Curieux. L’Allemagne dispose déjà, avec l’euro, d’une
monnaie dévaluée. Et M.Schröder a sabré la protection sociale du commun des
Allemands. Serait-ce le prix, et non plus l’innovation ou la qualité, qui font
la force de l’Allemagne ?
lundi 6 mai 2013
Et si l’Allemagne avait un problème de compétitivité ?
Le Japon dévalue sa monnaie. Or, le Japon est un concurrent
de l’Allemagne. L’Allemagne
s’en porte mal.
Rêve en Chine et déprime ailleurs
Le nouveau gouvernement chinois parle de « rêve chinois ».
Pas moyen de savoir ce qu’il sous entend par là. (Mais peut-être est-ce un
reflet du « rêve américain » ? Celui de la Chine étant de
redonner la place qu’elle mérite à sa culture, plutôt qu’une bagnole à chaque
citoyen, comme aux USA.) Mme Merkel et M.Hollande ne s’aiment pas trop. Mais
ça ne change rien, ils sont condamnés à s’entendre. L’Islande change de
gouvernement. Ce n’est apparemment pas une question de programme. Juste un
usage de crise. L’humeur de l’UE n’est plus à la rigueur. The Economist l’encourage
à continuer son effort de libéralisation, cependant. Et la zone euro est de
nouveau menacée. Ce coup-ci ce sont les banques espagnoles et italiennes qui ne
prêtent pas à leurs PME. Scénario habituel : elles pourraient entraîner
leurs pays et la zone euro dans leur chute. La Grèce, après avoir réduit de 20%
son PIB, pourrait repartir. Mais son moral est si bas que l’on peut en douter
(60% des jeunes sont au chômage). En France, M.Hollande se montre amical
vis-à-vis de l’entrepreneur : baisse des taxes sur les plus-values de
cession. L’Angleterre est soulagée : le gouvernement français demande des
économies à son armée, mais ne renonce pas à son rôle mondial. D’autant qu’il
faudra faire sans les USA. Et, effectivement, M.Obama n’intervient pas en
Syrie, alors qu’il le devrait. (Curieusement, l’article n’envisage pas les
conséquences d’une telle intervention.) D'ailleurs, la Syrie, facilement accessible, est devenue la destination préférée du tourisme terroriste, actuellement en plein boom. L'Angleterre est inquiète : que feront ceux de ses nationaux qui font la guerre en Syrie, lorsqu'ils reviendront à la maison ?
Djibouti semble béni des dieux. Le trafic de son port ne
fait qu’augmenter. C’est le point de passage obligé de l’approvisionnement de l’Ethiopie,
arrêt pratique pour les cargos naviguant entre l’Europe et l’Asie et toutes les
grandes armées mondiales y sont installées. Mais sa population n’a pas accès à
ces revenus. Elle est la « plus
pauvre d’Afrique ». À Ho Chi Minh Ville, menacée par la montée des
eaux, les autorités locales préfèrent un projet hasardeux de digues à 2,6md$
plutôt qu’un, plus efficace, à 1,4m$ ! Question d'intérêt.
Au Bangladesh, un immeuble s’est effondré sur des ouvriers du textile. Ce qui
obéit à une logique certaine. Main d’œuvre excessivement bon marché, pas de
droit de l’environnement, et boom de la demande suscitée par une ouverture des
marchés de l’UE. Dans ces conditions, il faut produire à tous prix.
Défaillance du marché. Les compagnies pétrolières sont
évaluées en fonction de leurs réserves. Or, si l’on veut limiter le
réchauffement climatique, une partie de ces réserves ne pourra pas être
exploitée. Le gouvernement américain demande au commerce en ligne de collecter
la TVA. Ce qui pourrait être bénéfique pour Amazon qui, jusque-là, plaçait ses
entrepôts dans les zones hors taxes. La société va optimiser sa logistique,
multiplier ses dépôts et acquérir une flotte de camions. Avantage concurrentiel
important : apparemment pouvoir disposer immédiatement de ses acquisitions
compte beaucoup pour le consommateur américain. (Ce qui explique pourquoi
Amazon France insiste autant sur la livraison dans la journée ?) Pourquoi
les banquiers anglo-saxons ne sont pas en prison ? Parce que l’incompétence
n’est pas un crime. En Allemagne, en revanche, on ne transige pas avec la
confiance.
On est parvenu à faire voler des robots-insectes. Mais il
leur manque encore une alimentation autonome. La pollinisation pourrait être un
de leurs emplois ! L’Amérique veut replanter ses forêts de châtaigniers
génétiquement modifiés. Les anciennes populations de ces arbres ont été
victimes de maladies.
dimanche 5 mai 2013
Class action et américanisation de la France
Après le journalisme d’investigation de Mediapart, voici les
class actions. Curieux comme la France ressemble à l’Amérique.
