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jeudi 30 juin 2022

Misère littéraire

Je suis fasciné par les feuilletons de BBC 4 extra. La quantité est énorme. Il y en a pour tous les goûts : policier, science-fiction, grands classiques, historique, "sitcom"... 

Ce n'est peut-être pas surprenant. On connaît bien la puissance de la production anglo-saxonne. 

Mais, au fond, notre pays fut aussi LA nation littéraire. Et, à chaque rentrée littéraire, il se publie, je crois, plus de 700 ouvrages. Pourquoi cette misère des lettres, chez nous ? 

Je me demande si ce n'est pas par manque d'humilité. En France, on est Flaubert ou rien. Donc, généralement, rien. L'Anglo-saxon des lettres est un tâcheron. Il choisit un genre. Et il essaie de faire son travail le mieux qu'il peut. Ce qui n'est pas simple, car, plus vous obéissez à un style, plus vous devez faire preuve d'originalité, pour vous démarquer de la concurrence. Il faut trouver une "veine". 

Ce qui lui vaut, parfois, de devenir très riche. Et, d'autres fois, d'atteindre, sans peut-être le vouloir, à une forme de génie. 

jeudi 30 décembre 2021

Vive la culture !

"A mon âge, Monsieur, on ne lit pas, on relit." Voilà ce qui pourrait s'appliquer à mon cas. Le virus, en me confinant, m'a amené à relire ce que, parfois, j'avais lu il y a plus d'un demi siècle ! 

J'ai beaucoup lu, dans ma jeunesse, mais ce n'était pas par amour de la lecture, mais par pression sociale. Il était bien de lire, dans ma famille. Car elle devait tout à l'ascenseur social. En même temps, paradoxalement, il n'était pas bien de lire. L'Education nationale, post 68, estimait que la culture était asservissement. Plus de contraintes, plus d'efforts. Je lui dois de ne voir que les ridicules de nos classiques. Et, encore plus, ceux de la littérature post 68, qui n'ayant plus les qualités de ce qui l'a précédée, n'est plus que ridicules. 

Eh bien, j'ai eu tort. Car il y avait dans ces oeuvres bien plus que du génie, une culture, justement. Et la culture, quand elle atteint un certain niveau de raffinement, amène l'homme à une forme de bonheur. Peut être une des formes les plus élevées. Car elle est le propre de l'humanité. 

dimanche 5 décembre 2021

Lagarde et Michard


Rencontre avec un Lagarde et Michard du XXème siècle (édition de 1965). Travail colossal. Il synthétise les oeuvres de dizaines d'auteurs, en les illustrant par quelques textes marquants. Et il décrit, brièvement, l'évolution de la pensée française. 

Tout devient simple. En particulier j'ai compris pourquoi tel ou tel poète a marqué son époque. Cela ne tient pas, toujours, à la beauté de son style ou à l'intérêt qu'a pour nous les sujets qu'il a traités, mais à la nouveauté de ses idées, qui ont changé la littérature qui l'a suivi. 

Que nous avons de la chance d'avoir une telle culture ! ai-je pensé. Mais aussi : grand recul ! Que les interminables pages de wikipedia sont ridicules et inefficaces, en comparaison. D'ailleurs elles s'intéressent beaucoup plus aux potins qu'à l'oeuvre. Même nos philosophes modernes semblent avoir les idées moins claires sur Sartre et Camus, par exemple, que Lagarde et Michard, qui étaient leurs contemporains. (Camus n'est pas décrit comme un existentialiste, par exemple, ou défini par son opposition à Sartre, comme ayant raison ou tort, ainsi qu'on le fait aujourd'hui, mais comme le créateur d'un nouvel "humanisme".)

Le plus surprenant, peut-être, est leur attitude vis à vis des auteurs dont ils parlent. Elle est, pour reprendre le terme à la mode, formidablement "bienveillante". Il n'y a pas de "bons" et de "mauvais". Tous ont un parcours, généralement chaotique, qui a abouti à une oeuvre, et c'est cela qui compte. Tous contribuent à la culture française, à son rayonnement. 

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de critique. Par exemple, il est dit de Sartre qu'il a du génie et de la générosité, mais que, lorsqu'il s'engage dans la politique, c'est "au détriment de l'élaboration esthétique". Ce que Lagarde et Michard n'acceptent pas, c'est la facilité, le relâchement. Pour Bertold Brecht, on lit : "idéologie sommaire" et "saine vigueur technique efficace". Ce qu'ils recherchent, c'est le talent. Une leçon ?

lundi 11 octobre 2021

Langue du colonisateur

La BBC interrogeait le récipiendaire du prix Nobel de littérature. Il a été récompensé pour ses travaux sur la colonisation. On lui demandait s'il n'était pas ennuyeux d'écrire dans la langue du colonisateur, l'anglais. 

