Affichage des articles dont le libellé est Warburg. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Warburg. Afficher tous les articles

dimanche 17 mars 2013

Stéphane Hessel

France Culture rediffusait, cette semaine, une interview de Stéphane Hessel (A voix nue).
Stéphane Hessel est peut-être le dernier des Mohicans d’une élite d’Europe centrale de culture internationale. Quelqu’un de l’espèce des Albert Hirschman ou Siegmund Warburg.

La vie de Stéphane Hessel m’a fait penser au Bonheur fou de Giono. Il a traversé des événements effroyables, mais toujours avec le sourire, et avec une sorte de foi indestructible en son infaillibilité. Comme dans cet épisode, où il se réveille entouré de SS, qu’il convainc de se rendre aux forces américaines. Il appartenait à une génération de gens qui avaient été élevés pour vivre dans le danger et se rire des aléas. On ferait bien d’en prendre de la graine.

Il a consacré sa vie aux droits de l’homme. Mais sans en être un défenseur borné. Il est même plutôt pragmatique, et reconnaît volontiers ses erreurs. En outre, il a été un promoteur résolu de l’influence culturelle française. Il me semble même avoir été fort sûr de son intérêt pour ses anciennes colonies, dont elle était quelque peu constitutive.

Mais, sa définition de la gauche, « prendre le point de vue du dominé », me paraît résumer les dérives de ce parti politique. Et, peut-être ?, les dangersde ses bonnes intentions. De quel droit une personne peut-elle ramener un autre être humain à un unique qualificatif : « dominé » ? Il n’y a pas de misérables, il y a des hommes, égaux et respectables dans leur différence. Même s'ils traversent des moments difficiles.  

jeudi 10 janvier 2013

La France et le mal anglais

Parmi les réhabilitations inattendues, celle de Mme Thatcher. Premier frémissement : billet sur Siegmund Warburg. Il laissait entendre que seule Mme Thatcher était parvenue à secouer la paralysie anglaise. Et voilà que je viens de rencontrer quelqu’un qui a vécu dans les années 60 en Angleterre, et qui confirme un blocage total. La faute des syndicats. Certes, Mme Thatcher a causé des dégâts irréparables, mais, dans ces conditions, il était difficile de faire dans la dentelle, me dit, en substance, mon interlocuteur.

Une autre personne m'a raconté que notre gouvernement a décidé de réformer les IUT. Du fait d’une sélection à l’entrée, ils ne recruteraient pas les élèves qui sortent des formations professionnelles, et les étudiants y seraient mieux traités qu’en université (environ 2 professeurs par élève contre 7 ou 8 à l’université). Il s’agirait de corriger ces inégalités. Et les grandes écoles ? Apparemment rien de prévu. Parce que les réformateurs y ont leurs enfants ? La fabrique du crétin ?

La France serait-elle atteinte du mal anglais ? Une gauche qui défend des intérêts catégoriels et paralyse toute évolution, une droite qui traite le mal par le feu ?

lundi 17 décembre 2012

La prochaine crise européenne est annoncée

Intéressant article de The Economist. En Europe les entreprises sont financées par les banques. Or, de nouvelles réglementations vont rendre ce financement difficile, parfois impossible.
Le changement annoncé est monstrueux. La réglementation européenne ressemblerait à celle des USA des années 30. Les banques financent la dette d’entreprise à 30% là-bas, contre 90% en zone euro !

Que va-t-il arriver ? Les banques pourraient organiser des emprunts pour les (grandes) entreprises. Elles empocheraient ainsi des bénéfices sans risque, celui-ci étant pris par le prêteur. Essentiellement des compagnies d’assurance et des fonds de pension (cf. les assurances vie, en France). Les dettes des petites sociétés pourraient être titrisées, façon subprime. Des plates-formes d’échange électroniques pourraient aussi mettre en relation ceux qui ont de l’argent avec ceux qui en cherchent. En résumé, les marchés vont remplacer les banques.

Nouveau Far West
Tout est prêt pour un nouveau Warburg, et pour un renouveau de la City, dont le métier est l’organisation de syndicats pour la levée emprunts internationaux. Bonne nouvelle aussi pour les intermédiaires de type Rothschild et pour les organismes financiers américains, qui ont de l’expérience dans le domaine ?
Thomas Watson, d'IBM
Et peut-être pour d’autres. Cette situation a fait la fortune de Watson, le fondateur d’IBM. On était alors dans les années 30, ses clients n’ayant pas les moyens d’emprunter, il est parvenu à leur louer son matériel. C’était un exploit puisqu’il avait les mêmes problèmes qu’eux. Mais, du coup, aucun concurrent ne pouvait se mesurer à lui. Même après la crise. Un demi-siècle de monopole s’ensuivit.

