mardi 3 mars 2009

Recomposition de l’industrie automobile ?

Une bataille capitale s'engage avec la transition vers la voiture propre, par Michel Freyssenet. La seule certitude en ce qui concerne l’industrie automobile est que ses stratégies étaient erronées et creusent sa tombe. Le cercle vicieux est fascinant :

Elle pensait trouver un nouveau marché dans les pays émergents, et maximiser ses marges en remplaçant ses employés occidentaux par des orientaux moins chers. Résultat : des Orientaux qui ne veulent pas de ses produits, des Occidentaux qui ne peuvent plus se les payer !

Explication. La crise qui résulte de la généralisation de ce raisonnement fait que l'Oriental va devoir relancer son économie seul, et que pour cela il préfère consommer ce qu'il produit. Quant à l'Ouest, cette politique y a transformé le marché. D'un côté, de nouveaux riches. De l'autre de nouveaux pauvres, victimes de ses délocalisations. Besoin : très haut de gamme, polluant, et très bas de gamme, qui demande une sorte de recul technologique de trente ans (Logan). Disparition d'une grosse partie du marché de constructeurs tels Peugeot et Renault ?

Exemple d'effet de levier, en quelque sorte. Une erreur de direction et en quelques années une industrie plus que centenaire peut être rayée de la carte.

À cela s'ajoute la question de la mise au point de motorisations peu polluantes. L’avenir est-il à des solutions locales favorables à tel ou tel acteur national ? Solutions globales ? Les fabricants actuels vont-ils survivre ou être remplacés par d’autres acteurs (concurrents émergents, équipementiers, fournisseurs d’énergie…) ? Ou les grands triomphateurs seront-ils les états qui auront su créer les conditions nécessaires à ce renouveau ?

Complément :

lundi 2 mars 2009

Le bal des actrices

Application de ce qui précède. Un film dont je suis sorti très épaté.

Pourquoi y suis-je allé ? Comme l’ethnologue pour découvrir une peuplade inconnue, une nouvelle culture.

Est-ce un documentaire ou un film ? Les réactions semblent saisies sur le vif. Pourtant elles ne le sont pas. Est-ce l’excuse de la comédie qui permet de dire des choses vraies et cruelles, sans que cela soit inacceptable ?

On les voit pas belles, humaines. Et pourtant j'ai eu l'impression d'un extraordinaire "book" de leurs talents les plus forts et cachés. Talents que personne n’oserait solliciter parce qu’ils exigent qu’elles se dépouillent de l'illusion de leur apparence ?

Mes considérations n’ont probablement pas grand intérêt. En tout cas un film qui m’a semblé amusant et conseillé en temps de crise.


Cinéma et crise

Beaucoup de gens vont au cinéma (+4% d’une année sur l’autre).

Je m’y attendais : les crises sont bonnes pour le spectacle. Les théâtres de la dernière guerre étaient pleins. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas était l’interprétation du sociologue qui allait avec la statistique ci-dessus : le cinéma est un art social, nous en avons besoin après le grand moment d’individualisme que nous avons connu.

Pour ma part, je pensais que le problème des crises était l’incertitude, « l’Anomie » ; et que le spectacle nous offrait un espace rassurant, dont on connaissait à nouveau les règles du jeu. Autre possibilité : « distraction », « diversification émotionnelle ». Et la théorie de Malinowski sur la religion (Religion et changement) ? Peut-être que l’art joue le rôle de la religion pour Malinowski ? Dans les moments où l’homme est en proie à une peur destructrice, l’art le rassure et lui inspire un comportement favorable aux intérêts de la société ?...

Une idée d’expérience : quelles sont les distractions qui connaissent de plus en plus notre faveur ? Plutôt de groupe (on retrouve ses amis), ou plutôt individualistes (jeu vidéo) ? Quels sujets de films : introspection ou drame social ?... 

Continental ferme

Ce que dit le ministre concerné :

"Je suis depuis plusieurs mois la situation de Continental en France, son site de l'Oise en particulier, et je recevrai demain (mardi, ndlr), à Bercy, les dirigeants du groupe Continental", a expliqué Luc Chatel. "On ne peut pas laisser partir comme ça un site de production aussi important. Nous allons regarder avec eux, dans le cadre du pacte automobile et dans le cadre de leur stratégie, ce qu'on peut faire pour ce site, si important pour l'industrie française", a-t-il ajouté.

Il me semble que cette attitude est plus habile que celle adoptée pour Gandrange.

  • C’est l’exemple même des techniques de communication de crise : affirmer que le problème est important ; se placer comme « donneur d’aide ».
  • La négociation a des vertus surprenantes. Les négociateurs atteignent généralement leur objectif. Pourquoi ? 1) parce qu’ils ont des objectifs différents 2) parce qu’ils sont complémentaires : à deux il est énormément plus facile pour chacun d’atteindre son objectif personnel que seul.

