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mardi 28 août 2018

Une journée d'Ivan Denissovitch

Une journée d'Ivan Denissovitch est probablement le seul livre de Soljenitsyne que j'ai lu. Et cela, il y a vraiment très longtemps. Comme le Zéro et l'infini, de Koestler, c'est l'histoire d'un homme qui fait face à l'absurde. Mais qui domine cet absurde, et qui donne un sens à chaque minute de sa vie. C'est l'illustration du Sisyphe de Camus. On n'a jamais été aussi libre qu'au Goulag, ou dans les geôles de Staline, aurait certainement dit Sartre.

lundi 27 août 2018

Soljenitsyne méconnu

L'histoire de Soljenitsyne ressemble à celle des Afghans. Les Américains pensaient que Soljenitsyne était leur ami parce qu'il était l'ennemi des Soviétiques. Mais Soljenitsyne était l'ennemi du principe commun qui faisait de l'URSS et des USA des frères ennemis.

Il en est probablement de même de Dostoïevsky. Au fond, on ne voit dans une oeuvre que ce qui nous arrange. On est incapable de percevoir l'identité réelle d'un homme. Aime et fais ce que tu veux...

(Réflexion qui vient de : Avoir raison avec Soljenitsyne, de France Culture.)

vendredi 8 mars 2013

Ayn Rand

Ce blog m’a fait découvrir Ayn Rand. Et je viens de lire sa biographie. HELLER, Anne C. Ayn Rand and the world she made, Doubleday, 2009.


Une vie une œuvre
1905, Ayn Rand naît en Russie dans un milieu juif aisé. Son père fait prospérer la pharmacie de la famille de son épouse, qui, elle, est surtout préoccupée de pénétrer la plus haute société pétersbourgeoise. La révolution russe change tout. Déprimé par l’injustice du nouveau régime, le père arrête de travailler. De manière inattendue, sa femme se révèle pleine de ressources. Elle nourrit la famille en traduisant en russe des romans prolétariens étrangers.  Ayn Rand va à l’université. Le nouveau régime n’a pas que des désavantages.
Très tôt, elle a décidé de partir aux USA. La solidarité de sa famille étendue lui permet de s’y installer. En dépit d’un anglais approximatif, elle travaille comme scénariste pour Hollywood. Après quelques années un peu incertaines, pendant lesquelles elle est dépannée par sa famille américaine, et celle de son mari, un de ses livres, The Fountainhead, connaît un énorme succès. Ce qui sera aussi le cas du suivant, Atlas shrugged, qu’il lui faudra 13 ans pour écrire. Elle devient l’objet d’un culte. Elle est entourée de cercles concentriques de disciples. Monde totalitaire. Aucune contradiction n’est permise. Ceux qui lui déplaisent sont purgés. Mais, ce n’est pas le succès qu’elle attendait.

Ses idées
Ayn Rand pensait être le plus grand philosophe vivant, voire le seul philosophe ayant jamais vécu. Son œuvre est faite de romans. Ses deux principaux parlent, respectivement, d’un architecte et d’un ingénieur. Elle prône « l’égoïsme » au sens « ego » du terme. L’être exceptionnel doit suivre le diktat de sa raison. Même ses émotions sont rationnelles. Son ennemi est « l’altruisme », i.e. l’idée que l’être de talent doit faire profiter de son génie la société, qui n’en a pas (Marx). Le surhomme contre la masse.

Ses suiveurs
Elle croyait que les humains exceptionnels se retrouveraient dans son œuvre. Ce ne fût pas le cas. Ses admirateurs venaient des professions scientifiques ou techniques (ingénieurs, médecins…). Et elle était entourée d’un groupe de jeunes juifs qui semblaient rechercher chez une seconde mère un remède à leur immaturité. L’un d’entre eux, qui joue un rôle décisif dans la diffusion de son message, change même son nom en Branden, « ben Rand », fils de Rand !