Faut-il y voir un progrès, ou seulement une évolution de
notre culture ? Mêmes causes, mêmes effets ? La liberté individuelle a
pour contrepartie une moindre protection sociale. Soit le modèle
anglo-saxon. Il nie l’intérêt général, son principe est l’affrontement. Les
milliards des multinationales d’un côté, la masse du peuple, de l’autre.
Pourquoi pas ? L’ennui dans cette affaire est que c’est
une remise en cause, sans discussion démocratique, de la constitution de notre « res
publica » (bien commun, justement). Mais, surtout, que, pour s’affronter,
il faut avoir une voix. Et que tout ce qui se trouve à tort ou à raison minoritaire,
mais aussi la nature ou les futures générations, ou même nos intérêts un peu distants, n’en ont pas.
Hollande le pervers ?
Et si M.Hollande était un dur ? C'est ce que pense Le Monde. M.Hollande dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit. Et ce en dépit des manifestations. Ce n'est pas courant en France. Mais alors pourquoi accuse-t-on M.Hollande d'être mou ? Pourquoi cela déclenche-t-il autant de manifestations et de mécontentements ? France Culture n'annonçait-il pas, hier, qu'il y avait bien plus de manifestations et que l'on cassait énormément plus de CRS que sous Sarkozy ? Que signifie ce paradoxe ?
Et s'il éclairait le vrai visage de la France ? Et si la nature de la France c'était d'être contre ? Contre quoi ? contre, tout simplement. Ce qui justifie l'existence du Français, qu'il soit entretenu par l'Etat, c'est de dénoncer. Et quand il dénonce sans qu'il n'y ait rien à dénoncer, il paraît ridicule. Rien de mieux qu'un assisté. Voilà pourquoi il n'aime pas son président ? Peut-on aimer quelqu'un qui vous révèle médiocre ? D'ailleurs, dévoiler le patrimoine des politiques n'était-ce pas l'acte d'un pervers ? Cela ne met-il pas leur hypocrisie en pleine lumière ?
M.Hollande porte bien son nom. Il n'est ni français, ni normal. Il ne nous aime pas tels que nous sommes. Il refuse d'appliquer nos rituels. Il nous a été envoyé par Satan pour nous tourner en dérision. Voilà la seule explication qui vaille.
Et s'il éclairait le vrai visage de la France ? Et si la nature de la France c'était d'être contre ? Contre quoi ? contre, tout simplement. Ce qui justifie l'existence du Français, qu'il soit entretenu par l'Etat, c'est de dénoncer. Et quand il dénonce sans qu'il n'y ait rien à dénoncer, il paraît ridicule. Rien de mieux qu'un assisté. Voilà pourquoi il n'aime pas son président ? Peut-on aimer quelqu'un qui vous révèle médiocre ? D'ailleurs, dévoiler le patrimoine des politiques n'était-ce pas l'acte d'un pervers ? Cela ne met-il pas leur hypocrisie en pleine lumière ?
M.Hollande porte bien son nom. Il n'est ni français, ni normal. Il ne nous aime pas tels que nous sommes. Il refuse d'appliquer nos rituels. Il nous a été envoyé par Satan pour nous tourner en dérision. Voilà la seule explication qui vaille.
samedi 4 mai 2013
Méditer est bon pour la santé
On nous disait de travailler plus pour gagner plus. Maintenant, on découvre les mérites de la méditation. Décidément, l'ère libérale est finie. La méditation, donc, a un effet immédiat sur nos gènes, semble-t-il. Et c'est bon pour la santé. Cela permettrait d'
améliorer l'efficacité des mitochondries, centrales énergétiques des cellules ; stimuler la production d'insuline, ce qui améliore le contrôle de la glycémie et prévenir l'épuisement des télomères, protection des chromosomes qui permettent de garder l'ADN stable et ainsi d'empêcher les cellules de s'user et de vieillir.Apparemment, pas besoin d'ailleurs d'être un professionnel de la méditation pour profiter de ses bénéfices. On a seulement demandé aux cobayes de l'étude de "réciter des mots, faire des exercices de respiration et d'oublier leur quotidien" pendant 10 à 20 minutes, chaque jour.
Devons-nous revenir à un capitalisme entrepreneurial ?
Je lis un article des années 90 sur le changement. Une
phrase me frappe : « la concurrence ne fait qu’augmenter ». Le
succès qu’a eu cette idée est étonnant. Depuis des décennies la croissance continue de la concurrence va de soi. Le changement permanent est
la norme du progrès.