Il a répondu que c'était un outil. 

Certes, mais c'est aussi un outil qui change la façon de penser. Et c'est peut-être aussi reconnaître que la culture du colonisateur a des mérites. En particulier de s'être répandue au travers du monde, ce qui permet de vendre les livres qu'elle comprend, et d'obtenir le prix Nobel. 

mardi 10 août 2021

Littérature et vérité

Et si le roman disait mieux la vérité que la science ? C'est, semble-t-il, une idée reçue chez certains. On cite, à son appui, Proust. 

Or, Proust aurait probablement douté des qualités qu'on lui prête. Puisqu'il ne prétend pas que ses descriptions sont "vraies", mais qu'il est parvenu à trouver, en mélangeant des personnalités et des situations, des traits immuables de la vie. 

Peut-être l'auteur, tout simplement, ne fait-il qu'exprimer les idées reçues de son milieu ? Comme dans les romans d'espionnage, où l'on cherche à ce que l'ennemi confie à une "taupe" les questions qu'il se pose, ce n'est pas ce qu'il dit qui est important en tant que description de la réalité, mais en tant que préjugés de classe ? 

samedi 20 mars 2021

Les rois maudits

La radio diffusait Les rois maudits, roman de Maurice-Druon-de-l'Académie-française. 

Un concept fort malin : Philippe le bel et sa descendance sont maudits par le grand maître des templiers, sur le bûcher. La théorie du complot, mère de toutes les séries ! Et l'Histoire, garante de sérieux. 

Alors se déchaîne toute la vilénie humaine. Avec tortures et exécutions effroyables, et publiques, en sus. En comparaison, les Borgia sont des enfants de choeur. Le voyeur en a pour son argent. D'autant que tout cela est très bien écrit. Style sobre et efficace. Et c'est l'oeuvre d'une bande de nègres ! Maurice-Druon-de-l'Académie-française ayant été un architecte, bien plus qu'un écrivain. Autrement dit, c'est un travail de "pro". 

Où l'on voit que nous sûmes faire des séries avant les séries. Et que nous fûmes Américains avant les Américains. 

mercredi 10 février 2021

Voyager dans le temps

Je lis Proust. Je l'ai découvert tôt dans ma vie. Curieusement, mon sentiment à son endroit ne change pas. Ce qui m'est désagréable depuis le début, c'est ce qu'il dit des femmes. Ça sonne faux. Ce qui s'explique (ce que je ne savais pas il y a 50 ans) par le fait qu'il était homosexuel. Dommage qu'il ait parlé d'homosexualité chez les autres, mais pas chez lui. 

En fait, c'est un gosse de riche irresponsable, qui m'horripile, mais je suis fasciné par ses descriptions. J'ai l'impression de les vivre. 

Le plus curieux est, qu'apparemment, il a voulu démontrer que la vie et l'oeuvre n'ont rien à voir, alors que, chez lui, elles sont inséparables. Et que, bien plus que celle d'Oscar Wilde, sa vie a été une oeuvre d'art. Un tour de force pour un homme qui est resté au lit.

Mais, ce qu'il n'a peut-être, surtout, pas compris, c'est l'influence de la société. Car, on retrouve chez lui les préoccupations de Bergson avec le temps. Mais aussi celles de Tolstoï et de Virginia Woolf, concernant la description de l'instant. Peut-être ce que l'anthropologue Clifford Geertz appelle "thick description". 

A défaut de voyager dans l'espace, voyageons dans le temps ? En notre ère de "globalisation" c'est un bien meilleur moyen de se dépayser ?

vendredi 23 octobre 2020

Saint Simon

Quand j'ai découvert les mémoires du duc de Saint Simon, il y a bien longtemps, j'ai été enthousiasmé. Encore mieux que la marquise de Sévigné. Ce sont des gens qui semblaient trouver les mots qui expriment la pensée. Mais la "vérité" de Saint Simon avait beaucoup plus de force que celle de Mme de Sévigné. 

Les chemins de la philosophie (France Culture, mercredi) expliquaient que, longtemps, peu de gens ont partagé mon point de vue. 

Qu'est-ce qui fait que l'on aime, ou que l'on n'aime pas une oeuvre ? On dit souvent l'éducation, ou l'imitation. Peu probable dans ce cas. Se pourrait-il que, parfois, une oeuvre puisse traverser les superstructures culturelles et sociales ?

mardi 23 juin 2020

Walter Scott fonde la littérature européenne

Peu de gens connaissent Walter Scott, et pourtant il fut un coup de tonnerre dans l'Europe du début du 19ème. Il a inspiré toute la création littéraire de toutes ses nations.

