samedi 11 mai 2013

L’américanisation de la France (suite)

Un article dit :
Nous avons fait l’an dernier une étude auprès de 10 000 jeunes de l’enseignement supérieur, toutes filières confondues. Qu’avons-nous constaté ? Que la génération Y, mobile, mondialisée, prête à partir travailler en Asie représente un quart des jeunes. Tous les autres, c’est-à-dire la très grande majorité, sont dans l’autre profil, celui pour lequel l’appartenance à un groupe est essentielle. Ils ne sont pas du tout les zappeurs permanents qu’on décrit. 
Les 25 % que vous avez identifiés ont-ils des caractéristiques particulières ? 
Ils sont plutôt dans les écoles de management. Je pensais qu’on en trouverait davantage dans les écoles d’ingénieurs, mais non ce n’est pas le cas. De façon générale, l’industrie est un univers où l’appartenance à un secteur, à un métier, à une entreprise est très forte. On ne peut pas les gérer comme une SSII, avec un turn over élevé.
Napoléon appelait l’Angleterre un pays de boutiquiers. Les écoles de commerce seraient-elles une 5ème colonne de la culture anglo-saxonne ? Ou un milieu favorable à son influence ? 

vendredi 10 mai 2013

Enrico Letta : enfin un leader pour l’Europe ?

Enrico Letta tente un changement. Il cherche à faire basculer la politique européenne de la rigueur à la relance. Et, de loin, il semble utiliser les règles de l’art.
  • Il bâtit une coalition d’alliés. Il a commencé par se rapprocher de Mariano Rajoy, son opposé politique. 
  • Il cherche à ne faire perdre la face à personne. S’il réussit, Mme Merkel pourra affirmer que c’est grâce à sa politique à elle.

Et si l’entreprise française était dysfonctionnelle par construction ?

Un exemple d'un exercice que je demande à mes élèves. C’est l’exercice du paradoxe : repérer un comportement bizarre ; l’expliquer par une logique qui n’est pas la nôtre. Un truc ? Commencer par une explication négative (idiotie), puis passer à une explication positive (dans les mêmes conditions, j’aurais fait pareil).

Que donne l’exercice ? Lorsqu’il est appliqué à l’entreprise, il la montre ridicule. Par exemple, pourquoi, pour ne pas perdre leurs congés, les contrôleurs de gestion de telle société sont contraints à les prendre en mai ?!

Voici deux explications proposées par moi. L’une positive, l’autre négative.
  • Explication positive. Conséquence de « l’organisation » sociale. L’activité collective est organisée par des règles. Et ces règles ont des exceptions. Mais, c’est un moindre mal. C’est ainsi que nous avons inventé le feu rouge. Le feu rouge est une bonne idée, mais, de temps à autres, il nous force à nous arrêter alors qu’il n’y a pas un chat dans la rue. Idem pour les entreprises et leur organisation.
  • Explication négative. Elle vient du professeur d'organisation Jean-Pierre Schmitt. Selon lui, l’entreprise française est conçue « par des ingénieurs (non formés à l’organisation) ». Il entend par là des théoriciens ne connaissant rien à la réalité. Résultat ?  Une organisation du travail théorique, inadaptée, pas conçue pour l’aléa, insensible à l’évolution de son environnement concurrentiel. Ce handicap monstrueux doit être compensé par l’exploit permanent des opérationnels (le fameux « mode pompier »). C’est un miracle non durable. En particulier parce que l’entreprise est quasiment incapable de changer (au mieux douleur, coût et improvisation) ou de croître.
Cette explication est aussi celle de Platon. Il disait que nous devions organiser la société selon des principes abstraits, que nous trouverions dans notre tête. Hannah Arendt pensait qu’il avait tiré cette idée de l’expérience de l’artisan, qui est guidé par l’idée de l’objet qu’il veut fabriquer. Certes, mais elle résulte d’une vie de pratique. Et s'il fallait que nos ingénieurs commencent par connaître la réalité avant d’avoir des idées ? (Est-ce ce que Hannah Arendt entend par vita activa ?)

jeudi 9 mai 2013

L’échec de Schröder et de Thatcher ?

