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mardi 15 septembre 2020

Greta Thunberg, fille spirituelle de Mme Thatcher ?

Mme Thatcher a été un des premiers activistes de la cause climatique. Voici qui est surprenant.

Mais, peut-être y avait-il quelque-chose d'anglais dans cette affaire, car, comme le dit ce blog, M.Blair a joué un rôle déterminant dans la conférence de Kyoto. Il a expédié les industries polluantes en Chine (notamment).

Mme Thatcher n'a pas combattu que le climat, elle a aussi affronté les mineurs. Et si la cause du réchauffement climatique avait rejoint la volonté de faire émerger un nouveau type d'économie ? Cela pourrait-il expliquer que l'écologie moderne soit devenue compatible avec la croissance (elle remplace le pétrole par l'éolienne), ce qui n'était pas le cas initialement, lorsque le rapport du Club de Rome est sorti ?

mercredi 10 janvier 2018

Bulgarie et Roumanie

Bulgarie et Roumanie sont entrées dans l'UE grâce à M.Blair. Il voulait les remercier de leur soutien durant la guerre d'Irak. Et faire de l'UE un grand capharnaüm. Voici ce que dit un journaliste bulgare, cité par Politico. Il semble aussi penser que la Bulgarie est une sorte d'asile de fous, qui ne devrait pas faire de vieux os dans l'UE.

Paradoxe de l'élite politique anglaise qui se plaignait auprès de son peuple de l'UE, alors qu'elle en tirait les ficelles... Mais aussi question sur la France, où ce type de nouvelle n'a pas été diffusé : comment peut-on s'appeler une démocratie, si l'on n'informe pas correctement son peuple ?

samedi 9 juillet 2016

Rapport Chilcot

Au moment où l'on fait un procès aux dirigeants de France Télécom / Orange pour harcèlement moral, paraît un rapport Chilcot sur la façon dont l'Angleterre est entrée en guerre en Irak. Apparemment, on n'y apprend pas grand chose que l'on ne savait déjà. D'ailleurs, il arrive très tard, et on lui aurait caché la plupart des documents intéressants. (Notamment les échanges entre MM.Blair et Bush.)

Qu'en penser ? Peut-être qu'on avait oublié un peu vite qu'une décision a des conséquences, et que la société doit demander des comptes. C'est le principe de responsabilité : qui casse paie. 

Peut-être plus encore, ce que cette histoire nous enseigne est que ces dirigeants ont probablement cru avoir raison. Ils étaient tous les adeptes d'une même idéologie. Mais, elle n'a pas eu les résultats escomptés. C'est peut-être la pire peine qu'ils aient à subir : non seulement ils ont eu tort, mais le monde qu'ils espéraient n'est pas survenu.

mercredi 17 avril 2013

Pourquoi les Allemands ne sont-ils pas prêteurs ?

Il semble bien qu’il y ait un problème de distribution de richesses en Allemagne.
  • Premièrement, la richesse en Allemagne est hautement concentrée dans la tranche supérieure de la distribution des revenus
  • Deuxièmement, une grande partie de la richesse allemande n’est pas détenue par les ménages, et donc doit être détenue par les entreprises ou le gouvernement.
(…) l’opposition de l’Allemagne aux transferts vers le sud trouve son origine non dans le richesse du pays. L’Allemagne est un des pays les plus riches de la zone euro. Le problème est que la richesse est distribuée de manière inégalitaire. (L’article.)
Cercle vertueux ? Les réformes Schröder déplacent la richesse des pauvres vers les riches, les entreprises et l’Etat. Les pauvres, qui contrôlent la démocratie allemande, ne veulent donc plus aider qui que ce soit. Pour cette raison, il faut appliquer partout les réformes Schröder.

On notera au passage que, de Schröder, à Blair, en passant par Clinton, la gauche aura été le fer de lance du démantèlement de la protection sociale en Occident. 

jeudi 7 mars 2013

Thatcher and sons

Le livre qui m’a fait sombrer dans la dépression. La description, par le menu, du plus grand de tous les changements ratés. JENKINS, Simon, Thatcher and sons, Penguin, 2007.