En Français, les romans de Walter Scott sont insipides. Pour comprendre leur intérêt, il faut le lire en version originale. On y trouve des personnages truculents, des rebondissements incessants, une histoire d'amour, de peu d'intérêt, et une réflexion sur l'évolution du monde. C'est très proche de la bande dessinée.

Tout est perdu à la traduction, d'autant que, comme il est d'usage dans la littérature anglaise, les personnages de Walter Scott s'expriment dans un idiome local transcrit en phonétique. Pour moi, le meilleur disciple de Walter Scott est Victor Hugo, dans ses romans.

Plus curieux, peut-être. Walter Scott était un amateur. Un homme de loi, écrivain anonyme et honteux, jusqu'au succès. Succès qui a ruiné sa vie.

A y bien réfléchir, Walter Scott n'est pas unique dans son cas. Il y a eu aussi Paganini. Sa virtuosité, semble-t-il, a changé la vie de bien des musiciens, et même leur a révélé leur vocation. Paganini, pour qui nous n'avons pas de grande considération, a changé la musique. Certaines personnes arriveraient-elles à saisir l'air du temps ? Mais, étant des pionniers, elles sont fatalement dépassées par leurs créatures, et oubliées ?

(Note inspirée d'une rediffusion d'une conférence sur Walter Scott.)

mardi 24 mars 2020

Catharsis

L'idéal littéraire du fin dix-neuvième, début vingtième aurait-il été la catharsis ? Question que je me pose en lisant Mauriac, Montherlant, Virginia Woolf, D.H. Lawrence.

La catharsis, c'est le calme après la tempête. C'est un moment de grâce et de révélation après le chaos auquel on a su faire face. C'est la récompense immanente de la vertu.

C'est aussi, apparemment, ce que cherchait à atteindre le drame des Grecs anciens.

Mais est-ce une bonne idée de provoquer ce phénomène de manière artificielle ?

Il est possible que les drames anciens aient eu pour mission d'expliquer à l'homme que la vie n'avait rien de rationnel (contrairement à ce qu'enseigne la science moderne), mais qu'il ne faut, surtout, pas désespérer : on a en soi les ressources pour faire changer la situation.

mardi 23 juillet 2019

Livre illisible

Les dix livres que vous n'avez pas finis, demandait France Culture. J'ai pensé à Ulysses de James Joyce. Effectivement, il est en tête. En dehors du n°2, je connais toute la liste. Je les ai presque tous finis, mais, effectivement, je n'en garde pas un souvenir heureux. Je n'ai pas été emporté par l'action. Bonne liste.

Ce n'est pas la complexité qui me fait arrêter (sauf pour Ulysses), c'est la prétention. Contentement de soi supposé ou art pour l'art (de Flaubert, qui est dans la liste). Pour une raison ou pour une autre, l'auteur oublie le lecteur. Peut-être aussi n'avons nous pas la culture de ceux qui ont loué ces livres.

(A l'envers, de plus en plus, le lecteur oublie l'auteur. Il ne fait aucun effort pour comprendre ce qu'il apporte de réellement utile : la nouveauté. Drame de l'égoïsme ?)

mercredi 7 février 2018

Ecrivain

"Un écrivain (...) c'est une ombre qui a perdu son homme." (François Mauriac)

C'est un sentiment que j'ai parfois. Ecrire, c'est perdre ses idées. C'est faire qu'elles ne puissent plus se développer en soi. C'est leur donner une fin prématurée. L'écrivain n'est plus que le papier qu'il a produit.

mardi 7 mars 2017

Héritage

Je lis la bibliothèque de mes parents. Et j'y découvre que le monde d'après guerre n'était pas celui que l'on nous raconte. Et si le roman valait mieux que l'étude sociologique pour connaître une époque ?

Laisser une bibliothèque, aussi modeste soit elle, serait-il le plus beau des héritages ? C'est laisser une trace de son temps, et des questions que l'on s'est posées. 

lundi 30 janvier 2017

Style république

Je me suis mis à lire des auteurs d'avant guerre. Surprise. Je les croyais des barbons ennuyeux. Or, leur style est simple, court, dynamique, avec une sorte de modestie, mais aussi d'efficacité. Ils font passer beaucoup en peu de mots, et surtout l'amour de la vie. Je le nomme : style république. Il commence avec Victor Hugo. Il s'oppose au style ancien régime de Mme de Sévigné, du cardinal de Retz ou du duc de Saint Simon, qui s'achève avec Chateaubriand (un faiseur, si l'on veut me croire). 

