosophie). 

(Pour autant, le passé n'est pas inutile. Comme le dit mon billet sur le jugement, il nous donne les outils dont a besoin une pensée confrontée à l'absurde. L'avenir c'est, essentiellement, les briques du passé dans un nouvel assemblage. Avec quelques modestes innovations, peut-être.)

mardi 1 juillet 2014

Le détournement de buts du parti socialiste

Budget rectificatif de la sécurité sociale. Le gouvernement repousse son vote par l'Assemblée. Ce qui pourrait signifier qu'il y a désaccord entre gouvernement et PS. Voilà qui n'était pas prévu. De Gaulle a réformé la constitution pour que ce type de situation ne se présente pas. Qu'est-il arrivé ? 

Peut-être ce que le sociologue Robert Merton a appelé "détournement de buts". Nos députés sont les choses de leur parti. Car c'est leur parti qui les fait élire. C'est pourquoi aucun ne se détache de la masse. Nos élus n'ont pas de personnalité. Etant déconnectés de notre réalité, ils s'en inventent une. Le PS ne représente plus la nation, mais une idéologie abstraite. C'est la théorie de Merton, qu'il a initialement appliqué à la bureaucratie. 

Or, aujourd'hui, le gouvernement essaie de reprendre pieds sur terre. Il se trouve donc en opposition avec un parti qui s'en est évadé. (A noter que c'est probablement aussi vrai à droite qu'à gauche, ce qui est bon pour le FN.)

(Précision. Je ne pense pas que ce type de technique puisse être appliqué au football...)

mardi 20 mai 2014

L'Amérique et le culte de l'insomnie

Aux USA, le sommeil c'est le mal. L'homme digne de ce nom ne dort pas. Et au diable la science qui dit que c'est désastreux pour la santé. J'ai découvert récemment que cette mode avait gagné quelques cercles français. Et Edison pensait déjà comme cela.

Un précédent billet observe quelque-chose de ce type. Il semblerait qu'il y ait une idéologie, actuellement liée à la mode du numérique, qui veut que l'homme soit une machine, qu'il s'agit d'optimiser. C'est le taylorisme appliqué à soi-même.  

Mais les machines, ça ne pense pas. Pas étonnant alors qu'elles puissent avoir de telles idées ? 
Chaplin - Modern Times.jpg

« Chaplin - Modern Times » par movie studio — ebay. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

vendredi 3 janvier 2014

Plus de Dieudonné

Je n'entends plus parler de Dieudonné. Ouf. Cette histoire me fait me poser 3 questions :
  • Étrange sensibilité de notre système. Il réagit de manière disproportionnée à d'infimes stimuli. Je me demande si l'examen de sélection du journaliste n'est pas d'être "anti Dieudonné" (ou équivalent Dieudonné, comme il y a un équivalent TNT). 
  • Ne peut-on pas faire un rapprochement avec la France d'entre deux guerres ? Elle était persuadée que le mal était en son sein. Parfois, qu'il était représenté par ceux qui voulaient stopper la menace nazie (qui, longtemps, n'avait pas les moyens militaires de la France).
  • Le plus curieux est que cette critique, de gauche, semble brûler ce qu'elle a adoré. Dieudonné, par exemple, n'a-t-il pas les caractéristiques physiques d'une victime de la lutte des classes ? Et, les Israéliens, pourquoi sont-ils toujours condamnés, sans le moindre procès ? Pourquoi l'intervention de l'armée française n'a-t-elle soulevé aucun débat au sein d'un PS dont le fonds de commerce est l'anticolonialisme ?... Hasard ? Ou amour déçu ? Celui que l'on croyait une victime a refusé le martyr qui justifiait son statut ?

mardi 10 décembre 2013

Du rêve et des hommes

Isolé du monde, l’homme se fait de rêves. Et il refuse la réalité pour les protéger. C’est ce que me semble dire le livre du billet précédent. D’ailleurs, si les victimes de la crise ne se sont pas révoltées, n'est-ce pas parce qu’elles partageaient la croyance collective ? Elles reconnaissaient leur défaite ?Phénomène surprenant mais qui se comprend.

J’ai l’impression qu’il a été rendu possible par l’Etat providence. En nous prenant en main, en nous apportant protection et prospérité, il a créé les conditions d’une perte de contact avec la réalité. Il a fait de nous des égoïstes au cœur froid. Des amoureux du capitalisme vu comme loi de la nature. Le contraire de ce qu’il voulait. Et les êtres mesquins qu’il a créés l'ont détruit.

