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mercredi 2 août 2017

Egoïsme

Ayn Rand (billet précédent) a du bon. Sa défense forcenée de l'égoïsme force à s'interroger. Il semble admis qu'il est bien d'être altruiste. Mais que signifie "altruisme" ? De quel droit peut-on se mêler des affaires des autres, par exemple ? Les mettre sous tutelle ou les expédier dans un asile psychiatrique soviétique, par exemple ? Une des fortes motivations du colonialisme français fut altruiste, aussi. 

L'altruisme a un autre aspect dont on parle moins : c'est l'attente que l'on a vis-à-vis de la société. Si je dois l'aider, je m'attends à ce qu'elle m'aide. Tentation à l'irresponsabilité. L'égoïsme, au contraire, me demande d'être responsable de moi-même. On ne me doit rien. Je n'ai pas à me lamenter d'un sort injuste, par exemple de mes parents. Car, je peux changer les choses, ou moi. 

Un égoïsme extrême, comme l'altruisme, mène à des contradictions. Tout est une question de mesure, de "juste milieu" à la Aristote. En tout cas, s'il faut se méfier des idées lorsqu'elles se veulent absolues, elles sont utiles lorsqu'elles forcent à penser. Et, pour cela, elles ont besoin d'être pures et caricaturales ?

mardi 1 août 2017

Ayn Rand

Ayn Rand est vénérée aux USA. Elle est inconnue en France. France Culture en parlait la semaine dernière. Ayn Rand a défendu un marxisme inversé. Les pauvres volent le riche. Que le riche fasse la grève générale, et les parasites crèveront. Elle est la pasionaria de l'égoïsme : l'altruisme est le mal absolu. Ce que n'a pas dit l'émission, c'est qu'Ayn Rand avait toutes les caractéristiques du pervers narcissique. En particulier, elle tendait à prendre les gens pour des choses. Notamment son mari. 

L'intérêt de l'émission était de montrer qu'il serait idiot d'en rester là, de condamner ou d'approuver sans chercher à comprendre. Ayn Rand et son message résonnent avec la culture américaine, en particulier. Là-bas, il y a effectivement un affrontement entre élan créatif et carriérisme cynique, entre Start up libertaire et bureaucratie monopoliste. Mais, ce ne sont peut-être que deux faces d'une même pièce : Ayn Rand se désolait que son oeuvre n'ait pas attiré autour d'elle les démiurges dont elle parle ; elle même, si j'en crois l'émission, a fait appel à la sécurité sociale, dans sa lutte contre le cancer.

Ayn Rand illustre un autre aspect de cette culture : le professionnalisme. Elle n'a pas fait oeuvre de philosophe mais d'écrivain. C'est une sorte d'Alexandre Dumas, qui n'aurait écrit que deux livres. Ce qui lui aurait demandé des décennies d'un travail de recherche minutieux. Ces livres sont des caricatures de la société. Il n'y est question que de bons et de méchants. On n'y trouve pas d'enfants, de handicapés, ou de naufragés de la vie. Amérique ? Les créateurs d'entreprise y sont des porteurs de quelque chose qui s'apparente pour eux à la vérité. Ils ont énormément travaillé pour parvenir à la perfection. L'enrichissement n'est pas leur motivation. Mais il est la récompense naturelle de leurs efforts. Un clin d'oeil de complicité que leur fait Dieu. 

samedi 8 mars 2014

Montesquieu est grand!

Voici ce que dit Montesquieu
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (...) Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
La Guerre du Péloponnèse (billet précédent) me fait voir à quel point Montesquieu est grand.

Le drame de la démocratie, c'est la lutte entre les oligarques et le peuple. Les oligarques sont une menace pour la démocratie, parce que leur intérêt les pousse à la liquider. C'est exactement ce que dit Ayn Rand, dont l'oeuvre matérialise la pensée néoconservatrice américaine. Elle incite ce que l'on appellerait aujourd'hui les créateurs de valeur à faire crever de faim le peuple, pour lui montrer qui est le maître. Et voilà pourquoi la démocratie tend à tuer tous ceux qui sortent du lot.