Deux révolutions
Mme Thatcher a gouverné contre son parti et contre une majorité de ses concitoyens. Son règne est marqué par trois victoires. Contre les Argentins aux Malouines, contre le syndicat des mineurs en Angleterre, et contre l’Europe. La première, qui va assurer une survie politique compromise, est due à son incompétence. Ayant terrorisé son cabinet, il n’a pas eu le courage de lui dire ce qui se tramait en Argentine, et comment le prévenir.
Curieusement, elle est hésitante et politique, au sens traditionnel du terme. Le radicalisme des réformes thatchériennes est le fait de ses ministres des finances et de l’éducation, et de ses successeurs. En premier lieu Blair et Brown.
Margaret Thatcher rêve d’une sorte de « dictature de la bourgeoisie ». Elle n’aime ni la haute société, ni les pauvres. Elle veut rendre aux classes moyennes leur dû. Pour cela, elle rompt le « consensus » d’après guerre, l’Etat protégeant la société des aléas du capitalisme.
Le thatchérisme produit « deux révolutions ». D’abord une privatisation massive de l’économie, à prix bradés. Ensuite, paradoxalement, une centralisation sans précédent (y compris en France) de l’Etat. En effet, comme dans le modèle léniniste, pour détruire un ennemi qui s’étend à mesure qu’on le réforme (socialisme, syndicats, universités, démocratie locale…) il faut un pouvoir d’exception. En outre, l’Etat découvre qu’il doit contrôler les monopoles privatisés (par exemple le rail), puisque le marché ne peut pas le faire.

Le totalitarisme du tableau de bord
D’où deux effets léninistes. En premier, une colossale perte d’efficacité de l’Etat. « La centralisation thatchérienne n’a réduit le coût d’aucun programme (pas même du logement). Dans ce dernier quart de siècle, les dépenses publiques n’ont pas seulement cru, en termes réels, elles ont doublé ». Elle vient de ce que le ministère des finances veut tout contrôler. Ce qui est démesurément coûteux (il emploie des nuées de consultants !), et ridiculement inefficace. Surtout, il veut quantifier pour allouer au mieux ses subsides. Jusqu'à la moindre dépense locale. Inconcevable même chez nous ! Le mouvement de libération de l’individu est devenu un flicage totalitaire.

Croisade
Pourquoi n’a-t-on pas réalisé toute l’inefficacité de ces changements ? Parce que le Thatchérisme est un combat. Ses forces du mal sont le service public et la démocratie. Il pense, comme Hayek, que l’avènement de la culture des affaires fera le bonheur collectif. Car elle est honnête. « (Gordon Brown) a mis sa confiance dans le capitalisme comme outil de redistribution sociale, alors que ses prédécesseurs avaient mis la leur dans le service public. » Le changement était un acte de foi. Une nouvelle culture aurait des bénéfices immenses. Pourquoi compter, dans ces conditions ? C’était le pari de Pascal.
Ou de Lénine ? La réforme succède à la réforme. Thatcher et Blair en veulent toujours plus. Aujourd'hui, ils regrettent de ne pas être allés assez loin : c’est pour cela que ça n’a pas marché.

La gabegie
Les cabinets de conseil et les « quangos » sont partout. « Les dépenses en conseil du gouvernement travailliste ont été estimées à 70md£ entre 1997 et 2006 (…) La profession elle-même a estimé que quelques 40% de sa production étaient à destination du secteur public. » Les quangos sont des organismes confiés à des ressortissants du secteur privé. Ils répartissent les fonds publics à usage public, sans contrôle démocratique. On y gagne beaucoup d’argent.
L’administration dépense aussi des fortunes en ordinateurs et en avocats. Souvent pour des projets qui avortent. Les entreprises privées sont comme chez elles dans les ministères. Elles détachent des pans entiers de la fonction publique. Inexplicablement, le nombre de fonctionnaires n’arrête pas de croître.

