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vendredi 14 septembre 2012

Scénarios d’apocalypse


Depuis que je me suis intéressé aux Limites à la croissance, je découvre que beaucoup d’auteurs respectables pensent que l’espèce humaine va à la catastrophe. Mais personne ne précise la nature de cette catastrophe. Pourquoi ne pas faire l’exercice ? me suis-je dit. Voici, donc, quelques scénarios qui me sont passés par la tête.
  1. Le premier est la disparition, pure et simple, de tout ou partie de la vie sur terre. Il paraît que c’est possible. Il suffirait de faire dérailler quelques-uns des systèmes de régulation de la planète, pour que la terre devienne plus ou moins inhabitable.
  2. Plus optimiste : retour vers le passé, et la normalité. Le généticien Spencer Wells raconte l’histoire de la société depuis ses origines. Elle est ponctuée d’innovations sociales, qui produisent un développement de l’espèce au détriment de l’homme. Ainsi, lorsque l’on observe les caractéristiques de l’être humain, on découvre qu’il n’y a que depuis peu qu’elles sont revenues au niveau de celles qui étaient les siennes avant l’invention de l’agriculture. Pourquoi ne pas imaginer, alors, que cette exception prenne fin ? Et que tout ce que nous croyons un acquis s’effondre, que l’homme redevienne mal nourri, rachitique, soit victime d’épidémies… ?
  3. Il y a aussi la fin du développement économique. Curieusement, c’est une conclusion évidente des Limites à la croissance, qui n’est pas développée par le livre. Il dit, en effet, que plus nous détruisons de ressources naturelles, plus notre développement économique est difficile, et plus nous devons dépenser de ressources pour le pousser… On pourrait donc imaginer que nous traversions une série de crises, qui paralysent notre développement économique. Or, les crises sont plus efficaces que tous les Kyotos pour faire baisser nos émissions carbonées. Vive la crise ?

dimanche 1 juillet 2012

La sélection naturelle est-elle sociale ?

Pourquoi parlons-nous une langue du sud, alors que nous sommes un pays du Nord ? me suis-je demandé. Parce que les Francs ont choisi d’être les descendants des Romains, porteurs de la civilisation ? Ce qui m’amène à une idée curieuse. Hier, ce qui était admiré était au sud. Aujourd’hui, l’Europe est dominée par les pays du nord, les barbares d’il y a peu. 

D’ailleurs, la fameuse « paresse » que l’on nous reproche n’est-elle pas la manifestation d’un art de vivre évolué ? Les classes dominantes anglaises ne donnent-elles pas l’exemple même d’une telle « paresse » ? Mais le raisonnement doit-il s’arrêter là ? Les civilisations orientales, voire l’Afrique des origines, ne sont-elles pas plus agréables que nos mondes modernes ?

J’en reviens aux théories nazies, qui voulaient que la civilisation, trop douce, soit régénérée par le sauvage ? Ou à Rousseau et Lévi-Strauss, et à leur paradis perdu ? Ou à la théorie de Spencer Wells : plus la société se développe, plus elle contraint l’homme, jusqu’à lui imposer des mutations génétiques ?

À chaque fois que l’homme a été menacé, il a trouvé des solutions sociales à ses problèmes. De ce fait, sa population a crû, mais au détriment de l’épanouissement du grand nombre.

Le plus étrange dans l’affaire, c’est que les ultra-individualistes Anglo-saxons sont probablement les principaux moteurs de cette perte de liberté. Car, d’eux vient la Révolution industrielle, qui a multiplié la population mondiale par plus de 10. Leur élite a certainement profité de l’asservissement de son prochain qui en a résulté. Mais une caste de privilégiés peut-elle se maintenir ? Poussés par leur intérêt individuel, ils font le jeu de la société, qui finira par les égaliser ?

La sélection « naturelle » ne choisit pas les individus pour eux-mêmes, mais pour servir l'espèce ?

samedi 2 juin 2012

Internet peut-il changer notre façon de créer ?