La tactique du ministre semble juste : comprendre la problématique à laquelle fait face l’entreprise, et chercher comment la résoudre dans le meilleur intérêt de celle-ci, mais en imposant la contrainte de réduire au mieux l’impact socio-économique de la réorganisation. 

Tout problème a de nombreuses solutions, alors que l’on n’en voit généralement qu’une seule. L’État dispose de moyens qui, à peu de frais pour lui, peuvent faire basculer l’intérêt de l’entreprise d’une solution à une autre.

Technique pour lancer la négociation (exemple) : demander à l’entrepreneur plusieurs scénarios (le site reste tel quel, il est réorganisé, etc.) et les moyens qui lui seraient nécessaires pour qu’ils les choisissent. À partir de la, le négociateur fait une « analyse de la valeur », en cherchant à comprendre la logique de ce qu’on lui expose, et s’il n’y a pas d’autres moyens d’arriver au même résultat que ceux qu'on lui propose - qui lui coûtent moins mais tout aussi efficaces.

Compléments :

  • REGESTER, Michael, LARKIN, Judy, Risk Issues and Crisis Management: A Casebook of Best Practice, Kogan Page, 3ème edition, 2005.
  • FISHER, Roger, URY, William L., Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In, Penguin, 1991.

dimanche 1 mars 2009

Assurance systémique

Je ne me suis pas intéressé à ce qui était proposé pour contrôler les organismes financiers. J’étais probablement convaincu que le cas était désespéré. Mais, des idées utiles semblent émerger. Taxing financial pollution: Mandatory liquidity charges propose de créer une assurance anti risque systémique.

Le système d’assurance traditionnel de l’organisme financier est constitué par des réserves. Elles doivent être équivalentes à un pourcentage des actifs à risque. Beaucoup de travaux portent aujourd’hui sur le calcul d’un montant de réserves qui permette d’éviter les désagréments que nous vivons aujourd’hui.

L’assurance en question viendrait compléter ce dispositif. En cas de crise systémique, affectant toute la profession, le fonds assureur interviendrait pour la renflouer. En échange, elle perdrait une partie de sa capacité à prendre des décisions dangereuses (capacité à décider de dividendes et de bonus). 

Europe de l’est : bombe à retardement ?

Parmi les surprises de la crise, voici l’Europe de l’est. Les derniers entrés dans l’UE semblent en mauvaise forme, ce qui ne peut pas nous laisser indifférents.

Je dois avouer que je n’ai pas très bien compris la nature de la question. Ce qui semble émerger :

  1. Les banques de l’Europe de l’Ouest seraient quasiment propriétaires du secteur bancaire local. Elles seraient exposées à hauteur de 600md€. Elles auraient été prises d’une crise de folie en 2007, qui les aurait amenées à prêter beaucoup plus que ne le permettait le niveau des dépôts. Mais le problème ne serait que marginalement local. Forcées par la crise et les mesures qu’elle entraîne d’augmenter le taux de garantie de leurs prêts – une solution étant de réduire leurs encours -, elles sont tentées d’abandonner leurs filiales et leurs engagements orientaux. Ce qui, bien entendu, pourrait dévaster les dits pays. (Le problème serait le même pour le tissu productif, possédé en grande partie par l’Occident.)
  2. Par ailleurs les pays auraient de très lourds déséquilibres entre imports et exports.

Pour éviter une crise « systémique » (prises individuellement, les banques ont intérêt à se désengager, ce qui, globalement, signifie le désastre), What EU leaders must do to avoid banking crisis in Eastern Europe (dont je tire ces informations), suggère de créer un fonds de solidarité européen (500 à 700m€). Il fournirait des crédits à ceux qui en ont besoin. Il pourrait être garanti par l’Ouest. Mais pas alimenté par ses états : la demande internationale pour ce type d’emprunts d’état est forte (Les gouvernements doivent rendre l’avenir prévisible).

Il y a peut-être là une nouvelle démonstration de l’efficacité admirable du laisser-faire et des marchés : un peu d’inattention, et, en deux temps trois mouvements, ils vous transforment la planète en un champ de ruines. 

Compléments : 

  • Je me demande si ceci ne signifie pas que l'Est est presque entièrement entre les mains de l'Ouest. Nouvel exemple de : À vendre, pays pauvre ?

Sort de l'Irlande

Début d’enquête (Pauvre Irlande) : il y a quelques années on nous présentait l’Irlande comme le modèle à imiter ; aujourd’hui sa situation semble difficile.

Ireland: How to fix the looming banking and public finance crises explique qu’elle a la particularité d’amplifier les sautes d’humeur de l’économie.

  • Elle avait placé son industrie dans les « chaînes de production des principales multinationales ». Ces entreprises allant mal, elle aussi. En plus le pays était fortement exportateur.
  • Elle a évité les subprimes, mais ses banques se sont lancées dans une surenchère de prêts inconsidérée. Aujourd’hui elles valent « environ 2 ou 3% de leur valeur maximale ».
  • Son gouvernement finançait une politique coûteuse par des impôts sur l’immobilier et sur les bénéfices des entreprises (pour éviter d’imposer les personnes ?). Tout cela s’étant contracté, le déficit est apparu. Ce à quoi il faut ajouter les dettes des banques garanties par l’état (plus de deux fois le PIB).