Thatcher, Major, Blair, Brown… et Sarkozy
Ce que révèle le livre aussi est à quel point Thatcher, Major, Blair, Brown et Sarkozy sont faits du même bois. Fascination pour les riches, haine de l’establishment, aucune culture, mais aussi, et c’est plus surprenant, aucune vision. Ils sont excellents dans les situations de crise. C’est elles qui les gouvernent. Ce sont surtout de vilains petits canards. Thatcher doit sa carrière à ce qu’elle était une femme, et à quelques hasards heureux. Blair à ce que les travaillistes ont besoin d’un renouveau, et qu’il est différent de ses collègues.

L’Europe de Thatcher et maintenant
Lire ce livre permet d'expliquer qui nous est arrivé : nous avons appliqué aveuglément la méthode Thatcher, partout. Certes, mais n’a-t-elle pas réussi en Angleterre ? C’est ce que pense Simon Jenkins. Mais pas moi. Il dit que le Thatchérisme a créé un « nanny state », un Etat nounou. L’Anglais en est devenu totalement dépendant. Je crois qu’il a fait bien plus que cela. Il a infantilisé l’entreprise. Voici ce que disait The Economist, récemment : « Entre 1997 et 2007, la Grande Bretagne a connu un boom, en grande partie dans le secteur public et la construction. Des nouveaux emplois ont été créés par l’Etat, et des cabinets de conseil sont apparus pour répondre aux appels d’offres publics. Le capital et l’emploi ont été aspirés par le boom de la construction. Une grosse partie du boom britannique était lié à l’économie domestique ». Et si le Thatchérisme avait été une bulle spéculative ?

dimanche 24 février 2013

L’Angleterre sombre ?

L’Angleterre a été le pionnier de la rigueur. A quoi elle a ajouté une vigoureuse dévaluation de sa monnaie. Pourtant, elle n’arrête pas de couler.

Où est le problème ? Thatcher and sons dit que le Thatchérisme a construit un « nanny state ». Très curieusement, en voulant réformer la fonction publique Thatcher, Major, Blair et Brown en ont fait une sorte de moteur de l’économie. Elle a pris des proportions à la française et a nourri toute une industrie (notamment des cabinets de conseil).

David Cameron, anti Thatcher ?, réduit l’Etat et essaie de redonner du pouvoir à la démocratie locale, asséchée par Thatcher and sons. Malheureusement, j'ai l'impression qu'il ne reste plus grand-chose sur lequel construire

samedi 26 mai 2012

Petit traité de manipulation : le sophisme

Lorsque Tony Blair a été accusé d’avoir manipulé l’opinion britannique pour la précipiter dans la guerre d’Iraq, il a répondu que c’était une guerre juste. Autrement dit la faute était vénielle, car la fin justifiait les moyens.

Le sophisme est une perversion de la rationalité. Il fait passer pour un raisonnement rigoureux ce qui ne l’est pas. Le procédé consiste essentiellement à justifier une conclusion prédéfinie par ce qui semble aller dans son sens, sans prendre en compte ce qui la contredit.

The Economist, ma lecture favorite, donne des exemples de sophismes à longueur de pages. Tout ce qui sert sa cause (le libre échange et la gloire de la Grande Bretagne éternelle) est vu positivement, au contraire de tout ce qui la dessert (la France, la zone euro, la main visible de l’État).

Comme M.Blair, le sophiste pense qu’il a raison, et que la fin, l’instrumentalisation de la raison, justifie les moyens.

Cette croyance s'associe naturellement au protestantisme. En effet, certaines de ses formes estiment que Dieu couronne ses élus de leur vivant, en leur accordant un talent, une vocation. Autrement dit, si vous êtes particulièrement doué pour quelque chose (faire des affaires, être un bon élève…), c’est probablement que vous avez été choisi par Dieu.

M.Blair est catholique. Il n’y a pas besoin d’être protestant pour s’estimer un surhomme. Le sophisme est une pathologie de la confiance en soi !

jeudi 3 mai 2012

Sarkozy et Blair, PDG

J’entendais dire par France Culture, avant-hier matin, que MM.Sarkozy et Blair avaient beaucoup de choses en commun.

dimanche 8 avril 2012

City of London

Histoire de la City de Londres. Une version abrégée en seulement 600 pages du livre de référence : KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011. Voici ce que j’en retiens, sachant que le monde de la banque m’est peu familier.

