mardi 16 décembre 2008

Rayonnant Madoff

Bernard Madoff semble s’être toujours comporté avec la plus claire des confiances. Se ventant même de son insolent succès.

Escroc de génie ? Autre hypothèse, qui m’est venue en tête à la lecture de l’histoire d’Enron. Les grands scandales américains sont le fait de personnes persuadées d’être dans le droit chemin. Certes, elles font des entorses à la loi, mais la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? Richard Foster, ancien directeur du plus prestigieux cabinet de conseil mondial, ne leur donne-t-il pas son absolution ? Le capitalisme n’est-ce pas une infraction aux règles de la société qui a été couronnée de succès ? La loi du Far West.

Et n’était-ce pas la doctrine néoconservatrice, son interprétation de l’œuvre de Léo Strauss ? La ligne de conduite de la présidence Bush ? Et, plus généralement, l’explication de l’usage politique des droits de l’homme par les gouvernements américains ?

Complément :

Faillite islandaise

Un article de The Economist (Cracks in the crust) explique que l’Islande a été victime d’Internet.

En 2006, pour étendre leur marché, ses banques ont proposé au ressortissant de l’Espace Économique Européen de souscrire des comptes via Internet. En proposant des rémunérations élevées. Réussite fabuleuse. Mais, elles n’avaient pas de quoi garantir ces comptes. Pas plus que leur banque centrale.

Illustration du fonctionnement du capitalisme selon Richard Foster (McKinsey explique la crise.)

Double contrainte et stretch goal

Préparation d’un cours, je relis un article (A lire absolument), qui explique que l’employé est placé dans une injonction paradoxale, explication de la souffrance au travail.

L’injonction paradoxale est le « double bind » de Bateson. Deux contraintes qui se nient. Mais qu’on ne perçoit pas comme telles parce qu’elles ne sont pas sur le même plan. Bateson y voyait l’explication de la schizophrénie. Le schizophrène dédouble sa personnalité pour la mettre en cohérence avec un environnement contradictoire.

Curieusement, j’ai l’impression que la définition d’un « stretch goal » correspond à la résolution d’un apparent « double bind » : contradiction entre raisons économique et morale, par exemple.
Bateson semble avoir pensé que nous confronter à nos double binds avait un pouvoir curatif. Pour le stretch goal ça semble effectivement le cas.

Compléments :
  • BATESON, Gregory, Steps to an Ecology of Mind, the university of chicago press, 2000.
  • L’article « double bind » de Wikipedia anglais commence par la note suivante, qui m’a laissé songeur : « this article or section appears to contradict itself. »

Si Dieu n’existait pas…

Discussion avec la gardienne de mon immeuble, qui me dit être très croyante.

Ce qui m'amène à une réflexion sur la religion et sur mes livres. Et à la phrase de Dostoïevski.
Les entreprises, les sociétés sont pilotées par les règles de leur culture. Il n’est pas question d’en sortir. C’est une question de survie du groupe. C’est l’équivalent des lois de la nature. Pas besoin de Dieu pour que tout ne soit pas permis.

Faire appel à un mythe fondateur peut être utile pour que ces règles soient respectées sans discussion. Mais généralement, c’est inutile. Souvent, elles s’auto entretiennent. Si vous ne respectez pas le code de la route, accident. Ça limite le besoin de gendarmes.

Compléments :

Un revers pour Nicolas Sarkozy

Je suis réveillé par un Thomas Cluzel (le présentateur des informations de France Musique), presque heureux : un mouvement lycéen a fait reculer un projet du président de la République.

RFI enchaîne avec la satisfaction du Parti communiste et une interview d’un leader syndical lycéen. Je ne comprends de ses propos que « défense du service public ». Bizarre vocabulaire pour un lycéen.

N’y aurait-il pas là une innovation au sens de Robert Merton ? Le président de la République a infligé défaite sur défaite à ceux dont la raison d’être est de résister. La remise en cause est difficile, comme toute remise en cause. Cette apparente victoire apporte la satisfaisante assurance que, finalement, il n’y a rien à changer, tout va bien. Rationalisation de l’impuissance.

Sur la théorie de Robert Merton : Braquage à l'anglaise.

lundi 15 décembre 2008

Nicolas Sarkozy infiltre le Canard enchaîné

C’est ce qu’explique un livre dont parle Pierre Assouline Le Canard enchaîné”, cour et jardin.

J’ai dit que Nicolas Sarkozy allait balayer nos résistances au changement (Du bon usage de Nicolas Sarkozy, Sarkozy : avertissement au résistant français, Sarkozy en leader du changement). Je ne m’attendais pas à avoir autant raison.

BNP escroquée par Madoff

J’ai croisé le chemin de l’audit interne de la BNP : comment une organisation aussi efficace peut-elle être victime d’une escroquerie aussi grossière ?

J’ai lu plusieurs témoignages d’organismes pris au piège des suprimes. Eux aussi n’avaient pas procédé aux contrôles les plus évidents. Plus exactement, leurs contrôles semblent s’être réduits à : 1) il faut le faire parce que tout le monde le fait ; 2) le vendeur est quelqu’un de respecté. Voilà, selon Robert Cialdini, deux « courts-circuits » fréquents dans la décision humaine : « validation sociale » et principe « d’autorité ».

