mercredi 30 septembre 2015

Théorie de l'agence et lutte des classes

J'ai parlé d'agence au sujet de VW. Mais la théorie de l'agence ne dit pas que cela. Elle explique que Marx s'est trompé. 

Pourtant, tout commençait bien pour Marx. Car elle affirme que celui qui a le pouvoir n'est pas le "chef" mais l'exécutant. En effet, au contact avec la réalité, il apprend et il crée. Seulement, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Je constate que le "il" est collectif. Ce n'est pas telle ou telle personne qui sait. Pour dégager le savoir collectif il faut faire un travail d'analyse et de synthèse. C'est un travail créatif. Il débouche sur ce que la science du management appelle une "vision". Ensuite, il faut organiser l'effort collectif pour la réaliser. Et c'est là qu'entre en jeu le chef. Et c'est cela qui s'appelle le "changement planifié". 

Chaque "classe" a un rôle dont la société ne peut se passer. S'il y a lutte, c'est qu'il y a dysfonctionnement social. Marx : théoricien de la destruction sociale ?

Qu'est-ce que l'exception culturelle ?

Un mystère : qu'entend-on par "culture", dans "exception culturelle" ? La "culture" française ne semble avoir rien de très particulier. (Voir, par exemple, ce qui est dit de la France, ici.) Certes, il y a eu un modèle de la France, rurale d'ailleurs, dont a beaucoup parlé la 3ème République. Mais cette France a disparu. Elle a été liquidée par la transformation industrielle d'après guerre. Au fond on ne parle plus de culture que pour défendre quelques intellectuels qui réalisent des films que personne ne voit. 

J'ai repensé à cette question en lisant l'étude de Jean-Pierre Le Goff. La "culture" est la politique de la mairie de gauche. Une foule d'associations surgit spontanément. Mais tout capote. Il ne reste, comme manifestation culturelle, que le "vide grenier" ! Cela m'a fait comprendre les combats de N.Sarkozy. Ils étaient jusque-là totalement abstraits. La France que décrit JP. Le Goff donne l'impression de quelque chose de grotesque et de paresseux. Le loisir semble être sa seule valeur. "Travail" y devient un mot grossier. On reconnait l'esprit de 68. On croyait qu'il avait péri de ses ridicules. Or, il a survécu un demi siècle, et le pays est maintenant à son image !

Je me suis souvenu de ma jeunesse banlieusarde. Des missionnaires de la culture visitaient de temps à autre mon école. Ils nous considéraient, mes camarades et moi, comme des arriérés. Nous les trouvions minables. Qu'étaient-ils par rapport à ce que l'on voyait à la télévision ou au cinéma ? Et si la "culture" dans "exception culturelle" c'était cela ? Tout simplement l'affirmation qu'une élite est porteuse de quelque-chose de supérieur ? Et que le peuple est, par nature, ignorant ? "L'exception culturelle" : la protection des prérogatives de cette élite ? Fais ce que tu veux du pays, mais ne touche pas à mes privilèges ? 

mardi 29 septembre 2015

Le changement est-il une adaptation ?


Le changement c'est faire que "ce qui ne marche pas" marche, dis-je à un dirigeant. Pas d'accord me répond-il, tout marche bien chez moi. Le changement est une adaptation. N'ayons donc pas peur du changement. Je lui ai signifié mon désaccord. 

Voici un souvenir de ma glorieuse carrière sportive. Il y a longtemps, donc, j'avais une passion pour la course à pieds. Il semblait que j'avais une capacité naturelle à courir de longues distances. Mais les compétitions étaient des désastres. Ça ne marchait pas. Et c'était frustrant. Je pensais qu'elles se couraient "au train". Or, elles démarraient très vite, comment tenir la distance ? Je m'économisais donc et terminait mal classé et reposé. Jusqu'à ce que je découvre simultanément que je pouvais récupérer dans les côtes, et qu'une course se gagne au bluff, au coup d'accélérateur qui déprime l'adversaire. Et être capable d'accélérer dans une côte est très déprimant. Bref, mes défaites n'étaient pas une question de hardware, mais de software : je pensais faux. 