Les recettes de l’individualisme
Anecdote. Assez âgée, elle découvre que sa sœur préférée est en vie. Elle la fait venir d’Union soviétique. Mais voilà que cette sœur aime mieux l’URSS que les USA (au moins en URSS, on peut rêver de liberté !) ; qu’elle hait ses livres, mais recherche ceux de Soljenitsyne ; et que, lorsqu’elles étaient enfants, elle la considérait comme une tortionnaire ! Ayn Rand était incapable de comprendre l’autre. Toute son œuvre a consisté à rationaliser ce vers quoi la poussait son intérêt. Par exemple elle désirait prendre comme amant le jeune Nathaniel Branden, qui avait 25 ans de moins qu’elle. Elle a démontré à la femme de celui-ci, et à son mari, qu’il était logique qu’ils la laissent faire à son gré.
C’est, d’ailleurs, peut être, « l’altruisme » qui est la raison de son succès. Non seulement, elle a oublié de repayer leur dû à ceux qui l’ont aidée à venir et à survivre en Amérique, mais ce sont les faibles qui ont acheté ses livres. Quant à son mari, qu’elle avait choisi pour son physique, elle en a fait un homme objet alcoolique.
Comment naissent les individualistes ? me suis-je demandé. Peut-être en deux temps. Il faut d’abord l’amour d’une famille convaincue du génie de son enfant, et qui l’encouragera tant qu’elle le pourra. Puis survient le rejet de l’édifice social, lorsque les caprices de ce génie sont contrariés. D’ailleurs, étrangement, parmi les « injustices » dont elle se plaignait, le snobisme de sa mère et une histoire de jouets ont un rôle plus important que la révolution soviétique !
L’individualiste serait-il un agent du changement ? Il cherche à faire la société à son image. Et il est indestructible. Tous les revers ne sont que des injustices qui le renforcent dans sa mission. 

mardi 15 décembre 2009

Élections régionales

J’ai fini par découvrir un intérêt à l’écriture d’un blog : s’interroger sur pourquoi on fait ce que l’on fait. Cela m’a amené à me demander ce que j’appréciais au cinéma, mais aussi pourquoi je votais comme je le faisais. Les élections régionales s’annoncent, préparation :

Redécouvrir sur quoi repose notre société

Ma réflexion a commencé avec les élections européennes. Auparavant je m’étais rendu compte que je n’avais rien compris aux présidentielles.

Ce que je commence à apercevoir, c’est que ce n’est pas le vote qui est important, mais le processus qui le précède. Et ce processus est avant tout la recherche du problème que l’on doit résoudre. Ce qui demande de comprendre la nature de notre société, ce qui en fait les fondements.

Voter c’est donc redécouvrir ce qui porte notre société, c’est « réinventer » les tréfonds de ce qui fait ce que nous sommes. C’est mettre au jour ce qui était tombé dans notre inconscient.

Par exemple, il me semble que le fondement de notre société c’est la pensée des Lumières, la volonté que l’homme ne puisse pas en asservir un autre. Cette idée est équivalente à celle « d’égalité » au sens de Rousseau : nous devons tous avoir un pouvoir, une « puissance » équivalente à celle d’un autre homme. Ceci ne signifie pas que nous soyons tous identiques ou que certains ne doivent pas posséder « plus » que d’autres. Cela veut dire que quel soit l’avantage donné par la société à tel ou tel, il ne peut l’utiliser contre l’intérêt, la liberté, de ses semblables.

À ce principe fondamental s’oppose celui selon lequel certains hommes sont supérieurs aux autres. Autres qui sont à peine utiles, et qu’il faudrait peut-être même éliminer. Cette pensée est extrêmement répandue. Elle a été ainsi clairement formulée par les néoconservateurs. Elle se voit dans les actes de notre président. Elle se trouve dans la pensée d’ancien régime, dans celle de Soljenitsyne, ou de De Gaulle, et sous-tend la critique faite aux « droits de l’homme » par beaucoup de pays émergents. En fait, elle a certainement était première : la plupart des peuples s’appellent, dans leur langue, « les hommes » (la Chine étant le pays qui est nécessaire à l’univers pour fonctionner harmonieusement).

Le monde est donc pris entre deux idéologies : chaque homme est-il sacré, ou y a-t-il une élite et des néfastes ?

Par ailleurs, ce n’est pas parce que nous prêchons l’un que nous ne sommes pas convaincus de l’autre. Comme l’ont fort bien remarqué les pays émergents, pour ne pas avoir à les appliquer, les « droits de l’homme » pris à la lettre déchaînent l’individualisme. Ce qui fait exploser les solidarités sociales, pour créer une steppe dans laquelle ceux à qui la société a donné un avantage le mettent au profit de leur intérêt.

L’enjeu local

Chaque élection a son enjeu propre. Les élections européennes m’ont amené a réfléchir aux raisons d’être de l’UE. L’UE, ai-je découvert avec surprise, a été créée par les USA. Ce qui en résulté, volontairement ou non, a correspondu aux intérêts américains : un géant économique ouvert à l’échange international, un nain politique, et surtout une zone totalement dépendante du secours américain.

L’UE est aussi un remède contre les nationalismes, qui sont une sorte d’individualisme collectif. La seule structure supranationale qui puisse fonctionner, si j’en crois JS.Mill, est un fédéralisme à l’américaine, et non à l’anglaise (une Europe des nations).