Vie et réincarnation

La City de Londres résulte d’une initiative privée étonnante pour un Français. À la fin du 16ème siècle, Londres est une des principaux marchés mondiaux. Les marchands anglais font du commerce partout sur la planète et ont besoin de crédits pour cela. Certains acquièrent donc une fonction financière. Ils transforment leur entreprise en une « merchant bank ».

En 1694, ils créent la Banque de Londres (d’Angleterre). C’est un organisme à but lucratif, qui fait du réescompte. Elle va rapidement avoir pour rôle de garantir le respect des règles de bonne conduite du « club ». Tout aussi rapidement, elle aura à sauver ses membres des crises qui les secouent périodiquement. En même temps apparaît le premier assureur, la Lloyds (1691). Le Royal Exchange est établi en 1570.

L’histoire de la City connaît plusieurs épisodes remarquables. Lors des guerres napoléoniennes, elle accueille les financiers du continent (essentiellement juifs allemands), qui n’arrivent plus à y travailler. Ils vont monter le système de financement des guerres contre Napoléon. À partir de là, l’Angleterre sera liée par une dette de plus en plus élevée à la City. Cela expliquerait que, bien vite, la classe dominante y ait vu son intérêt et se soit alliée aux financiers.

À partir de maintenant, la City va aider les nations à emprunter, généralement pour faire la guerre.

Dans l’entre-deux guerre, elle participera, avec grand entrain, à la reconstruction de l’Allemagne. Et ce d’autant plus volontiers que beaucoup de ses banques sont anglo-allemandes.

La City s’est constituée comme le centre financier de la première puissance mondiale. La Livre est la monnaie d’échange internationale. En 1918, les USA dominent le monde. La City se replie sur l’empire britannique. Mais après la seconde guerre mondiale son avenir semble bouché. C’est alors qu’elle a un coup de génie.

Le dollar étant monnaie de réserve, les nations en ont grand besoin. La City réalise que beaucoup de dollars ne sont pas aux USA. Et qu’il est donc possible d’organiser des emprunts en dollars hors des États Unis (Eurodollar). Coup de chance, le gouvernement américain décide au même moment de limiter les emprunts qui peuvent être faits sur son territoire.

La City redevient la plaque tournante de la finance mondiale. Les plus grandes banques s’y installent d’ailleurs. Elle a trouvé sa vocation ? Elle est une zone franche, une sorte de station pirate, qui tire profit d’être hors des eaux territoriales, surtout de la zone euro.

Mais, cette transformation lui a fait perdre son âme. Le club est mort. Peu brillants mais risquant tous les jours leur argent, ses membres se connaissaient tous, et ils étaient chaperonnés par la Banque d’Angleterre. Seule une morale des affaires rigoureuse y était possible. La City est maintenant faite de « supermarchés » de la finance peuplés de surdiplômés drogués au bonus, qui ne communiquent qu’avec des ordinateurs. C’est un univers fermé qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent. Signe des temps ? La banque Barings, héros du livre qu'elle parcourt de bout en bout, est victime d'un Kerviel anglais. (La banque a été fondée en 1762, par un immigré allemand.) Et la très arrogante Lloyds est prise en flagrant délit de malversations. 

La Banque d’Angleterre

Pendant longtemps, la Banque d’Angleterre a été la clé de voûte de l’édifice.

Elle a inventé le métier de banque centrale. Elle a vite cru possible de monter une fraternité de banquiers centraux qui assurerait le bonheur du monde, et le protégerait des impérities des démocraties. C’est ainsi qu’elle a contribué avec enthousiasme à la reconstruction de la puissance allemande entre les deux guerres.

Puis elle a été rattachée à l’État anglais, et à nouveau rendue indépendante.

La force de la City

Qu’est-ce qui fait la force de la City ?