Morale. On peut changer sans changer. Changer demande d'utiliser quelque chose que l'on possède. Mais de le faire d'une nouvelle manière. Mais, pour cela, il faut changer sa façon de penser. Et c'est là qu'est la difficulté. Donc, effectivement, nous ne devons pas avoir peur du changement puisqu'il ne nous rend pas obsolètes. Mais il est néanmoins un exercice incertain parce qu'il demande de parvenir à modifier la façon dont nous pensons. 

Pourquoi les acquisitions ratent-elles ?

Un des marronniers de la littérature du management est l'échec des fusions. On dit généralement que cela vient de facteurs humains. Mais je pense qu'on ne soupçonne pas à quel point ceux-ci sont infimes. Et à quel point tout l'équilibre de notre monde tient à peu de choses. 

Un exemple. Un phénomène usuel lors d'une acquisition est qu'il n'y a plus d'entraide. Ce qui conduit à une dégradation de la performance de l'entreprise suffisante pour la mettre en péril. C'est un peu comme si on laissait les jeunes conduire sans auto école. Ils sont, relativement, peu nombreux, mais ils provoqueraient suffisamment d'accidents pour paralyser la circulation. 

Un autre exemple de ce type de phénomène est celui dont parlent Myriam Carville et Hervé Kabla. Là, même pas de fusion, un simple déménagement. Et c'est une mutinerie. 

Comme quoi, l'homme et le groupe humain sont fragiles. Ils n'obéissent pas aux équations. Dommage que l'on ne dise pas cela aux élèves des grandes écoles... 

lundi 28 septembre 2015

Fortunée gauche

Fortune de Tony Blair ? Plus de 60m£. (Plus de 80m€.) Bill Clinton vaudrait 80m$. Quant à M.Schröder, le wikipedia allemand dit qu'il est consultant pour Ringier Publishing House, président de l'agence Harry Walker, membre et président du consortium du gazoduc NEGP Company, filiale de Gazprom, conseiller auprès de la Libyan Investment Authority, de la Banque Rothschild, et du ministère des affaires étrangères chinois, membre du conseil de la compagnie pétrolière russo-britannique TNK-BP. Et il gagnerait entre 50 et 75.000€ par conférence. 

Ces conférences seraient le principal moyen d'enrichissement de ces gens. Elles rapportent beaucoup parce que des riches paient cher pour y assister. D'où une question. Ces trois hommes sont des modèles pour la gauche. (M.Blair serait le modèle de M.Macron ; M.Schröder est donné en exemple du courage en politique...) Surtout, ils ont démantelé l'Etat providence d'après guerre. Et si, comme hier les transfuges soviétiques, ils étaient accueillis à bras ouverts, et rémunérés, par les adversaires de leur camp ? Et si la guerre froide s'était poursuivie au sein de l'Occident et avait abouti à la liquidation du socialisme ? 

Changement inéluctable

Talleyrand pensait que le monde était parcouru de grands courants de transformation, et qu'il était sot de s'y opposer. Lui même a remarquablement illustré sa théorie. Avec une exception : son cas ! Il a voulu créer une ancienne (!) et puissante "maison", sans se rendre compte qu'en détruisant l'Ancien Régime, et en trichant avec ses règles, il rendait son rêve impossible. 

Peut-être y a-t-il là un phénomène général ? Les sociétés disparaissent parce que certaines classes de la population veulent en remplacer d'autres. Ce faisant, elles détruisent le système qu'elles rêvent de dominer. Quand l'arrivisme devient le critère de sélection principal de l'Académie, l'ENA, la présidence de la République, ou toute autre institution, c'est Armageddon. 

Ce qu'il y a d'étrange c'est que le changement est d'autant plus implacable qu'il semble ridicule. Par exemple, je discutais il y a peu de réformes de la fonction publique. Bien faire n'est pas très compliqué. Pourtant on a l'impression que l'on s'ingénie à tout détraquer. Le mécanisme dont on me parle est simple : le gouvernement est schizophrène. D'un côté, il se veut généreux avec les ressources publiques, de l'autre il demande à l'administration des économies qu'aucune entreprise ne saurait réaliser. (Exemple ?) En outre il lui impose souvent des moyens de mener le changement coûteux, et qui ne marchent pas. Elle est contrainte de tricher. Par exemple, on me raconte qu'elle trouve le moyen de payer certains fournisseurs avec plus de six mois de retard, les mettant en danger, voire en faillite. 

dimanche 27 septembre 2015

Journée sans voitures


27 septembre, journée sans voiture ? Je ne m'en étais pas rendu compte.