La solution de Montesquieu permet de laisser se développer le talent sans bain de sang. Voilà pourquoi la société française a essayé de nous donner une forme d’égalité. Une égalité de pouvoirs, mais pas de talents. Justement, pour éviter d’utiliser sa force contre les autres, et que les autres ne soient tentés de prévenir un coup de force en liquidant l'homme d'exception.

(La solution, dans la mesure où elle est réalisable, n'est pas totalement parfaite. En effet, la société bouge si tous ses membres sont d'accord pour cela. Or, ils peuvent être victimes d'une illusion collective.)

samedi 21 septembre 2013

Ontologie du marché

Après guerre, le maître mot semble avoir été « humanité ». En réaction à la barbarie que l’on venait de connaître, on voulait fournir à l’homme des conditions dans lesquelles il puisse s’épanouir. Hannah Arendt me semble très bien parler de ce souci. On croyait aussi à la technologie. Et on a construit une société technocratique et planificatrice. Elle devait faire notre bonheur.

Eh puis est arrivé le marché. Je crois que c’est Ayn Rand qui présente le mieux son « ontologie », son explication de la raison d’être du monde. C’est le remplacement des valeurs par la valeur. Le marché répartit l’argent selon le mérite. Dans ces conditions l’impôt, c’est le vol. L’histoire est maintenant comprise comme une lutte pour gagner de l’argent. Après guerre, les pauvres ont pris le pouvoir et fait payer les riches. Aujourd’hui, les riches retrouvent leur dû. Morale de rentiers ? Pas étonnant que l’on parle de néoconservateurs ?

Le modèle du marché est en crise. Peut-on imaginer une ontologie pour des jours meilleurs ? Quid de L’art d’aimer d’Ovide ? C’est en prenant au sérieux les faiblesses de l’homme que l’on fait émerger ce qu’il a de bon. (Et que l’on parvient à l’amour véritable.) C’est en dépassant le monde d’Ayn Rand que l’on parvient à celui d’Hannah Arendt. Le maître mot devient « complexité ». L’homme n’est ni bon, ni mauvais. Il peut être dangereux. Mais il est capable de grandes choses.


Modèle technocratique
Modèle du marché
Prochain modèle ?
Principe
Humanité
Valeur
Complexité
Nature de l’homme
Technicien
Egoïste
Complexe
Dirigeant
Apparatchik
Créateur de valeur
Navigateur
Penseur

mardi 12 mars 2013

Sympathie pour le prédateur

La biographie d’Ayn Rand présente un paradoxe : Ayn Rand semblait attirer la sympathie spontanée de beaucoup de gens, alors que l’histoire de sa vie la fait apparaître comme un monstre.

L’exemple de son mari est typique. C’était un très bel homme, plein de distinction, d’élégance et de sensibilité. Un artiste né. Il épouse Ayn Rand en partie pour lui fournir la citoyenneté américaine. Mais aussi parce qu’il trouve amusante et originale cette petite femme à l’accent russe. Premières années de bohème. Mais, avec le succès de sa femme, il se fait broyer. Il finit par chercher refuge dans la solitude et l’alcool. Le plus surprenant est qu’Ayn Rand lui ait toujours été extrêmement attachée. Elle ne pouvait pas vivre sans lui. Preuve d'amour ?

Je me demande si l’on ne retrouve pas là le modèle du prédateur. Une stratégie d’approche d’une proie est de lui inspirer de la sympathie. Et, sans proie, le prédateur ne peut pas vivre. D’une certaine façon, le prédateur aime sa proie. On ne peut pas lui en vouloir d’être un prédateur. Mais on doit s’en méfier. 

vendredi 8 mars 2013

Ayn Rand

Ce blog m’a fait découvrir Ayn Rand. Et je viens de lire sa biographie. HELLER, Anne C. Ayn Rand and the world she made, Doubleday, 2009.