Surtout le talent étranger. En premier lieu celui des Juifs allemands. Trois en particulier : Nathan Rothschild (qui fait de Londres la plaque tournante du marché des capitaux internationaux), Cassel et Warburg (Eurodollar).

Ensuite, elle dispose d’une très grande liberté. Elle est exceptionnellement peu réglementée. C’est une sorte d’État dans l’État.

Enfin, la globalisation est son sang. Sans elle, elle dépérit. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait de 1914 aux années 60.

La City et l’Angleterre

Curieusement, il ne semble pas qu’on lui en ait voulu d'avoir été le financier de la puissance allemande, à la fois avant et après la première guerre mondiale. Mais, très rapidement, on lui a reproché de ne pas financer l’industrie nationale. On dit, d’ailleurs, d’elle que c’est un « casino ». Sa vocation n’est pas d’alimenter l’économie, mais de s’enrichir par des coups. Pire, dans les dernières décennies, elle s’est mise à spéculer ouvertement contre les intérêts de l’Angleterre. Ainsi, en 1992, George Soros gagne 1md$ en une journée en jouant la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen.

Jusqu’à Tony Blair elle a été en guerre ouverte avec les Travaillistes. Et Margaret Thatcher ne l’appréciait guère.

Mais la City est elle encore anglaise ? Ou est-ce une forme de pavillon de complaisance pour les financiers mondiaux les plus agressifs ? Un nid d’aigle d’où ils lancent des razzias sur les campagnes environnantes ?

lundi 7 février 2011

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :

Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c'est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.

Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).

Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.

Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.

D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.

Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

vendredi 3 décembre 2010

Fin de l’euro

Vu de l’intérieur de la zone euro, il est curieux à quel point le sort de la dite zone semble faire peu de doute pour le journaliste ou économiste anglo-saxon. D’ailleurs, il n’y a plus que cette nationalité qui ait le droit de penser. Et elle a une courte mémoire.

Elle s’apitoie sur le sort de l’Allemagne, par exemple. Triste : elle doit sauver l’Europe après l’épreuve, traversée seule, de l’absorption de sa partie est… (Mais qu’attend-elle pour s’extraire de cette masse de parasites ?)

Pas tout à fait juste, malheureusement. La stratégie qu’elle a adoptée pour sa réunification, fort intelligente ?, a coûté extrêmement cher au reste de l’Europe, notamment à la France. C’est à ce moment que l’Angleterre est sortie de la course à l’euro. Et a profité d’une dévaluation qui a beaucoup aidé le libéralisme de Mme Thatcher et de M.Blair. Stratégie si efficace qu’elle la réutilise aujourd’hui.

La France est devenue un pays sympathique. Elle prend tous les coups sans en rendre aucun. Elle aurait même tendance à en rajouter. Je ne sais pas pourquoi, cela me fait penser à ce que disaient mes amis Québécois de leur passé. L’Eglise aurait collaboré activement avec le pouvoir anglais pour maintenir les francophones dans le servage.

Compléments :

dimanche 21 novembre 2010

État anglais

BBC 4 traitait hier de victimes d’inondations et d’assurances qui ne veulent pas assurer. Or l’État réduit ses moyens de lutte contre les inondations. Pourtant le risque augmente. Le ministre concerné explique qu’il faudra que l’initiative privée remplace l'État.

Jadis les intérêts du peuple passaient avant tout. Maintenant, ils sont secondaires. En fait, une petite partie de la société a acquis une grosse partie de la richesse nationale. Puisqu’on ne peut rien lui reprendre, il reste moins à répartir entre les membres de la société. Mais Tony Blair a cru à un miracle économique. Il a pensé que son pays était riche et a voulu en faire profiter les pauvres. Ce faisant il a endetté l’État.

Compléments :
  • Le même phénomène aux USA.
  • Peut-être n’y a-t-il ici qu’un mouvement naturel des choses ? De tous temps les riches ont voulu s’enrichir. Mais la guerre froide rendait dangereux un mécontentement populaire. Il l’est beaucoup moins depuis que l’URSS n’est plus. 

samedi 9 octobre 2010

Histoire de l’Angleterre

MARX, Roland, Histoire de la Grande Bretagne, éditions Perrin, 2004.