Spencer Wells dit que l'homme, depuis qu’il s’est assis autour d’un feu de camp, innove par la culture (La société contre l’homme). Il crée en groupe. J'en suis arrivé à penser qu'Internet pouvait permettre de faire un reengineering de ce processus. Les étapes de ma réflexion :

mardi 17 avril 2012

Inégalités et crise

Aux USA un cercle vicieux se serait enclenché qui aurait enrichi les plus riches, leur donnant de plus en plus de pouvoir, notamment de déréglementer, donc de s’enrichir… Ce serait leur argent qui aurait envoyé le parti républicain à l’extrême droite, ce qui bloquerait le fonctionnement démocratique du pays. Surtout, ils empêcheraient la relance dont a besoin le pays et ses chômeurs, parce qu’elle prouverait l’utilité de l’État dont ils veulent se débarrasser. En outre, sans chômeurs, la nation ne dépend plus des états d'âme des entreprises, qui perdent tout pouvoir.

Intrigants arguments (Krugman et Wells, Economy killers: Inequality and GOP ignorance - Salon.com)

mardi 29 juin 2010

Pandora's seed ou la société contre l’homme

WELLS, Spencer, Pandora’s seed, the unforeseen cost of civilization, Random House, 2010. L’homme a inventé la société pour le protéger de l’extinction, mais il l’a payé de sa santé et de son équilibre psychologique. C’est, en substance, ce que dit Spencer Wells, éminent généticien.

La particularité de l’espèce humaine est son adaptabilité quasi infinie. Celle-ci tiendrait aux caractéristiques du cerveau qui fait de l’homme un être social : il innove par la culture. Depuis les assemblées de chasseurs cueilleurs, le groupe humain est une « machine sociale » qui produit des idées, les teste et les affine.

Cette capacité d’adaptation culturelle se serait révélée il y a 70.000 ans, lorsque l’explosion d’un volcan transforme le climat terrestre et réduit nos ancêtres à quelques milliers de personnes. Mais elle donne sa pleine dimension il y a 10.000 ans : invention de l’agriculture. Celle-ci résulterait d’une autre catastrophe climatique. Un réchauffement étend le territoire des céréales. La nourriture devenant abondante, les chasseurs cueilleurs se sédentarisent et se multiplient. Nouvel âge glacière : ils sont piégés, ils ne peuvent plus partir. C’est alors qu’ils créent l’agriculture, un moyen de maintenir ce dont ils ont besoin pour vivre sur place. En découle une explosion démographique, l’apparition des formes modernes de l’État, et la guerre : plus question de fuir, il faut défendre ses biens.

Si la société a protégé l’espèce elle prive l’individu de sa liberté et le soumet à une succession accélérée de fléaux. Tout d’abord, elle provoque un nombre étonnant de mutations de son génome. On lui doit aussi toutes les épidémies - elles ont pour origine la cohabitation de l’homme et des animaux, sauf la malaria, qui, elle, doit son succès moderne aux transformations de l’environnement provoquées par l’agriculture. Et il y a l’hypertension et le diabète, inadaptations de notre être à notre alimentation. C’est maintenant le tour du stress, des maladies psychologiques qui font la fortune de l’industrie du tranquillisant « pour la première fois dans notre histoire, nous nous droguons pour paraître normaux ». Notre système immunitaire vit la société comme une agression permanente. Enfin, le génie génétique donne désormais à celle-ci les moyens de manipuler notre génome et de construire ainsi notre descendance. L’être humain étant le fruit d’une évolution de plusieurs millions d’années, il est probable que ce bricolage eugénique dépasse en conséquences dévastatrices tout ce que la société a commis jusque-là.

Que faire ? La crise environnementale qui nous tend les bras sera un grand moment de créativité sociale. Il faut en profiter pour sortir de nos erreurs, et adapter notre culture à notre biologie, non plus l’inverse. Pour cela il nous faut comprendre que nos malheurs viennent de notre cupidité qui nous fait en vouloir toujours plus, ce qui déclenche des conséquences de plus en plus désastreuses pour l’homme, nous devons « apprendre à vouloir moins », et prendre un peu de leur sagesse aux derniers chasseurs cueilleurs qui nous restent.

Commentaires :
  • Dynamitage du mythe du progrès. Antithèse de la pensée dominant le monde financier anglo-saxon, et la théorie économique, qui pense que la société est faite d’individus laissés à eux-mêmes, qu’il n’y a rien de tel que la « culture ». Retour aussi aux thèses de Rousseau et de Lévi-Strauss, cette fois-ci appuyées par toute la batterie de l’argumentation scientifique moderne.
  • J’y retrouve les idées que développent mes livres sous un angle inattendu. En particulier, j’y parle « d’ordinateur social », moyen de transformation d'une « organisation ». Spencer Wells en fait la caractéristique même de l’homme. Plus curieusement, je trouve un écho à ma théorie selon laquelle ce qui a fait la différence entre nous et l’homme de Neandertal est notre aptitude sociale.
  • Ce livre me fait me demander si les « droits de l’homme » ne sont pas une révolte de l’individu contre la main invisible de la société, et s’ils n’annoncent pas, effectivement, que nous allons chercher à la faire aller dans une direction qui nous brutalise un peu moins. Au fond, c’est le but des techniques de conduite du changement. 

jeudi 24 juin 2010

Ennui des réunions

Des sociologues se demandent pourquoi les réunions sont ennuyeuses.