Comment s’en tirer ? En revenant à un système d’imposition que l’orthodoxie libérale réprouve : impôts sur le revenu, TVA, taxes indirectes. Heureusement, il semblerait qu’il y ait une bonne entente entre syndicats, patrons et gouvernants, et une forte capacité à l’adaptation de cet ensemble (« employeurs et travailleurs négociant un nombre impressionnant d’accord d’entreprise pour maintenir l’emploi, y compris des mesures telles que des réductions substantielles de salaire, des ajustements d’heures travaillées et des systèmes de congés sabbatiques »). 

Chine et Kant

Vente d’une collection appartenant à Yves Saint-Laurent et Pierre Berger, et mécontentement chinois.

La Chine réclame la restitution de deux pièces prises lors d’une guerre, vers 1850.

L’affaire a été jugée par un tribunal français. Mais ça n’apaise pas la Chine. Veut-elle faire de la publicité à son pouvoir de nuisance ? (Le Chinois ne comprend que la force, La Chine ne nous aime pas.)

Cela m’a fait penser à une suggestion de Kant. Pourquoi, lorsque nous trouvons meilleures nos idées que les lois, ne nous demandons nous pas ce que ces idées deviendraient généralisées en loi ?

Qu’est-ce qui appartient au patrimoine d’un pays ? Quand est-il légal ou non de le lui prendre ? Faut-il condamner les descendants de ceux qui ont gagné des guerres, pour ce qu’ont fait leurs prédécesseurs ? Y a-t-il une nation qui ne soit pas coupable ?  

Bellamy

Dernier film de Claude Chabrol.

Les films de Claude Chabrol me laissent curieusement indifférent. C’est pour cela que j’ai choisi ce film : j’avais besoin de couleur et de calme. Les affres du changement, c’est bon pour les autres.

Je n’ai pas été déçu. Mais quelque chose a fini par me surprendre. Ce téléfilm m’a semblé avoir 50 ans. La façon de parler de Depardieu m’a fait penser à Maigret. C’était frappant. D’ailleurs c’est une intrigue « psychologique » à la Simenon. Il ne se passe rien. Plus frappant : les rapports humains ne me semblent pas ceux auxquels je suis habitué. Il y a une sorte de déférence, de respect, qui s’est perdu.

J’ai regardé le dossier de presse. Effectivement, le film est un hommage à Simenon. Chabrol approche des 80 ans, ce qui peut expliquer qu'il soit attaché à un autre temps. Il parle :

"A un moment donné, Bellamy dit de son frère Jacques : "Je ne pouvais plus supporter son visage d'ange." Bien entendu, il s'agit d'une projection de ce que lui-même n'est pas. Par la suite, c'est l'inverse qui se produit : Bellamy représente, aux yeux de son frère, une sorte d'ange que lui ne peut pas réussir à atteindre, ni à détruire. Car, si Jacques incarne la part d'ombre de leur fratrie, c'est parce que Bellamy a lui-même éteint sa part de lumière."

Je n'avais pas saisi.

Grand Paris

Cette semaine, j’ai entendu parler des difficultés d’un projet visant à rationaliser le fonctionnement de la Région Parisienne.

Les réformes semblent suivre un mécanisme invariable (voir par exemple l'analyse du début de Réforme de la recherche (suite)). Une analyse partagée d’abord :

Le diagnostic général ne soulève pas de controverses majeures. Chacun admet que Paris étouffe dans des frontières inchangées depuis un siècle et demi. Chacun reconnaît que la coupure trop longtemps marquée entre la capitale et sa région de quelque 9 millions d'habitants n'a pas permis de traiter à la bonne échelle des problèmes aussi cruciaux que le logement (insuffisant), les transports (surchargés), la crise des banlieues "sensibles" (qui se sont embrasées en 2005) ou encore les enjeux écologiques et de compétitivité internationale. Chacun, enfin, préconise, d'une manière ou d'une autre, l'émergence d'un mode de gouvernance de cette métropole moins fragmenté, plus collectif et global.

Puis proposition d’un plan gouvernemental (ici, par Édouard Balladur), qui fait hurler les responsables concernés.

Je crois reconnaître ce que je vois dans les entreprises. Ce qui pêche dans les nouvelles stratégies ce ne sont pas leurs orientations, mais leur mise en œuvre. Elle reflète la vision biaisée de celui qui les a conçues. La « résistance au changement » est l’expression de l’oubli de la réalité.

Malheureusement, cette expression est trop rare ou trop maladroite, si bien que la mise en œuvre se fait. Incorrectement donc. Beaucoup plus tard des dysfonctionnements se manifestent, et on accuse alors ceux qui les subissent d’en être responsables. (Indépendance des Antilles.)

Compléments :