Ce livre me fait croire que les caractéristiques de la perfide Albion sont apparues par étapes :

Les souverains normands et leurs successeurs pensaient accroître leurs terres en conquérant l’Angleterre. Or, ils perdent leur place dans cette chasse. Le roi de France leur prend leurs possessions françaises. Ils veulent les retrouver. Les intérêts économiques de la bourgeoisie rejoignent les leurs. Pendant 5 siècles l’Angleterre a le regard tourné vers la France.

Déboutée, elle ne cherchera plus à conquérir le continent, mais à y entretenir le chaos. Son échec explique peut-être la haine, toujours vivace, de l’Anglais pour le Français. Et le fait qu’il se sente si bien chez nous. (Faut-il aussi mettre le faible pouvoir de la royauté anglo-saxonne au compte de son peu d’intérêt pour son île ?)

De ce fait se forme un sentiment national précoce.

Cette nation se divise en deux classes. D’un côté les hommes libres, de l’autre ceux qui ne le sont pas. Dès cette époque, la classe supérieure est relativement ouverte, large, pragmatique et démocratique. Ce qui assurera sa survie jusqu’à nos jours. Ainsi que la pérennité d’un étonnant niveau d’inégalité sociale.

Avec Henri VIII et Elisabeth, le pouvoir royal est pragmatique. A tort ou à raison, le comportement du souverain anglais me rappelle celui d’un dirigeant d’entreprise, non celui de Louis XIV. Il est préoccupé d’intérêts concrets, plus que de gloire ou d’épate ; son pouvoir tient à sa capacité à s’entendre avec la classe supérieure.

Mais les souverains suivants ont la tentation de l’absolutisme continental et du catholicisme, qui va avec. Ce sera la révolution. L’individualisme (de la classe supérieure) vainc. En 1688, il s’est débarrassé du pouvoir royal et de l’église. Son triomphe est celui de l’innovation. D’où évolution explosive qui va l’amener au sommet du monde, vers 1815.

La doctrine libérale s’impose peu après. Initialement, elle paraît favorable aux intérêts anglais. Mais, à partir de 1870, l’économie a vieilli et perdu de son mordant, le reste du monde l’a dépassée et la submerge de sa production.

Entre les deux guerres l’Angleterre fait l’erreur de se tromper d’ennemi : elle le croit français, et aide efficacement l’Allemagne à préparer la guerre. Économiquement, elle devient protectionniste, dirigiste et de plus en plus collectiviste, après guerre. Mais, sa situation, qui s’était redressée, est victime de la crise des années 70. Ce sont alors les réformes Thatcher qui seront poursuivies par Tony Blair, qui veut en corriger les effets pervers pour l'homme.

Le livre s’arrête en pleine euphorie. Cependant, les germes de la situation actuelle sont déjà présents : le succès libéral a tenu à du non répétable. Vente d’entreprises publiques, pétrole de la mer du Nord, politique du laisser faire qui conduit à la disparition d’un tissu économique vieillissant qui n’est pas remplacé… Et, si j’en crois The Economist, développement d’un secteur financier qui doit moins à la compétence nationale qu’à un opportunisme un rien parasitaire, et distribution par les travaillistes d’une richesse nationale qui n’était que spéculative.

L’intégration européenne arrive en deux temps. Dans l’immédiat après guerre, elle est inconcevable. La Grande Bretagne se veut puissance mondiale. Elle est farouchement nationaliste. Mais, dès les années 60, elle doit renoncer à ses complexes de supériorité, et sacrifie, sans arrière pensée, le Commonwealth.