Une vie une œuvre
1905, Ayn Rand naît en Russie dans un milieu juif aisé. Son père fait prospérer la pharmacie de la famille de son épouse, qui, elle, est surtout préoccupée de pénétrer la plus haute société pétersbourgeoise. La révolution russe change tout. Déprimé par l’injustice du nouveau régime, le père arrête de travailler. De manière inattendue, sa femme se révèle pleine de ressources. Elle nourrit la famille en traduisant en russe des romans prolétariens étrangers.  Ayn Rand va à l’université. Le nouveau régime n’a pas que des désavantages.
Très tôt, elle a décidé de partir aux USA. La solidarité de sa famille étendue lui permet de s’y installer. En dépit d’un anglais approximatif, elle travaille comme scénariste pour Hollywood. Après quelques années un peu incertaines, pendant lesquelles elle est dépannée par sa famille américaine, et celle de son mari, un de ses livres, The Fountainhead, connaît un énorme succès. Ce qui sera aussi le cas du suivant, Atlas shrugged, qu’il lui faudra 13 ans pour écrire. Elle devient l’objet d’un culte. Elle est entourée de cercles concentriques de disciples. Monde totalitaire. Aucune contradiction n’est permise. Ceux qui lui déplaisent sont purgés. Mais, ce n’est pas le succès qu’elle attendait.

Ses idées
Ayn Rand pensait être le plus grand philosophe vivant, voire le seul philosophe ayant jamais vécu. Son œuvre est faite de romans. Ses deux principaux parlent, respectivement, d’un architecte et d’un ingénieur. Elle prône « l’égoïsme » au sens « ego » du terme. L’être exceptionnel doit suivre le diktat de sa raison. Même ses émotions sont rationnelles. Son ennemi est « l’altruisme », i.e. l’idée que l’être de talent doit faire profiter de son génie la société, qui n’en a pas (Marx). Le surhomme contre la masse.

Ses suiveurs
Elle croyait que les humains exceptionnels se retrouveraient dans son œuvre. Ce ne fût pas le cas. Ses admirateurs venaient des professions scientifiques ou techniques (ingénieurs, médecins…). Et elle était entourée d’un groupe de jeunes juifs qui semblaient rechercher chez une seconde mère un remède à leur immaturité. L’un d’entre eux, qui joue un rôle décisif dans la diffusion de son message, change même son nom en Branden, « ben Rand », fils de Rand !

Les recettes de l’individualisme
Anecdote. Assez âgée, elle découvre que sa sœur préférée est en vie. Elle la fait venir d’Union soviétique. Mais voilà que cette sœur aime mieux l’URSS que les USA (au moins en URSS, on peut rêver de liberté !) ; qu’elle hait ses livres, mais recherche ceux de Soljenitsyne ; et que, lorsqu’elles étaient enfants, elle la considérait comme une tortionnaire ! Ayn Rand était incapable de comprendre l’autre. Toute son œuvre a consisté à rationaliser ce vers quoi la poussait son intérêt. Par exemple elle désirait prendre comme amant le jeune Nathaniel Branden, qui avait 25 ans de moins qu’elle. Elle a démontré à la femme de celui-ci, et à son mari, qu’il était logique qu’ils la laissent faire à son gré.
C’est, d’ailleurs, peut être, « l’altruisme » qui est la raison de son succès. Non seulement, elle a oublié de repayer leur dû à ceux qui l’ont aidée à venir et à survivre en Amérique, mais ce sont les faibles qui ont acheté ses livres. Quant à son mari, qu’elle avait choisi pour son physique, elle en a fait un homme objet alcoolique.
Comment naissent les individualistes ? me suis-je demandé. Peut-être en deux temps. Il faut d’abord l’amour d’une famille convaincue du génie de son enfant, et qui l’encouragera tant qu’elle le pourra. Puis survient le rejet de l’édifice social, lorsque les caprices de ce génie sont contrariés. D’ailleurs, étrangement, parmi les « injustices » dont elle se plaignait, le snobisme de sa mère et une histoire de jouets ont un rôle plus important que la révolution soviétique !
L’individualiste serait-il un agent du changement ? Il cherche à faire la société à son image. Et il est indestructible. Tous les revers ne sont que des injustices qui le renforcent dans sa mission. 

vendredi 5 octobre 2012

Le Pigeon est-il neocon ?