Quant aux dangers pour la société, ils semblent colossaux. Aujourd’hui les banques exercent un contrôle sur l’entreprise. Ce contrôle est direct, social, il agit sur le comportement même de l’entrepreneur. Il ne peut pas être remplacé par une réglementation, facilement contournable, ou par des agences de notation (cf. le précédent des subprimes). Or, cette transformation arrive au moment où l’aléa moral pourrait atteindre un sommet. Car  les assurances cherchent désespérément à relever la rentabilité de leurs placements et l’on ne sait pas comment payer les vagues de retraités qui s’annoncent. Aléa d’autant plus imparable que la zone euro n’est pas homogène, mais dépend pour son financement d’autres nations qu’elle ne peut pas contrôler ? Et si les marchés de capitaux sur lesquels elle emprunte, et où sont placés ses économies étaient hors d’Europe, par exemple à Londres ?

Comment contrôler le changement ?
L’aléa moral étant plus fort que tout. Eviter un cataclysme est illusoire. Quelques idées à titre d’exercice intellectuel :
Le nœud de la question est le contrôle de terrain. Qui peut contrôler la gestion de l’entreprise ? La grande entreprise pourrait s’occuper des finances de ses sous-traitants. C’est en fait déjà le cas. En effet, la survie du fournisseur dépend massivement des délais de paiement du donneur d’ordre, et les conditions de paiement que peut faire le fournisseur au donneur d’ordre dépendent de sa capacité à emprunter (nulle aujourd’hui). Mais qui peut contrôler la grande entreprise, et éviter qu’elle ne se transforme en ENRON ?
Il y aurait aussi sûrement de la place pour des mécanismes d’autocontrôle d’un groupe d’entrepreneurs (type coopérative).
Finalement, le risque sera d’autant plus faible que l'autofinancement se développera. 

mercredi 12 décembre 2012

Siegmund Warburg, don Quichotte anglais?

FERGUSON, Niall, High Financier, Penguin, 2011.
Siegmund Warburg est un mythe en Angleterre. Ses idées ont fait de la City la première place financière au monde, au moment où elle sombrait dans la médiocrité.

Au siècle dernier il existait une forme de banque familiale, juive ou protestante. Les membres de la famille la gèrent ensemble et utilisent pour leurs affaires internationales des parents installés à l’étranger. Les Warburg de Hamburg sont une sorte de dynastie financière, des vassaux des Rothschild.
Siegmund Warburg est un parent pauvre. L’entreprise familiale lui fournit un emploi. Mais la montée du nazisme va changer sa destinée. Après avoir pensé qu’Hitler apporterait un peu de dynamisme et de jeunesse à une Allemagne ankylosée, il doit partir. Il choisit l’Angleterre par défaut. Il y fonde une banque et s’associe avec d’autres Juifs qui ont connu son sort. Les débuts sont difficiles. Le terrain étant fort occupé.

Il semble avoir pensé qu’un Juif devait le meilleur de lui-même à la nation qui l’accueillait. Ainsi, il a voulu changer l’Angleterre. (La trouvait-il paresseuse et décadente ?) Selon lui, son avenir était européen. Il aurait aimé, au moins, régénérer ses entreprises en les fusionnant avec des multinationales allemandes. A défaut, il a été à l’origine d’une finance européenne : les Eurobonds, obligations en devises étrangères. Ce sont elles, qui, en peu d’années, vont faire de la City la première place financière mondiale. Il déclenche aussi un vague de fusions acquisitions. Elle concentre l’industrie anglaise, et la met en partie sous la coupe de l’étranger. Il désirait lui donner du sang neuf. Ce sera un échec. Il faudra attendre Mme Thatcher pour sortir le pays de sa torpeur.

Tous ces exploits lui ont peu rapporté. Il n’était d’ailleurs pas intéressé par l’argent. Il voyait la finance comme un art. Il aurait aimé créer une petite banque d’un très haut savoir-faire, et d’une grande éthique, qui durerait. Mais elle ne lui a pas survécu. Elle a été victime de la transformation de la finance mondiale. Finance globalisée dont il a été le pionnier, et dans laquelle son héritage et ses valeurs ont sombré. 

mercredi 25 avril 2012

L’erreur du neocon ?

Sigmund Warburg, fameux banquier, a une phrase qui me frappe : ce n’étaient pas les révolutionnaires de 17 qui étaient les vrais révolutionnaires, mais ceux qui ont défendu les valeurs de l’Ouest contre leur barbarie.

Tocqueville devait se sentir un révolutionnaire, lui aussi, lorsqu’il considérait les atrocités et l’irrationalité post 89. Idem pour le néoconservateur : il est une réaction à 68.

Ils ont tous eu raison de dénoncer ces crises de folie. Mais ils ont commis une erreur colossale : on n’oppose pas la barbarie à la barbarie. Il n’y a pas deux options : révolutionnaires et contre révolutionnaires. Il y a, au milieu, l’énorme majorité des gens honnêtes.

Un programme politique doit servir cette immense majorité, non être une réaction aux idées d'une poignée de fous-furieux, même s’ils ont le pouvoir.

Compléments :

dimanche 8 avril 2012

City of London

Histoire de la City de Londres. Une version abrégée en seulement 600 pages du livre de référence : KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011. Voici ce que j’en retiens, sachant que le monde de la banque m’est peu familier.