Je retire de ma lecture une curieuse impression. Celle d’un « libéralisme » qui n’est qu’un feu de paille, qui consomme aujourd’hui ce qui est nécessaire à l’avenir. Mais aussi celle d’une nation qui renie fort rapidement ce à quoi elle semblait croire dès lors que le temps se couvre. Greed and fear ?

dimanche 26 septembre 2010

Ed Miliband

Ed Miliband est élu leader du parti travailliste, d’un cheveu. Il a défait son frère aîné, qui était favori, et qui a été en tête de chaque tour de l’élection. Car on ne comptabilisait pas seulement les premiers choix, mais les seconds, troisièmes, quatrièmes… Or les supporters des autres candidats avaient en majorité placé le petit frère devant le grand.

Conséquence de l’élection ? La particularité d’Ed Miliband est d’avoir l’appui des syndicats, celle de David Miliband, celui des milieux d’affaires (il était le favori de The Economist, par exemple). Il est donc probable que les Travaillistes reviennent à leurs origines, et s’éloignent, un peu, du libéralisme économique dans lequel Tony Blair les avait emmenés.

Conséquence ? Compliqué. Ce sur quoi se jouera l’avenir politique de la Grande Bretagne semble dépendre du succès des réformes à la hussarde annoncées par le gouvernement de coalition. Dans ces conditions, un travaillisme de gauche sous-entend probablement des conflits sociaux durs. Ce qui peut favoriser la débâcle gouvernementale ou faire peur à l’opinion. Et quid du pouvoir d’attraction d’un travaillisme de gauche sur les Lib-dem de la coalition ?

Compléments :
  • Si j’ai bien compris, ce mode d'élection tend à retenir celui des candidats qui a le moins d’électeurs contre lui. Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, c’était chez John Stuart Mill. J’avais cru que c’avait été une idée originale sans lendemain. Mais depuis j’en ai entendu parler à plusieurs reprises. (Notamment au sujet de l'Australie ?)

dimanche 19 septembre 2010

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels

Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.
  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c'est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.

On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  

Tactiques pour une conquête du pouvoir

Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme - le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

jeudi 16 septembre 2010

Droit à l'information

RFI ce matin dit : 2/3 des Français soutiennent les grèves anti-réforme des retraites. Presse internationale (au moins celle que je lis) : majorité des Français favorable à l’allongement de la durée de travail, les syndicats organisent une dernière charge pour obtenir quelques concessions qui leur sauveraient la face.

Les deux informations ne sont pas contradictoires, bien sûr.

Mais est-il malin, pour la radio d’État, de s’acharner à ce point contre le gouvernement, et pour cela d’y risquer son âme de journaliste ? Que lui arrivera-t-il s’il est réélu ? Ce qui me rappelle les pouvoirs travaillistes locaux qui avaient parié sur la défaite de Mme Thatcher au terme de son premier mandat, et qui se sont trouvés à cours de munitions, voire en faillite, lorsqu’elle a emporté une seconde victoire. (Raison pour laquelle Tony Blair a pu transformer aussi radicalement le parti travailliste : il n’en restait rien ?)

Quelle est l’efficacité de cette opposition ? Les prochaines élections sont dans deux ans. Si l’économie redémarre, on en saura gré au gouvernement actuel, on trouvera qu’il a été ferme dans la tourmente – une première !, et on oubliera le mal qu’on en a pensé. Si ce n’est pas le cas, quoi qu’il ait fait, il sera probablement condamné. 

Compléments :
  • The Economist ou le blog de Jean Quatremer (Libération) me paraissent montrer ce que devrait être la presse : certes ils ont un très fort parti-pris (d'ailleurs ils représentent des tendances opposées), mais ça ne les empêche pas de relayer une grande partie de l'information qui ne leur convient pas. 