Je me demande si l’on ne se trompe pas sur Thatcher et Schröder. Selon le camp auquel on appartient, on les juge des vampires ou des combattants de la liberté. En fait, ils ne sont ni l’un ni l’autre. Les mesures radicales qu’ils ont voulues devaient, après une période d’ajustement difficile, profiter à tous. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Leurs pays se sont redressés, certes, mais ils demeurent extraordinairement fragiles. Surtout, et c’est sur quoi, curieusement, on n’insiste pas, la pauvreté qu’ils ont créée à titre provisoire ne s’est pas résorbée comme ils s’y attendaient.

C’est parce que Schröder a échoué, et que l’Allemagne continue à souffrir, qu’elle n’a pas retrouvé sa générosité d’après guerre. C’est une hypothèse que je fais. 

OGM : dangereux ou non ?

Les OGM sont-ils dangereux ? Le journal Nature essaie de débrouiller la question. Et sa conclusion est, si je comprends bien, que les pour et contre OGM sont des fous-furieux indignes de confiance. Et que, probablement, les OGM ne sont ni extraordinairement bénéfiques, ni terriblement dangereux. Mais ce n’est pas tant cette conclusion que je trouve intéressante que ce que cette enquête révèle de l’agriculture.

Car, si l’on ne sait rien sur les OGM, c’est parce qu’il n’y a pas d’argent pour faire des études sur leur compte. L’économie de marché éliminerait-elle les ressources de la recherche et nous forcerait-elle à être des cobayes ?

Surtout, si les OGM peuvent sembler bénéfiques, c’est en comparaison avec ce qui se fait ! Et ce qui se fait est effrayant. D'ailleurs nos critères d’évaluation de la dangerosité d’une technique méritent une discussion. En effet, on apprend que les techniques traditionnelles de culture sont redoutables. Cultiver, c’est avant tout combattre les mauvaises herbes. Jadis, on l’a fait par le labourage. Mais il détruit l’humus et contribue à l’effet de serre. On a aussi employé des masses de produits chimiques. Le principe des OGM était d’éviter le labourage et de diminuer la chimie. Mais la nature et les OGM semblent se livrer au jeu du gendarme et du voleur. En particulier les mauvaises herbes absorbent les gènes anti-produits chimiques transmis aux cultures. Il faut sans arrêt changer de tactique.

Tout ceci me fait me demander s’il ne serait pas temps de reposer le problème de l’agriculture. N’y a-t-il pas d’autres façons d’obtenir les résultats que nous cherchons (nourrir le monde) ? Ce problème ne doit-il pas être pris en main par autre chose que des activistes shootés à l’idéologie ? 

mercredi 8 mai 2013

Réformes japonaises : danger pour le monde ?

Les Japonais ont décidé d’un électrochoc. Par des mesures monétaristes d’une massivité sans précédent, ils veulent se sortir de leur stagnation économique (dettes colossales, déflation). Ils y sont encouragés par les Américains.

Cette décision semble poser deux problèmes. Le tissu économique japonais est vieillissant et peu propice à réagir positivement à ce type de stimulation. Mais aussi, ces mesures ont conduit à dévaluer le Yen de 20%. Ce qui menace les autres économies mondiales, notamment celles des ses voisins, et celle de l’Europe. (L’article.)

Qu’en tirer comme conclusions ? Les USA ont tout à y gagner ? L’Europe est tellement faible qu’elle n’arrive plus à se défendre ? En tout cas, il est fort possible que les réformes japonaises aient été faites au mauvais moment. Maintenant, vont-elles être un pétard mouillé, ou plonger l’économie mondiale dans le chaos ? 

Michael Porter et Confucius conseillent l'entreprise française

Je pense que son obsession de la "compétitivité" plonge notre économie dans le chaos. Les entreprises doivent, au contraire, chercher à se différencier. Pour cela, elles doivent bâtir une compétence unique. Bertrand Delage a trouvé des personnes qui partagent mon point de vue :
Celui dont la pensée ne va pas loin verra ses ennuis de près (Confucius)
L’essence de la stratégie est le choix d’accomplir ses activités d’une manière différente de celle de ses concurrents (Michael Porter)