Le pigeon, traduction française des Voleurs inconnus
(venu du wikipedia italien)
Après le Tea Party et le printemps arabe, voici les Pigeons. Un ami, par ailleurs fondateur d'une start up, s’étonne de la proximité de leur message avec celui d’Ayn Rand, la papesse du mouvement néoconservateur américain.

Ayn Rand a un ascendant moral extraordinaire aux USA. Mes amis américains en parlent avec un grand respect. Serait-il déplacé de la comparer à de Gaulle ? Mais elle est inconnue en France. Preuve de notre inculture. Venue de Russie soviétique, elle avait eu l’idée d’appliquer la méthode bolchevique à la cause du capitalisme. Autrement dit, c’est le patron qui crée, et il crée tout, comme, pour Marx, l’ouvrier crée tout. La grève générale ouvrière est remplacée par la grève générale patronale, avec le même résultat. Mais la caractéristique la plus intéressante de sa doctrine est la manipulation du langage : ce qui est bon pour sa cause est associé à ce que la morale trouve bon. Par exemple : patron est traduit en « créateur de valeur » ; pauvre = « paresseux ». Plus exactement, le pauvre vole le riche. Ce monde est, aussi, anti social, et revendique son égoïsme.

Nos pigeons n’ont certainement pas lu Ayn Rand, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’entrepreneur se sent mal aimé. Comme tout homme dans ce cas, il en devient agressif. Ce qui le rend maladroit. Car, qu’il puisse ruiner l’économie ne signifie pas qu’il fasse l’économie. Sinon, que devrait dire Jérôme Kerviel ?

Les Pigeons ont une autre caractéristique intéressante : ils adoptent les méthodes de la contestation populaire. C’est une vieille tradition de droite. Ce qui est un peu curieux. Mais, peut-être que, que l’on soit né à Saint Denis ou à Neuilly, la manif de rue coule dans notre sang ?

Surtout, les Pigeons, comme les autres mouvements contestataires du moment, sont portés par Internet. Internet est-il en passe de devenir un moyen de manipulation des masses ? Sommes-nous revenus à l’ère des foules ? 

lundi 28 mai 2012

Petit traité de manipulation : le framing

Le « framing » est un procédé qui consiste à formuler (frame) une question en sous-entendant sa réponse. Par exemple ? 80% de nos produits n’intéressent pas le marché, ce qui sous-entend que l’opinion du marché est importante. Ou, quel taux de croissance peut faire baisser le chômage ? Ce qui sous-entend que chômage et croissance sont liés.

L’interlocuteur est obligé d'entrer dans la logique implicite de la question, sous peine de paraître idiot.

mardi 15 mai 2012

Filiation du néoconservatisme

Il y a quelques temps j’ai découvert que la France avait généré son propre courant néoconservateur, avec ses propres philosophes, dont MM. Finkielkraut et Manent. Des gens dont je trouve, par ailleurs, la pensée accessible bien que profonde.

Ce que j’ai compris du néoconservatisme se ramène a peu de choses : le droit naturel, et, plus exactement, le fait que les valeurs auxquelles tient le néoconservateur (d’où son nom) sont le bien absolu.

Aux USA, les philosophes de ce mouvement ont été Léo Strauss et Alan Bloom, un de ses élèves. Or, curieusement Léo Strauss et Hannah Arendt, un nom qui revient dans chaque phrase d’Alain Finkielkraut, ont eu pour professeur Martin Heidegger. Or, Heidegger enseignait effectivement le droit naturel, à savoir que la culture allemande était la culture d’origine, pure, de l’espèce humaine. Heidegger, et ses relents sulfureux, serait-il à l’origine du néoconservatisme ? 

Probablement pas, Ayn Rand, qui est une autre source du néoconservatisme, semble avoir atteint la même conclusion par ses propres moyens. D’ailleurs pas besoin d’être diplômé de Normale sup pour penser que l’on a raison et que les autres ont tort…

Compléments :

lundi 20 juin 2011

La pauvreté est un vice

L’Angleterre est une « méritocratie », le mérite étant défini comme la réussite sociale couronnement de l’effort individuel. Par conséquent, le pauvre vole ce qu’on lui donne.