Curieusement, de cette période nous ne retenons que Proust, et ses constructions bancales, ou Céline. Pour moi Céline s'écoute écrire. Il fait du style pour le style. Il n'y a plus de coeur, que de la mécanique. Il annonce l'art moderne. Il ne crée qu'en fonction du marché. Le style de notre temps est le style spéculation. 

samedi 16 avril 2016

Ecrire un best seller

Comme écrire un roman policier best seller ?
  • ne soyez pas un écrivain. Essayez d'oublier que vous écrivez ; 
  • tout doit bien sonner quand vous le lisez à haute voix ; 
  • pensez comme un lecteur. 
(Article)

lundi 16 février 2015

C'est Proust qu'on assassine : la fin de la littérature ?

The Economist dit la même chose que moi, dans mon précédent billet :

Les écrivains se sont transformés en entreprises. Ils se passent des services d'un éditeur. Et, surtout, leurs livres ne servent qu'à construire une notoriété qu'ils monétisent par d'autres moyens : "Authors are becoming more like pop stars, who used to make most of their money selling albums but who now use their recordings as promotional tools, earning a living mainly from concerts."

Ce qui pose un problème délicat, pour The Economist, car l'auteur, le vrai, le Proust, n'est pas un homme de showbiz ! La littérature serait-elle condamnée par la sélection naturelle du marché ?

vendredi 26 septembre 2014

La fin de la littérature

La semaine dernière j'entendais Jean-Philippe Toussait parler à France Culture. J'en ai retiré une impression que j'avais eue au sujet d'autres écrivains contemporains. Ils ont un style qui séduit. Mais pas longtemps. Car il a quelque chose de mécanique. De conscient de soi. C'est le style pour le style. Et leurs histoires n'ont pas beaucoup de profondeur. 

Je n'ai pas cette impression avec Guerre et Paix, ou avec Proust. Il me semble que l'on y sent à la fois le souffle de l'histoire, et les interrogations éternelles de l'homme face à l'incompréhensible. 

Céline me paraît avoir été une sorte de transition. J'avais été frappé par la révolte du Voyage au bout de la nuit. Mais je trouve révoltant Rigodon. Le style, le procédé littéraire misérabiliste, deviennent moyens de se cacher à soi-même les turpitudes d'un homme que la vanité a fait se fourvoyer. 

Nous avons la littérature (culture) que nous méritons ? 

mardi 21 janvier 2014

En lisant et en écrivant

Lire et écrire m'a fait découvrir à quel point il était difficile de comprendre une œuvre. Comme beaucoup de gens ont écrit, le temps que l'on peut leur consacrer est nécessairement limité. En outre, comment savoir a priori s'ils méritent un effort ? D'où une bizarre injustice, d'un côté quelqu'un qui met sa vie dans son œuvre, de l'autre un lecteur qui traite le don de cette vie avec indifférence, voire mépris. (Et qui croit ainsi montrer sa capacité supérieure de jugement !)

Le travail que m'a amené à faire ce blog est utile. Pour pouvoir résumer les livres que je lis, je dois faire plus que les lire passivement. Je dois les interpréter. Ce qui fait surgir au moins des hypothèses sur leur sens. Si l'auteur est encore vivant, je les teste. Jusqu'ici mon interprétation a tapé plutôt juste.

Reste le cas des auteurs morts. Il est d’autant plus compliqué que des gens comme Max Weber ou Hannah Arendt ont fait une œuvre d’une ambition bien supérieure à celle de nos contemporains. Il me semble que pour parvenir à la saisir, il faut identifier le problème qu’ils ont voulu traiter, et les concepts qu’ils ont utilisés pour cela. Une fois que la clé de décryptage est trouvée, le texte devient clair. Avant cela, ce n’est que des mots. 

dimanche 9 juin 2013

Mireille Havet

Au hasard de France Culture, je découvre Mireille Havet. Comme Madame de Sévigné, elle avait le talent d’écrire ce qu’elle pensait. Mais la chronique de sa déchéance a été sa seule œuvre. Elle meurt à 33 ans. La drogue. Elle désirait jouir de sa jeunesse. Elle aura connu une vieillesse laide et prématurée.

Était-elle à l’image des années folles ? La France s’est-elle détruite pour avoir voulu se saouler de plaisirs ? La suite de notre histoire est-elle une conséquence de la désillusion qui s'en est suivie ? Un enseignement aussi ? On ne peut pas éviter la vieillesse, à moins de choisir la vie courte et glorieuse d’Achille ? Autant bien s’y préparer ?

dimanche 18 septembre 2011

Effet de levier de Daniel Pennac

Daniel Pennac raconte qu’un de ses enseignants, surpris par la complexité des histoires qu’il inventait pour ne pas faire ses devoirs, lui a demandé d’écrire un roman. De cancre il l’a transformé en bon élève, en écrivain à succès et en professeur. (Flight path)

C’est cela la vision qu’a ce blog du changement : pour le réussir, il faut comprendre la nature de ce l’on veut changer, et inscrire le changement dans sa logique. Il se fait alors à « effet de levier ».