mardi 7 mai 2013

Le Pakistan et la poudrière islamique

Les élections qui se tiennent au Pakistan éclairent les forces qui tentent de modeler le monde islamique. Rien ne va plus. Très intéressant article.
  • Au Pakistan, « une petite mais très motivée partie de la population a choisi la violence extrême comme forme d’expression politique ».
  • L’affrontement en Syrie déterminera l’équilibre entre Shiites et Sunnites. « Si les Sunnites gagnent, ils vont vouloir renforcer leur pouvoir dans les pays ayant une importante population shiite. Il est rarement su que le Pakistan a la deuxième plus importante population shiite du monde (…) elle a été attaquée impitoyablement à Karachi et Quetta ces dernières années, il y a eu plus de 400 tués. »
  • L’Occident a changé de ligne directrice. Il n’est plus question de l’ancien compromis « autoritarisme en échange d’un approvisionnement en pétrole sûr, de la protection des voies maritimes stratégiques et d’une certaine tolérance à l’endroit d’Israël ». 
  • Mais, une fois de plus, le nœud du problème semble bien plus économique que religieux. La coalition qui dirige le Pakistan a « réussi à créer une structure politique basée sur des fondations tout à fait stables », mais pas à donner au pays une croissance suffisante pour nourrir sa population. De ce fait, « augmentant le réservoir dans lequel les extrémistes tirent leurs recrues ». 

Et si le principe même de nos réformes était faux ?

On répète au sud de l’Europe qu’il doit se réformer. Il est inefficace. Il y est très difficile, par exemple, d’être taxi, ou d’ouvrir une pharmacie. De même qu’il est très difficile d’être ingénieur des mines, inspecteur des finances, ou chercheur en physique des particules. De ce fait, ces acteurs économiques peuvent prélever une « rente ». Ils gagnent plus qu’ils ne le devraient. (En général, ce raisonnement ne s’applique pas à Bill Gates. Il n’est pas un rentier, mais un « créateur de valeur ». L’économiste est un Marxiste inversé.) Il suffit de faire sauter ces barrières pour qu’il y ait plus de taxis ou de pharmacies, et que l’on puisse se déplacer ou se soigner pour moins. La logique de la rigueur est là : faire sauter des barrières, pour aller mieux.

Mais, il y a une autre explication au fonctionnement de la société. Elle vient des sciences humaines (et de la systémique) et elle amène à une nouvelle façon de voir la crise. Une société a des fonctions, comme l’homme a des organes. Par exemple, celle des taxis est le transport. Le rôle de ces fonctions n’est pas que l’action, il est aussi l’entretien et le développement de sa compétence. Dans cette vision des choses, il est aussi idiot de faire sauter les structures sociales que de vouloir éliminer les organes du corps. Mais ce n’est pas pour autant que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le corps peut tomber malade. Ce qui signifie que ses constituants ne sont plus dans des conditions correctes de fonctionnement. Il faut donc changer ces conditions pour le remettre sur pieds. Mais pas le changer, lui. 

lundi 6 mai 2013

La force de Hollande : la résilience ?

Peu de gens défendent François Hollande. Les partis de gauche semblent, en particulier, vouloir sa perte. Apparemment, la critique la plus assassine qui lui soit faite est qu'il gère la France comme le PS. Mais, en quoi est-ce une critique ? Il a tenu la tête du PS fort longtemps, et il est devenu président de la République. Où est l'échec ?

Du coup, je me suis dit qu'un tel homme devait tout de même avoir des qualités. Lesquelles ? Je tiens peut-être une piste : la résilience. Ce blog a découvert la résilience lorsqu'il a étudié Les limites à la croissance. La résilience est la capacité à résister à un choc sans perdre son identité. (Et, même, à se régénérer.) Le fondement de la résilience est la diversité. Plus un écosystème est divers, plus il est créatif dans l'adversité et durable. Le gouvernement illustre cette biodiversité. Ne va-t-il pas de M.Mélenchon à M. Valls ? La diversité d'opinion n'y est-elle pas la règle ? Il suffit d'écouter MM. Mélenchon, Valls, Moscovici et Mme Pellerin parler de Dailymotion pour s'en convaincre.

Or, la biodiversité politique est bien adaptée à un temps d'incertitude. D'abord, parce que lorsque l'on ne sait pas ce dont demain sera fait, il est une bonne idée de pouvoir disposer de plusieurs options. Ensuite, parce que la bonne solution pourrait demander un mélange. Le talent de François Hollande est de faire tenir ensemble un tel écosystème. Président systémique ? Président insubmersible ?