Vie et réincarnation

La City de Londres résulte d’une initiative privée étonnante pour un Français. À la fin du 16ème siècle, Londres est une des principaux marchés mondiaux. Les marchands anglais font du commerce partout sur la planète et ont besoin de crédits pour cela. Certains acquièrent donc une fonction financière. Ils transforment leur entreprise en une « merchant bank ».

En 1694, ils créent la Banque de Londres (d’Angleterre). C’est un organisme à but lucratif, qui fait du réescompte. Elle va rapidement avoir pour rôle de garantir le respect des règles de bonne conduite du « club ». Tout aussi rapidement, elle aura à sauver ses membres des crises qui les secouent périodiquement. En même temps apparaît le premier assureur, la Lloyds (1691). Le Royal Exchange est établi en 1570.

L’histoire de la City connaît plusieurs épisodes remarquables. Lors des guerres napoléoniennes, elle accueille les financiers du continent (essentiellement juifs allemands), qui n’arrivent plus à y travailler. Ils vont monter le système de financement des guerres contre Napoléon. À partir de là, l’Angleterre sera liée par une dette de plus en plus élevée à la City. Cela expliquerait que, bien vite, la classe dominante y ait vu son intérêt et se soit alliée aux financiers.

À partir de maintenant, la City va aider les nations à emprunter, généralement pour faire la guerre.

Dans l’entre-deux guerre, elle participera, avec grand entrain, à la reconstruction de l’Allemagne. Et ce d’autant plus volontiers que beaucoup de ses banques sont anglo-allemandes.

La City s’est constituée comme le centre financier de la première puissance mondiale. La Livre est la monnaie d’échange internationale. En 1918, les USA dominent le monde. La City se replie sur l’empire britannique. Mais après la seconde guerre mondiale son avenir semble bouché. C’est alors qu’elle a un coup de génie.

Le dollar étant monnaie de réserve, les nations en ont grand besoin. La City réalise que beaucoup de dollars ne sont pas aux USA. Et qu’il est donc possible d’organiser des emprunts en dollars hors des États Unis (Eurodollar). Coup de chance, le gouvernement américain décide au même moment de limiter les emprunts qui peuvent être faits sur son territoire.

La City redevient la plaque tournante de la finance mondiale. Les plus grandes banques s’y installent d’ailleurs. Elle a trouvé sa vocation ? Elle est une zone franche, une sorte de station pirate, qui tire profit d’être hors des eaux territoriales, surtout de la zone euro.

Mais, cette transformation lui a fait perdre son âme. Le club est mort. Peu brillants mais risquant tous les jours leur argent, ses membres se connaissaient tous, et ils étaient chaperonnés par la Banque d’Angleterre. Seule une morale des affaires rigoureuse y était possible. La City est maintenant faite de « supermarchés » de la finance peuplés de surdiplômés drogués au bonus, qui ne communiquent qu’avec des ordinateurs. C’est un univers fermé qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent. Signe des temps ? La banque Barings, héros du livre qu'elle parcourt de bout en bout, est victime d'un Kerviel anglais. (La banque a été fondée en 1762, par un immigré allemand.) Et la très arrogante Lloyds est prise en flagrant délit de malversations. 

La Banque d’Angleterre

Pendant longtemps, la Banque d’Angleterre a été la clé de voûte de l’édifice.

Elle a inventé le métier de banque centrale. Elle a vite cru possible de monter une fraternité de banquiers centraux qui assurerait le bonheur du monde, et le protégerait des impérities des démocraties. C’est ainsi qu’elle a contribué avec enthousiasme à la reconstruction de la puissance allemande entre les deux guerres.

Puis elle a été rattachée à l’État anglais, et à nouveau rendue indépendante.

La force de la City

Qu’est-ce qui fait la force de la City ?

Surtout le talent étranger. En premier lieu celui des Juifs allemands. Trois en particulier : Nathan Rothschild (qui fait de Londres la plaque tournante du marché des capitaux internationaux), Cassel et Warburg (Eurodollar).

Ensuite, elle dispose d’une très grande liberté. Elle est exceptionnellement peu réglementée. C’est une sorte d’État dans l’État.

Enfin, la globalisation est son sang. Sans elle, elle dépérit. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait de 1914 aux années 60.

La City et l’Angleterre

Curieusement, il ne semble pas qu’on lui en ait voulu d'avoir été le financier de la puissance allemande, à la fois avant et après la première guerre mondiale. Mais, très rapidement, on lui a reproché de ne pas financer l’industrie nationale. On dit, d’ailleurs, d’elle que c’est un « casino ». Sa vocation n’est pas d’alimenter l’économie, mais de s’enrichir par des coups. Pire, dans les dernières décennies, elle s’est mise à spéculer ouvertement contre les intérêts de l’Angleterre. Ainsi, en 1992, George Soros gagne 1md$ en une journée en jouant la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen.

Jusqu’à Tony Blair elle a été en guerre ouverte avec les Travaillistes. Et Margaret Thatcher ne l’appréciait guère.

Mais la City est elle encore anglaise ? Ou est-ce une forme de pavillon de complaisance pour les financiers mondiaux les plus agressifs ? Un nid d’aigle d’où ils lancent des razzias sur les campagnes environnantes ?