L’Anglais traite désormais ses pauvres comme jadis les noirs ou les indiens.

Curieusement, si cette évolution vient de Mme Thatcher elle a été poursuivie par les travaillistes. Ils y ont vu un moyen de séduire une « nombre minuscule de votants indécis, pensant que leur électorat ouvrier traditionnel ne pouvait aller ailleurs ».

En fait ce discours était déjà présent chez Ayn Rand l’ancêtre du néoconservatisme américain. Sa tactique était inspirée de celle des Bolchéviques : réécrire la morale américaine à partir des valeurs du possédant.

Ce discours est aussi celui de N.Sarkozy. Pourquoi nos socialistes n’ont-ils pas suivi le chemin des travaillistes. Nous avons toujours une guerre de retard ?

jeudi 17 mars 2011

Logique du libéralisme

Le libéralisme, dans son acception moderne, semble une forme de conservatisme. Il cherche à faire que ceux qui profitent le plus de la société ne soient pas dérangés. Pour justifier ce statu quo, il a utilisé une série d’arguments, qui ont pour objet de démontrer que l’organisation sociale est optimale, voire naturelle :
  • Les droits de l’homme et la démocratie (dans la logique grecque où l’homme libre – comme l’esclave - l’est par nature).
  • La science. Darwinisme social et génétique. (Ceux qui dominent la société sont les meilleurs.)
  • La théorie du marché. Le marché s’autorégule, y toucher produit un résultat sous-optimal. (Idée fixe de l’économie depuis sa fondation par Adam Smith.)
Chacun de ces arguments a été retourné. Le peuple a exigé que les droits de l’homme et la démocratie soient appliqués à tous. La science nie les conclusions individualistes (l’homme est un animal politique oui social, pas un loup solitaire). L’expérience montre, à répétition, que le marché ne produit pas le meilleur des mondes, mais la crise, ou le monopole, une forme de régulation totalitaire.

Je me demande si le néoconservatisme ne représente pas le chant du signe du mouvement. Il a deux idées fortes. Le droit naturel (il est « évident » que certaines règles doivent diriger la société) et la bataille des idées (il faut convaincre le peuple de son infériorité naturelle par lavage de cerveau). Autrement dit, après avoir pensé que la raison était son alliée, le libéral voit maintenant son salut dans la manipulation.

Compléments :
  • L’idée générale de ce billet a été développée par les solidaristes au 19ème siècle.
  • Sur les droits de l’homme : Michel Villey.
  • Sur le néoconservatisme français : Pensée anti 68. Sur les fondations du néoconservatisme anglo-saxon : Ayn Rand.
  • Sur le droit naturel : Leo Strauss.
  • Certaines branches du protestantisme affirment que celui qui réussit sur terre est un élu de Dieu. Maintenant que la raison est défaite, cette idée va-t-elle être ressuscitée ? (TAWNEY, R. H., Religion and the Rise of Capitalism, Transaction Publishers, 1998.)

lundi 28 février 2011

Profession libérale

Ce qui coûte cher au système de santé français c’est la volonté des professions libérales (médecins, mais aussi commerçants, petits patrons et paysans) de faire comme bon il leur semble dit, en substance, Bruno Palier.

Ces professions prédisposent à l’égoïsme ? Est-ce un hasard que Mmes Thatcher et Rand ou M.Sarkozy soient des rejetons de professions libérales ? Qu’Adam Smith, membre d’une « nation de boutiquiers », ait conçu l’idée d’un monde mû par l’égoïsme ?

Compléments :
  • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

mercredi 23 décembre 2009

Nicolas Sarkozy

Fin d’année, heure du bilan. M.Sarkozy après M.Obama. M.Sarkozy est-il un réformateur malhabile, ou au contraire extrêmement brillant ?

Un tacticien brillant

Je tends vers la seconde hypothèse. Il me semble que sa tactique est la suivante :

  1. Utiliser chaque incident pour distribuer l’argent de l’état à l’entreprise. Ce faisant, il endette massivement l’état, outil de répartition des richesses, le condamnant à un amaigrissement radical.
  2. Désamorcer la contestation en se faisant le champion de chaque mouvement de l’opinion, surtout de ceux portés par l’opposition (croisade contre le capitalisme anglo-saxon ou pour la réduction des émissions de CO2).