Mais le plus important pour l’Europe est de déboucher sur un projet qui utilise les talents de tous ses composants, y compris anglais. Ce projet devant transcender toutes les particularités est moins à chercher dans une sorte de « culture » commune qu’à construire. Une question probablement fondamentale pour le définir est : qu’est-ce qui manquerait au monde (de notre point de vue) si l’Europe n’existait pas ? Ensuite, les talents de chaque nation deviendront des moyens pour atteindre cet objectif.

Les considérations tactiques

« Ce qui ne tue pas renforce ». Nos décisions ont rarement les conséquences qu’elles semblent devoir avoir. Par exemple, si l’on croit à l’idéologie des Lumières, il n’est pas certain qu’avoir élu un président qui les renie soit fatalement une mauvaise chose : cela peut avoir créé un électrochoc qui nous les a fait redécouvrir.

Par contre être conscient de ce qui est important pour soi (le travail de citoyen que force à faire le vote) est essentiel pour réagir si la situation nationale menace de se dégrader de manière irréversible.

Les élections régionales

Quant aux élections régionales, je pars de très loin. Pourquoi, au juste, a-t-on créé un échelon régional ? Quel est son rôle dans notre démocratie ? Quels sont les problèmes que rencontrent les régions ? L’administration d’une région par tel ou tel parti par tel ou tel homme politique a-t-il le moindre impact sur la vie du pays et de ses citoyens ?...

L’enquête commence, mais où trouver des sources d’information ? J’ai l’impression que peu de gens s’intéressent au sujet.

Compléments :

jeudi 10 décembre 2009

Matérialisme

Mes commentaires sur le discours de Soljenitsyne me font penser qu’il y a un double sens à matérialisme :

  1. Il y a le sens que lui attribue Soljenitsyne : l’amour des biens matériels, qui rend veule.
  2. Mais, il existe un autre sens, indépendant : notre vie est dans ce monde, pas dans le prochain, qui n’existe pas.

L’absence totale de matérialisme du second type chez une société conduit vraisemblablement au « moyen-âge » c'est-à-dire à la dislocation : elle ne résiste à rien, ne pense pas à prendre son avenir en main, puisqu’elle vit dans ses rêves et dans l’espoir d’un monde meilleur.

Le matérialisme du premier type est sûrement une dérive naturelle du matérialisme du second type, mais ce dernier n’exclut pas une forme de spiritualité : on peut se battre pour des valeurs, pour une société meilleure…

Curieusement, et contrairement à ce que dit Soljenitsyne, le second type de matérialisme rendrait plus courageux que la religion.

Compléments :

vendredi 4 décembre 2009

Alexandre Soljenitsyne

Hervé Kabla a retrouvé un discours de Soljenitsyne aux élèves de Harvard, une critique bienvenue de notre civilisation dit-il. Je crois qu’Hervé est un homme qui ne voit que le bien ; et que je ne vois que le mal.

Ce discours, « le déclin du courage » me semble avoir deux aspects.

  1. La critique de l’Occident, ce qu’Hervé a retenu. Hommes politiques lâches, or il n’y a que l’élite qui compte, peuple matérialiste et veule perverti par le confort. Droits de l’homme, outils de manipulation ; légal qui étouffe le légitime ; presse, voix de la médiocrité et de la mode qui censure le génie et la pensée… « Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. »
  2. La vision du monde de Soljenitsyne. Une poignée d’êtres d’exception, qui savent ce qui est bien. Un peuple de larves dont le droit « est de ne pas savoir » : « Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information ». L’humanité doit annuler l’erreur commise à la Renaissance, et revenir à un Moyen-âge « d’embrasement spirituel ».

Ce qui m’inquiète dans ce texte est qu’il reprend les critiques que l’on entend de partout sur l’Occident. Et que nous reprenons facilement à notre compte, sans en comprendre les conséquences. Mais qu’a-t-on à nous proposer en échange ? Le Moyen-âge de brutes et de boue d’Andreï Roublev ? Tout n’est pas parfait chez nous, mais est-ce la faute de nos idéaux, auxquels Soljenitsyne s’en prend, ou de leur mise en œuvre ? N’est-il pas encore temps de la corriger ? La science n’a-t-elle pas été précédée par les charlatans de Molière ?

D’ailleurs notre monde n’est-il que matérialisme lâche ? N’avons-nous pas toujours de nobles idéaux, qui comptent plus que nôtre vie et que les biens matériels ? Et notre force n’est-elle pas d’avoir un peuple qui est contraint de penser, parce qu’il ne peut faire confiance à ses élites ?

Quand au « déclin du courage », je ne sais pas dans quel camp il est. Le valeureux Soljenitsyne a peur de la « pornographie » et même de la « musique » occidentales. Quant au débat démocratique et à la bataille des idées, il n’a aucun goût pour les affronter.