La Mairie de Paris ne semble pas avoir réussi son changement. Kurt Lewin dirait que, pour changer l'individu, il faut agir sur le groupe, et qu'elle n'a pas su créer un mouvement social qui arrête la voiture. Pour cela, il aurait suffi que les piétons envahissent les rues. Mot d'ordre pour la prochaine fois ? 

Les conditions initiales d'Einstein

Einstein est d'utilité publique. Grâce à lui, nous avons une excellente opinion de nous-mêmes. Mécanisme en deux temps : 1) on proclame que c'est l'homme le plus intelligent de tous les temps ; 2) on montre qu'une de ses idées est ridicule. Ce qui sous-entend "qu'on" est plus intelligent que le plus intelligent... 

Dans cet épisode, on s'en prend à ses déclarations concernant la mécanique quantique. Pour lui, des conditions initiales identiques doivent donner des résultats identiques. La mécanique quantique dit que ce n'est pas le cas, et l'expérience lui donne raison. (Article de F.Wilczek.) Le monde est imprévisible. 

Pour ma part, je soupçonne que "condition identique" n'a pas de signification. La physique travaille sur des abstractions. Qu'est-ce qu'un "électron" par exemple ? De loin, on le sait, mais de près ? Il en est de même pour toutes les grandeurs de la physique, la hauteur d'eau par exemple. 

Usage des réseaux sociaux

A l'époque de la bulle Internet, on disait qu'il fallait du haut débit et que les "usages" en résulteraient. Quels sont les usages des réseaux sociaux ? 

Récemment, je me suis mis à utiliser Facebook. Jusque là je me servais surtout de Google+. Je l'utilise pour suivre ce que publient des journaux scientifiques ou économiques. Seulement, j'ai découvert qu'il y avait beaucoup moins de choix chez Google que chez Facebook. D'où mon changement. 

J'ai trouvé que Facebook n'avait rien à voir avec Google+. Google+ est assez froid, impersonnel, alors que Facebook est familial. L'idée "d'amis" n'y est pas déplacée. On suit des proches. On affiche ses photos. On fait des "private jokes". Mais voilà qu'il y a de nouveaux problèmes. Certains de ces proches publient énormément, d'où saturation. D'autant que cela interfère avec ma revue d'articles. Dommage qu'il n'y ait pas une possibilité, à la Google+, de séparer les deux flux. Ensuite, plus grave, j'ai découvert que mes amis ou ma famille étaient extrêmement peu actifs. Il y a un nombre étonnant de comptes dormants, y compris chez des gens branchés. Et les jeunes écrivent peu. Impossible de savoir ce qui se passe dans leur vie. (Le SMS me semble le meilleur outil de communication avec le jeune.) En dehors des anniversaires, rappelés automatiquement, bien peu de choses. 

C'est dommage. Au fond, je trouve que Facebook était une belle invention. Cela m'a fait penser à une citation de Charles Gide : lorsqu'on laisse le marché à lui-même, on obtient ce que donnerait un jardin s'il n'était pas entretenu : de la mauvaise herbe. 

samedi 26 septembre 2015

Agence VW

Le scandale VW illustre le phénomène de "l'agence", obsession de l'économiste. Comment faire que celui qui a l'argent (principal) ne soit pas arnaqué par celui à qui il le donne (agent) ? Car ce dernier est mieux informé que le premier. L'économiste se préoccupe ordinairement d'entreprise. Mais le phénomène est général. Dans le cas de VW, VW a utilisé ce qu'il savait mieux que nous contre nos intérêts. Goldman Sachs, autre exemple : naguère il vendait des produits qu'il savait dangereux. On lui a fait un procès pour cela. Mais alors, me direz-vous, comment puis-je avoir confiance en mon vendeur de légumes, en mon assureur, en mon médecin... ? 

La solution trouvée par l'entreprise moderne est de remplacer l'homme par le robot. Mais, d'ordinaire ce n'est pas comme cela que la société procède. Elle utilise le lien social. Ce sont ses membres qui se contrôlent les uns les autres. Ainsi, vous ne roulez pas à gauche, parce que si vous le faisiez, vous n'existeriez plus. Il est possible que si Goldman Sachs, VW ou votre médecin peuvent tricher, c'est parce qu'un excès d'individualisme a détendu le lien social.