Tout ceci s’expliquerait très simplement si M.Sarkozy croyait, comme Ayn Rand et les néoconservateurs américains, que le riche crée la richesse, et le pauvre le handicape, et qu’il faut détruire l’état, outil d’injustice sociale.

Par ailleurs, M.Sarkozy paraît vouloir installer une culture de l’argent, qui me semble avoir, à elle seule, le pouvoir de réaliser la transformation de la société désirée. (Des fonctionnaires qui non seulement ont un emploi garanti, mais en plus sont riches, deviennent insupportables.)

Faut-il condamner M.Sarkozy ?

Stéphane Rozès, dès 2005, disait que nous appelions M.Sarkozy de nos vœux. D’ailleurs il a sûrement raison de penser que ce qu’il fait rapidement et efficacement prolonge l’œuvre, souterraine, de ses prédécesseurs.

Nous avons voté pour N.Sarkozy pour qu’il fasse le ménage et corrige les « autres », qui sont tous des parasites. M.Sarkozy est le président que mérite notre France individualiste.

N.Sarkozy a un immense mérite : il construit une société à l’image de ce que nous sommes, de notre « identité ». Soit nous trouvons cette image suffisamment haïssable pour que nous ayons le courage de nous transformer, soit nous sombrons dans l’abjection.

dimanche 27 septembre 2009

Irving Kristol

Rubrique nécrologique de The Economist. Irving Kristol est mort le 18 septembre à 89 ans. Il est le fondateur du néoconservatisme. C’est un peu grâce à lui que le monde a cru au libéralisme financier.

Parti du Trotskisme, et de la gauche Rooseveltienne, 68 semble avoir été son « coming out » : il a compris que ce que l’on détruisait, « les valeurs traditionnelles bourgeoises », était ce à quoi il tenait. Comme Ayn Rand, avec le bolchévisme, il a utilisé les armes de l’ennemi contre lui, c'est-à-dire la science, la philosophie, et la morale - le bien était désormais bourgeois. Et c’est en cela qu’il a rénové le conservatisme.

Au fond, il a combattu une manipulation de gauche par une manipulation de droite. Ce qui laisse entrevoir sa logique : comme beaucoup, il savait qu’il détenait la vérité, et que la vie était une guerre ; dans cette guerre, la pensée et la science étaient des armes. Au fond c’est assez scientifique, darwinien même : la nature donne la victoire à celui qui gagne… rêvons donc le monde qui nous plaît et gagnons. C’est surtout très anglo-saxon.

C’est compréhensible, mais pas défendable :

  1. Cette pensée n’est pas scientifique, plus exactement, le monde rêvé par le néoconservateur s’oppose aux lois de la nature, ce qui ne peut pas fonctionner. Si tu détruis le monde, Anglo-saxon, où est ta victoire ? C’est pour cela que la science ne doit pas être manipulée : elle est plus utile honnêtement employée.
  2. La vision d’un univers où se battent le bien et le mal, et où l'on utilise le lavage de cerveau est erronée. Elle produit des morts et des esclaves. Elle oublie qu'à côté de l’affrontement, il y a l’entraide, chacun apportant ses particularités au groupe. Très curieusement, c’est le principe fondamental du commerce : on n'échange que ce qui est différent. L’œuvre d’Adam Smith, la Bible du libéral, ne dit que cela : la richesse des nations c'est la différence ! Explication : plus nous sommes différents et spécialisés, plus nous pouvons produire, plus nous sommes riches ; donc en étendant au monde cette capacité à se spécialiser, la globalisation atteint l'optimum (matériel, pour Smith).