Je ne suis pas convaincu. J’ai constaté que lorsqu’une
entreprise réussit un changement majeur, elle sort de la concurrence. Car elle
a trouvé un positionnement unique.
Et si toujours plus de concurrence n'était pas une loi de la nature, mais la conséquence d'une nouvelle attitude à la vie ? Il me semble que, jadis, la stratégie de l’entreprise était patrimoniale. Le fondateur d'IBM ne disait-il pas qu'il voulait créer une belle société pour ses arrières petits enfants ? L'entreprise semblait vouloir être éternelle. Il lui fallait pour cela un avantage fort - le mainframe d'IBM ou le 707 de Boeing. Elle voulait peut être même le
monopole par KO ? Mais, à un moment, elle a changé de perspective. L'enrichissement personnel est devenu son objectif. IBM fut un précurseur de ce changement, probablement : il se met à traire son monopole dès les années 80. (Ce qui a failli lui être fatal.) Il y a eu aussi le reengineering des années 90, une tentative de réduction brutale de coûts. L’attaque
frontale d’un concurrent est une autre façon de faire de l'argent rapidement. Toutes ces tactiques ont un même conséquence. Les entreprises n’investissant plus et se ressemblent de plus en plus. Dans ces conditions, l'affrontement demande une adaptation permanente…
Illustration ? Il y a quelques années, je présentais un entrepreneur à un investisseur. Le dernier a commencé par expliquer au premier à quoi il devait s'attendre : si j'investis chez vous, dans 5 ans vous serez peut-être très riche, mais la société ne sera plus la vôtre ; d'ailleurs, vous serez épuisé ; vous avez un choix à faire : soit un développement paisible et sans gloire, soit une croissance courte et explosive.
Illustration ? Il y a quelques années, je présentais un entrepreneur à un investisseur. Le dernier a commencé par expliquer au premier à quoi il devait s'attendre : si j'investis chez vous, dans 5 ans vous serez peut-être très riche, mais la société ne sera plus la vôtre ; d'ailleurs, vous serez épuisé ; vous avez un choix à faire : soit un développement paisible et sans gloire, soit une croissance courte et explosive.
Au fond, Laurent Habib a tout dit. Nous sommes passés d’un capitaliste entrepreneurial à un capitalisme financier. Et si, ce faisant, nous avions épuisé notre patrimoine ? Et s'il s'agissait maintenant de le reconstituer ? Devenons des entrepreneurs ? Pour nos arrières-petits enfants ?
vendredi 3 mai 2013
Les tableaux de M.Guéant
M.Guéant fait oublier M.Cahuzac. L'enquête qui le concerne dévoile un monde fascinant. Il semblerait que l'oeuvre d'art et ses lois permettent de masquer tous les enrichissements.
Mais il y a le bénéfice du doute. Et il est une des dernières choses de bien qui nous reste.
un connaisseur des questions de lutte contre la fraude financière estime que "les œuvres d'art sont un moyen fantastique pour transférer de l'argent de manière artificielle" dans la mesure où "il est difficile d'établir qu'il est fictif de faire une très forte plus-value dans un laps de temps exceptionnellement court".Si M.Guéant avait dû faire du blanchiment d'argent, il n'aurait pas procédé autrement.
Mais il y a le bénéfice du doute. Et il est une des dernières choses de bien qui nous reste.
Les grands sophistes de Jacqueline de Romilly
Sophiste, notre frère ? (Jacqueline de
Romilly Les grands sophistes dans l’Athènes
de Périclès, Le Livre de Poche, 2004.)
« l’individu en
ce temps là, pouvait se faire entendre directement et toutes les grandes
décisions résultaient de débats publics ; la parole était donc un moyen d’action
privilégié. Elle le devint d’autant plus que progressait la démocratie. »
Les sophistes, « professionnels de l’intelligence »,
émergent au moment où la Grèce découvre la raison (qui est aussi la parole, logos, pour les Grecs). Et cela lui
donne une sorte de coup de folie. Cette innovation semble tout rendre possible (« pouvoir de persuasion que plus rien n’arrête »).
Mais les sophistes dignes de ce nom, tels Protagoras,
Gorgias ou Critias, en font un sage emploi. S’ils sont « relativistes », s’ils font « table rase » des anciens usages, des
croyances religieuses ou de l’existence d’une vérité objective, c’est pour reconstruire
le monde sur des bases rationnelles. Principe ? « l’homme est la mesure de toutes choses ».