Et l’avenir ? Il est possible que nous ayons à réinventer l’amitié. Il faut aussi se demander quelles sont « les conditions de l’homme moderne », pour reprendre, à peu près, l’expression d’Hannah Arendt. C'est-à-dire quel est le système qui fait de l’homme un être humain, plutôt qu’une forme inférieure d’animal.  En tout cas, nous devons éviter de reconstituer un Etat providence qui nous déresponsabilise. (Il faut en baver pour devenir sympa ?) Il est aussi logique de croire qu’un tel système ne peut être imposé par la force. Ce serait une nouvelle fois contre productif. Il devra émerger de la « volonté du peuple ». Ou de quelque chose d’approchant. 

Pity the billionaire

USA. 1929. Spéculation, crise. Le système financier est démantelé, l’Etat vole au secours de l’indigent. 2007. Spéculation, crise. L’Etat vole au secours du système financier. L’indigent est condamné. Pourquoi ? Enquête sur un paradoxe. Un livre de Frank Thomas, Vintage Books, 2012. 

La droite a pris l'initiative, avec un culot extraordinaire. Elle a détourné la crise. Elle en a fait la justification de son idéologie. Et elle a fait siennes les doctrines et tactiques du Marxisme. Mot à mot. Elle a remplacé « prolétaire » par « riche ». Depuis toujours, le riche est la victime de l’injustice. (Détail curieux. Glenn Beck, pasionaria du mouvement, s'est inspiré de la Guerre des Mondes d’Orson Welles. Il a remplacé les Martiens par les socialistes. Emmenés par Obama, ils s’emparent de l’Amérique. Ils vont la réduire en esclavage…) Le marché est l’expression ultime de la démocratie et de la liberté. L’homme y vote avec son argent. Par la grève générale, et sa dictature, le riche installera le bonheur sur terre.  La croyance est si forte qu’elle est imperméable au spectacle de la réalité. Par exemple, si vous observez que le système financier a connu une crise, on vous traitera de gauchiste. D'ailleurs, l'histoire est réécrite. L’aveuglement n’est pas réservé au peuple. Les économistes, par exemple, ont, eux aussi, réécrit leur discipline afin qu’elle justifie le rêve collectif.

Quant à la gauche, elle n'a pas réagi. Car elle est dirigée par de riches intellectuels. Des êtres curieusement froids. Tout le portrait de Barack Obama. Pour eux, c’est pour ne pas avoir fait d’étude que le pauvre est pauvre. Stupidité ou paresse ? Ils sont coupés des racines populaires du mouvement. En particulier des syndicats. Et ils pensent que l’inéluctabilité du marché et du système financier est une question de simple raison.

Étonnantes similarités avec les militants communistes d'avant guerre, remarque le livre. Ce que l'Amérique a connu, c'est un moment mystique. Elle s'est couverte de dévots. Et, pour maintenir vivant leur rêve, ils combattent avec l'acharnement du désespoir . 

vendredi 6 décembre 2013

Hollande : dur à l’extérieur, mou à l’intérieur ?

La presse étrangère s’interroge sur notre cas. A l’extérieur, notre gouvernement donne le spectacle de la fermeté. A l’intérieur, affligeante faiblesse. Pourquoi ?

J’en suis venu à me demander si ce n’était pas une question de doctrine. Le socialisme de notre gouvernement est une théorie, pas une conviction. Et la théorie est utile pour résoudre, à la serpe, des problèmes simples. Alors, elle fournit des solutions claires, qui ne demandent pas la possession d’une conscience (je fais intervenir l’armée).

(N’est-ce pas aussi le cas des démocrates américains ? Ce sont des théoriciens, sans cœur ? Particulièrement vrai pour M.Obama ?)

mercredi 30 octobre 2013

Redécouvrons les mérites de la bureaucratie ?

La bureaucratie c’est le mal. Voici ce que répétaient les textes que je devais lire à l’Insead. Et pourquoi je suis surpris de tomber sur un article qui dit le contraire. Et qui vient du blog de Harvard.

Le mal de la bureaucratie, selon ce billet ? La déresponsabilisation. Mais il est facile d’y remédier.
Ce qu’il y a d’étrange, quand on y réfléchit bien, c’est qu’après des décennies de lutte contre la bureaucratie, on a abouti à des entreprises hyper bureaucratiques. Pourquoi ?

Mes parents étaient des fonctionnaires. Le sens de l’appartenance et du devoir était leur caractéristique. Il en était de même pour beaucoup d'employés des entreprises d'après guerre. Car elles étaient toutes plus ou moins paternalistes. La lutte contre la bureaucratie a été une lutte contre ces humbles. Elle a conduit à les dégoûter de leur travail. Si bien qu’on en est arrivé à une organisation faite d’ordinateurs et d’exécutants. Une bureaucratie. 