Compléments :

  • Il y a une autre façon d’expliquer la naissance du sophiste. Soit un enfant qui trouve que les règles de la société qu’on lui impose sont injustes. Il peut en déduire que c’est là leur rôle. Et donc qu’il doit les maîtriser pour être injuste. Il ne va donc pas s’y conformer, mais essayer d’en comprendre les rouages pour les plier à ses intérêts. C'est entièrement logique.
  • L’article insiste sur le fait qu’Irving Kristol était un homme sans regrets. Ce qui pourrait à la fois confirmer qu’il était sûr de sa vérité, et qu’il était peu prédisposé pour la science.

vendredi 18 septembre 2009

Conservateur et bolchévisme

Ce blog observe avec étonnement une sorte de manipulation partie des USA et qui a contaminé le monde ces dernières décennies, une contamination qui a fait dire à nos valeurs le contraire de ce qu’elles signifiaient initialement. Un nom est derrière cette transformation : Ayn Rand (Ayn Rand and the Invincible Cult of Selfishness on the American Right).

Cette femme à la culture sommaire, totalement inconnue en France, semble avoir été un gourou. L’ancien patron de la FED, Alan Greenspan, était un membre de sa secte. Il lui doit toute sa pensée économique, et deux bulles spéculatives. D’ailleurs, l’influence d’Ayn Rand demeure telle que ses livres se vendent encore à un demi-million d’exemplaires par an.

Née Alisa Zinov'yevna Rosenbaum, en Russie, elle avait été tellement marquée par la révolution bolchevique qui avait exproprié ses riches parents qu'elle semble avoir été inspirée par une sorte de bolchevisme inversé.

  • Elle affirme que le riche est à l’origine de tout, que sa fortune est la mesure exacte de son apport à l’humanité, et que la chance n’a aucune part dans son succès. Le reste du monde n’est que paresseux : que les riches fassent grève, et nous crèverons.
  • Toute la théorie libérale des dernières décennies, celle qui semble démontrée par les meilleurs prix Nobel, est dans ses paroles : le laissez-faire, les marchés qui s’autorégulent, la sélection naturelle des plus utiles, c’est le bien. Il est immoral de distribuer l’argent des riches aux pauvres. D’ailleurs on ne parle plus de riches, mais de ceux qui « travaillent dur », le mot pauvre et remplacé par « paresseux ». Comme les bolchéviques, Ayn Rand et ses disciples modernes ne s’adressent pas à la raison, ils manipulent la morale universelle pour nous amener à faire ce qu’ils désirent. Ça s’appelle du lavage de cerveau.
  • Sa pensée, à la gloire de l’égoïsme (!), est, en réalité, un totalitarisme. Elle-même semble s’être comportée avec ses proches comme un petit Staline.

Compléments :

  • Ayn Rand ne m’était pas inconnue, comme je l’ai cru, en fait j’avais vu un très bizarre film tiré d’un de ses romans, La source vive, une histoire d’architecte joué par Gary Cooper. (Un film que la critique intello française adore, de même qu’elle adore Clint Eastwood… Il faudra un jour s’interroger sur la curieuse proximité entre nos bobos et les ultraconservateurs américains.)
  • Le billet que cite Barack Obama paralysé ? m’a mis sur la piste d’Ayn Rand. Il montre comment le discours républicain moderne applique à la lettre ses préceptes. Lisez Ayn Rand, et vous saurez répondre du tac au tac à la moindre réforme de B.Obama. De manière plus inattendue, N.Sarkozy parle comme Ayn Rand.
  • Le mail que je cite dans Propagande américaine illustre de manière parfaite le procédé d’Ayn Rand : un dirigeant s’y présente comme une victime de l’état. Il a passé la meilleure partie de sa vie à construire son entreprise, alors que les gens de son âge s’amusaient, aujourd’hui on jalouse sa fortune et on l’impose honteusement pour aider la mère célibataire et ses 4 enfants. Bouquet final : il va faire grève, fermer boutique, et qui va être le dindon de la farce ? Ses employés, ses clients, et la société, mais ils n'auront que ce qu'ils méritent, ces incapables.
  • La classe ouvrière du 19ème siècle pensait, à l’inverse d’Ayn Rand, qu’elle créait la richesse et était exploitée par les classes supérieures : Lutte de classes. Ses révolutions ont été une tentative infructueuse de prouver son point de vue.