dimanche 5 septembre 2010

Catherine Ashton

Certains voulaient, pour diriger la diplomatie européenne, un Tony Blair, qui « paralyse la circulation » lorsqu’il se rend quelque part.
  • Effectivement, Tony Blair suscite des émeutes. Y compris lorsqu’il se rend dans une librairie pour dédicacer ses mémoires. (On lui reproche la guerre d’Irak.)
  • Catherine Ashton, effectivement, paraît humble et modeste, et penser que l’Europe à plus à gagner à se faire des amis qu’à délivrer des discours guerriers, voire à s’engager dans des conflits, comme l’a fait M.Blair. 
Le visage, ridicule, de l’Europe pourrait-il changer ? Il est douteux que les fantoches qui nous dirigent tolèrent longtemps un tel scandale.
    Compléments :

    samedi 4 septembre 2010

    Blair l’américain

    Tony Blair a écrit ses mémoires. Curiosité : il parle comme un PDG américain. En particulier, il considère les électeurs comme des consommateurs, qui ne peuvent donc jamais se tromper. De ce fait, il est ridicule d'avoir des partis politiques : il faut évidemment des produits qui répondent à la globalité du marché.

    M.Blair, ou sa femme, n’avait pas besoin d’être un agent de la CIA pour faire la politique de George Bush : il est pénétré des valeurs de l’élite des affaires. Peut-être est-ce la séduction qu'elle opère sur ses homologues étrangers (et en particulier sur notre président) qui explique que les théories libérales ont eu un tel succès ces dernières décennies ? A quoi ressemblerait notre planète si les gouvernants chinois avaient écouté ce chant de sirènes ?

    mardi 13 juillet 2010

    BP nouvel Enron ?

    Ce que je soupçonnais se confirme. Les malheurs de BP ne sont que la conséquence d’une gestion extrêmement hasardeuse.

    Nouvel exemple de la façon dont on a dirigé nos entreprises ces dernières décennies. Course en avant qui amène BP, fleuron de l’Angleterre de Tony Blair, au deuxième rang mondial alors que la société était relativement modeste jusque là. Comment ? En prenant toujours plus de risques, en allant là où personne ne voulait aller, en utilisant des technologies toujours nouvelles, en éliminant des « dizaines de milliers d'employés », avec toujours plus de sous-traitance, par une gestion exclusivement « financière » qui fait valser les managers et les change de postes pour qu’ils n’affrontent pas les conséquences de leurs actes… Et elle distribue toujours plus de dividendes (triplés en 10 ans).

    J’apprends, même, qu’une de ses plates-formes du golfe du Mexique a été à deux doigts de provoquer une marée noire du même volume que celle que nous vivons actuellement. Elle avait été construite en dépit du bon sens, dans l'improvisation et la frénésie. Et tout ça a coûté très cher à BP. Non seulement pour remettre sur pieds la plate-forme, mais aussi pour payer des pénalités colossales suite à de très nombreux accidents, et à ses refus répétés d’appliquer les règles de sécurité. Curieusement, tout cet argent perdu n’avait aucune influence sur son comportement. Toujours aussi dangereux.

    J’espère que, contrairement à ce qui s’est passé pour Enron, les entreprises vont se reconnaître dans cette lamentable histoire, et mettre en cause leur mode de gestion.

    Compléments :

    lundi 26 avril 2010

    Nick Clegg

    Soudain intérêt de l’électeur anglais pour Nick Clegg, leader des Lib-dem. Est-ce étonnant : le Britannique semble fatigué par Gordon Brown et déçu par David Cameron ?

    L’élection pourrait donner de bizarres résultats. D’une part peu de rapport entre voix et sièges (les Travaillistes auront probablement le plus de députés, mais le moins d’électeurs). D’autre part, compte-tenu du manque de pratique locale et du peu d’atomes crochus entre les programmes, un parlement de coalition a peu de chances de survivre. Il devrait donc y avoir rapidement d’autres élections, qui pourraient donner une nette majorité à l’un des deux grands partis.

    Compléments :
    • The granola-eaters' revengeGetting a Clegg up, The western front
    • L’autre jour, j’ai entendu un bout de débat entre les trois candidats premier ministre et j’ai été frappé par les similitudes entre Nick Klegg et David Cameron. Tous les deux semblent venir du même monde. 
    • D’après ce que disait samedi La rumeur du Monde de France Culture, Nick Klegg a été choisi pour sa ressemblance avec Tony Blair. Décidément, Tony Blair est le modèle de l’homme politique anglais. Je crois bien que David Cameron est aussi du genre Tony Blair.