Selon moi, elles ne devraient pas l’être. Spencer Wells explique que l’originalité de l’espèce humaine est d’avoir la capacité sociale à créer. La société est une sorte de machine à innover. Et l’outil de l’innovation est une petite assemblée identique à celle que formaient les chasseurs cueilleurs le soir autour du feu. C’était déjà là qu’ils échangeaient ce qu’ils avaient appris de leur journée et qu’ils avaient des idées nouvelles.

Depuis, les groupes sont demeurés de formidables outils de création. Débats démocratiques, jugement par jury, « focus group » marketing, mode projet de l’industrie…

Mais, si la créativité de groupe est l’acte différenciateur de notre espèce, pourquoi certaines réunions sont elles mortelles ? Justement parce qu’elles ne se veulent pas créatives ? Qu’un ou plusieurs participants pensent détenir le savoir et veut l’imposer aux autres ?...

lundi 21 juin 2010

Astaxanthine

Le saumon d’élevage n’est pas rose comme le saumon en liberté.

Alors, on lui fait ingérer un ingrédient artificiel, « tiré de dérivés pétroliers, au moyen d’un processus chimique complexe », qui fait croire au consommateur qu’il mange l’espèce d’origine.

Le consommateur est-il informé de ce tour de passe-passe ? Le manque de sens civique de l’entreprise est curieux.

(Information venant de WELLS, Spencer, Pandora’s seed, Random House, 2010.)

dimanche 14 décembre 2008

Zardoz

Zardoz (film de John Boorman) est l’histoire d’un monde divisé en deux. D’un côté des élus immortels, adolescents impubères qui vivent dans une sorte de paradis, de l’autre des affreux noirâtres qui travaillent pour eux. Sean Connery, un agent de sécurité mutant, grossier, velu, et suintant de désirs primaires, s’introduit dans ce paradis.

N’est-ce pas un thème récurrent dans la littérature anglaise ? Que l’on retrouve dans La machine à remonter le temps de Wells ? Celui d’une société composée d’adorables créatures pâlottes et de brutes taigneuses et sans humour ? L’équivalent des films de zombies américains ?

Image de la société anglaise ? Une élite, d’une part, une classe ouvrière de l’autre. D'ailleurs, pas besoin d’aller chercher loin le paradis de Boorman : on le trouve dans les public schools et à Oxford et Cambridge. L’éducation de l’élite anglaise vise à l’épanouissement de l’individu. C’est ce que dit la directrice de l’Université de Cambridge. L’Anglais supérieur parle délicieusement, avec charme, culture et originalité. J’ai toujours eu l’impression que son éducation n’avait que cet unique but : la parole.

Mais, imaginer qu’une élite puisse être sans compétences, juste épanouie, n’est-ce pas en contradiction avec ce que dit cette même élite : la division des tâches est le principe de la société ? Pas sûr : quand on dirige l’économie, on imagine facilement que l’on a des compétences surnaturelles.

D’accord, mais comment arrive-t-on au sommet sans compétences ? Il me semble que les sociétés se forment en deux temps. D’abord se construisent leurs structures. Puis elles se mettent à fonctionner, et la répartition des positions se fait selon des « rites » (désignation aux postes principaux –cf. l’éducation nationale en France), qui n’ont rien de rationnel (= liés à une compétence personnelle). Il suffit d’être bien placé dans ces rites pour avoir les places d’honneur de la société. C’est probablement comme cela que s’est constituée la France d’Ancien régime. D’abord des guerriers, puis leurs descendants, qui n’en étaient plus que de pâles copies.

Bien sûr l’édifice est instable, puisque non totalement optimisé. Comme le montre le triste sort de la multinationale américaine, organisée selon ce principe. Mais, pour une nation, les changements sont longs. En attendant, il est délicieux de se faire peur.

Compléments :