Comme l’homme, la BNP n’aurait-elle pas utilisé sa raison pour décider ? Et les Américains sont des experts de l’art de la manipulation des lois sociales ? L’art de l’influence selon Robert Cialdini.

Mais, n’y a-t-il pas eu inexpérience ? 1) L’escroquerie était grossière ; 2) le peu que je connais des as de la finance me montre qu’ils ont surtout du « flair ». Et un solide bon sens. De paysan. L’expérience des employés de banque se limite-t-elle à leurs diplômes ? Ne faudrait-il pas revenir au modèle du compagnonnage et de l’apprentissage patient ?

Un exemple de technique d'influence : Totalitarisme et management.

Hypocrisie américaine

Matthew Yglesias (Irony Department) a regardé le site web de Bernard Madoff, héros de la dernière escroquerie financière en date. Ce que disait ce site :
In an era of faceless organizations owned by other equally faceless organizations, Bernard L. Madoff Investment Securities LLC harks back to an earlier era in the financial world: The owner’s name is on the door. Clients know that Bernard Madoff has a personal interest in maintaining the unblemished record of value, fair-dealing, and high ethical standards that has always been the firm’s hallmark.
Retour à un favori de ce blog : l’hypocrisie. Et la forme qu’elle prend dans le monde anglo-saxon et allié.

Je continue à penser que l’hypocrisie est naturelle : notre tête a une logique, nos actes une autre. Les mettre en cohérence demande du temps. Mais l’hypocrisie est d’autant plus facile que l’homme est seul face à ses problèmes. Son cerveau a une faible capacité de calcul. S’il avait des amis, il saurait les résoudre. C’est la société qui nous rend intelligents. Et c’est probablement parce que l’Amérique est une société individualiste (qui de plus a une ambition de réussite personnelle inconnue ailleurs) qu’elle se prête à ce type de phénomène.

Nous sommes tous des hypocrites !
Jihad américain et Perfide Albion

Les droits de l’homme sont conformes aux intérêts des USA

Nancy Qian (Propaganda, human rights and the US media, www.voxeu.org, 15 Décembre 2008) a étudié la politique de défense des droits de l’homme des USA.

À la fin de la guerre froide, les USA ont brutalement compris que beaucoup de leurs alliés violaient les droits de l’homme. De sympathique, Mobutu est devenu indésirable.

Plus curieux, une étude du New York Times montre que sa couverture des violations des droits de l’homme suit l’intérêt que leur porte le gouvernement américain. Parce qu’il est moins coûteux de lui demander des informations que d’aller les chercher ? Vue l’importance des droits de l’homme dans la politique de l’Amérique, comment peut fonctionner sa démocratie si son peuple est mal informé ?

Surtout, quel avenir pour les droits de l’homme si le monde soupçonne les USA de les plier à leur intérêt ?

dimanche 14 décembre 2008

Zardoz

Zardoz (film de John Boorman) est l’histoire d’un monde divisé en deux. D’un côté des élus immortels, adolescents impubères qui vivent dans une sorte de paradis, de l’autre des affreux noirâtres qui travaillent pour eux. Sean Connery, un agent de sécurité mutant, grossier, velu, et suintant de désirs primaires, s’introduit dans ce paradis.

N’est-ce pas un thème récurrent dans la littérature anglaise ? Que l’on retrouve dans La machine à remonter le temps de Wells ? Celui d’une société composée d’adorables créatures pâlottes et de brutes taigneuses et sans humour ? L’équivalent des films de zombies américains ?

Image de la société anglaise ? Une élite, d’une part, une classe ouvrière de l’autre. D'ailleurs, pas besoin d’aller chercher loin le paradis de Boorman : on le trouve dans les public schools et à Oxford et Cambridge. L’éducation de l’élite anglaise vise à l’épanouissement de l’individu. C’est ce que dit la directrice de l’Université de Cambridge. L’Anglais supérieur parle délicieusement, avec charme, culture et originalité. J’ai toujours eu l’impression que son éducation n’avait que cet unique but : la parole.

Mais, imaginer qu’une élite puisse être sans compétences, juste épanouie, n’est-ce pas en contradiction avec ce que dit cette même élite : la division des tâches est le principe de la société ? Pas sûr : quand on dirige l’économie, on imagine facilement que l’on a des compétences surnaturelles.

D’accord, mais comment arrive-t-on au sommet sans compétences ? Il me semble que les sociétés se forment en deux temps. D’abord se construisent leurs structures. Puis elles se mettent à fonctionner, et la répartition des positions se fait selon des « rites » (désignation aux postes principaux –cf. l’éducation nationale en France), qui n’ont rien de rationnel (= liés à une compétence personnelle). Il suffit d’être bien placé dans ces rites pour avoir les places d’honneur de la société. C’est probablement comme cela que s’est constituée la France d’Ancien régime. D’abord des guerriers, puis leurs descendants, qui n’en étaient plus que de pâles copies.

Bien sûr l’édifice est instable, puisque non totalement optimisé. Comme le montre le triste sort de la multinationale américaine, organisée selon ce principe. Mais, pour une nation, les changements sont longs. En attendant, il est délicieux de se faire peur.

Compléments :