samedi 12 octobre 2013

Les bases idéologiques de la conduite du changement

Les théories sur le changement appartiennent à plusieurs familles.
  • Kurt Lewin est à l’origine des théories modernes de conduite du changement. Après guerre, il cherche à éliminer le conflit dans l’organisation et à y faire entrer la démocratie. (Il voulait rendre impossible ce qu’il avait vu en Allemagne nazie.) Le type de changement auquel il aboutit est dit « planifié ». La direction organise le changement, mais elle le fait en partant du savoir de l’organisation, et en s’appuyant sur son initiative pour sa mise en œuvre.
  • Dans les années 80, en réaction aux difficultés des grandes entreprises de l'époque, les universitaires affirment que l’entreprise performante ressemble à une équipe (adhocratie). Le changement vient de l’initiative de ses membres. Il est « auto-organisé ». Cela sous entend une culture commune forte et une quasi autonomie des employés.
  • A côté de ces techniques universitaires, il y a la pratique quotidienne de l’entreprise. Le gros des changements majeurs de l'entreprise fait intervenir les cabinets de conseil. Ce sont les héritiers de Taylor. Taylor pensait qu’il existait une « seule bonne façon » d’organiser l’entreprise. Elle se représentait sous forme de procédures de travail optimales que les employés devaient appliquer. (D’où le benchmarking, le knowledge management, les progiciels de gestion appelés « processwares »…) Le type de conduite du changement associé est « dirigé ». L’entreprise applique un programme prédéfini.
  • Plus récemment, les cabinets de conseil en stratégie ont proposé un nouveau type de changement, que j’appelle « le changement pour le changement ». Son idée est que le marché est l'optimum de l’efficacité. Et que le marché fonctionne selon le principe d’une concurrence permanente entre individus. Ce type de changement consiste donc à casser sans arrêt le lien social afin de stimuler la créativité humaine. D'où des restructurations fréquentes.
Si l’on examine chacune de ces techniques on découvre qu’elle est la conséquence d’une vision idéologique de la société (société au sens « organisation des relations entre êtres humains »). Il ne s’agit d'ailleurs pas tant de l'organisation sociale telle qu’elle est que telle qu’elle devrait être. Une tentative de modélisation :

Technique
Hypothèse sur la société
Dirigeant
Employé
Changement dirigé
Bureaucratie / machine (fonction d'exécution des ordres)
Omniscient
Exécute
Changement planifié
Système / société complexe / organique (constituée d'organes vitaux)
Système nerveux central
Savoir / pouvoir de réalisation
Changement auto-organisé
Equipe (sportive)
Entraîneur
Champion
Changement pour le changement
Marché / univers « d’électrons libres » / la  société n’existe pas
Organisateur du chaos (Dieu ?)
Individu en concurrence

Compléments :

lundi 22 juillet 2013

Entreprise et modèle du marché

Il faut bâtir l’entreprise sur le modèle du marché. Voilà ce que j’ai souvent lu. Il se trouve qu’un investisseur l’a réalisé. Il a repris une entreprise de grande distribution. Il l’a coupée en petits morceaux, pour qu’ils entrent en concurrence les uns avec les autres, façon marché.
Il a créé ce modèle parce qu’il s’attendait à ce que la main invisible du marché donne les meilleurs résultats. Si on demandait aux dirigeants de la société d’agir égoïstement, disait-il, ils dirigeraient leurs divisions rationnellement, ce qui profiterait à la performance globale.
Résultat ? D’étonnants effets pervers. Par exemple, il a fallu équiper chaque unité d’un comité de direction complet. Ce qui coûte cher. On a donc réduit le salaire du management intermédiaire. Les unités sont entrées en guerres les unes avec les autres. Chacun a essayé de faire porter ses coûts par les autres, et personne n’a plus voulu investir dans ce qui pourrait rapporter au groupe…

C’est beau l’idéologie… 

jeudi 28 juin 2012

Entrons-nous dans l'ère de la diversité et de l’écosystème?

Depuis quelques années, j’entends beaucoup parler d’écosystème. Écosystème d’entreprise d’abord. Puis que l’homme n’est rien sans son écosystème. Et enfin que l’homme, lui-même, est un écosystème.

Écosystème semble aller de pair avec diversité. La condition de survie de l’écosystème, donc de ses membres, est, peut-être, qu’il devienne de plus en plus divers. Le rôle du membre de l’écosystème serait, même, de chercher à développer cette diversité.

Je ne sais pas à quoi cela est dû. Mais cela semble prendre le contre-pied de la tendance naturelle de la civilisation née de la Révolution industrielle, qui aurait cherché à tout uniformiser. Par exemple, c’est le combat de Taylor. Il voulait amener tout le monde aux « meilleures pratiques », pour des raisons « d’efficacité ». C’est l’idée qui sous-tend les progiciels de gestion modernes (SAP, Oracle…).

L'intérêt récent pour la diversité semble provenir de la crise. L’idéologie dominante ayant été ébranlée, son idéologie opposée a profité du vide pour se faire entendre ?

Compléments :