Le monde doit être fait pour l’homme et son bonheur. Vient alors « l’utilité », le bien commun. En
effet, les sophistes démontrent qu’aucun homme ne peut être supérieur à la
société (le mythe du surhomme est un leurre). C’est pourquoi l’homme crée des
sociétés, et les lois qui permettent d’y vivre. Forme de « contrat social », donc, et rôle essentiel
de la justice. Ce qui est bon pour la cité est bon pour l’homme. D’ailleurs, la
cité crée l’homme, du fait de l’ « action
morale qu’exerce un milieu donné, et la façon dont peu à peu il modèle le cœur de
chacun. » Les sophistes n’étaient pas des individualistes, comme on le
pense ! « La gloire a cédé la
place à des sentiments d’estime, d’affection, et d’union (…) importance donnée
depuis peu aux relations humaines, au sein de la cité. »
Partant de ces fondations, ils constituent une morale « lucide et exigeante ». Au passage,
ils inventent beaucoup de choses. L’éducation de l’intelligence (dont l’objet
est de « faire de chacun une sorte d’expert,
capable d’y voir clair. ») tout d’abord. Ils estimaient que « le mérite s’apprenait », il n’était
plus héréditaire. Ils créent aussi la grammaire, la logique, un début de
médecine, les sciences humaines, et politiques. L’intérêt de l’homme étant de
suivre les lois de la cité, ils sont législateurs et constitutionnalistes. « Ils étaient engagés, prêts à agir et à
prendre des risques ». Ils marquent leur époque, qui parle comme eux,
et ses arts. Jusqu’à la pensée de Platon, qui serait leur négatif. « Cette démarche est empirique et réaliste. Elle
constitue l’inverse de celle de Platon, pour qui tout est commandé par des
principes, correspondant à des exigences intellectuelles et morales. »
S’ils ont mauvaise presse aujourd’hui, c’est peut-être qu’ils
ont vécu à une période égoïste (« L’ambition
d’Athènes, apparemment, libérait les ambitions privées. »), où des
individus mal intentionnés, pour promouvoir leurs intérêts personnels, se sont
servis de l’enseignement des sophistes contre son esprit.
jeudi 2 mai 2013
Critiquons l'Etat, ça rapporte
A-t-on songé au chômage que va créer le reflux de la politique de rigueur ? Car il s'est créé toute une industrie d'éminents personnages qui vivent de la critique de l'Etat. L'association des anciens élèves de l'Insead invite l'un d'entre-eux le 28 mai prochain. Avis aux amateurs, c'est ouvert à tous, et ça ne coûte pas cher.
Rendre la France efficace ? Pépouse ! selon l'expression d'un de mes anciens collègues. Il suffit de casser la bureaucratie et d'installer le laisser-faire.
Rendre la France efficace ? Pépouse ! selon l'expression d'un de mes anciens collègues. Il suffit de casser la bureaucratie et d'installer le laisser-faire.
D’abord l’inefficacité des services publics dont le financement plombe les entreprises : « Produire les services publics nous coûte 60 Mrd de plus que dans des pays comparables ». « Les Régions embauchent à tour de bras, créent de nouveaux services, recrutent des cadres pour diriger ces services, qui créent de nouvelles missions, pour lesquelles il faut de nouveaux agents et de nouveaux bureaux et un nouveau budget. C'est une spirale infernale ».Curieusement, la charmante personne en question ne dit rien de la mise en oeuvre de ces réformes, de la conduite du changement, pour s'exprimer comme moi. A-t-elle trouvé un moyen pour que l'Etat ne nous coûte pas plus cher après la réforme qu'avant ? Pas un mot. Souci de ne pas mettre ce blog au chômage ?
Et aussi le poids d’un encadrement réglementaire superflu. « La plupart des défauts que l'on attribue au capitalisme financier sont imaginaires ou proviennent de réglementations inadaptées ».
Les politiques de compétitivité créent-elles le chômage ?
Il y a une grosse différence entre la France et l’Angleterre,
et l’Allemagne, de l’autre. Les deux premières ont laissé crever les secteurs
qui n’étaient pas « compétitifs », la dernière a cherché à les faire
gagner en efficacité. Notre raisonnement était que les faibles pompaient la sève
des forts. L’Allemagne croit que l’économie se bâtit sur un substrat. Si ce
substrat disparaît, on ne peut plus rien faire pousser. Il semblerait que ce
soit l’Allemagne qui ait eu raison. (Sur
la France et l’Allemagne ; en ce qui concerne l’Angleterre, c’était la
philosophie des réformes Thatcher qui ont abouti à « deux
nations », une riche, l’autre sinistrée.)
En laissant se dissiper le capital que nous avions accumulé, nous sommes-nous condamnés à
un chômage endémique ? De la compétitivité au patrimoine ?
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